J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 14 mars 2007

 

AEROMONAS BIVALVIUM

 

Voir aussi le fichier : ¤ "Aeromonadales, Aeromonadaceae".

 

Systématique

 

Les résultats d'une étude phénotypique, publiée en 2002, permettent à Miñana-Galbis et al. de caractériser deux souches du genre Aeromonas, isolées de mollusques bivalves (une souche isolée de Cardium sp. et une souche isolée de Ensis sp.) et constituant un phénon particulier que les auteurs appellent le phénon VII.
En 2007, la même équipe soumet ces deux souches à une étude de "taxonomie mixte et consensuelle" (polyphasic taxonomy ; voir le fichier ¤ "Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne").

L'étude des ARNr 16S confirme l'appartenance des deux souches au genre Aeromonas et montre qu'elles sont phylogénétiquement plus proches de Aeromonas popoffii que des autres espèces du genre.

L'étude du génome effectuée par FAFLP (Fluorescence Amplified Fragment Length Polymorphism) révèle que les deux souches forment un groupe distinct de tous les autres représentants du genre Aeromonas.

Les valeurs du G + C p. cent des deux souches sont comprises entre 62,3 et 62,6 ce qui est compatible avec les valeurs obtenues avec les autres espèces du genre Aeromonas (G + C p. cent variant de 40 à 63).
Les hybridations ADN-ADN, réalisées sur les deux souches montrent qu'elles constituent une unique genomospecies (pourcentage d'homologie de 76 p. cent. En revanche, les pourcentages d'homologie obtenus entre l'ADN de la souche 868E (qui sera désignée comme la souche type de la nouvelle espèce) et l'ADN des souches types des diverses espèces du genre Aeromonas sont inférieurs à 45. Les deux souches constituent donc une genomospecies distincte (voir le fichier ¤ "Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne").

Cette genomospecies peut être caractérisée par ses caractères phénotypiques si bien que, le 08 mars 2007, Miñana-Galbis et al. valident la nomenclature de Aeromonas bivalvium (souche type 868E = CECT 7113 = LMG 23376).

 

Caractères bactériologiques

 

Aeromonas bivalvium présente les caractères généraux de la famille des ¤ Aeromonadaceae et du genre Aeromonas*
. Les souches de Aeromonas bivalvium se présentent comme des cocco-bacilles ou des bacilles à Gram négatif, droits, de 0,5 à 2,0 µm de longueur sur 0,3 à 1,0 µm de diamètre, mobiles grâce à un flagelle polaire, aéro-anaérobies, chimio-organotrophes, à métabolisme oxydatif et fermentatif, oxydase positive, catalase positive, réduisant les nitrates en nitrites et résistants à 150 µg de O/129.
. Une réponse positive est obtenue avec les tests indole, LDC, ONPG, DNase, gélatinase, hydrolyse de l'esculine, hydrolyse de l'amidon, acidification (sans gaz) du L-arabinose, de l'arbutine, de la dextrine, du D-galactose, du glucose, du glycérol, du D-mannitol, du saccharose, de la salicine et du tréhalose.
. Une réponse négative est notée pour les tests ADH, ODC, VP, uréase, production d'hydrogène sulfuré, acidification du lactose, du D-mannose, du D-mélibiose, du D-raffinose, du L-rhamnose, du sorbitol et du D-xylose.
. Aeromonas bivalvium assimile l'acétate, la N-acétylglucosamine, l'amidon, l'esculine, le L-arabinose, l'arbutine, la L-arginine, le D-cellobiose, le citrate,le D-fructose, le D-galactose, le D-glucose, le glycérol, la L-histidine, le L-lactate, le maltose, le D-mannitol, le saccharose, la salicine et le D-tréhalose. Une réponse négative est obtenue pour l'assimilation de l'adonitol, du dulcitol, de l'inositol, du lactose, du D-mannose, du D-mélézitose, du D-mélibiose, du D-raffinose, du L-rhamnose, du sorbitol, du L-sorbose et du D-xylose.
. Quelques caractères permettant de différencier Aeromonas bivalvium des autres espèces mésophiles du genre Aeromonas sont donnés dans le tableau I et le tableau II.

La température optimale de croissance est comprise entre 30 et 37 °C, mais Aeromonas bivalvium est capable de se multiplier à des températures variant de 4 à 37 °C. La culture à 40,5 °C est un caractère variable selon les souches.
Aeromonas bivalvium cultive en présence de 0 à 3 p. cent de NaCl et à un pH de 9, mais aucune culture n'est observée en présence de 7 p. cent de NaCl ou à un pH de 4,5.
Après 48 heures d'incubation à 25 °C, les colonies obtenues sur une gélose trypticase soja sont circulaires, de couleur beige, opaques et leur diamètre varie de 3 à 4 mm.

Aeromonas bivalvium est résistante à l'association amoxycilline-acide clavulanique, à l'ampicilline, à l'érythromycine et à la pénicilline G. Une sensibilité est observée vis-à-vis de l'amikacine, de la ceftriaxone, de la ciprofloxacine, de la colistine, de la gentamicine, de l'imipénème, de la polymyxine B, de la tétracycline, de la tobramycine et de l'association triméthoprime-sulfaméthoxazole.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

L'habitat et le pouvoir pathogène de Aeromonas bivalvium sont encore inconnus. Toutes les souches ont été isolées de mollusques bivalves prélevés sur un marché de Barcelone (Espagne).

