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Créé le 03 avril 2007
BIBERSTEINIA, BIBERSTEINIA TREHALOSI
Autres dénominations : Pasteurella haemolytica (souches du biovar T), Pasteurella trehalosi. Voir aussi le fichier : ¤ Pasteurellaceae, Pasteurellales
Systématique
En 1932, Newsom et Cross créent l'espèce Pasteurella haemolytica pour des souches de pasteurelles isolées des bovins et des ovins. Au sein de cette espèce, Smith propose de reconnaître deux biovars : le biovar A pour les souches fermentant l'arabinose mais pas le tréhalose et le biovar T pour les souches fermentant le tréhalose mais pas l'arabinose. Les souches des biovars A et T se différencient également par d'autres caractères (voir tableau I).
En 1985, Sneath et Stevens procèdent à une étude de taxonomie numérique (155 caractères étudiés) concernant plus de 250 souches des genres Actinobacillus, Pasteurella et Yersinia. Ces auteurs montrent que les souches de Pasteurella haemolytica des biovars A et T sont distinctes (les souches du biovar A forment le phénon 7 et les souches du biovar T, le phénon 9) et ils suggèrent qu'elles puissent appartenir à deux espèces, voire à deux genres différents.
En 1986, Bisgaard et al. soumettent à une analyse phénotypique (environ 80 caractères étudiés) des souches d'origine ovine et bovine et décrivent 12 biogroupes. La distinction entre ces biogroupes repose principalement sur les tests ornithine décarboxylase, fermentation du tréhalose, du L-arabinose, du D-sorbitol, de l'esculine, de l'amygdaline, de l'arbutine, du cellobiose, du gentiobiose et de la salicine (voir tableau II).
L'utilisation d'un test d'hémagglutination passive, développé par Biberstein et al., permet de définir 17 sérovars au sein du complexe Pasteurella haemolytica. Il existe une corrélation entre les biovars et les sérovars : les sérovars 1, 2, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 12, 13, 14, 16 et 17 appartiennent au biovar A, les sérovars 3, 4, 10 et 15 appartiennent au biovar T et le sérovar 11 au 3ème taxon de Frederiksen.
Sur la base des résultats d'hybridation ADN-ADN, Mutters et al. (1985) excluent Pasteurella haemolytica du genre Pasteurella sensu stricto et rapprochent cette espèce des Actinobacillus spp.
En 1990, les souches du biovar T ont été renommées Pasteurella trehalosi. Toutefois, les souches du biovar T présentent moins de 35 p. cent d'homologie ADN-ADN avec les espèces du genre Pasteurella sensu stricto. Des études d'hybridation ARNr-ADN ainsi que la détermination de la séquence des ARNr 16S confirment que le biovar T doit être exclu du genre Pasteurella sensu stricto. Aussi, en avril 2007, Blackall et al. transfèrent Pasteurella trehalosi dans le nouveau genre Bibersteinia sous la forme d'une nouvelle combinaison, Bibersteinia trehalosi.
