J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 19 mars 2004

 

AEROMONAS SIMIAE

 

Voir aussi le fichier : ¤ "Aeromonadales, Aeromonadaceae".

 

En septembre 1999, Harf-Monteil et al. isolent deux souches de Aeromonas sp. des fèces de macaques à longue queue ou macaques crabiers ou cynomolgus (Macaca fascicularis*). Les singes, cliniquement sains, provenaient de l'Île Maurice et subissaient une quarantaine au centre de primatologie de l'Université Louis Pasteur de Strasbourg**.

Les séquences des ARNr 16S des deux souches sont pratiquement identiques et elles présentent 1,7 à 3,5 p. cent de différence avec les séquences des autres espèces du genre Aeromonas. Les espèces phylogénétiquement les plus proches sont Aeromonas schubertii et Aeromonas trota.
En accord avec les conclusions de Stackebrandt et Goebel, l'étude des séquences des ARNr 16S ne permet pas de proposer une nouvelle espèce.

Les ADN des deux souches présentent entre eux 89 p. cent d'homologie alors que les pourcentages d'homologie ADN-ADN obtenus avec les deux espèces phylogénétiquement les plus proches ne dépassent pas 18 p. cent. Les deux souches isolées des macaques crabiers constituent donc une genomospecies distincte (voir le fichier ¤ "Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne").
Les caractères phénotypiques permettent d'identifier cette genomospecies et Harf-Monteil et al. proposent la nomenclature de Aeromonas simiae qui sera validement publiée le 11 mars 2004.

Aeromonas simiae présente les caractères généraux de la famille des Aeromonadaceae*** et du genre Aeromonas****.
. Les souches de Aeromonas simiae se présentent comme des bacilles à Gram négatif, droits, mobiles grâce à un flagelle polaire, aéro-anaérobies, chimio-organotrophes, à métabolisme oxydatif et fermentatif, oxydase positive, catalase positive, réduisant les nitrates en nitrites, résistants à 150 µg de O/129, sensibles à la céfalotine et résistants à l'ampicilline.
. Une réponse positive est obtenue avec les tests ADH, LDC, pyrazinamidase, acidification (sans gaz) de l'amidon, du D-cellobiose, du D-fructose, du galactose, du gluconate, de la N-acétylglucosamine, du D-glucose, du glycérol, du glycogène, du D-maltose, du D-mannose, du ribose, du D-saccharose et du D-tréhalose.
. Une réponse négative est notée pour les tests indole, VP, ODC, acidification de l'adonitol, de l'amygdaline, du D-arabinose, du L-arabinose, du D-arabitol, du dulcitol, de l'érythritol, du D-fucose, du gentiobiose, du 2-céto-gluconate, du 5-céto-gluconate, de l'alpha-méthyl-D-glucoside, de l'inositol, de l'inuline, du lactose, du D-lyxose, du mannitol, de l'alpha-méthyl-D-mannoside, du mélibiose, du mélézitose, du raffinose, du rhamnose, de la salicine, du sorbitol, du sorbose, du D-tagatose, du turanose, du xylitol, du D-xylose, du L-xylose, du bêta-méthyl-D-xyloside.
. L'hydrolyse de l'esculine et l'acidification de l'arbutine sont des caractères variables selon les souches.
. Quelques caractères permettant de différencier Aeromonas simiae des autres espèces mésophiles du genre Aeromonas sont donnés dans le tableau I.
Si on fait exception de Aeromonas schubertii, les principaux caractères permettant de différencier Aeromonas simiae des autres Aeromonas mésophiles sont l'absence d'acidification du mannitol et l'absence de production d'indole.
Aeromonas simiae se différencie de Aeromonas schubertii car cette dernière espèce n'acidifie ni le D-cellobiose ni le D-saccharose et elle est pyrazinamidase négative.

Aucune croissance n'est obtenue en présence de 6 p. cent de NaCl. Le germe cultive en 24 heures à 30 et à 42 °C. Sur une gélose au sang de mouton, les colonies sont non hémolytiques.

 

Orientation bibliographique

 

ABBOTT (S.L.), CHEUNG (W.K.) et JANDA (J.M.) : The genus Aeromonas: biochemical characteristics, atypical reactions, and phenotypic identification schemes. J. Clin. Microbiol., 2003, 41, 2348-2357.

