J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 07 juin 1998
Dernière mise à jour le 10 novembre 2005

 

ANAEROBIOSPIRILLUM

 

Voir aussi le fichier: ¤ Succinivibrionaceae.

 

Systématique

 

En 1976 Davis et al. isolent de la gorge et du caecum de chiens Beagle, trois souches de bactéries anaérobies, à Gram négatif, spiralées, mobiles grâce à une ciliature lophotriche et amphitriche et ils proposent de placer ces bactéries dans le nouveau genre Anaerobiospirillum avec la dénomination de Anaerobiospirillum succiniciproducens. En 1980, ces nomenclatures ont été incluses dans les Approved Lists of Bacterial Names.
Ultérieurement, Anaerobiospirillum succiniciproducens a été associé à des bactériémies chez l'homme et des bactéries apparentées au genre Anaerobiospirillum (Anaerobiospirillum-like) ont été isolées de la flore fécale du chien et du chat et de cas de diarrhées chez l’homme.

La détermination du G + C p. cent, les études d’homologie ADN-ADN et les caractères phénotypiques montrent que les souches de Anaerobiospirillum-like constituent une nouvelle espèce, pour laquelle Malnick valide la nomenclature de Anaerobiospirillum thomasii.

En 2002, Misawa et al. décrivent deux souches de Anaerobiospirillum sp., les souches B0101 et 3J102, isolées d'une chienne âgée de deux mois. Le profil électrophorétique des protéines et l'étude des séquences des ARNr 16 suggèrent que ces deux souches constituent une nouvelle espèce du genre Anaerobiospirillum.
En 2004, De Cock et al. mettent en évidence des souches de Anaerobiospirillum sp. dans l'intestin de six chats. L'étude des séquences des ARNr 16S révèle que ces souches sont apparentées à Anaerobiospirillum succiniciproducens et qu'elles pourraient constituer une nouvelle espèce du genre Anaerobiospirillum.

L'étude des séquences des ARNr 16S montrent que Anaerobiospirillum succiniciproducens et Anaerobiospirillum thomasii appartiennent à la classe des ¤ Gammaproteobacteria (phylum des ¤ "Proteobacteria", domaine ou empire des "Bacteria ou des "Eubacteria") et qu'elles sont apparentées à Succinivibrio dextrinosolvens et à Ruminobacter amylophilus. En 1999, Hippe et al. placent le genre Anaerobiospirillum dans la famille des ¤ Succinivibrionaceae.

 

Caractères bactériologiques

 

Anaerobiospirillum succiniciproducens et Anaerobiospirillum thomasii

Le genre Anaerobiospirillum (Anaerobiospirillum succiniciproducens et Anaerobiospirillum thomasii) est constitué par des bacilles à Gram négatif, non sporulés, de forme hélicoïdale, de 0,6 à 0,8 mm de diamètre sur 3 à 15 mm de longueur (mais la longueur peut parfois atteindre 32 µm), mobiles grâce à une touffe de flagelles (au nombre d'environ 16) insérée à chacune des extrémités de la cellule, anaérobies strictes, catalase négative ou très faiblement positive, oxydase et nitrate réductase négatives, lipase négative, n’hydrolysant ni l’esculine ni la gélatine ni l’hippurate ni l’urée, à métabolisme fermentatif, fermentant le glucose en produisant de l'acide succinique, de l'acide acétique et, en faible quantité, de l'acide lactique et de l'acide formique.

Un caractère positif est obtenu pour les tests leucine arylamidase, N-acétyl-bêta-glucosaminidase, acidification du galactose, du glucose et du maltose.
Une réponse négative est notée pour la production de phosphatase alcaline, d'estérase (C-4), d'estérase-lipase (C-8), de lipase (C-14), de valine arylamidase, de cystine arylamidase, de trypsine, de chymotrypsine, de phosphohydrolase, d'alpha-galactosidase, de bêta-glucuronidase, de bêta-glucosidase, d'alpha-mannosidase et d'alpha-fucosidase ainsi que pour l'acidification du cellobiose, du mannitol, de la salicine, du sorbitol et du tréhalose.

La culture nécessite des milieux riches, spécialement développés pour les bactéries anaérobies et additionnés de sang de cheval. Après 3 jours d'incubation en anaérobiose, les colonies ont un diamètre de 0,5 à 1 mm, elles sont circulaires, convexes et translucides. La température optimale de croissance est comprise entre 37 et 42 °C. Aucune culture n'est obtenue à moins de 33 °C ou à plus de 44 °C.

Les principaux caractères permettant de différencier Anaerobiospirillum succiniciproducens et Anaerobiospirillum thomasii figurent dans le tableau I.

Espèces innomées

Les souches B0101 et 3J102, présentent la majorité des caractéristiques décrites ci-dessus, même si quelques caractères n'ont pas été étudiés (leucine arylamidase, N-acétyl-bêta-glucosaminidase, estérase (C-4), estérase-lipase (C-8), lipase (C-14), valine arylamidase, cystine arylamidase, trypsine, chymotrypsine, phosphohydrolase, alpha-galactosidase, bêta-glucuronidase, bêta-glucosidase, alpha-mannosidase, alpha-fucosidase, acidification du cellobiose, du galactose, du maltose, du mannitol, de la salicine, du sorbitol et du tréhalose).
Toutefois, elles donnent une réponse positive aux tests oxydase et phosphatase alcaline et elles sont capables de cultiver dans une atmosphère micro-aérophile.

