J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 05 décembre 2007
Dernière mise à jour le 09 février 2010

 

ALIIVIBRIO

 

Autres dénominations :
. Aliivibrio fischeri : Vibrio fischeri, Photobacterium fischeri
. Aliivibrio logei  : Photobacterium logei, Vibrio logei
. Aliivibrio salmonicida : Vibrio salmonicida
. Aliivibrio wodanis : Vibrio wodanis

Voir aussi les fichiers : "Vibrionales", Vibrionaceae, Vibrio et Aliivibrio wodanis

 

Systématique

 

Plus de 90 espèces ont été décrites dans le genre ¤ Vibrio (voir Vibrio in List of Prokaryotic names with Standing in Nomenclature). Toutefois, le séquençage des ADNr 16S, des ADNr 23S, des gènes recA et gyrB montre que le genre ¤ Vibrio devrait être limité aux seules espèces Vibrio cholerae et Vibrio mimicus. Les autres espèces du genre ¤ Vibrio devraient être incluses dans un ou plusieurs genres, de la famille des ¤ Vibrionaceae.

Au sein de la famille des ¤ Vibrionaceae, les espèces du groupe Vibrio fischeri (Vibrio fischeri, Vibrio logei, Vibrio salmonicida et Vibrio wodanis) forment un genre distinct dont la classification est controversée. Ainsi, Vibrio fischeri et Photobacterium fischeri sont des synonymes homotypiques tous deux cités dans les Approved Lists of Bacterial Names et Vibrio logei a été primitivement décrit sous le nom de Photobacterium logei.
Afin de clarifier la taxonomie des espèces du groupe Vibrio fischeri, Urbanczyk et al. ont procédé à une étude phylogénétique et phénotypique de ces taxons.

Les séquences des ARNr 16S de Vibrio fischeri, Vibrio logei, Vibrio salmonicida et Vibrio wodanis présentent plus de 97,4 p. cent d'homologie alors que les pourcentages d'homologie obtenus avec quelques espèces* des genres ¤ Enterovibrio, ¤ Grimontia, ¤ Photobacterium, Salinivibrio et ¤ Vibrio sont inférieurs à 95,6.
L'analyse des séquences des gènes recA, rpoA, pyrH et gyrB confirme que Vibrio fischeri, Vibrio logei, Vibrio salmonicida et Vibrio wodanis forment un groupe distinct au sein de la famille des ¤ Vibrionaceae.
Les caractères phénotypiques permettent de différencier Vibrio fischeri, Vibrio logei, Vibrio salmonicida et Vibrio wodanis des autres genres de la famille des ¤ Vibrionaceae ce qui conduit Urbanczyk et al. a proposer le nouveau genre Aliivibrio ainsi que les nouvelles combinaisons Aliivibrio fischeri, Aliivibrio logei, Aliivibrio salmonicida et Aliivibrio wodanis. Toutes ces nomenclatures ont été validement publiées en décembre 2007.
Le 19 janvier 2010, Beaz-Hidalgo et al. valident la nomenclature de Vibrio finisterrensis pour quatre souches isolées d'élevages espagnols de palourdes japonaises (Ruditapes philippinarum). Ces auteurs proposent également une émendation du genre Aliivibrio.

Dans la deuxième édition du Bergey's Manual of Systematic Bacteriology, Farmer III et al. considèrent Vibrio (Aliivibrio) salmonicida et Vibrio (Aliivibrio) logei comme des synonymes hétérotypiques. Cette attitude repose sur les résultats d'hybridations ADN-ADN effectuées sur les souches types de ces deux espèces. Toutefois, les résultats de ces études ne sont pas publiés et ils ne semblent pas avoir été confirmés. Ainsi, pour Urbanczyk et al. ces deux taxons constituent deux espèces distinctes.

 

Caractères bactériologiques

 

Le genre Aliivibrio est constitué de bacilles à Gram négatif, mobiles grâce à un ou plusieurs flagelles entourés d'une gaine, aéro-anaérobies, à métabolisme respiratoire et fermentatif, oxydase positive, nitrate réductase positive, chimio-organotrophes, capables d'utiliser l'acétate comme unique source de carbone (à l'exception de Aliivibrio fischeri), fermentant le D-glucose, sensibles à 10 µg de O/129, sensibles à 5 µg de novobiocine, donnant une réponse négative aux tests VP, ODC et hydrolyse de la gélatine.

