J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 01 février 2005

 

ACTINOBACILLUS ROSSII

 

Autres dénominations : Groupe Ross de Kilian et Frederiksen (1981), phénon 17 de Sneath et Stevens (1985).

 

Voir aussi les fichiers : ¤ Actinobacillus et ¤ Pasteurellaceae, Pasteurellales.

 

Systématique

 

La nomenclature de Actinobacillus rossii a été validement publiée, le 9 avril 1990 par Sneath et Stevens, pour des souches bactériennes isolées du vagin de truies dans la période du post partum. L'individualisation de cette espèce reposait sur les résultats d'une étude de taxonomie numérique et sur les résultats d'hybridations ADN-ADN.

Pourtant, dès 1984, Escande et al. montraient que quatre souches isolées par Ross, dont la souche ATCC 27072 (souche type de Actinobacillus rossii), n'appartenaient pas au genre Actinobacillus.

Les travaux de Christensen et al. (séquençage des ARNr 16S, hybridations ADN-ADN, RAPD) confirment les résultats de Escande et al. et ils révèlent (i) que le taxon Actinobacillus rossii est hétérogène ; (ii) que la souche type de Actinobacillus rossii est phylogénétiquement apparentée à ¤ Actinobacillus porcinus (espèce qui n'appartient certainement pas au genre Actinobacillus) ; (iii) que Actinobacillus rossii et ¤ Actinobacillus porcinus forment un groupe appelé le "groupe Porcinus" (terminologie proposée par Olsen et al.) ; et (iv) que les souches des biovars 2, 6, 7, 8, 12, 13, 14, 15, 16, 21, 23, 24 et 26A, préalablement incluses dans l'espèce ¤ Pasteurella aerogenes (espèce qui n'appartient certainement pas au genre Pasteurella), forment avec la souche type de Actinobacillus rossii un groupe monophylétique.

Actinobacillus rossii et ¤ Actinobacillus porcinus représentent deux espèces différentes appartenant à un nouveau genre. Toutefois, parmi les souches de ¤ Actinobacillus porcinus, seule la souche type est bien caractérisée. Aussi, Christensen et al. préfèrent retarder la description formelle de ce nouveau genre.

 

Caractères bactériologiques

 

La description de Actinobacillus rossii, telle qu'elle a été proposée par Sneath et Stevens, est donnée dans une note infra paginale.
Les caractères présentés dans ce chapitre sont ceux obtenus par Christensen et al. (Actinobacillus rossii Sneath et Stevens 1990 emend. Christensen et al. 2005).

Les souches de Actinobacillus rossii (18 souches étudiées) sont constituées de petits bacilles ou, rarement, de cocco-bacilles, de moins de 2 µm de longueur, immobiles (à 22 et à 37 °C), fermentant le D-glucose (avec ou sans gaz), capables de croître sans NAD (facteur V).

Une réponse positive est notée pour les tests réduction des nitrates (sans productionde gaz), uréase, alanine aminopeptidase, ONPG, acidification du L-arabinose, du D-fructose, du L-fucose, du D-galactose, du glycérol, du lactose, du D-mannitol et du D-ribose.

Une réponse négative est observée avec les tests VP, ADH, LDC, ODC, phosphatase, phénylalanine désaminase, production d'hydrogène sulfuré (milieu TSI), alpha-fucosidase, alpha-glucosidase, PNPG ( p-nitrophényl-bêta-D-galactopyranoside), croissance sur le milieu au citrate de Simmons, croissance dans un bouillon au malonate, croissance sur un milieu au KCN, acidification du mucate, hydrolyse de la gélatine, hydrolyse du Tween 80, hydrolyse du Tween 20, acidification de l'adonitol, de l'amygdaline, de l'arbutine, du cellobiose, du dulcitol, du m-érythritol, de l'esculine, du D-fucose, du gentiobiose, du D-glycogène, de l'inuline, du D-mélézitose, de la salicine, du L-sorbose, du tréhalose, du D-turanose, du xylitol et du L-xylose.

Une réponse variable selon les souches est obtenue pour les tests catalase, oxydase, rouge de méthyle, indole, alpha-galactosidase, NPG (bêta-glucosidase étudiée en utilisant du 4-nitrophényl bêta-D-glucopyranoside), PGUA (bêta-glucuronidase étudiée en utilisant du 4-nitrophényl acide bêta-D-glucopyranosiduronique), ONPX (bêta-xylosidase étudiée en utilisant du 2-nitrophényl bêta-D-xylopiranoside), croissance sur gélose de MacConkey, acidification du L-arabitol, du D-arabinose, de la dextrine, du m-inositol, du maltose, du mannose, du D-mélibiose, du raffinose, du L-rhamnose, du saccharose, du sorbitol et du D-xylose.