Seuls les caractères morphologiques et structuraux ont été étudiés pour les souches de Anaerobiospirillum spp. mises en évidence par De Cock et al. dans l'intestin du chat et les caractères décrits ci-dessus pour Anaerobiospirillum succiniciproducens et Anaerobiospirillum thomasii ne concernent donc pas ces souches.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

L’habitat semble être constitué par l’intestin du chien et du chat. Anaerobiospirillum succiniciproducens et Anaerobiospirillum thomasii seraient des hôtes normaux de la flore intestinale et elles sont dépourvues de pouvoir pathogène pour les carnivores.
Les souche B0101 et 3J102 ont été isolées, en association avec Campylobacter upsaliensis (voir le fichier ¤ "Campylobacter"), ¤ Helicobacter cinaedi, "Flexispira taxon 8" (voir le fichier ¤ "Caractères généraux des genres Helicobacter et "Flexispira") et une souche de Helicobacter sp., d'une jeune chienne présentant une diarrhée hémorragique.
Les souches de Anaerobiospirillum sp. isolées par De Cock et al. provenaient de chats présentant des signes cliniques et notamment de l'asthénie, des diarrhées, des vomissements et/ou des signes de septicémie. Tous ces animaux étaient des sujets affaiblis (cardiomyopathie, herpesvirose, insuffisance rénale, intervention chirurgicale récente) et/ou de jeunes individus.

Anaerobiospirillum succiniciproducens et Anaerobiospirillum thomasii ne font pas partie de la flore du tube digestif de l’homme, mais elles sont susceptibles de provoquer des diarrhées (Anaerobiospirillum succiniciproducens, Anaerobiospirillum thomasii) ou des septicémies (Anaerobiospirillum succiniciproducens) chez les sujets affaiblis (alcoolisme, athérome, cancers, diabète sucré, syndrome d'immunodéficience acquise, mauvaise dentition, intervention chirurgicale récente). Chez l’homme, la contamination se ferait par voie orale car la septicémie est souvent précédée ou accompagnée de troubles gastro-intestinaux, mais elle pourrait également résulter de la contamination d’une plaie. En effet, dans un cas de septicémie, la contamination semble avoir pour origine une plaie souillée par de l’eau de mer dans laquelle la bactérie serait capable de survivre.
Il est probable que les Anaerobiospirillum sp. soient des agents de zoonoses car : 1) Malnick et al. ont mis en évidence une relation entre des cas d’infection chez l’homme et un contact avec un chien ou un chat  ; 2) une souche de Anaerobiospirillum succiniciproducens, isolée d'un cas de diarrhée chez un enfant âgé de 6 mois s'est révélée identique à une souche isolée du chien de la maison et 3) dans un cas de septicémie due à Anaerobiospirillum succiniciproducens, le patient avait eu un contact avec des excréments d'animaux.

Les infections à Anaerobiospirillum sont peut-être sous-estimées car elles ne sont pas recherchées en routine par tous les laboratoires et leur diagnostic est difficile.

 

Diagnostic bactériologique

 

Le diagnostic bactériologique est difficile pour de nombreuses raisons :
. La culture nécessite des milieux enrichis, des conditions d'anaérobiose stricte et elle est rarement obtenue sur certains milieux sélectifs (par exemple le milieu de Skirrow) utilisés couramment pour les coprocultures.
. la croissance dans les milieux pour hémoculture ne conduit, le plus souvent, ni à un trouble ni à une hémolyse visibles.
. Le germe peut être confondu avec une campylobactérie. Toutefois, le diamètre des Campylobacter sp. est d'environ la moitié de celui des Anaerobiospirillum sp. et les campylobactéries ne possèdent pas une ciliature lophotriche et amphitriche.

L'isolement du germe au sein d'une flore complexe nécessite l'utilisation d'un milieu sélectif mis au point par Malnick et al. Ce milieu contient 2500 UI/L de polymyxine, 20 mg/L de vancomycine, 100 mg/L de sulfaméthoxazole, 250 mg/L de bleu Victoria et 50 mL/L de sang de cheval lysé par la saponine. Sur ce milieu, les colonies ont un aspect caractéristique car elles ont une couleur bleu foncé alors que les autres bactéries capables de se développer donnent des colonies soit bleu pâle (Lactobacillus sp.) soit blanches (Enterobacteriaceae) soit grises (Desulfovibrio sp.).
L'utilisation de kits commercialisés ne permet pas le diagnostic car les Anaerobiospirillum sp. ne sont pas répertoriés dans les bases de données des fabriquants. La mise en évidence des flagelles apparaît cruciale pour l'identification et notamment pour éviter une confusion avec une campylobactérie.

Les caractères permettant un diagnostic différentiel entre Anaerobiospirillum succiniciproducens et Anaerobiospirillum thomasii sont donnés dans le tableau I.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

La sensibilité aux antibiotiques n'a été évaluée que sur un nombre réduit de souches. Ces bactéries sont généralement sensibles à l'association amoxicilline-acide clavulanique, à la carbénicilline, à la céphalotine, à la céfoxitine, au chloramphénicol, à l'azythromycine, à la ciprofloxacine, à la gemifloxacine, à la trovafloxacine ou au chloramphénicol et résistantes à la céfalexine, à la vancomycine, à la clarithromycine, à la clindamycine, à la lincomycine, à la polymyxine B, au sulfaméthoxazole et à l'acide nalidixique.
La sensibilité est variable vis-à-vis de la pénicilline G, de l'ampicilline, de l'érythromycine et du métronidazole.

 

Orientation bibliographique

 

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HIPPE (H.), HAGELSTEIN (A.), KRAMER (I.), SWIDERSKI (J.) et STACKEBRANDT (E.) : Phylogenetic analysis of Formivibrio citricus, Propionivibrio dicarboxylicus, Anaerobiospirillum thomasii, Succinimonas amylolytica and Succinivibrio dextrinosolvens and proposal of Succinivibrionaceae fam. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 779-782.

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