Caractères bactériologiques
Le genre Bibersteinia présente les caractères de la famille des Pasteurellaceae telle qu'elle est définie par Olsen et al. 2005 (voir le fichier ¤ "Pasteurellaceae, Pasteurellales"). Le genre Bibersteinia et l'espèce Bibersteinia trehalosi regroupent des bacilles à Gram négatif, souvent polymorphes, se présentant de manière isolée ou groupés par deux ou groupés en courtes chaînes, immobiles (à 22 et à 37 °C), non sporulés, aéro-anaérobies ou micro-aérophiles, à métabolisme fermentatif, acidifiant les sucres sans production de gaz, nitrate réductase positive, donnant une réponse variable aux tests catalase et oxydase, n'exigeant ni le facteur V ni le facteur X (résultat positif au test à la porphyrine*). Une réponse positive est notée pour les tests phosphatase, alanine aminopeptidase, acidification de la dextrine, du D-fructose, du D-glucose, du maltose, D-mannitol, du D-mannose, du D-ribose, du saccharose, du D-sorbitol et du D-tréhalose. Une réponse négative est obtenue avec les tests ONPG, LDC, ODC, ADH, phénylalanine désaminase, indole, uréase, gélatinase, hydrolyse du Tween 20, hydrolyse du Tween 80, VP, rouge de méthyle, citrate de Simmons, croissance en présence de KCN, production d'hydrogène sulfuré, malonate, mucate, alpha-fucosidase, alpha-galactosidase, bêta-glucuronidase, alpha-mannosidase, bêta-xylosidase, acidification de l'adonitol, du D-arabinose, du L-arabinose, du D-arabitol, du dulcitol, du myo-érythritol, du D-fucose, du L-fucose, du D-galactose, du D-glycogène, de l'inuline, du lactose, du D-mélibiose, du D-mélézitose, du L-rhamnose, du L-sorbose, du D-turanose, du xylitol, du D-xylose et du L-xylose. Une réponse variable est observée pour les tests alpha-glucosidase, bête-glucosidase, acidification de l'amygdaline, de l'arbutine, du cellobiose, de l'esculine, du gentiobiose, du glycérol, du myo-inositol, du raffinose et de la salicine. Les principaux caractères permettant de différencier les genre Bibersteinia des autres genres de la famille des Pasteurellaceae sont donnés dans le tableau III.
Sur gélose au sang de bovin, incubée 24 heures à 37 °C et en aérobiose, les colonies sont circulaires, à contour régulier, grisâtres ou jaunâtres, légèrement transparentes en périphérie et leur diamètre est d'environ 2 mm. Environ 50 p. cent des souches sont bêta-hémolytiques et donnent une réponse positive au test de CAMP (utilisation d'une gélose au sang de bovins). Quelques souches donnent des colonies entourées d'une zone verdâtre.
Habitat, pouvoir pathogène et facteurs de pathogénicité
Les souches de Bibersteinia trehalosi sont isolées des ruminants, principalement des ovins, mais aussi des bovidés, des caprins et des cervidés sauvages (chevreuils).
Chez les moutons sains, Bibersteinia trehalosi colonise les amygdales, mais cette espèce est aussi responsable d'infections systémiques graves chez les jeunes ovins adultes (âgés de 5 à 12 mois) et, parfois, de pneumonies.
Le pouvoir pathogène pour les autres ruminants est moins bien connu.
Les facteurs de pathogénicité sont mal connus et ils sont considérés comme identiques à ceux de ¤ Mannheimia haemolytica (rappelons que ¤ Mannheimia haemolytica et Bibersteinia trehalosi étaient considérées comme des biovars de Pasteurella haemolytica).
Diagnostic bactériologique
La culture est effectuée sur des milieux riches comme une gélose Columbia ou une gélose tryptose enrichies de 5 p. cent de sang de bovin ou de mouton ou de 10 p. cent de sérum de cheval. L'incubation est effectuée sous atmosphère normale. Après 48 heures d'incubation, les colonies sont grisâtres ou jaunâtres, légèrement transparentes, leur diamètre est d'environ 2,5 mm et elles sont souvent entourées d'une zone d'hémolyse bêta.
L'utilisation de kits de diagnostic n'est pas bien adaptée au diagnostic de Bibersteinia trehalosi car cette espèce n'est pas toujours répertoriée dans les bases de données des fabricants et les milieux utilisés ne permettent pas toujours la croissance des bactéries. C'est notamment le cas du système API 20 NE dont le milieu utilisé pour les tests d'assimilation n'assure pas la croissance de la majorité des souches appartenant à la famille des Pasteurellaceae. Dans ces conditions, seuls quelques caractères peuvent être étudiés et l'identification peut être erronée. La détermination du sérovar peut être utile notamment pour des études épidémiologiques. Le test d'hémagglutination passive est de réalisation lourde et Fodor et al. (1994) ont mis au point un test de co-agglutination** donnant des résultats comparables au test de référence mais beaucoup plus rapide à réaliser. Cette technique de co-agglutination permettrait même la mise en évidence de l'antigène directement au niveau d'un prélèvement et pourrait servir de test rapide d'orientation pour le diagnostic.
