J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 31 juillet 2000

 

ACTINOMYCES BOWDENII

 

Des bactéries ressemblant à des Actinomyces sp. sont isolées de divers prélèvements réalisés chez des carnivores domestiques. L'espèce la plus fréquente est Actinomyces viscosus mais d'autres espèces (¤ Actinomyces canis, ¤ Actinomyces hordeovulneris, Actinomyces meyeri, Actinomyces odontolyticus) sont également identifiées. Toutefois, il est fréquent d'isoler des souches dont l'identification s'avère impossible pour un laboratoire de bactériologie clinique. La description de Actinomyces bowdenii devrait permettre l'identification de certaines de ces souches.

La nomenclature de Actinomyces bowdenii a été validement publiée en octobre 1999 pour quatre souches de Actinomyces sp. isolées du chien (trois souches) et du chat (une souche). Toutes les souches présentent des caractères phénotypiques compatibles avec ceux d'un Actinomyces sp. et l'analyse électrophorétique des protéines révèle qu'elles constituent un groupe homogène, distinct mais, apparenté aux espèces du genre Actinomyces. L'étude de la séquence de l'ADNr 16S d'une souche isolée du chat et d'une souche isolée du chien révèle de fortes homologies (similitudes supérieures à 96,6 p. cent) avec Actinomyces naeslundii* (genomospecies 1), Actinomyces viscosus* sérovar I, Actinomyces slackii et Actinomyces sp. sérovar WVA 963* .

Les souches de Actinomyces bowdenii se présentent sous la forme de bacilles à Gram positif, droits ou légèrement incurvés, parfois ramifiés, d'une longueur de 2 à 4 µm, non sporulés, non acido-résistants, immobiles, aéro-anaérobies, catalase positive, métabolisant le D-glucose en produisant essentiellement de l'acide succinique et, dans une moindre mesure, de l'acide acétique et de l'acide lactique.

Les caractères phénotypiques ont été étudiés en utilisant des galeries API (API rapid ID32Strep, API CORYNE et API ZYM).
. Un caractère positif est obtenu pour les tests réduction des nitrates, VP, hydrolyse de l'esculine, phosphatase acide, alanine-phénylalanine-proline arylamidase, alpha-galactosidase, bêta-galactosidase, bêta-glucosidase, bêta-galacturonidase, leucine arylamidase, acidification du D-glucose, du maltose, du mélibiose, du mélézitose, du méthyl-bêta-D-glucopyranoside, du lactose, du D-raffinose, du ribose, du saccharose et du tréhalose.
. Une réponse négative est observée pour les tests hydrolyse de l'hippurate, hydrolyse de la gélatine, uréase, ADH, N-acétyl-bêta-glucosaminidase, chymotrypsine, cystine arylamidase, estérase (C 4), estérase lipase (C 8), alpha-fucosidase, bêta-glucuronidase, glycyl-tryptophane arylamidase, alpha-mannosidase, bêta-mannosidase, lipase (C 14), acide pyroglutamique arylamidase, trypsine, valine arylamidase, acidification du L-arabinose, du D-arabitol, de la cyclodextrine, du mannitol, du glycogène, du pullulane, du sorbitol et du D-xylose.
. Une réponse variable selon les souches est notée pour les tests phosphatase alcaline, pyrazinamidaze**, alpha-glucosidase et acidification du tagatose**.
. Les caractères permettant de différencier Actinomyces bowdenii d'autres espèces du genre Actinomyces isolées chez les carnivores figurent dans le tableau I.

Après 24 à 48 heures d'incubation à 37 °C, les colonies obtenues sur une gélose Columbia enrichie de 5 p. cent de sang de cheval sont rondes, blanches ou grisâtres, non hémolytiques. La croissance est obtenue en aérobiose ou en anaérobiose et elle n'est pas stimulée par la présence de dioxyde de carbone.

