J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 07 décembre 2001
Dernière mise à jour le 03 janvier 2005

 

ANAPLASMATACEAE

 

Voir aussi les fichiers Aegyptianella, Anaplasma, Ehrlichiaceae, Ehrlichieae, Ehrlichia, "Candidatus Neoehrlichia mikurensis", Neorickettsia, Rickettsiales, Groupes génomiques de la tribu des Ehrlichieae ou de la famille des Ehrlichiaceae ou de la famille des Anaplasmataceae et Classification de l'ordre des Rickettsiales.

 

Systématique

 

La famille des Anaplasmataceae, incluse dans l'ordre des Rickettsiales, a été proposée par Philip en 1957 et cette nomenclature a été retenue par les Approved Lists of Bacterial Names.

Pour Philip, la famille des Anaplasmataceae et son unique genre, le genre Anaplasma, regroupaient des bactéries parasites des globules rouges, transmises par des arthropodes, colorables en rouge violet par la coloration de May-Grümwald, non cultivables sur des milieux inertes. Selon l'hôte infecté et la position des bactéries dans les globules rouges, Philip distinguait trois espèces : (i) Anaplasma marginale bactérie responsable d'une maladie grave chez les bovins et généralement située à la périphérie des globules rouges, (ii) Anaplasma centrale bactérie responsable d'une maladie bénigne chez les bovins et occupant généralement une position centrale dans les globules rouges et (iii) Anaplasma ovis responsable d'anaplasmoses chez les ovins et les caprins et occupant une position centrale ou marginale dans les érythrocytes.

Par la suite, les genres "Paranaplasma", Aegyptianella, ¤ Haemobartonella et ¤ Eperythrozoon ont été inclus dans cette famille. Le genre "Paranaplasma" a eu une existence brève et son unique espèce "Paranaplasma caudatum" a été reclassée dans le genre Anaplasma avec la dénomination de Anaplasma caudatum.
Les Anaplasma sp. et les Aegyptianella sp., qui forment des inclusions dans les érythrocytes, se distinguaient facilement des ¤ Eperythrozoon sp. et des ¤ Haemobartonella sp. qui n'envahissent jamais les globules rouges. Toutes les espèces de ces genres ont pour point commun de ne pas être cultivables sur des milieux inertes et de présenter un tropisme pour les globules rouges.

Les espèces des genres ¤ Eperythrozoon et ¤ Haemobartonella sont dépourvues de paroi et les études phylogénétiques (analyse des séquences des ARNr 16S) montrent qu'elles doivent être reclassées au sein de l'ordre des Mycoplasmatales (voir le fichier ¤ Eperythrozoon, Haemobartonella, Candidatus Mycoplasma"). Cette exclusion ne soulève pas de problèmes particuliers et elle est reconnue aussi bien par le NCBI Taxonomy Browser que par la deuxième édition du Bergey's Manual of Systematic Bacteriology qui devrait paraître en 2002.

En 2001, Dumler et al. ont procédé à une réorganisation de l'ordre des Rickettsiales basée sur l'analyse des séquences des ARNr 16S, l'analyse des gènes des opérons groESL et l'analyse des gènes codant pour des protéines de surface. En fait, les conclusions de ces auteurs confirment de nombreux travaux antérieurs mais ils franchissent un cap supplémentaire dans la mesure où ils en tirent toutes les conséquences sur le plan de la nomenclature.

Pour ce qui concerne la famille des Anaplasmataceae, les propositions de Dumler et al. sont les suivantes.

1) Les représentants de la tribu des Ehrlichieae (famille des Rickettsiaceae) sont tous reclassés dans la famille des Anaplasmataceae.
Au sein de la tribu des Ehrlichieae, les travaux phylogénétiques avaient permis de reconnaître quatre groupes génomiques (voir tableau I). Suite aux propositions de Dumler et al., les espèces du groupe génomique I (y compris Cowdria ruminantium) sont considérées comme des représentants du genre Ehrlichia, les espèces du groupe génomique II (y compris Ehrlichia equi, Ehrlichia phagocytophila, l'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine et "Ehrlichia platys") constituent le genre Anaplasma, les espèces du groupe génomique III (y compris Ehrlichia risticii et Ehrlichia sennetsu) constituent le genre Neorickettsia et le genre Wolbachia, qui constituait le groupe génomique IV, est préservé mais il est réduit à une unique espèce, Wolbachia pipientis.

2) Ehrlichia equi, Ehrlichia phagocytophila et l'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine (agent EGH) constituent une unique espèce qui en raison des règles de priorité est appelée Anaplasma phagocytophilum.
L'analyse des séquences des gènes gltA (codant pour la citrate synthétase), effectuée par Inokuma et al., montre cependant que Ehrlichia phagocytophila, Ehrlichia equi et l'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine pourraient constituer un groupe proche mais différent du genre Anaplasma. De plus, ces auteurs rappellent que les Anaplasma infectent les globules rouges alors que Ehrlichia phagocytophila, Ehrlichia equi et l'agent EGH infectent principalement les granulocytes. Inokuma et al. estiment que ces différences génétiques et biologiques pourraient justifier la création d'un nouveau genre destiné à accueillir Ehrlichia phagocytophila, Ehrlichia equi et l'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine. Les articles de Dumler et al. et de Inokuma et al. ont été publiés de manière pratiquement simultanée (respectivement novembre 2001 et septembre 2001) si bien que les résultats de Inokuma et al. n'ont pu être pris en compte par Dumler et al.
Inokuma et al. ne font aucune proposition formelle concernant la nomenclature, mais il n'est pas impossible que dans l'avenir de nouveaux changements soient proposés.

