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Dernière mise à jour le 08 mars 2005
ACTINOBACULUM, ACTINOBACULUM SUIS
Autres dénominations : "Corynebacterium suis", Eubacterium suis, Actinomyces suis.
Systématique
En 1957, Soltys et Spratling isolent de l’urine, de la vessie et des reins de porcs atteints de cystites et de pyélonéphrites, une bactérie à Gram positif, préférentiellement anaérobie, qu’ils appellent "Corynebacterium suis". Cette dénomination reposait sur des critères morphologiques et l’appartenance au genre Corynebacterium n’était pas établie. Aussi, cette appellation n’a pas été incluse dans les Approved Lists of Bacterial Names.
En 1997, Pascual Ramos et al. montrent que Actinomyces suis est phylogénétiquement plus proche du genre ¤ Arcanobacterium que de Actinomyces bovis (espèce type du genre Actinomyces) et ces auteurs estimaient que Actinomyces suis devait être placé dans un nouveau genre. La même année, Lawson et al. publient une étude portant sur cinq souches de bactéries corynéformes d’origine humaine, isolées soit du sang soit de l’urine. L'étude des ARNr 16S révèle que les souches d'origine humaine et la souche type de Actinomyces suis forment un groupe distinct au sein de la famille des Actinomycetaceae. Les pourcentages d'homologie entre l'ARNr 16S des souches humaines et l'ARNr 16S de la souche type de Actinomyces suis n'excèdent pas 94, si bien que les souches d'origine humaine constituent une espèce distincte. Compte tenu de ces résultats, Lawson et al. proposent de reclasser Actinomyces suis dans le nouveau genre Actinobaculum (Actinobaculum suis comb. nov.) et de placer les souches humaines au sein d'une nouvelle espèce, Actinobaculum schaalii. En 2003, le genre Actinobaculum s'est enrichi d'une troisième espèce, Actinobaculum urinale, dépourvue d'intérêt en médecine vétérinaire. La nomenclature de "Actinobaculum massiliae", autre espèce dépourvue d'intérêt en médecine vétérinaire, n'a pas encore fait l'objet d'une publication valide. Le genre Actinobaculum est placé dans la famille des Actinomycetaceae (sous-ordre des Actinomycineae, ordre des Actinomycetales, sous-classe des ¤ Actinobacteridae, classe des ¤ Actinobacteria, phylum des "Actinobacteria", domaine des "Bacteria").
Caractères bactériologiques
Actinobaculum suis est un bacille immobile, non sporulé, polymorphe, de 1 à 3 µm de longueur sur 0,5 µm de diamètre, à Gram positif (mais pouvant se décolorer dans les vieilles cultures), non acido-résistant, non capsulé (en microscopie électronique il est toutefois possible de mettre en évidence une microcapsule), se présentant de manière isolée ou en paires ou en petits amas, anaérobie (mais le germe pousse faiblement en 7 jours en présence de 6 p. cent de dioxyde de carbone), à métabolisme strictement fermentatif. Un résultat positif est obtenu pour l’hydrolyse de l’urée (réaction fortement positive), l’hydrolyse de l’hippurate, la synthèse d'une bêta-galactosidase et la fermentation de l’amidon, du glycogène et du maltose. Un résultat négatif est obtenu pour les tests catalase, nitrate réductase, production d’indole, VP, production d’hydrogène sulfuré, hydrolyse de la gélatine et de l’esculine, lipase, lécithinase, fermentation de l’adonitol, de l’amygdaline, de l’arabinose, du cellobiose, du dulcitol, de l’érythritol, de l’esculine, du fructose, du galactose, du glucose, du glycérol, de l’inositol, de l’inuline, du lactose, du mannitol, du mannose, du mélézitose, du mélibiose, du raffinose, du rhamnose, du saccharose, de la salicine, du sorbitol, du tréhalose et du xylose.
La croissance est obtenue pour des températures variant de 30 à 43 °C (optimum 37 °C) et le pH optimal est compris entre 7 et 8. Aucune culture n’est observée pour un pH inférieur à 5 ou pour une température inférieure ou égale à 22 °C.
Habitat et pouvoir pathogène
Actinobaculum suis semble faire partie de la flore prépuciale du verrat chez lequel il est, au plus, responsable de cystites légères. Chez les truies, le germe peut être isolé d’animaux sains mais, surtout, il provoque des cystites et des pyélonéphrites notamment dans les élevages intensifs. Un abreuvement insuffisant constitue un des facteurs prédisposant à l'expression clinique de l'infection. Les truies présentent de l’anorexie et de la polydipsie, l’urine est de couleur brune, d’odeur fétide et son pH devient fortement alcalin (pH de l’ordre de 9). Dans les formes aiguës, on note couramment des avortements, une hématurie, une pyurie et la mort est fréquente. Les truies qui résistent à l’infection présentent une perte de poids importante, un syndrome polyurie - polydypsie, de l'infertilité et elles deviennent des non-valeurs économiques. Dans les formes graves, la maladie est d’apparition subite et peut conduire à la mort des animaux en quelques heures ou en quelques jours. Les lésions sont localisées au tractus urinaire. La paroi vésicale est épaissie, la muqueuse est hémorragique et le contenu de la vessie contient souvent un exsudat purulent et des calculs. Les lésions de pyélonéphrites sont bilatérales ou unilatérales et se caractérisent par des reins distendus contenant du pus ou du sang. Les infections à Actinobaculum suis ont été identifiées dans de nombreux pays : Allemagne, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Brésil, Danemark, Finlande, France, Hollande, Hong Kong, Hongrie, Norvège, Portugal, Royaume Uni, Suisse, Russie, USA... mais le nombre de cas publiés est faible ce qui contraste avec la fréquence des infections urinaires en élevages porcins. Les raisons de cette discordance tiennent sans doute aux difficultés d’isolement (il faut incuber les urocultures en anaérobiose et dans un milieu sélectif pour éviter la prolifération d’autres germes à Gram positif, notamment les streptocoques, dont la multiplication serait favorisée par l’élévation du pH urinaire), aux difficultés d’identification et à une méconnaissance du germe.