COLWELL (R.R.), MACDONELL (M.T.) et DE LEY (J.) : Proposal to recognize the family Aeromonadaceae fam. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1986, 36, 473-477.

HARF-MONTEIL (C.), LE FLECHE (A.), RIEGEL (P.), PREVOST (G.), BERMOND (D.), GRIMONT (P.A.D.) et MONTEIL (H.) : Aeromonas simiae sp. nov., isolated from monkey faeces. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2004 54, 481-485.

POPOFF (M.) : Genus III Aeromonas Kluyver and Van Niel 1936, 398AL. In: N.R. KRIEG and J.G. HOLT (éds.), Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology, vol. 1, The Williams & Wilkins Co, Baltimore, 1984, pp. 545-548.

STACKEBRANDT (E.) et GOEBEL (B.M.) : Taxonomic note: A place for DNA-DNA reassociation and 16S rRNA sequence analysis in the present species definition in bacteriology. Int. J. Syst. Bacteriol., 1994, 44, 846-849.

 

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* : Macaca fascicularis

Classification d'après le NCBI Taxonomy Browser : Eukaryota ; Fungi/Metazoa group ; Metazoa ; Eumetazoa ; Bilateria ; Coelomata ; Deuterostomia ; Chordata ; Craniata ; Vertebrata ; Gnathostomata ; Teleostomi ; Euteleostomi ; Sarcopterygii ; Tetrapoda ; Amniota ; Mammalia ; Theria ; Eutheria ; Primates ; Catarrhini ; Cercopithecidae ; Cercopithecinae ; Macaca ; Macaca fascicularis.

Pour des informations complémentaires voir le fichier Macaca fascicularis sur le site Animal Diversity Web (University of Michigan, Museum of Zoology).

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** :
Pour des renseignements sur le centre de primatologie de l'Université Louis Pasteur de Strasbourg, voir le fichier Le centre de primatologie sur le site de l'Université Louis Pasteur de Strasbourg.

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*** : Description de la famille des Aeromonadaceae

Bacilles à Gram négatif, droits ou incurvés, immobiles ou mobiles grâce à une ciliature polaire, non sporulés, chimio-organotrophes, aéro-anaérobies, à métabolisme respiratoire et fermentatif, utilisant l'oxygène comme accepteur d'électrons, réduisant les nitrates en nitrites, ne réduisant pas les nitrites en azote, le plus souvent oxydase positive, généralement capables d'assimiler le glucose, généralement capables d'utiliser les sels d'ammonium comme unique source d'azote, mésophiles ou psychrophiles, ayant pour habitat principal l'eau douce, également isolés de sédiments ou d'animaux aquatiques.
Le G + C p. cent est compris entre 40 et 63, le genre type est le genre Aeromonas dont plusieurs espèces sont pathogènes pour l'homme, les poissons, les grenouilles et d'autres animaux vertébrés ou invertébrés.

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**** : Description du genre Aeromonas (modifiée d'après M. Popoff 1984)

Bacilles aux extrémités arrondies ou coccobacilles de 0,3 à 1,0 µm de diamètre sur 1,0 à 3,5 µm de longueur, à Gram négatif, se présentant de manière isolée ou groupés par deux ou en courtes chaînes, non sporulés, généralement mobiles grâce à un unique flagelle polaire, une ciliature péritriche est parfois observée dans les cultures jeunes effectuées sur un milieu solide, aéro-anaérobies, métabolisant le glucose par voie respiratoire ou fermentative, le métabolisme des sucres conduit à la production d'acides et parfois à la production de gaz (CO2 et H2), réduisant les nitrates en nitrites, oxydase positive, catalase positive, résistant au O129 (2,4-diamino-6,7-diisopropylptéridine), chimio-organotrophes, capables d'assimiler divers sucres et acides organiques, isolés de l'eau douce et de sédiments, certaines espèces sont douées d'un pouvoir pathogène pour les animaux aquatiques et pour l'homme.
Le G + C p. cent varie de 40 à 63, l'espèce type est ¤ Aeromonas hydrophila.

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