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Dernière mise à jour partielle le 20 novembre 2007
BRUCELLA CANIS
Autre dénomination : Brucella melitensis biovar Canis.
Systématique
Les études d’hybridation ADN-ADN ont montré que le genre Brucella constitue une seule espèce génomique pour laquelle, en accord avec les règles de priorité, Verger et al. ont proposé le nom de Brucella melitensis. Brucella abortus, Brucella canis, Brucella neotomae, Brucella ovis et Brucella suis devant être considérées comme de simples biovars de Brucella melitensis. Cette proposition respectait (et respecte toujours) les critères utilisés pour la définition d'une espèce bactérienne si bien qu'en 1988, le sous-comité de taxonomie des Brucella a entériné l'existence d'une seule espèce au sein du genre Brucella. Toutefois, ce comité a admis le maintien des anciennes nomenclatures aussi bien pour un usage courant que pour des travaux non liés à la taxonomie.
Caractères bactériologiques
Brucella canis est un coccobacille de 0,5 à 0,7 mm de diamètre sur 0,5 à 1,5 mm de longueur (à l’isolement, les formes courtes sont prédominantes), se présentant de manière isolée ou parfois en paires ou en amas ou, plus rarement, en courtes chaînes. Comme les autres espèces du genre c’est une bactérie à Gram négatif, immobile, non capsulée, non sporulée, aérobie stricte, possédant une catalase, n’acidifiant pas les sucres, dépourvue de gélatinase, non indologène, n’utilisant pas le citrate et donnant une réponse négative aux tests VP et RM. Brucella canis donne une réponse positive aux tests oxydase, réduction des nitrates, uréase et croissance en présence de 20 mg/mL de thionine. Une réponse négative est obtenue pour la production d’H2S en 4 jours (la production d’H2S peut être positive en une semaine) et, à de rares exceptions près, pour la croissance en présence de 20 mg/mL de fuschine. Les milieux utilisés pour la culture des autres espèces du genre conviennent également pour Brucella canis. La croissance ne nécessite ni la présence de sérum ni une incubation en présence de CO2 (le CO2 a même un effet inhibiteur sur la croissance). Après incubation à 37 °C, les colonies deviennent visibles en 36 heures et après 3 à 4 jours d’incubation leur taille varie de 0,3 à 2 mm. Bien que le germe soit dépourvu des antigènes A et M, l’aspect des colonies est d’abord comparable à celui obtenu avec des souches lisses puis, après un temps d’incubation prolongé (supérieur à une semaine), les colonies ont un aspect muqueux et elles sont difficiles à détacher de la gélose. Sur géloses au sang, les colonies sont non hémolytiques. En bouillon, la croissance se traduit initialement par un trouble uniforme et, en 48 - 72 heures, on observe un sédiment très visqueux. Comme Brucella ovis, Brucella canis possède un LPS-R et le diagnostic sérologique de l’infection ne pourra pas être réalisé avec l’antigène "classique" constitué d’une suspension de Brucella abortus en phase S. Le LPS-R présente des réactions croisées avec d’autres bactéries telles que Actinobacillus equuli, Bordetella bronchiseptica, certaines souches de Pseudomonas aeruginosa, certaines souches de staphylocoques et certaines souches de Pasteurella multocida. Les phages Tbilissi et Berkeley n’ont pas de pouvoir lytique sur les espèces en phase R. Parmi les bactériophages actifs sur les souches R (R/O et R/C) seul le phage R/C lyse les cultures de Brucella canis. D'autres caractères sont donnés dans le tableau I.
Habitat et pouvoir pathogène
Brucella canis n’infecte que le chien et quelques canidés sauvages mais, l’homme peut exceptionnellement être infecté à la faveur d’un accident de laboratoire ou à la suite de contacts étroits avec un chien infecté. La brucellose à Brucella canis a été diagnostiquée en Amérique, au Japon, en Italie, en Allemagne, au Royaume Uni et très rarement en France. Il s’agit d’une maladie contagieuse qui peut provoquer des pertes économiques importantes dans les élevages infectés car c’est une cause majeure d’avortements et d’infertilité. La contamination se fait par les muqueuses notamment orales, vaginales ou oculaires. La bactérie est phagocytée mais non détruite et elle sera transportée par les macrophages et les granulocytes dans les nœuds lymphatiques régionaux puis dans le sang. La bactériémie apparaît 1 à 4 semaines après l’infection, elle se prolonge au moins 6 mois et parfois persiste durant 60 mois. Cette phase de bactériémie s’accompagne de signes cliniques discrets : fièvre inconstante, adénopathie discrète, asthénie modérée. La phase de bactériémie peut conduire à des localisations secondaires dans les disques intervertébraux (discospondylite), le bulbe oculaire (uvéite) et le rein (glomérulonéphrite) mais, surtout, le germe gagne l’appareil génital des mâles et l’utérus des femelles gravides. Chez le mâle, environ 5 semaines après l’infection, on note des anomalies des spermatozoïdes conduisant à la stérilité. Une épididymite, une hypertrophie de la prostate, un œdème du scrotum et plus rarement une orchite sont également observés. Dans les formes chroniques, il se produit une atrophie d’un ou des deux testicules. Chez la femelle en gestation, l’infection conduit généralement à des avortements survenant entre le 45ème et le 59ème jour de gestation ou à des morts embryonnaires précoces entre le 10ème et le 20ème jour suivant la conception. Les avortements sont suivis par des écoulements vaginaux qui persistent de 1 à 6 semaines. Plus rarement, la gestation arrive à son terme et la chienne donne naissance à des chiots morts ou à des chiots qui ne survivent que quelques heures ou quelques jours. Les sources de l’infection sont représentées par le sperme, l’urine, les avortons ou les écoulements vaginaux et les animaux se contaminent par ingestion des matières virulentes ou à la faveur de coïts. Une contamination iatrogène (transfusions sanguines, utilisation de matériel d’injection souillé) est également possible. Bien que relativement résistant, l’homme (techniciens de laboratoires, propriétaires d’animaux, vétérinaires) peut être infecté. Les signes cliniques (fièvre, frissons, fatigue, perte de poids, adénopathie) sont plus modérés que ceux observés lors de contamination par les autres espèces du genre et de nombreuses infections sont totalement asymptomatiques. De rares complications (arthrite, méningite, endocardite) ont toutefois été décrites.