3) Le genre Aegyptianella est considéré comme un genre incertae sedis (d'affiliation incertaine) de la famille des Anaplasmataceae.

Ultérieurement, en étudiant les séquences des ARNr 16S et du gène groEL, Rikihisa et al. montrent que Aegyptianella pullorum (souche Texas) est proche des Anaplasma sp. et que le genre Aegyptianella appartient bien à la famille des Anaplasmataceae.

En 2004, la famille des Anaplasmataceae s'est enrichie d'un nouveau genre et d'une nouvelle espèce. Ces bactéries ne sont pas cultivables in vitro et Kawahara et al. les placent dans la catégorie Candidatus avec la dénomination de "Candidatus Neoehrlichia mikurensis".

 

Caractères bactériologiques

 

La famille des Anaplasmataceae s'est enrichie de nouveaux genres et de nouvelles espèces ce qui conduit Dumler et al. à redéfinir cette famille.
La famille des Anaplasmataceae Philip 1957 (Approved Lists 1980) emend. Dumler et al. 2001 rassemble des bactéries, à Gram négatif, non cultivables sur milieux inertes, se multipliant dans des vacuoles intracytoplasmiques et aptes à infecter les globules rouges ou les cellules du tissu mononucléé phagocytaire ou les granulocytes neutrophiles ou les cellules endothéliales ou des cellules d'helminthes ou des cellules d'arthropodes.
La famille des Anaplasmataceae est constituée par les genres Aegyptianella, Anaplasma, Ehrlichia, "Candidatus Neoherlichia", Neorickettsia et Wolbachia.

 

Orientation bibliographique

 

DUMLER (J.S.), BARBET (A.F.), BEKKER (C.P.J.), DASCH (G.A.), PALMER (G.H.), RAY (S.C.), RIKIHISA (Y.) et RURANGIRWA (F.R.) : Reorganization of genera in the families Rickettsiaceae and Anaplasmataceae in the order Rickettsiales: unification of some species of Ehrlichia with Anaplasma, Cowdria with Ehrlichia and Ehrlichia with Neorickettsia, description of six new species combinations and designation of Ehrlichia equi and 'HGE agent' as subjective synonyms of Ehrlichia phagocytophila. Int. J. Syst. Evol. Microbiol. 2001, 51, 2145-2165.
Deux tableaux annexés à cet article sont disponibles uniquement sur Internet au format PDF :
Additional Table 1. Similarity matrix of 16S rRNA sequences of selected ehrlichiae
Additional Table 2. Similarity matrix for groESL sequences of selected ehrlichiae

INOKUMA (H.), BROUQUI (P.), DRANCOURT (M.) et RAOULT (D.) : Citrate synthase gene sequence: a new tool for phylogenetic analysis and identification of Ehrlichia. J. Clin. Microbiol., 2001, 39, 3031-3039.

INOKUMA (H.), TERADA (Y.), KAMIO (T.), RAOULT (D.) et BROUQUI (P.) : Analysis of the 16S rRNA gene sequence of Anaplasma centrale and its phylogenetic relatedness to other ehrlichiae. Clin. Diagn. Lab. Immunol., 2001, 8, 241-244.

KAWAHARA (M.), RIKIHISA (Y.), ISOGAI (E.), TAKAHASHI (M.), MISUMI (H.), SUTO (C.), SHIBATA (S.), ZHANG (C.) et TSUJI (M.) : Ultrastructure and phylogenic analysis of 'Candidatus Neoehrlichia mikurensis' in the family Anaplasmataceae, isolated from wild rats and found in Ixodes ovatus ticks. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2004, 54, 1837-1843.

PRETZMAN (C.), RALPH (D.), SOTHARD (D.R.), FUERST (P.A.) et RIKIHISA (Y.) : 16S rRNA gene sequence of Neorickettsia helminthoeca and its phylogenetic alignment with members of the genus Ehrlichia. Int. J. Syst. Bacteriol., 1995, 45, 207-211.

RIKIHISA (Y.), ZHANG (C.) et CHRISTENSEN (B.M.) : Molecular characterization of Aegyptianella pullorum (Rickettsiales, Anaplasmataceae). J. Clin. Microbiol., 2003, 41, 5294-5297.

YU (X.), ZHANG (X.), McBRIDE (J.W.), ZHANG (Y.) et WALKER (D.H.) : Phylogenetic relationships of Anaplasma marginale and 'Ehrlichia platys' to other Ehrlichia species determined by GroEL amino acid sequences. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2001, 51, 1143-1146.

 

Documents disponibles uniquement sur Internet :

Bergey's Manual of Systematic Bacteriology

NCBI Taxonomy Browser

 

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