J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 14 décembre 1999

 

BARTONELLA DOSHIAE, BARTONELLA GRAHAMII, BARTONELLA PEROMYSCI, BARTONELLA TALPAE, BARTONELLA TAYLORII

 

Autres dénominations :
Bartonella doshiae : "Grahamella species 3".
Bartonella grahamii : "Grahamella species 1".
Bartonella peromysci : Grahamella peromysci.
Bartonella talpae : Grahamella talpae.
Bartonella taylorii : "Grahamella species 2".

 

Voir aussi le fichier ¤ Bartonella.

 

Systématique

 

Les cinq espèces faisant l'objet de ce chapitre ont préalablement été décrites sous la nomenclature de Grahamella.

Dans le Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology le genre Grahamella (Grahamella peromysci et Grahamella talpae) et le genre Bartonella (Bartonella bacilliformis) constituent la famille des Bartonellaceae. La distinction entre ces deux genres reposait sur des critères très ténus : 1) l'unique espèce du genre Bartonella infecte l'homme ce qui n'est pas le cas pour les Grahamella sp. ; 2) Les Grahamella sp. sont présentes dans les globules rouges alors que Bartonella bacilliformis peut être présente à la surface de ces cellules ; 3) contrairement aux Grahamella sp., Bartonella bacilliformis synthétise des flagelles.

Le genre Grahamella a été proposé en 1911 par Brumpt pour une bactérie (Grahamella talpae) parasitant les globules rouges de la taupe (Talpa europaea). Ultérieurement, ce genre s’est enrichi de nombreuses espèces décrites uniquement sur la mise en évidence de bactéries dans les globules rouges de diverses espèces animales : poissons, oiseaux, mammifères et notamment les petits rongeurs. Deux espèces ont été cultivées in vitro : Grahamella talpae et Grahamella peromysci mais les souches ne sont plus disponibles.
Le genre Grahamella étant mal caractérisé, il n’a pas été inclus dans les Approved Lists of Bacterial Names.
En 1984, Ristic et Kreier proposent une nouvelle description du genre Grahamella et des espèces Grahamella talpae et Grahamella peromysci et ces nomenclatures seront validement publiées par inscription sur la liste de validation n° 15. Les propositions de Ristic et Kreier sont discutables car : 1) aucune culture de l'une ou de l'autre espèce n'est disponible ; 2) aucune étude génomique n'a été réalisée ; 3) les relations phylogénétiques avec le genre Bartonella sont inconnues ; 4) les deux espèces ne sont individualisées que sur la base de leur pouvoir infectieux et il n'est même pas sûr que ces bactéries constituent deux genomospecies distinctes (pour la définition d'une genomospecies voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne).

En 1993, sur la base de critères génétiques, les genres Rochalimaea et Bartonella ont été unis sous l'appellation de Bartonella qui a priorité. Lors de cette étude, le genre Grahamella n’a pas été pris en compte car aucune culture n’était disponible.

L’isolement et la culture de nouvelles souches de Grahamella sp. isolées du sang de 37 petits mammifères ont permis à Birtles et al. d'étudier ces bactéries. Les caractères phénotypiques et la comparaison des séquences des gènes codant pour les ARNr 16S, les homologies ADN - ADN et les valeurs du G + C p. cent montrent que ces souches constituent 3 nouvelles espèces et que les taxons Bartonella et Grahamella constituent un unique genre. La nomenclature de Bartonella ayant priorité sur celle de Grahamella, les auteurs de cette étude incluent les 3 nouvelles espèces dans le genre Bartonella (Bartonella doshiae, Bartonella grahamii, Bartonella taylorii).
Compte tenu de l'absence de souches disponibles, les espèces Grahamella peromysci et Grahamella talpae n'ont pas pu être étudiées. Toutefois, Birtles et al. estiment que ces nomenclatures doivent être conservées et ils proposent les nouvelles combinaisons de Bartonella peromysci et de Bartonella talpae.

 

Caractères bactériologiques

 

Les caractères bactériologiques de Bartonella doshiae, Bartonella grahamii et Bartonella taylorii figurent dans la publication de Birtles et al. 1995 et ceux de Bartonella peromysci et de Bartonella talpae sont donnés par Ristic et Kreier 1984.
Ces 5 espèces rassemblent des souches de bacilles ou de coccobacilles à Gram négatif, non acido-alcoolo-résistants, dépourvus de flagelle, aérobies, oxydase négative, inactifs sur les sucres, parasitant les globules rouges des vertébrés et capables de croître sur des milieux inertes.
Bartonella doshiae, Bartonella grahamii et Bartonella taylorii sont VP positive (tablettes Rosco Diagnostica), Bartonella doshiae et Bartonella grahamii hydrolysent la tributyrine (tablettes Rosco Diagnostica) et Grahamella doshiae hydrolyse la pyrazinamide (tablettes Rosco Diagnostica). Les résultats de l'activité peptidasique (tablettes Rosco Diagnostica) vis-à-vis de quelques aminoacyl-bêta-naphtilamides figurent sur le tableau I.