Diagnostic bactériologique
Un diagnostic de certitude nécessite l’isolement et la caractérisation du germe. La manipulation des brucelles peut présenter un risque d’infection pour le personnel des laboratoires et l'arrêté du 18 juillet 1994 les classe dans le groupe des germes présentant un risque de niveau 3. Les manipulations devraient s’effectuer dans un laboratoire de classe II ou, au minimum, sous une hotte à flux laminaire vertical et dans tous les cas, le manipulateur doit porter des gants. Les principaux prélèvements permettant l’isolement du germe sont le sang, les écoulements vaginaux prélevés avec un écouvillon, le sperme, l’urine prélevée de préférence par ponction de la vessie, le placenta et les avortons, la prostate, l’épididyme, les nœuds lymphatiques, la rate, la moelle osseuse. Chaque fois que sa nature le permet, le prélèvement est soumis à un examen bactérioscopique (coloration de Stamp ou de Köster) qui permettra de mettre en évidence les brucelles colorées en rouge sur un fond bleu. Les résultats des examens bactérioscopiques doivent toujours être confirmés par une mise en culture (tableau II). La recherche des brucelles dans le sang s’effectue selon 2 modalités : - Un volume de 0,1 mL de sang, recueilli sur héparine ou sur citrate (l’EDTA est un inhibiteur de la croissance de Brucella canis), est ensemencé sur une gélose incubée à 37 °C dans une atmosphère normale (sans CO2). - Un volume de 5 mL de sang est ensemencé dans 10 mL de bouillon. Ce bouillon est d’abord congelé 12 à 24 heures à -20 °C puis incubé durant au moins 6 jours à 37 °C. Ultérieurement des repiquages sont effectués en parallèle sur un milieu non sélectif et sur un milieu sélectif. Le milieu de Kuzdas et Morse rendu sélectif par la cycloheximide (100 mg/L), la bacitracine (25 000 U/L) et la polymyxine B (6 000 U/L), donne de bons résultats. Le sperme ou l’urine sont cultivés 4 à 7 jours en bouillon puis repiqués sur gélose. Les autre prélèvements, éventuellement broyés dans un Stomacher, seront inoculés en parallèle sur milieux sélectifs et non sélectifs. Les boîtes sont conservées 30 jours et examinées périodiquement en lumière oblique avec un stéréomicroscope. Les colonies suspectes serviront à réaliser les examens bactérioscopiques, la recherche de l’oxydase, le type respiratoire. L’identification précise de l’espèce est souvent réservée à un laboratoire spécialisé qui recherchera l’agglutination avec un anti-sérum préparé vis-à-vis d’une souche de Brucella en phase R (généralement une souche de Brucella ovis) puis qui étudiera les caractères biochimiques et pratiquera la lysotypie et l’étude de l’oxydation des sucres et des acides aminés par manométrie.
Diagnostic sérologique
La sérologie demeure la méthode la plus utilisée dans les pays ayant une forte prévalence de brucellose canine à Brucella canis et dans lesquels des kits de diagnostic sont commercialisés. Les techniques sérologiques ont l’avantage d’être rapides et peu onéreuses mais elles manquent de spécificité et conduisent à des résultats faussement positifs. Le traitement des sérums par le 2-mercaptoéthanol diminue, sans la supprimer, l’incidence des faux positifs. L’antigène utilisé doit être constitué par une souche de brucelles en phase R et généralement, il est constitué par une souche de Brucella ovis. En France, la législation réserve l’utilisation des antigènes à des laboratoires agréés et la sérologie est très peu utilisée. Ces techniques sont décrites en détail dans l’ouvrage de Alton et al. et le tableau III en présente quelques unes.
Sensibilité aux antibiotiques
In vitro, Brucella canis est sensible aux tétracyclines, au chloramphénicol, aux aminosides, à la rifampicine, aux fluoroquinolones et aux sulfamides. De nombreuses souches présentent une résistance croisée aux macrolides.
Prophylaxie
Il n’existe pas de vaccin et la prophylaxie repose sur des mesures d’ordre sanitaire (isolement ou mieux euthanasie des animaux infectés, désinfection des locaux, quarantaine et surveillance sérologique avant introduction dans un élevage, ...). In vivo, du fait de la localisation intracellulaire du germe, l’antibiothérapie n’est pas efficace à 100 p. cent . Le traitement (associant généralement tétracycline et aminoside durant au moins 1 mois), présenté parfois comme une alternative à l’euthanasie, semble donc déconseillé pour l’éradication de l’infection.
Orientation bibliographique
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