J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 05 décembre 2002

 

BARTONELLA ELIZABETHAE

 

Autre dénomination : Rochalimaea elizabethae.

 

Voir aussi le fichier ¤ Bartonella.

 

Introduction

Bartonella elizabethae, initialement décrite sous le nom de Rochalimaea henselae, intéressait peu les vétérinaires car cette espèce n'avait été identifiée que chez l'homme et chez des rongeurs sauvages. Toutefois, en décembre 2002, Mexas et al. ont décrit un cas d'infection chez le chien ce qui justifie la création de ce fichier.

 

Systématique

 

En 1986, Daly et al. isolent une bactérie à Gram négatif du sang d'un patient atteint d'endocardite. Cette souche (souche F9251) n'a pu être identifiée ni par le laboratoire qui l'avait isolée ni par deux autres laboratoires de référence. Après la mise en évidence et la description de ¤ Bartonella henselae (décrite en 1992 sous la dénomination de Rochalimaea henselae), cette souche a été assimilée à une espèce du genre Rochalimaea et l'étude de son identification a été reprise.

La composition en acides gras de la souche F9251 est similaire à celle des souches des trois espèces du genre Rochalimaea : Rochalimaea henselae, Rochalimaea quintana et Rochalimaea vinsonii. L'ADN de la souche F9251 présente entre 49 et 67 p. cent d'homologie ADN - ADN avec les trois espèces du genre Rochalimaea et la séquence de son ARNr 16S possède au moins 98,9 p. cent d'homologie avec les séquences homologues de ces trois espèces. Ces valeurs sont compatibles avec l'appartenance de la souche F9251 au genre Rochalimaea et avec la description d'une nouvelle genomospecies (voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne). Bien qu'une unique souche soit disponible et que les caractères phénotypiques ne permettent pas un diagnostic de certitude, Daly et al. proposent la création de l'espèce Rochalimaea elizabethae.

Cette dénomination sera validement publiée en juillet 1993 par inscription sur la liste de validation n° 46. En octobre 1993, comme toutes les espèces du genre Rochalimaea, Rochalimaea elizabethae a été transférée dans le genre Bartonella sous la forme d'une nouvelle combinaison, Bartonella elizabethae.

D'un point de vue phylogénétique, Bartonella elizabethae est placée dans un groupe qui renferme également Bartonella grahamii, Bartonella taylorii, Bartonella tribocorum et des espèces innomées isolées de rats au Pérou, au Portugal et aux USA.

 

Caractères bactériologiques

 

Bartonella elizabethae présente les caractères généraux du genre ¤ Bartonella. C'est un petit bacille à Gram négatif, droit ou légèrement incurvé, catalase et oxydase négatives.

En utilisant une galerie RapID ANA II (Innovative Diagnostic System, Inc.), Bartonella elizabethae hydrolyse la leucylglycine, la glycine, la proline, la phénylalanine, l'arginine et la sérine.
L'activité peptidasique vis-à-vis des aminoacyl-bêta-naphtilamides est présentée dans le tableau I.

L'unique souche humaine de Bartonella elizabethae a été isolée en repiquant un aliquot du flacon aérobie BACTEC 460 (système utilisé par les auteurs pour l'hémoculture) sur une gélose au sang et sur une gélose chocolat incubées à 35 °C en présence de 5 à 10 p. cent de dioxyde de carbone. Après 14 jours d'incubation, des colonies petites, sèches et adhérentes sont visibles à la surface des géloses.
D'autres souches ont été isolées de rongeurs en ensemençant 100 µL de sang sur des géloses cœur-cervelle enrichie de 5 p. cent de sang de lapin et incubées cinq semaines à 32 °C dans une atmosphère contenant 5 p. cent de dioxyde de carbone.
Après de multiples repiquages, la croissance est plus rapide et des colonies moins adhérantes à la gélose sont visibles après 48 à 72 heures d'incubation. Aucune culture n'est obtenue à 42 °C ou dans une atmosphère dépourvue d'oxygène.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Les données épidémiologiques concernant cette espèce sont peu nombreuses, mais on peut noter que quelques publications font état de l'isolement de bactéries très proches ou identiques à Bartonella elizabethae à partir du sang de petits rongeurs (notamment du genre Rattus) capturés en Amérique du Nord et en Amérique du Sud. Les rongeurs sauvages pourraient être les principaux réservoirs de germes. Bartonella elizabethae a été mise en évidence chez une puce (Xenopsylla cheopis) et cet arthropode pourrait être le principal vecteur de germes.

La souche F9251 est l'unique souche de Bartonella elizabethae identifiée chez l'homme. Elle a été isolée du sang d'un patient âgé de 31 ans, immunocompétent, présentant une endocardite et n'ayant pas été en contact avec des animaux ou des vecteurs susceptibles de transmettre des bartonelles.

Dans un article publié en décembre 2002, Mexas et al. décrivent un cas de contamination chez un chien des USA. L'animal, âgé de 8 ans, présentait depuis deux mois une perte d'appétit, un amaigrissement, une asthénie, parfois des vomissements et une insuffisance rénale. Deux jours après l'examen par un vétérinaire, la brusque aggravation de l'état de santé devait conduire à la mort de l'animal.
Un test PCR, pratiqué sur le sang et amplifiant la séquence intergénique 16S-23S des Bartonella sp., a permis d'obtenir des amplicons de 232 pb, taille caractéristique des amplicons obtenus avec la souche type de Bartonella elizabethae. Après séquençage, ces amplicons se sont avérés identiques à ceux de Bartonella elizabethae.
Après ¤ Bartonella clarridgeiae, ¤ Bartonella henselae et ¤ Bartonella vinsonii subsp. berkhoffii, Bartonella elizabethae est donc la quatrième espèce du genre Bartonella apte à infecter le chien. Le pouvoir pathogène pour le chien est cependant difficile à apprécier car l'animal infecté souffrait d'une insuffisance rénale. Toutefois, l'asthénie, l'anorexie et une perte de poids importante sont des signes couramment observés lors de bartonellose.
Les analyses sérologiques ont mis en évidence des anticorps anti-Rickettsia rickettsii (titre 512). Comme cette espèce est transmise par des tiques, on ne peut exclure la possibilité d'une transmission de Bartonella elizabethae par ces arthropodes.

 

Diagnostic

 

L'isolement des Bartonella sp. à partir des chiens est considéré comme très difficile et, à la connaissance de l'auteur, seul l'isolement de ¤ Bartonella vinsonii subsp. berkhoffii et d'une unique souche de ¤ Bartonella clarridgeiae a été réalisé. Les techniques de PCR, plus sensibles et plus simples à réaliser, sont les plus utilisées. La technique utilisée par Mexas et al. est la technique de PCR en une étape décrite par Jensen et al.

Il n'existe pas de diagnostic sérologique spécifique, mais il est intéressant de remarquer que le chien infecté par Bartonella elizabethae présentait des anticorps anti-¤ Bartonella vinsonii subsp. berkhoffii (titre de 64) ce qui laisse supposer soit l'existence d'une co-infection soit l'existence de réactions sérologiques croisées entre ces deux espèces de bartonelles.

 

Orientation bibliographique

 

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Voir aussi le fichier ¤ Bartonella.

 

 

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