J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 18 juin 1998
Dernière mise à jour le 09 janvier 2004

 

BERGEYELLA, BERGEYELLA ZOOHELCUM

 

Autres dénominations : CDC groupe IIj, Weeksella zoohelcum.

 

Systématique

 

Dans le Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology, le genre Flavobacterium comprend 24 espèces (dont 17 sont considérées comme incertae sedis) ainsi que les bactéries des groupes CDC IIf et IIj. En 1986, les souches des groupes IIf et IIj ont été placées dans le nouveau genre Weeksella sous les dénominations respectives de Weeksella virosa et de Weeksella zoohelcum. Les espèces du genre Weeksella se différencient des espèces du genre Flavobacterium par l’absence de pigmentation des colonies, par l’absence de pouvoir saccharolytique et par leur sensibilité à la pénicilline.

En fait, le genre Weeksella apparaît hétérogène et, en 1994, Vandamme et al. proposent de restreindre le genre Weeksella à sa seule espèce type, Weeksella virosa et de transférer Weeksella zoohelcum dans le nouveau genre Bergeyella.

Bergeyella zoohelcum est la seule espèce du genre Bergeyella, mais Botha et al. ont identifié dans des aliments (produits laitiers, viandes de poulets, de bœufs, de porcs et d'agneaux) des souches qui pourraient constituer une ou plusieurs nouvelles espèces du genre Bergeyella.

Le genre Bergeyella et le genre Weeksella sont classés dans la famille des ¤ Flavobacteriaceae.

 

Caractères bactériologiques

 

La description du genre Bergeyella et de son unique espèce, Bergeyella zoohelcum, est la suivante :

Bacilles à Gram négatif, non sporulés, non capsulés, immobiles, dépourvus de granules de poly-bêta-hydroxybutyrate, ne possédant pas de sphingolipides, aérobies à métabolisme respiratoire, chimio-organotrophes, inactifs sur les sucres.

Caractères positifs : catalase, oxydase, indole, uréase (milieu de Christensen ou de Ferguson) et sensibilité au composé vibriostatique O/129.

Caractères négatifs : oxydation ou fermentation des sucres, nitrate réductase, nitrite réductase, hydrolyse de l'esculine, hydrolyse du Tween 80, hydrolyse de l'amidon, hydrolyse de la tyrosine, citrate de Simmons, production d'hydrogène sulfuré, lysine décarboxylase, ornithine décarboxylase, arginine di-hydrolase et bêta galactosidase.

Caractères variables : gélatinase (caractère généralement positif mais les résultats peuvent être variables selon les techniques utilisées).

Les principaux caractères permettant de différencier ce genre des genres apparentés sont présentés sur le tableau I.

Une culture est obtenue pour températures comprises entre 18 °C et 42 °C mais, le germe ne cultive pas à 5 °C. Après 24-48 heures d'incubation sur gélose au sang de cheval, les colonies sont circulaires, non pigmentées, non hémolytiques, d’aspect butyreux ou muqueux et leur diamètre est compris entre 0,5 et 1 mm.
La croissance est faible après culture sur gélose nutritive et nulle sur gélose de MacConkey ou sur une gélose au cétrimide ou sur gélose samonella-shigella.

En 2004, Shukla et al. rapportent l'isolement d'une souche de Bergeyella zoohelcum incapable de croître sur une gélose au sang et ne cultivant que très faiblement sur une gélose chocolat après 48 heures d'incubation.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Bergeyella zoohelcum semble faire partie de la flore normale de la cavité buccale et des voies respiratoires supérieures des carnivores et, selon les études, 38 à 90 p. cent des chiens hébergent cette bactérie.
Le spectre d'hôtes pourrait être plus divers car une souche de Bergeyella zoohelcum a été caractérisée par séquençage de l'ADNr 16S dans la bouche d'un homme âgé de 39 ans.

Le pouvoir pathogène pour les carnivores est incertain mais une publication fait état de l'isolement de Bergeyella zoohelcum d'un poumon de chat présentant des lésions nécrotiques.

Bergeyella zoohelcum est isolée de plaies consécutives à des morsures ou à des griffures de chats et surtout de chiens pouvant conduire à des complications (abcès, septicémies, pneumonies, méningites). Un cas de ténosynovite (en association avec Pasteurella multocida) a été décrit chez un individu mordu par un tigre de Sibérie.
Le nombre de cas identifiés chez l'homme est inférieur à 10 mais l'importance de cette espèce semble sous-estimée. L'étude Shukla et al. a révélé l'existence d'au moins une souche incapable de croître sur une gélose au sang et ne cultivant que faiblement sur une gélose chocolat. De telles souches risquent de ne pas être caractérisées lors d'examens bactériologiques.

 

Diagnostic bactériologique

 

Classiquement, le diagnostic n'est pas considéré comme difficile dans la mesure où le bactériologiste connaît l’existence de cette bactérie et pense à la rechercher après morsures ou griffures infligées par des carnivores. Outre les caractères morphologiques et culturaux, l’identification repose sur le type respiratoire, la présence d’une oxydase, l’absence de pouvoir saccharolytique, la production d’indole, la présence d’une uréase intense et rapide (environ 5 minutes) sur milieu de Ferguson et sur la sensibilité au composé vibriostatique O/129.
L'utilisation du système "MicroSeq 500" (Perkin-Elmer), basé sur l'amplification et le séquençage des 527 premières bases de l'ADNr 16S, identifie Bergeyella zoohelcum comme une souches de ¤ Riemerella anatipestifer.

L'existence de souches cultivant difficilement complique le diagnostic et pourrait expliquer le faible nombre de cas identifiés chez l'homme.

Quelques caractères permettant de différencier Bergeyella zoohelcum des autres bacilles à Gram négatif, non anaérobies, n'appartenant pas à la famille des Enterobacteriaceae et isolés de plaies occasionnées par des morsures ou des griffures de carnivores sont donnés dans le tableau II.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

La sensibilité aux antibiotiques est bonne, notamment à la pénicilline G, à l’ampicilline, à la céfalotine, à la streptomycine, à l’érythromycine, à l’acide nalidixique, aux fluoroquinolones, au chloramphénicol et à la rifampicine.
La sensibilité à la kanamycine, à la polymyxine B, à la tétracycline et l'association sulfaméthoxazole-triméthoprime est variable selon les souches.

 

Orientation bibliographique

 

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