J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 22 septembre 2003

 

AMYCOLATOPSIS (A. KENTUCKYENSIS, A. LEXINGTONENSIS, A. PRETORIENSIS)

 

Systématique

 

Le genre Amycolatopsis a été proposé en 1986 par Lechevalier et al. pour reclasser des actinomycètes* "nocardioformes" préalablement inclus dans le genre ¤ Nocardia.
Comme les ¤ Nocardia, les Amycolatopsis sp. possèdent une paroi du chimiotype IV** (présence d'acide meso-2,6-diaminopimelique et présence abondante d'arabinose et de galactose) et un profil phospholipidique du type II*** (présence de phosphatidyléthanolamine et parfois de phosphatidylméthyléthanolamine). Toutefois, elles sont dépourvus d'acides mycoliques (acides nocardiomycoliques), leurs principales ménaquinones sont des ménaquinones à 9 unités isoprènes bi- ou tétra-hydrogénées et elles sont insensibles à des bactériophages actifs sur les ¤ Nocardia sp. et sur les ¤ Rhodococcus sp.

Lors de sa création, le genre Amycolatopsis rassemblait quatre espèces dont l'une était divisée en deux sous-espèces. Ultérieurement, plus de 16 autres espèces ont décrites (voir le Amycolatopsis in List of Procaryotic Names with Standing in Nomenclature).
Ce genre est classé dans la famille des Pseudonocardiaceae (sous-ordre des Pseudonocardineae, ordre des Actinomycetales, sous-classe des ¤ Actinobacteridae, classe des ¤ Actinobacteria, domaine ou empire des "Bacteria" ou des "Eubacteria").

Même si plusieurs souches de Amycolatopsis sp. produisent des substances importante pour l'industrie (par exemple des antibiotiques), ce genre était dépourvu d'intérêt vétérinaire jusqu'à la description de trois espèces isolées du placenta de jument, Amycolatopsis kentuckyensis, Amycolatopsis lexingtonensis et Amycolatopsis pretoriensis.
Ces trois espèces, qui présentent les caractères généraux du genre Amycolatopsis, ont été caractérisées sur la base des séquences de leurs ARNr 16S et des homologies ADN-ADN. Les séquences des ARNr 16S de Amycolatopsis kentuckyensis, de Amycolatopsis lexingtonensis et de Amycolatopsis pretoriensis présentent entre elles plus de 99,2 p. cent d'homologie et, comparées à la séquence de Amycolatopsis mediterranei (espèce phylogénétiquement la plus proche), les pourcentages d'homologie sont compris entre 98,8 et 99,4. Toutefois, les résultats des hybridations ADN-ADN montrent que les pourcentages d'homologie entre ces différentes espèces sont toujours inférieurs à 54,2 et qu'elles constituent donc des genomospecies distinctes (voir le fichier ¤ "Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne"). Comme elles sont identifiables par leurs caractères phénotypiques, Labeda et al. proposent de les appeler Amycolatopsis kentuckyensis, Amycolatopsis lexingtonensis et Amycolatopsis pretoriensis, nomenclatures qui seront validement publiées le 12 septembre 2003.

Sur le plan phylogénétique, les espèces du genre Amycolatopsis peuvent être distinguées en deux groupes, le groupe de Amycolatopsis orientalis et le groupe de Amycolatopsis methanolica. Les trois espèces d'origine équine appartiennent au groupe de Amycolatopsis orientalis****.

 

Caractères bactériologiques

 

Le genre Amycolatopsis est constitué de bactéries à Gram positif, non acido-résistantes, ne formant pas d'endospores, immobiles, pouvant croître en aérobiose, mésophiles, modérément thermophiles (culture possible à 45 °C) ou thermophiles (culture possible à 50 °C). Comme les autres actinomycètes "nocardioformes", elles forment des mycéliums végétatifs ramifiés d'un diamètre de 0,5 à 2 µm qui se fragmentent pour donner des éléments coccoïdes. Des hyphes aériens sont ou non présents. Quand ils existent, ils peuvent se fragmenter en donnant des chaînes constituées d'éléments dont la structure évoque une spore. La paroi est du chimiotype IV, le profil phospholipidique est du type II et les principales ménaquinones sont du type MK-9(H2, H4). En 1986, Lechevalier et al. insistaient sur le spectre de sensibilité à divers bactériophages, critère qui ne semble plus retenu pour la définition du genre Amycolatopsis.

