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Dernière mise à jour le 05 décembre 2002
BARTONELLA HENSELAE
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Systématique
A partir de 1986, plusieurs souches bactériennes, apparentées à des Rochalimaea sp., ont été mises en évidence lors de septicémies, d'angiomatoses bacillaires, de pélioses hépatiques et de pélioses spléniques. En 1990, Relman et al. établissent la séquence partielle de l'ADNr 16S des bactéries présentes dans des biopsies effectuées sur des patients atteints d'angiomatose bacillaire et ils montrent que cette séquence est apparentée à celle de Rochalimaea quintana. Dans l'étude de Relman et al., aucune bactérie n'a été cultivée et la séquence de l'ADNr 16S a été établie à partir de séquences amplifiées directement à partir des bactéries présentes dans les lésions.
En 1992, dans le Journal of Clinical Microbiology, Regnery et al. publient les résultats d'une étude bactériologique effectuée sur une souche bactérienne (la souche Houston-1), apparentée à Rochalimaea quintana et isolée du sang d'un malade hospitalisé pour un syndrome fébrile et contaminé par le virus HIV.
Dans le même numéro du Journal of Clinical Microbiology, Welch et al. relatent les résultats phénotypiques et génotypiques obtenus sur huit souches isolées dans l'Oklahoma. Les hybridations ADN - ADN montrent que ces huit souches forment une unique genomospecies et que cette genomospecies diffère de Rochalimaea quintana et de Rochalimaea vinsonii (pour la définition d'une genomospecies voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne). Les caractères phénotypiques de ces souches sont identiques à ceux obtenus par Regnery et al. avec la souche Houston-1. En se basant sur leurs propres résultats et sur les résultats des hybridations ADN - ADN obtenus par Welch et al., Regnery et al. (1992) proposent la création d'une nouvelle espèce, Rochalimaea henselae dont la nomenclature sera validement publiée par inscription sur la liste de validation n° 42. Ultérieurement, comme toutes les autres espèces du genre Rochalimaea, Rochalimaea henselae sera transférée dans le genre Bartonella (voir le fichier ¤ Bartonella).
D'après les études antigéniques et génétiques (analyse des séquences intergéniques ADNr 16S-ADNr 23S, analyse des séquences des ARNr 16S, analyse des séquences des gènes groEL, analyse des séquences des gènes codant pour la protéine de 35 kDa ), les souches de Bartonella henselae forment deux groupes : un premier groupe renferme les souches du sérovar Houston-1 ou du génogroupe Houston-1 (également appelé génogroupe I) et un deuxième groupe est constitué par les souches du sérovar Marseille ou du génogroupe Marseille (également appelé génogroupe II). Pour certains auteurs, ces groupes pourraient correspondre à des sous-espèces.
Bartonella henselae est phylogénétiquement apparenté à ¤ Bartonella koehlerae et à Bartonella quintana.
Caractères bactériologiques
Bartonella henselae est un petit bacille à Gram négatif, parfois légèrement incurvé, de 1 à 1,2 µm de longueur sur 0,5 à 0,6 µm de diamètre, aérobie, oxydase négative, catalase négative (ou faiblement positive), uréase négative, inactif sur les sucres. Cette bactérie est dépourvue de flagelle mais de petits mouvement saccadés sont parfois observés à l'état frais.
Une activité peptidasique (galerie Rapid Yeast Identification Panel, Baxter Healthcare Corp.) est notée vis-à-vis de la glycine-bêta-naphthylamide, de la glycylglycine-bêta-naphthylamide, de la glycine-L-arginine-bêta-naphthylamide, de la L-arginyl-L-arginine-bêta-naphthylamide, de la l-lysyl-L-alanine-bêta-naphthylamide et de la L-alanine-bêta-naphthylamide.
Les conditions optimales de culture sont réalisées par l'ensemencement de milieux additionnés de sang (5 p. cent de sang de mouton ou de lapin) et incubés à 35 °C dans une atmosphère humide enrichie en dioxyde de carbone. A l'isolement, les colonies apparaissent en 5 à 15 jours ou plus, elles ont un aspect en choux-fleurs, leur couleur est blanchâtre, elles sont sèches, de taille hétérogène mais généralement très petites et elles s'enfoncent dans la gélose. Lors des repiquages, les souches cultivent plus rapidement et les colonies deviennent lisses, brillantes et moins adhérentes à la gélose.
