J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 07 décembre 2001

 

ANAPLASMA PLATYS

 

Voir aussi les fichiers Anaplasmataceae, Anaplasma, Ehrlichia, Ehrlichiaceae, Ehrlichieae, Rickettsiales et Classification de l'ordre des Rickettsiales.

 

Autre dénomination : "Ehrlichia platys".

 

Systématique

 

En 1978, Harvey et al. mettent en évidence dans les plaquettes d'un chien atteint de thrombopénie, un micro-organisme dont l'ultrastructure rappelle celle de ¤ Ehrlichia canis ou de Anaplasma marginale. Ces auteurs suggèrent de placer cette bactérie dans l'ordre des Rickettsiales mais ils ne lui donnent aucun nom. Cinq ans plus tard, sur la base de critères phénotypiques, French et Harvey placent cette bactérie dans le genre Ehrlichia et, comme elle ne présente pas de communauté antigénique avec ¤ Ehrlichia canis, ils proposent la création d'une nouvelle espèce, "Ehrlichia platys", dont la nomenclature n'a jamais été validement publiée.

L'étude des ARNr 16S montre que "Ehrlichia platys" appartient au groupe génomique II de la tribu des Ehrlichieae (voir tableau I). Au sein de ce groupe, cette espèce est phylogénétiquement plus proche de Ehrlichia phagocytophila, de Ehrlichia equi et de l'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine que de Anaplasma marginale, de Anaplasma centrale ou de Anaplasma ovis.
Les séquences des ARNr 16S des souches de "Ehrlichia platys" présentent de légères différences ce qui suggère l'existence de variants susceptibles d'expliquer la variabilité du pouvoir pathogène.

En novembre 2001, en se basant sur l'analyse des séquences des ARNr 16S, Dumler et al. transfèrent "Ehrlichia platys" dans le genre Anaplasma et ces auteurs valident la nomenclature de Anaplasma platys. Dans la mesure où la nomenclature de "Ehrlichia platys" n'a jamais été validement publiée, tous les auteurs doivent adopter celle de Anaplasma platys.

Il est intéressant de remarquer que des séquences d'ARNr 16S mises en évidence dans le sang de cervidés américains (Odocoileus virginianus), dans le sang de moutons d'Afrique du Sud ainsi que chez une tique (Amblyomma americanum) du Missouri sont similaires aux séquences de Anaplasma platys.

 

Caractères bactériologiques

 

Les caractères bactériologiques de Anaplasma platys sont ceux du genre Anaplasma.

Les souches de Anaplasma platys se présentent comme des bactéries rondes, ovales ou en forme de haricots, de 0,3 à 1,2 µm, présentes dans des morulas qui contiennent de une à huit cellules et cette espèce se distingue de toutes les autres Anaplasma par sa capacité à infecter les plaquettes (des bactéries, qualifiées de Rickettsia-like, ont cependant été observées, au Venezuela, dans les plaquettes de malades présentant des symptômes compatibles avec ceux d'une anaplasmose).
La culture de cette bactérie n'a pu être obtenue in vitro.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Anaplasma platys infecte uniquement les plaquettes et cette espèce n'a jamais été retrouvée dans d'autres cellules (les mégacaryocytes ne sont pas infectés et la présence d'antigènes de Anaplasma platys dans les macrophages, observée après une inoculation expérimentale, semble résulter de la phagocytose de plaquettes infectées).
Le chat, même après une inoculation par voie intraveineuse, n'est pas réceptif et Anaplasma platys est considéré comme un parasite strict du chien. Toutefois, par microscopie électronique, Du Plessis et al. ont mis en évidence des morulas, identiques à des morulas de Anaplasma platys, dans des plaquettes d'impalas (Aepyceros melampus), apparemment sains vivant dans le Parc National de Kruger (Afrique du Sud). Rappelons également que des séquences d'ARNr 16S, similaires aux séquences de Anaplasma platys, ont été identifiées chez des cervidés et des moutons. Ces observation suggèrent que Anaplasma platys (ou une bactérie proche) est apte à infecter d'autres espèces animales que le chien.

La transmission de l'infection semble se faire par l'intermédiaire de tiques et la tique la plus souvent incriminée est Rhipicephalus sanguineus. Anaplasma platys peut être mis en évidence chez Rhipicephalus sanguineus et l'hypothèse d'une transmission par Rhipicephalus sanguineus est confortée par les données épidémiologiques qui montrent que de nombreux chiens sont coïnfectés par Anaplasma platys et ¤ Ehrlichia canis (le vecteur de cette dernière espèce est Rhipicephalus sanguineus). Une autre modalité de contamination est représentée par les transfusions sanguines.
L'infection a été décrite aux USA, au Venezuela, en Asie (Chine, Taiwan, Japon), en Israël, en Australie et en Europe, notamment en Espagne, en Grèce, dans le sud de la France, en Allemagne et en Italie.
Des coïnfections Anaplasma platys, ¤ Anaplasma phagocytophilum et ¤ Ehrlichia canis ont été décrites en Thaïlande et au Venezuela.