Amycolatopsis kentuckyensis, Amycolatopsis lexingtonensis et Amycolatopsis pretoriensis présentent les caractères généraux du genre Amycolatopsis. Ces bactéries cultivent sur de nombreux milieux, mais aucune croissance n'est obtenue sur une gélose de MacConkey ou sur une gélose de Sabouraud.
. Amycolatopsis kentuckyensis forme un mycélium dont la couleur va du jaune-orange à l'orange-brun. Des hyphes aériens sont généralement observés et leur couleur est blanchâtre ou orangée. Sur quelques milieux, on peut observer la formation d'un pigment brunâtre diffusible.
. Amycolatopsis lexingtonensis forme un mycélium dont la couleur va de l'orange foncé au rouge-brun. De nombreux hyphes aériens sont observés et leur couleur va du jaune clair au brun. Sur la plupart des milieux, cette espèce produit un pigment soluble de couleur rougeâtre ou brunâtre.
. Le mycélium végétatif de Amycolatopsis pretoriensis a une couleur qui va du gris-jaunâtre à l'orangé-brun. Cette espèce produit un abondant mycélium aérien d'une couleur blanche ou orangée. Sur des milieux contenant des extraits de levure et des extraits de malt, on peut observer la synthèse d'un pigment soluble.
. Quelques caractères complémentaires sont donnés dans le tableau I.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Amycolatopsis kentuckyensis, Amycolatopsis lexingtonensis et Amycolatopsis pretoriensis sont responsables d'une placentite de la jument appelée "equine nocardioform placentitis" ("placentite équine à bactéries nocardioformes"). Outre les trois espèces du genre Amycolatopsis, plusieurs bactéries sont impliquées dans cette pathologie et notamment ¤ Crossiella equi (responsable d'environ 66 p. cent des cas) et des Streptomyces sp.
La "placentite équine à bactéries nocardioformes" a tout d'abord été identifiée dans le Kentucky. Une recherche effectuée dans les autres états des USA ou dans divers pays a permis de mettre en évidence quelques cas d'infection, notamment en Italie et en Afrique du Sud.

La "placentite équine à bactéries nocardioformes" n'a généralement pas de répercussion clinique sur l'état de santé de la jument. Quelques animaux présentent un développement anormalement précoce de la mamelle accompagné d'une lactation prématurée. Exceptionnellement, on peut observer un écoulement vaginal. Après la délivrance, l'infection ne persiste que durant un temps très bref, les juments ont une fertilité normale et, lors d'une autre gestation, les risques d'avortement ne sont pas augmentés.
Les répercussions cliniques concernent les poulains mais, dans environ 50 p. cent des cas, les poulains sont sains et seules des lésions du placenta sont observées. La "placentite équine à bactéries nocardioformes" peut se traduire par un avortement en fin de gestation ou par la naissance d'un poulain mort-né ou par la naissance prématurée d'un poulain affaibli ou par la naissance à terme d'un poulain affaibli.

Les lésions du placenta sont caractéristiques car elles sont localisées à la jonction des cornes et du corps et, souvent, à la base des cornes. Ces lésions sont recouvertes d'un mucus épais de couleur brune. À la périphérie des lésions, la membrane chorionique apparaît décolorée.
À l'examen histologique, l'allantochorion renferme un infiltrat de granulocytes, de lymphocytes et de macrophages. La surface du chorion contient des débris de cellules épithéliales, des leucocytes et une substance éosinophile et amorphe. Dans les débris des cellules épithéliales et dans les cellules épithéliales superficielles on peut mettre en évidence des bactéries ramifiées et filamenteuses.
L'infection reste localisée à l'épithélium chorionique mais elle conduit à une diminution des échanges fœto-maternels d'où la pathologie éventuellement observée chez le fœtus ou le jeune poulain.

 

Diagnostic bactériologique

 

Selon Donahue et Williams, le diagnostic repose sur l'aspect des lésions, sur la mise en évidence de bacilles ramifiés à Gram positif***** et sur l'isolement du germe.

L'isolement, effectué à partir des lésions placentaires, est réalisé sur une gélose trypticase soja et/ou sur une gélose trypticase au sang incubées à 37 °C. Les colonies sont visibles en 48 ou 72 heures et elles ont une odeur âcre. Une coloration de Gram permet de mettre en évidence des bacilles ramifiés à Gram positif.

L'identification précise des Pseudonocardiaceae nécessite des milieux spécifiques et des techniques particulières si bien que l'identification précise des espèces est difficile. L'identification des Amycolatopsis sp. ne fait pas exception et elle devra être confiée à un laboratoire spécialisé.
La détermination de la séquence des ARNr 16S permet cependant de placer un isolat au sein du genre Amycolatopsis.

Un examen bactériologique des avortons ne semble pas utile car il donne des résultats très souvent négatifs. Aucune technique de diagnostic sérologique n'est disponible et l'étude de la réponse immunitaire des juments infectées n'a pas fait l'objet d'investigations.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

L'unique souche de Amycolatopsis pretoriensis est sensible à la ciprofloxacine, au sulfamides et au triméthoprime. Une résistance est observée vis-à-vis de la pénicilline G, de la méthicilline, de la streptomycine, de la néomycine, de la spectinomycine, de l'amikacyne, de la kanamycine, du chloramphénicol, des nitrofuranes, de l'érythromycine, de la clindamycine, de la bacitracine et de la colistine.