La culture est difficile : elle nécessite des milieux contenant au moins 5 p. cent de sang de lapin, de mouton ou de cheval, une atmosphère humide enrichie de 5 p. cent de CO2 et un temps d'incubation de l'ordre de 10 jours.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Ces 5 espèces parasitent les globules rouges de petits mammifères sauvages. Le pouvoir pathogène est peu documenté et, à l'exception de Bartonella grahamii, elles ne semblent pas présentes chez d'autres espèces animales ou chez l'homme. Le pouvoir pathogène expérimental a été recherché pour Bartonella peromysci. Cette espèce n'est pas pathogène pour la souris Swiss ou pour le singe (Macaca mullata).

. Bartonella doshiae a été isolée du sang de Microtus agrestis.

. Bartonella grahamii a été isolée du sang de Clethrionomys glareolus, de Apodemus sylvaticus, de Apodemus flavicollis, de Microtus agrestis et de Neomys fodiens. Cette espèce a été rendue responsable d'un cas de neurorétinite chez une femme âgée de 55 ans et non infectée par le virus HIV. Le diagnostic a été établi par PCR (les amplicons, obtenus avec des amorces spécifiques des bartonelles, présentent une homologie de séquence de 100 p. cent avec l'ADNr 16S de Bartonella grahamii), la guérison a été obtenue par un traitement antibiotique (doxycycline et rifampicine durant 4 semaines) mais, la source de contamination n'a pas pu être établie.

. Bartonella peromysci parasite Peromyscus leucopus.

. Bartonella talpae parasite la taupe (Talpa sp.).

. Bartonella taylorii a été isolée du sang de Apodemus sp., de Apodemus flavicollis et de Microtus agrestis.

 

Orientation bibliographique

 

BIRTLES (R.J.), HARRISON (T.G.) et MOLYNEUX (D.H.) : Grahamella in small woodland mammals in the U.K. : isolation, prevalence and hosts specificity. Ann. Trop. Med. Parasitol., 1994, 88, 317-327.

BIRTLES (R.J.), HARRISON (T.G.), SAUNDERS (N.A.) et MOLYNEUX (D.H.) : Proposals to unify the genera Grahamella and Bartonella, with descriptions of Bartonella talpae comb. nov., Bartonella peromysci comb. nov., and three new species, Bartonella grahamii sp. nov., Bartonella taylorii sp. nov., and Bartonella doshiae sp. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1995, 45, 1-8.

BRENNER (D.J.), O’CONNOR (S.P.), WINKLER (H.H.) et STEIGERWALT (A.G.) : Proposals to unify the genera Bartonella and Rochalimaea, with descriptions of Bartonella quintana comb. nov., Bartonella vinsonii comb. nov., Bartonella henselae comb. nov., and Bartonella elizabethae comb. nov., and to remove the family Bartonellaceae from the order Rickettsiales. Int. J. Syst. Bacteriol., 1993, 43, 777-786.

KERKHOFF (F.T.), BERGMANS (A.M.C.), Van Der ZEE (A.) et ROTHOVA (A.) : Demonstration of Bartonella grahamii DNA in ocular fluids of a patient with neuroretinis. J. Clin. Microbiol., 1999, 37, 4034-4038.

RISTIC (M.) et KREIER (J.P.) : Family II. Bartonellaceae Gieszczykiewicz 1939, 25AL. In : N.R. KRIEG et J.G. HOLT : Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology. Volume 1, Williams & Wilkins, Baltimore, 1984, p. 717.

RISTIC (M.) et KREIER (J.P.) : Genus II. Grahamella (ex Brumpt 1911), nom. rev. In : N.R. KRIEG et J.G. HOLT : Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology. Volume 1, Williams & Wilkins, Baltimore, 1984, p. 718-719.

WEINMAN (D.) et KREIER (J.P.) : Bartonella and Grahamella. In : J.P. KREIER (éd.), Parasitic Protozoa, Vol. 4, Academic Press Inc., Londres, 1977, 197-233.

 

Voir aussi le fichier ¤ Bartonella.

 

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