D'autres caractères bactériologiques sont mentionnés dans le tableau I et les caractères permettant de différencier les genres Aliivibrio, ¤ Enterovibrio, ¤ Grimontia, ¤ Photobacterium, Salinivibrio et ¤ Vibrio sont donnés dans le tableau II.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Les Aliivibrio spp. ont pour habitat l'eau de mer.

Aliivibrio fischeri et Aliivibrio logei peuvent vivre en symbiose avec des céphalopodes et des poissons. Ces espèces colonisent les organes lumineux et, grâce à leur bioluminescence, elles jouent un rôle dans la communication, elles attirent les proies et elles repoussent certains prédateurs.
Aliivibrio logei est également présent dans l'intestin de poissons, dans des sédiments marins et cette espèce a été isolée de coquilles Saint-Jacques et de crabes des neiges du Pacifique (Chionoecetes tanneri).
Aliivibrio finisterrensis est isolé de palourdes japonaises.

Aliivibrio salmonicida et Aliivibrio wodanis (voir le fichier ¤ Aliivibrio wodanis) sont pathogènes pour les poissons.

Aliivibrio salmonicida est responsable d'infections chez les salmonidés et chez la morue.
La maladie a été décrite en 1979 chez des poissons élevés sur les côtes de l'île de Hitra située au sud de Trondheim (Norvège) d'où le nom de maladie de Hitra (Hitra disease) parfois donné à cette infection. Les signes cliniques sont observés à la fin de l'automne, en hiver et au début du printemps, lorsque la température de l'eau est basse ce qui a fait qualifier la maladie de vibriose des eaux froides (cold-water vibriosis). Par la suite, la maladie a été décrite au nord et à l'ouest de la Norvège, en Écosse, au Canada et aux USA.
Les animaux infectés sont affaiblis, anorexiques, leur peau devient sombre et ils présentent de nombreuses pétéchies autour des branchies. À l'autopsie on observe une anémie sévère et d'importantes hémorragies concernant notamment les tissus entourant les viscères. La rate est brillante et de couleur rouge, le rectum est hémorragique et son contenu est liquide. Les animaux présentent une septicémie et un grand nombre de bactéries est observé dans le sang des poissons moribonds ou récemment décédés.
L'inoculation par voie intra-péritonéale permet de reproduire la maladie chez le saumon de l'atlantique et chez la truite arc-en-ciel. Une infection est également obtenue lorsque les poissons sont placés dans une eau contaminée et maintenue à 8 ou 9 °C. Dans tous les cas, il est possible d'isoler le germe des animaux expérimentalement infectés. Le saumon de l'atlantique est plus sensible que la truite arc-en-ciel, mais l'infection expérimentale nécessite une dose infectieuse importante. Ainsi, par voie intra-péritonéale la dose létale 50 p. cent est de 106 à 108 unités formant colonies. Aussi, il est probable que des facteurs associés (mauvaise alimentation, froid ...) jouent un rôle important dans l'évolution de l'infection.
Comme c'est le cas pour Vibrio ordalii, les facteurs de pathogénicité sont très mal connus. In vitro, le germe ne synthétise pas d'enzymes protéolytiques ou de cytotoxines susceptibles d'expliquer les lésions observées chez les poissons morts. Au moins 11 plasmides ont été identifiés chez les souches de Aliivibrio salmonicida, mais aucun d'entre eux n'est lié au pouvoir pathogène.
Des vaccins inactivés permettent de prévenir l'infection. Il n'existe aucune protection croisée entre Aliivibrio salmonicida et Vibrio anguillarum. Aussi, dans les régions où ces deux bactéries coexistent, il est nécessaire d'utiliser des vaccins polyvalents contenant une souche de Aliivibrio salmonicida et plusieurs souches de Vibrio anguillarum. De tels vaccins sont commercialisés au Canada, en Norvège, aux USA ou au Royaume Uni.

 

Orientation bibliographique

 

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* Espèces étudiées par Urbanczyk et al. 2007 :

Enterovibrio coralii et Enterovibrio norvegicus
Grimontia hollisae
Photobacterium
phosphoreum et Photobacterium profundum
Vibrio
cholerae, Vibrio harveyi et Vibrio splendidus

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