L'habitat de Actinomyces bowdenii n'est pas connu avec certitude. Cette espèce a été isolée chez le chien d'un abcès de la mandibule, d'un abcès sous-mandibulaire et d'un pyogranulome sous-cutané formé autour d'un corps étranger. Une souche a également été isolée d'un prélèvement de liquide pleural effectué chez un chat.
A l'exception de la souche isolée de l'abcès sous-mandibulaire, les trois autres souches étaient associées à d'autres bactéries (Prevotella oris, Bacteroides fragilis, Pasteurella multocida, Pasteurella sp., Fusobacterium mortiferum). De telles associations sont un phénomène fréquent et la flore associée semble jouer un rôle un rôle dans l’expression du pouvoir pathogène des espèces du genre Actinomyces. À titre d'exemple, chez l’homme, les Actinomyces sp. ne sont présents à l’état pur que dans moins de 2 p. cent des cas et ils sont généralement associés à un, deux, trois ou quatre contaminants. Le nombre de ces contaminants peut même atteindre huit dans 0,2 p. cent des cas. Chez le chien, des chiffres comparables ont été obtenus par Kirpensteijn et Fingland lors d'actinomycoses sous-cutanées.

 

Orientation bibliographique

 

JOHNSON (J.L.), MOORE (L.V.H.), KANEKO (B.) et MOORE (W.E.C.) : Actinomyces georgiae sp. nov., Actinomyces gerencseriae sp. nov., designation of two genospecies of Actinomyces naeslundii, and inclusion of A. naeslundii serotypes II and III and Actinomyces viscosus serotype II in A. naeslundii genospecies 2. Int. J. Syst. Bacteriol., 1990, 40, 273-286.

KIRPENSTEIJN (J.) et FINGLAND (R.B.) : Cutaneous actinomycosis and nocardiosis in dogs : 48 cases (1980-1990). J. Amer. Vet. Med. Assoc., 1992, 201, 917-920.

PASCUAL (C.), FOSTER (G.), FALSEN (E.), BERGSTRÖM (K.), GREKO (C.) et COLLINS (M.D.) : Actinomyces bowdenii sp. nov., isolated from canine and feline clinical specimens. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 1873-1877.

 

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* :
La taxonomie de Actinomyces naeslundii et de Actinomyces viscosus est controversée et ces deux espèces sont parfois rassemblées au sein d'un complexe dénommé complexe Actinomyces naeslundii - Actinomyces viscosus. Les travaux de Johnson et al. montrent que 1) les souches du sérovar I de Actinomyces naeslundii forment une genomospecies particulière (Actinomyces naeslundii genomospecies 1) ; 2) les souches de Actinomyces viscosus sérovar I forment également une genomospecies individualisée (Actinomyces viscosus sensu stricto) ; 3) les souches des sérovars II et III de Actinomyces naeslundii ainsi que les souches du sérovar II de Actinomyces viscosus forment une seule genomospecies. Toutefois, les caractères phénotypiques ne permettent pas de distinguer ces diverses genomospecies et les auteurs ne proposent pas de changement de nomenclature.
Les souches de Actinomyces sp. WVA 963, parfois désignées sous le nom de Actinomyces naeslundii sérovar IV, sont isolées de lésions gingivales de l'homme. Ces souches forment en fait une genomospecies distincte proche de Actinomyces naeslundii et de Actinomyces viscosus. Les caractères phénotypiques ne permettent pas de caractériser cette genomospecies et aucune nomenclature n'a été proposée pour ces bactéries.

Pour la définition d'une genomospecies voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne.

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À la page 1876 de l'article décrivant Actinomyces bowdenii, à deux lignes d'intervalle, l'acidification du tagatose est notée comme variable ou comme négative. Toutefois, compte tenu des résultats mentionnés à la page 1874, il semble bien que l'acidification du tagatose soit variable selon les souches.
Un problème similaire est rencontré pour la pyrazinamidase notée (page 1876) soit comme un caractère positif soit comme un caractère variable selon les souches. Si on se réfère aux informations données page 1874, il semble que la pyrazinamidase soit en fait un caractère variable.

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