Diagnostic bactériologique
Actinobaculum suis est généralement isolé avec d’autres germes à Gram positif (notamment des streptocoques) dont la multiplication serait favorisée par l’élévation du pH urinaire. Pour limiter la culture des contaminants et notamment des ¤ Proteus sp. l’isolement peut recourir à une gélose Columbia contenant de la colistine (10mg/L) et de l’acide nalidixique (15mg/L) qui doit être incubée en anaérobiose. Pour augmenter les chances d’isolement, la culture doit se réaliser sur place ou doit s’effectuer à partir d’un prélèvement placé dans un milieu de transport tel que le milieu de Cary Blair pour anaérobies. L’identification précise du germe est difficile mais, compte tenu du contexte clinique, la simple mise en évidence d’un bacille anaérobie dont la morphologie rappelle celle d’une corynébactérie est généralement suffisante pour orienter le diagnostic qui sera complété par les caractères culturaux, la mise en évidence d’une uréase et par l’étude de la fermentation des sucres. Quelques caractères permettant de différencier Actinobaculum suis de quelques espèces du genre Actinomyces isolées chez le porc figurent dans le tableau I.
Sensibilité aux antibiotiques
Actinobaculum suis est généralement sensible au chloramphénicol, au florfénicol, aux pleuromutilines, à la tylosine, à la clindamycine, à la lincomycine, à l’érythromycine, aux bêta-lactamines et aux tétracyclines. Une sensibilité variable selon les souches est observée pour les fluoroquinolones (fluméquine, enrofloxacine, ofloxacine), même si la majorité des souches est sensible à la marbofloxacine. À l'exception de la spectinomycine, la majorité des souches est résistante aux aminosides.
Orientation bibliographique
BIKSI (I.), MAJOR (A.), FODOR (L.), SZENCI (O.) et VETESI (F.) : In vitro sensitivity of Hungarian Actinobaculum suis strains to selected antimicrobials. Acta. Vet. Hung., 2003, 51, 53-59. DAGNALL (G.J.R.) et JONES (J.E.T.) : A selective medium for the isolation of Corynebacterium suis. Res. vet. Sci., 1982, 32, 389-390. DEE (S.A.), CARLSON (A.R.) et COREY (M.M). : New observations on the epidemiology of Eubacterium suis. Compendium on Continuing Veterinary Education, 1993, 15, 345-348. DEE (S.A.), CARLSON (A.R.) et COREY (M.M.) : Can Eubacterium suis be indirectly eradicated by programs designed to eliminate other swine pathogens. Vet. Med. September 1994, 910-913. LAWSON (P.A.), FALSEN (E.), ÅKERVALL (E.), VANDAMME (P.) et COLLINS (M.D.) : Characterization of some Actinomyces-like isolates from human clinical specimens: reclassification of Actinomyces suis (Soltys and Spratling) as Actinobaculum suis comb. nov. and description of Actinobaculum schaalii sp. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1997, 47, 899-903. LIEBHOLD (M.), WENDT (M.), KAUP (F.J.) et DROMMER (W.) : Clinical, and light and electron microscopical findings in sows with cystitis. Vet. Rec., 1995, 137, 141-144. LUDWIG (W.), KIRCHHOF (G.), WEIZENEGGER (M.) and WEISS (N.): Phylogenetic evidence for the transfer of Eubacterium suis to the genus Actinomyces as Actinomyces suis comb. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1992, 42, 161-165. PASCUAL RAMOS (C.), FOSTER (G.) et COLLINS (M.D.) : Phylogenetic analysis of the genus Actinomyces based on 16S rRNA gene sequences: description of Arcanobacterium phocae sp. nov., Arcanobacterium bernardiae comb. nov., and Arcanobacterium pyogenes comb. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1997, 47, 46-53. SOLTYS (M.A.) et SPRATLING (F.R.) : Infectious cystitis and pyelonephritis of pigs : a preliminary communication. Vet. Rec., 1957, 69, 500-504. WALKER (R.L.) et MACLACHLAN (N.J.): Isolation of Eubacterium suis from sows with cystitis. J. Am. Vet. Med. Assoc., 1989, 195, 1104-1107. WEGIENEK (J.) et REDDY (C.A.) : Taxonomic study of "Corynebacterium suis" Soltys and Spratling: proposal of Eubacterium suis (nom. rev.) comb. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1982, 32, 218-228. YAMINI (B.) et SLOCOMBE (R.F.) : Porcine abortion caused by Actinomyces suis. Vet. Pathol., 1988, 25, 323-324.
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* : Actinomyces suis (Wegienek and Reddy 1982) Ludwig et al. 1992 ne doit pas être confondu avec "Actinomyces suis" Franke 1973.
La nomenclature de "Actinomyces suis" Franke 1973 n'a pas été incluse dans les Approved Lists of Bacterial Names (certainement en raison de l'absence de désignation d'une souche type) et elle n'a pas fait l'objet d'une publication valide depuis le 1er janvier 1980.
Références :
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