À la connaissance de l'auteur, aucune donnée n'est disponible pour Amycolatopsis kentuckyensis et Amycolatopsis lexingtonensis.

 

Orientation bibliographique

 

Documents disponibles sur Internet :
. Nocardioform Placentitis
. Nocardioform placentitis. Disease can bring heartbreaking results

DONAHUE (J.M.) et WILLIAMS (N.M.) : Emergent causes of placentitis and abortion. Vet. Clin. North Am.: Equine Pract., 2000, 16, 443-456.

DONAHUE (J.M.), WILLIAMS (N.M.), SELLS (S.F.) et LABEDA (D.P.) : Crossiella equi sp. nov., isolated from equine placentas. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2002, 52, 2169-2173.

GILES (R.C.), DONAHUE (J.M.), HONG (C.B.), TUTTLE (P.A.), PETRITES-MURPHY (M.B.), POONACHA (K.B.), ROBERTS (A.W.), TRAMONTIN (R.R.), SMITH (B.) et SWERCZEK (T.W.) : Causes of abortion, stillbirth, and perinatal death in horses: 3,527 cases (1986-1991). J. Amer. Vet. Med. Assoc., 1993, 203, 11701175.

HONG (C.B.), DONAHUE (J.M.), GILES Jr. (R.C.), PETRITES-MURPHY (M.B.), POONACHA (K.B.), ROBERTS (A.W.), SMITH (B.J.), TRAMONTIN (R.R.), TUTTLE (P.A.) et SWERCZEK (T.W.) : Etiology and pathology of equine placentitis. J. Vet. Diagn. Invest., 1993, 5, 56-63.

HONG (C.B.), DONAHUE (J.M.), GILES Jr. (R.C.), PETRITES-MURPHY (M.B.), POONACHA (K.B.), ROBERTS (A.W.), SMITH (B.J.), TRAMONTIN (R.R.), TUTTLE (P.A.) et SWERCZEK (T.W.) : Equine abortion and stillbirth in central Kentucky during 1988 and 1989 foaling seasons. J. Vet. Diagn. Invest., 1993, 5, 560-666.

LABEDA (D.P.), DONAHUE (J.M.), WILLIAMS (N.M.), SELLS (S.F.) et HENTON (M.M.) : Amycolatopsis kentuckyensis sp. nov., Amycolatopsis lexingtonensis sp. nov. and Amycolatopsis pretoriensis sp. nov., isolated from equine placentas. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 1601-1605.

VOLKMANN (D.H.), WILLIAMS (J.H.), HENTON (M.M.), DONAHUE (J.M.) et WILLIAMS (N.M.) : The first reported case of equine nocardioform placentitis in South Africa. J. S. Afr. Vet. Assoc., 2001, 72, 235-238.

 

 

AVIS JURIDIQUE IMPORTANT : Les informations qui figurent sur ce site sont soumises à une clause de non responsabilité et sont protégées par un copyright.

 

 

 

* :
En bactériologie, le terme vernaculaire de "actinomycètes" (à ne pas confondre avec la classe des Actinomycetes) est utilisé pour désigner des bactéries ressemblant aux champignons (présence de mycéliums). Les actinomycètes présentent cependant toutes les caractéristiques des bactéries : absence de membrane nucléaire, présence d'un peptidoglycane, absence de chitine ou de cellulose, sensibilité à certains antibiotiques antibactériens, résistance aux antibiotiques antifongiques.

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** :
En 1970, en se basant sur la présence d'acides aminés caractéristiques et sur la présence des sucres les plus abondants, Lechevalier et Lechevalier ont défini 8 chimiotypes de paroi au sein des actinomycètes.

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*** :
En 1981, Lechevalier et al. ont défini 5 profils phospholipidiques pour les actinomycètes

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**** : Espèces du groupe Amycolatopsis orientalis

Ce groupe est constitué de 11 espèces mésophiles (Amycolatopsis alba, Amycolatopsis albidoflavus, Amycolatopsis azurea, Amycolatopsis coloradensis, Amycolatopsis japonica, Amycolatopsis keratiniphila, Amycolatopsis mediterranei, Amycolatopsis orientalis, Amycolatopsis pretoriensis, Amycolatopsis rubida et Amycolatopsis sulphurea et de 3 espèces capables de croître à une température de 45 °C (Amycolatopsis kentuckyensis, Amycolatopsis lexingtonensis et Amycolatopsis sacchari).

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*****
Pour la coloration de coupes histologiques, il faut utiliser une coloration de Gram modifiée par Brown et Brenn.
Voir les fichiers :
. Gram Bacteria - Modified Brown and Brenn (format PDF) sur le site Spencer S. Eccles Health Sciences Library, University of Utah, Health Sciences Center.
. Brown & Brenn Gram's Traditional Stain Kit Procedure sur le site International Medical Equipment, IMEB Inc.

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