Sensibilité aux antibiotiques et prophylaxie
La très grande majorité des souches est sensible à l'oxytétracycline, environ 50 p. cent d'entre elles résistent à l'ampicilline et à l'association sulfamide-triméthoprime et quelques-unes unes résistent à la streptomycine. Dans la pratique, l'utilisation d'antibiotiques a peu d'intérêt, du moins chez les ovins, compte tenu de la rapidité d'évolution de l'infection.
Orientation bibliographique
Voir aussi le fichier ¤ Mannheimia. ANGEN (Ø), MUTTERS (R.), CAUGANT (D. A.), OLSEN (J.E.) et BISGAARD (M.) : Taxonomic relationships of the [Pasteurella] haemolytica complex as evaluated by DNA-DNA hybridizations and 16S rRNA sequencing with proposal of Mannheimia haemolytica gen. nov., comb. nov., Mannheimia granulomatis comb. nov., Mannheimia glucosida sp. nov., Mannheimia ruminalis sp. nov. and Mannheimia varigena sp. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 67-86. BIBERSTEIN (E.L.) et GILLS (M.G.) : The relation of the antigenic types to the A and T types of Pasteurella haemolytica. J. Comp. Pathol., 1962, 72, 316-320. BIBERSTEIN (E.L.), GILLS (M.G.) et KNIGHT (H.) : Serological types of Pasteurella haemolytica. Cornell Vet., 1960, 50, 283-300. BISGAARD (M.) et MUTTERS (R.) : Re-investigations of selected bovine and ovine strains previously classified as Pasteurella haemolytica and description of some new taxa within the Pasteurella haemolytica-complex. Acta. Path. Microbiol. Immunol. Scand. Sect. B, 1986, 94, 185-193. BISGAARD (M.), PHILLIPS (J.E.) et MANNHEIM (W.) : Characterization and identification of bovine and ovine Pasteurellaceae isolated from the oral cavity and rumen of apparently normal cattle and sheep. Acta. Path. Microbiol. Immunol. Scand. Sect. B, 1986, 94, 9-17. BLACKALL (P.J.), BOJESEN (A.M.), CHRISTENSEN (H.) et BISGAARD (M.) : Reclassification of [Pasteurella] trehalosi as Bibersteinia trehalosi gen. nov., comb. nov. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2007, 57, 666-674. CHRISTENSEN (H.), KUHNERT (P.), BUSSE (H.J.), FREDERIKSEN (W.C.) et BISGAARD (M.) : Proposed minimal standards for the description of genera, species and subspecies of the Pasteurellaceae. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2007, 57, 166-178. DAVIES (R.L.), ARKINSAW (S.) et SELANDER (R.K.) : Genetic relationships among Pasteurella trehalosi isolates based on multilocus enzyme electrophoresis. Microbiology, 1997, 143, 2841-2849. DAVIES (R.L.) et QUIRIE (M.) : Intra-specific diversity within Pasteurella trehalosi based on variation of capsular polysaccharide, lipopolysaccharide and outer-membrane proteins. Microbiology, 1996, 142, 551-560. FODOR (L.), PÉNZES (Z.) et VARGA (J.) : Coagglutination test for serotyping Pasteurella haemolytica. J. Clin. Microbiol., 1996, 34, 393-397. GILMOUR (N.J.L.) et GILMOUR (J.S.) : Pasteurellosis if sheep. In : C. ADLAM et J.M. RUTTER (éd.) : Pasteurella and pasteurellosis. Academic Press, Londres, 1989, 223-261. MUTTERS (R.), IHM (P.), POHL (S.), FREDERIKSEN (W.) et MANNHEIM (W.) : Reclassification of the genus Pasteurella Trevisan 1887 on the basis of deoxyribonucleic acid homology, with proposals for the new species Pasteurella dagmatis, Pasteurella canis, Pasteurella stomatis, Pasteurella anatis, and