L'infection est souvent inapparente mais, après une incubation de 8 à 15 jours, elle peut être responsable d'une fièvre, d'une adénopathie généralisée, d'une leucopénie et d'une anémie modérées, d'une hypergammaglobulinémie modérée, d'une hypoalbuminémie, d'une hypocalcémie et surtout d'une thrombopénie. Les épisodes de thrombopénie, d'une durée de l'ordre de 3 à 4 jours, se succèdent à intervalle de 7 à 21 jours d'où le nom de "thrombopénie infectieuse cyclique du chien" (canine infectious cyclic thrombocytopenia) donné à l'affection.
La sévérité de la thrombopénie est maximale lors du premier épisode (nombre de plaquettes inférieur ou égal à 10 000 par microlitre) et il est alors possible de mettre en évidence de nombreuses plaquettes infectées. Malgré cette diminution du nombre de thrombocytes, les hémorragies sont rares mais quelques cas d'hémorragies fatales ont été décrits à la suite de plaies accidentelles ou chirurgicales. Avec le temps, les thrombopénies cycliques laissent la place à une thrombopénie chronique de guérison lente et caractérisée par un faible nombre de plaquettes infectées.
Les souches grecques et israéliennes semblent avoir un pouvoir pathogène plus important car l'infection se traduit par une fièvre élevée (jusqu'à 41,5 °C), une anorexie, un abattement important, une pâleur des muqueuses et des hémorragies (pétéchies sur les muqueuses et lésions hémorragiques cutanées).

Glaze et Gaunt ont observé un cas d'uvéite bilatérale chez un chien infecté par Anaplasma platys et ne présentant aucun signe clinique susceptible d'évoquer l'une des maladies responsables d'uvéite chez le chien (blastomycose, histoplasmose, cryptococcose, toxoplasmose, brucellose, lymphosarcome...).

 

Diagnostic

 

L’isolement du germe en cultures cellulaires n'a jamais été réalisé. La mise en évidence des morulas dans le cytoplasme des cellules sanguines, après coloration de Giemsa, donne de nombreux résultats faussement négatifs car la thrombopénie est cyclique et le nombre de plaquettes infectées est peu important lors d'infections chroniques. Ce test est surtout utile lors des épisodes aigus.

Le diagnostic sérologique, largement utilisé dans certains pays, n'est pas réalisé en routine en France. Les infections à Anaplasma platys s’accompagnent d’une réponse en anticorps d'une durée au moins égale à quatre mois et pouvant atteindre cinq ans ou plus. L’interprétation devra donc tenir compte de l’examen clinique et un diagnostic de certitude nécessite de mettre en évidence une séroconversion. L'antigène est constitué de plaquettes d’animaux expérimentalement infectés et l’immunofluorescence indirecte (seuil de positivité supérieur à 200) est la technique la plus utilisée. L'immunofluorescence semble spécifique car aucune réactivité antigénique croisée n'a été mise en évidence entre Anaplasma platys et ¤ Anaplasma phagocytophilum, ¤ Ehrlichia canis ou ¤ Neorickettsia risticii. Notamment, des chiens infectés par ¤ Ehrlichia canis donnent une réponse négative vis-à-vis de Anaplasma platys et des animaux inoculés par Anaplasma platys n'ont pas d'anticorps vis-à-vis de ¤ Ehrlichia canis.
Le taux des anticorps est significatif dès le premier épisode de thrombopénie et il atteint un titre de 5120 ou plus en 7 à 14 jours.

D'autres techniques de diagnostic ont été proposées :
. Examen au microscope électronique réalisé sur du "buffy coat" traité au glutaraldéhyde.
. Techniques immunocytochimiques.
. Techniques d’amplification en chaîne par polymérase (PCR). Un test de PCR emboîté permet dans un premier temps d'amplifier une séquence de 345 pb de l'ARNr 16S puis dans un deuxième temps d'amplifier une séquence spécifique de Anaplasma platys.

 

Sensibilité aux antibiotiques et prophylaxie

 

La détermination de la sensibilité aux antibiotiques est irréalisable mais, Anaplasma platys est sensible aux tétracyclines (tétracycline, oxytétracycline, doxycycline et minocycline) et au chloramphénicol. Le traitement doit être poursuivi durant quatre semaines voire même huit semaines lors d'infections chroniques.

Il n'existe pas de vaccins pour la thrombopénie infectieuse cyclique et la prophylaxie repose, principalement, sur la lutte contre les vecteurs. Les chiens utilisés comme donneur de sang devraient être testés par immunofluorescence indirecte deux fois à quatre semaines d'intervalle puis tous les ans.

 

Orientation bibliographique

 

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Deux tableaux annexés à cet article sont disponibles uniquement sur Internet au format PDF :
Additional Table 1. Similarity matrix of 16S rRNA sequences of selected ehrlichiae
Additional Table 2. Similarity matrix for groESL sequences of selected ehrlichiae

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