Après 48 heures d'incubation à 37 °C, les colonies obtenues sur une gélose au sang de bovin sont rondes, convexes, non pigmentées, grisâtres, semi-transparentes et leur diamètre varie de 1 à 2 mm. Quelques souches provoquent une hémolyse bêta.

Quelques caractères permettant de distinguer Actinobacillus rossii des autres Actinobacillus sp. sont donnés dans le tableau I.
Les caractères différentiels de Actinobacillus rossii, ¤ Pasteurella aerogenes et ¤ Pasteurella mairii sont indiqués dans le tableau II. On remarquera qu'aucun caractère ne différencie avec certitude Actinobacillus rossii et ¤ Pasteurella aerogenes.
Les caractères permettant de caractériser les biovars figurent dans le tableau III.

Contrairement à la souche type de ¤ Actinobacillus porcinus, Actinobacillus rossii est phosphatase négative, il acidifie le L-arabinose, le glycérol et le D-ribose. De plus, la souche type de ¤ Actinobacillus porcinus est NAD-dépendante et uréase négative.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Actinobacillus rossii semble faire partie de la flore vaginale des truies.
Chez le porc, cette bactérie (incluant les biovars 2, 6, 7, 8, 12, 13, 14, 15, 16, 21, 23, 24 et 26A, préalablement considérés comme des biovars de ¤ Pasteurella aerogenes) est isolée de vaginites post partum, d'avortons, des amygdales, des poumons, du foie, de l'intestin, des os, du cerveau et une souche a été isolée d'un cas de métrite.

Dans une étude américaine, Actinobacillus rossii était impliqué dans 16 p. cent des avortements infectieux. Même en l'absence d'avortements, la présence de Actinomyces rossii est associée à une réduction du poids des porcelets observée à la naissance et à 21 jours. Des infections à Actinobacillus rossii ont été également décrites en Hongrie et il est probable que ce germe a une répartition géographique vaste.

Des souches de Actinobacillus rossii possèdent des gènes apxIICAvar. rossii et des gènes apxIIICABDvar. rossii. Ces souches synthétisent deux toxines RTX (voir le fichier ¤ "Les toxines RTX"), proches des toxines ApxIIA et ApxIIIA de ¤ Actinobacillus pleuropneumoniae. Ces toxines sont cytotoxiques pour les macrophages et sont responsables d'un test de CAMP** positif.

 

Diagnostic bactériologique

 

L'isolement de Actinobacillus rossii ne pose pas de problèmes particuliers car cette espèce cultive facilement sur une gélose au sang.

L'identification est délicate et l'étude des caractères phénotypiques ne permet pas de différencier avec certitude Actinobacillus rossii, ¤ Pasteurella aerogenes et ¤ Pasteurella mairii. Selon Christensen et al. l'identification devrait également faire appel au séquençage des ARNr 16S et au ribotypage.
L'utilisation de systèmes commercialisés (comme les galeries API 20 NE) ne peut donner un diagnostic de certitude.

Quelques caractères permettant d'orienter le diagnostic sont donnés dans le tableau I et dans le tableau II.
Le tableau III présente les caractères permettant d'identifier les biovars.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

Les 10 souches de Actinobacillus rossii, étudiées par Proctor et al., étaient sensibles à la gentamicine, à la kanamycine, à la spectinomycine et à l'association sulfamide-triméthoprime. En revanche, cinq souches résistaient à la pénicilline G, quatre à l'ampicilline, deux à la céfalotine, cinq à la clindamycine, une à l'érythromycine, deux à la novobiocine et quatre à la tétracycline.

 

Orientation bibliographique

 

BISGAARD (M.), HOUGHTON (S.B.), MUTTERS (R.) et STENZEL (A.) : Reclassification of German, British and Dutch isolates of so-called Pasteurella multocida obtained from pneumonic calf lungs. Vet. Microbiol., 1991, 26, 115-124.

CHRISTENSEN (H.) et BISGAARD (M.) : Revised definition of Actinobacillus sensu stricto isolated from animals. A review with special emphasis on diagnosis. Vet. Microbiol., 2004, 99, 13-30.