Pasteurella langaa. Int. J. Syst. Bacteriol., 1985, 35, 309-322. MUTTERS (R.), MANNHEIM (W.) et BISGAARD (M.) : Taxonomy of the group. In : C. ADLAM et J.M. RUTTER (éd.) : Pasteurella and pasteurellosis. Academic Press, Londres, 1989, 3-34. OLSEN (I.), DEWHIRST (F.E.), PASTER (B.J.) et BUSSE (H.J.) : Family I. Pasteurellaceae Pohl 1981b, 382VP (Effective publication: Pohl 1979, 81). In: D.J. BRENNER, N.R. KRIEG, J.T. STALEY and G. M. GARRITY (eds), Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology, second edition, vol. 2 (The Proteobacteria), part B (The Gammaproteobacteria), Springer, New York, 2005, pp. 851-856. SNEATH (P.H.A.) et STEVENS (M.) : A numerical taxonomic study of Actinobacillus, Pasteurella and Yersinia. J. Gen. Microbiol., 1985, 131, 2711-2738. SNEATH (P.H.A.) et STEVENS (M.) : Actinobacillus rossii sp. nov., Actinobacillus seminis sp. nov., nom. rev., Pasteurella bettii sp. nov., Pasteurella lymphangitidis sp. nov., Pasteurella mairi sp. nov., and Pasteurella trehalosi sp. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1990, 40, 148-153.
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* : Besoins en facteurs X et V (d'après: RENAUD (J.) et FRENEY (J.) : Haemophilus. In: J. FRENEY, F. RENAUD, W. HANSEN et C. BOLLET : Manuel de bactériologie clinique, 2ème édition, volume 3, Elsevier, collection Option Bio, Paris, 1994, pp. 1397-1419.) : La technique la plus simple consiste à ensemencer, par inondation, une gélose dépourvue de facteur X et V comme une gélose trypticase soja puis à placer (après séchage) des disques du commerce imprégnés des facteurs X ou V ou X+V. Les disques doivent être conservés dans des conditions rigoureuses car les facteurs de croissance sont instables. Le besoin en facteur V peut également s'étudier en utilisant une gélose dans laquelle on introduit, avant autoclavage, 5 à 10 p. cent de sang. Après autoclavage, le facteur X (thermostable) reste présent alors que le facteur V est détruit. Le facteur V sera alors apporté par une strie de staphylocoque (la croissance des staphylocoques apporte les facteurs X et V) ou d'entérocoque (la croissance des entérocoques apporte le facteur V mais pas le facteur X).
De nombreux milieux pouvant contenir de l'hémine (au moins à l'état de trace), le besoin en facteur X s'étudie de manière plus précise en ayant recours au test à la porphyrine.
** : Test de co-agglutination (d'après : FODOR (L.), PÉNZES (Z.) et VARGA (J.) : Coagglutination test for serotyping Pasteurella haemolytica. J. Clin. Microbiol., 1996, 34, 393-397.). 1) Sérotypage d'une souche
Mettre en suspension dans de l'eau physiologique des bactéries cultivées sur gélose au sang. L'opacité doit être de 4 sur une échelle de MacFarland.
Les anticorps spécifiques sont préparés sur des lapins immunisés avec les souches de référence des différents sérovars puis fixés sur une souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus productrice de protéine A.
Placer sur une lame 50 µL de la solution antigénique et 50 µL d'une suspension de Staphylococcus aureus subsp. aureus revêtu d'anticorps.
2) Mise en évidence d'antigène dans un prélèvement
Broyer au mortier environ 2 g de poumon dans 3 mL d'eau physiologique.
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