 

Diagnostic bactériologique

 

Après broyage de 25 grammes de chair dans 250 mL d'une solution de Ringer diluée au quart, les souches de Aeromonas bivalvium peuvent être isolées sur le milieu sélectif de Havelaar** et sur le milieu sélectif de Havelaar   contenant 10 mg d'ampicilline par litre. L'isolement peut être précédé d'une phase d'enrichissement de 18 heures dans un bouillon à pH 9 ou dans un bouillon trypticase soja.

Les espèces phénotypiquement les plus proches sont Aeromonas caviae et Aeromonas media.
. La production d'une lysine décarboxylase différencie Aeromonas bivalvium de Aeromonas caviae et de Aeromonas media qui donnent une réponse négative à ce test.
. Aeromonas media produit un pigment brun diffusible et cette espèce donne une réponse positive aux tests ONPG, fermentation du lactose, fermentation du mannose et assimilation du lactose, du mannose et du raffinose.
. Aeromonas bivalvium assimile et acidifie le glycérol ce qui différencie cette espèce de Aeromonas caviae.

 

Orientation bibliographique

 

ABBOTT (S.L.), CHEUNG (W.K.) et JANDA (J.M.) : The genus Aeromonas: biochemical characteristics, atypical reactions, and phenotypic identification schemes. J. Clin. Microbiol., 2003, 41, 2348-2357.

COLWELL (R.R.), MACDONELL (M.T.) et DE LEY (J.) : Proposal to recognize the family Aeromonadaceae fam. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1986, 36, 473-477.

MARTIN-CARNAHAN (A.) et JOSEPH (S.W.) : Order XII. Aeromonadales ord. nov. In : D.J. BRENNER, N.R. KRIEG, J.T. STALEY and G. M. GARRITY (eds), Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology, second edition, vol. 2 (The Proteobacteria), part B (The Gammaproteobacteria), Springer, New York, 2005, p. 556.

MARTIN-CARNAHAN (A.) et JOSEPH (S.W.) : Family I. Aeromonadaceae Colwell, MacDonell and De Ley 1986, 474VP. In : D.J. BRENNER, N.R. KRIEG, J.T. STALEY and G. M. GARRITY (eds), Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology, second edition, vol. 2 (The Proteobacteria), part B (The Gammaproteobacteria), Springer, New York, 2005, p. 556.

MARTIN-CARNAHAN (A.) et JOSEPH (S.W.) : Genus I. Aeromonas Stanier 1943, 213AL. In : D.J. BRENNER, N.R. KRIEG, J.T. STALEY and G. M. GARRITY (eds), Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology, second edition, vol. 2 (The Proteobacteria), part B (The Gammaproteobacteria), Springer, New York, 2005, pp. 557-578.

MIÑANA-GALBIS (D.), FARFÁN (M.), FUSTÉ (M.C.) et LORÉN (J.G.): Aeromonas bivalvium sp. nov., isolated from bivalve molluscs. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2007, 57, 582-587.

MIÑANA -GALBIS (D.), FARFÁN (M.), LORÉN (J.G.) et FUSTÉ (M.C.) : Biochemical identification and numerical taxonomy of Aeromonas spp. isolated from environmental and clinical samples in Spain. J. Appl. Microbiol., 2002, 93, 420-430.

POPOFF (M.) : Genus III Aeromonas Kluyver and Van Niel 1936, 398AL. In: N.R. KRIEG and J.G. HOLT (éds.), Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology, vol. 1, The Williams & Wilkins Co, Baltimore, 1984, pp. 545-548.

 

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Description du genre Aeromonas (d'après M. Popoff 1984 et Martin-Carnahan et Joseph 2005)

Bacilles aux extrémités arrondies ou coccobacilles de 0,3 à 1,0 µm de diamètre sur 1,0 à 3,5 µm de longueur, à Gram négatif, se présentant de manière isolée ou groupés par deux ou rarement en courtes chaînes, non sporulés, généralement mobiles grâce à un unique flagelle polaire (une ciliature péritriche est parfois observée dans les cultures jeunes effectuées sur un milieu solide), aéro-anaérobies, métabolisant le glucose par voie respiratoire ou fermentative, le métabolisme des sucres conduit à la production d'acides et parfois à la production de gaz (CO2 et H2), réduisant les nitrates en nitrites, généralement oxydase positive, généralement catalase positive, le plus souvent résistant à 150 µg de O/129 (2,4-diamino-6,7-diisopropylptéridine), chimio-organotrophes, capables d'assimiler divers sucres et acides organiques, possédant une température optimale de croissance comprise entre 22 et 37 °C (mais quelques espèces ne cultivent pas à 35 °C), isolés de l'eau douce, de l'eau saumâtre et de sédiments, certaines espèces sont douées d'un pouvoir pathogène pour les animaux aquatiques et pour l'homme.
Le G + C p. cent varie de 57 à 63, l'espèce type est ¤ Aeromonas hydrophila.

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Milieu sélectif de Havelaar (m-Aeromonas Selective Agar Base Havelaar)
Composition en g/L

Tryptose 5,0
Dextrine 11,4
Extraits de levure 2,0
Chlorure de sodium 3,0
Chlorure de potassium 2,0
Sulfate de magnésium 0,1
Chlorure de fer 0,06
Bleu de bromothymol 0,08
Désoxycholate de sodium 0,1
Agar 13,0.

Sur le milieu sélectif de Havelaar, les Aeromonas sp. cultivent en donnant des colonies de couleur jaune.

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