CHRISTENSEN (H.), FOSTER (G.), CHRISTENSEN (J.P.), PENNYCOTT (T.), OLSEN (J.E.) et BISGAARD (M.) : Phylogenetic analysis by 16S rDNA gene sequence comparison of avian taxa of Bisgaard and characterization and description of two new taxa of Pasteurellaceae. J. Appl. Microbiol., 2003, 95, 354-363.

CHRISTENSEN (H.), KUHNERT (P.), BISGAARD (M.), MUTTERS (R.), DZIVA (F.) et OLSEN (J.E.) : Emended description of porcine [Pasteurella] aerogenes, [Pasteurella] mairii and [Actinobacillus] rossii. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2005, 55, 209-223.

ESCANDE (F.), GRIMONT (F.), GRIMONT (P.A.D.) et BERCOVIER (H.) : Deoxyribonucleic acid relatedness among strains of Actinobacillus spp. and Pasteurella ureae. Int. J. Syst. Bacteriol., 1984, 34, 309-315.

FODOR (L.), VARGA (J.), HAJTOS (I.) et RATZ (F.) : Characterization of Actinobacillus strains isolated from aborted swine fetuses. Acta Vet. Hung., 1990, 38, 225-230.

FREY (J.) et KUHNERT (P.) : RTX toxins in Pasteurellaceae. Int. J. Med. Microbiol., 2002, 292, 149-158.

PROCTOR (M.), BOULEY (D.), WETZELL (J.) et GUNTHER (R.) : Porcine abortion associated with Actinobacillus sp. "Ross". Amer. Assn. Veterinary Laboratory Diagnosticians, 1986, 29th Annual Proceedings, 39-48.

SCHALLER (A.), KUHNERT (P.), de la PUENTE-REDONDO (V.A.), NICOLET (J.) et FREY (J.) : Apx toxins in Pasteurellaceae species from animals. Vet. Microbiol., 2000, 74, 365-376.

SNEATH (P.H.A.) et STEVENS (M.) : A numerical txonomic study of Actinobacillus, Pasteurella and Yersinia. J. Gen. Microbiol., 1985, 131, 2711-2738.

SNEATH (P.H.A.) et STEVENS (M.) : Actinobacillus rossii sp. nov., Actinobacillus seminis sp. nov., nom. rev., Pasteurella bettii sp. nov., Pasteurella lymphangitidis sp. nov., Pasteurella mairi sp. nov., and Pasteurella trehalosi sp. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1990, 40, 148-153.

 

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* : Description de Actinobacillus rossii selon Sneath et Stevens (10 souches étudiées) :

Bacilles à Gram négatif, se présentant parfois sous la forme de cocco-bacilles, d'un longueur souvent supérieure à 2 µm, immobiles, non sporulés, n'exigeant pas le NAD (facteur V), aéro-anaérobies, à métabolisme fermentatif, catalase et oxydase positives, réduisant les nitrates en nitrites, réduisant le vert Janus, phosphatase positive, uréase positive, ODC négative, non indologènes, n'hydrolysant pas l'esculine, acidifiant le L-arabinose, le galactose, le m-inositol, le mannitol, le sorbitol et le D-xylose, n'acidifiant ni l'arbutine ni le cellobiose ni le dulcitol ni le mélibiose ni le saccharose ni la salicine ni le tréhalose.
Une réponse variable selon les souches est notée pour les tests ONPG, croissance sur gélose de MacConkey, formation de gaz lors de la fermentation du glucose, acidification du lactose, du maltose, du mannose et du raffinose.

Après 48 heures d'incubation à 37 °C, les colonies obtenues sur une gélose au sang de mouton sont rondes, grisâtres, semi-transparentes et leur diamètre est d'environ 2 mm. Quelques souches provoquent une hémolyse partielle.

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** : Test de CAMP (Christie-Atkins-Munch-Petersen)

La réalisation du test de CAMP est simple : sur une gélose au sang (généralement du sang de mouton) on ensemence en strie une souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus bêta hémolytique puis la souche à étudier est ensemencée selon une strie perpendiculaire réalisée sans toucher celle de Staphylococcus aureus subsp. aureus.
. Un CAMP test positif se traduit par une augmentation de la zone d'hémolyse à la jonction des deux stries.
. Un CAMP test est négatif lorsque l'hémolyse de la souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus est inchangée.
. Un CAMP test est qualifié de "reverse positif" si on observe une inhibition de la zone d’hémolyse à la jonction des deux stries.

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