Habitat et pouvoir pathogène
Le réservoir de Bartonella henselae est le chat et, notamment, les chatons âgés de moins de un an. Chez le chat, l'infection est généralement inapparente et elle se transmet essentiellement par les puces (Ctenocephalides felis). La répartition géographique de Bartonella henselae est très vaste et cette bactérie a été isolé du chat dans de nombreux pays : Allemagne, Australie, Etats Unis, France, Israël, Japon, Nouvelle Zélande, Pays Bas, Royaume Uni, Suisse... Des informations complémentaires sont données dans les chapitres "Clinique" et "Epidémiologie" du fichier ¤ "Maladie des griffes du chat".
Les données concernant l'infection d'autres espèces animales sont très limitées et seules quelques études ont été effectuées chez le chien.
Chez l'homme, Bartonella henselae est le principal agent étiologique de la ¤ maladie des griffes du chat mais elle est également responsable de bactériémies fébriles récurrentes ou persistantes (sévissant chez des sujets immunodéprimés et chez des sujets immunocompétents notamment, chez les enfants), d'endocardites (notamment chez des alcooliques), d'angiomatoses bacillaires et de pélioses bacillaires.
L'angiomatose et la péliose bacillaires, également observées lors d'infections à ¤ Bartonella quintana, sont exceptionnelles chez les sujets immunocompétents et elles touchent, habituellement, des individus atteints de SIDA, de cancer ou des transplantés.
Diagnostic biologique
Le diagnostic des infections à Bartonella henselae est souvent délicat à réaliser car la culture et l'identification sont difficiles, l'examen anatomopathologique nécessite la réalisation de biopsies et il n'est pas pathognomonique, la sérologie manque de sensibilité et de spécificité... En pratique, le diagnostic est généralement assuré en associant au moins deux méthodes, par exemple : examen anatomopathologique et sérologie ou examen anatomopathologique et PCR. Bartonella henselae peut être isolée du sang ou des tissus (peau, valvules cardiaques, nœuds lymphatiques…) par ensemencement sur milieux gélosés au sang ou en cultures cellulaires.
. Les milieux gélosés (gélose trypticase soja, gélose Columbia, gélose cœur-cervelle, gélose à l'infusion de cœur), contenant 5 p. cent de sang de mouton, de sang de cheval, de sang de lapin ou de sang de cheval laqué + 100 mg d'hémine par litre, doivent être frais (préparation datant de moins de 12 jours) et incubés en présence de 5 à 10 p. cent de dioxyde de carbone dans une atmosphère humide. Bartonella henselae peut également être isolée sur une gélose chocolat. La température d'incubation doit être comprise entre 35 et 37 °C et l'incubation doit être poursuivie durant au moins 45 jours (voire deux mois pour l'isolement à partir du sang).
. L'utilisation des cultures cellulaires (cellules endothéliales, cellules Vero, cellules HeLa, cellules L929, cellules de carcinomes humains) est possible mais peu utilisée par les laboratoires non spécialisés. Elle est généralement considérée comme une technique d'appoint permettant d'augmenter les chances d'isolement.
Les techniques d'identification biochimique présentent très peu d'intérêt et, notamment, elles ne permettent pas toujours de différencier Bartonella henselae, Bartonella henselae et Bartonella quintana.
La recherche d'anticorps est la technique la plus facile à mettre en œuvre et elle fait appel soit à l'immunofluorescence indirecte soit à l'ELISA. La sérologie présente toutefois quelques inconvénients : 1) les titres en anticorps varient selon le mode de préparation des antigènes (bactéries cultivées sur milieux gélosés ou en cultures cellulaires) ; 2) les sujets contaminés par le virus HIV et atteints de péliose ou d'angiomatose ont des titres en anticorps très faibles ; 3) environ 10 p. cent des patients atteints de maladie des griffes du chat ne présentent pas d'anticorps à un taux détectable ; 4) il existe des différences antigéniques entre les souches de Bartonella henselae expliquant certaines discordances dans les résultats et notamment le fait que des patients infectés par une souche du sérovar Marseille ne soit pas détectés lorsque l'antigène est préparé à partir d'une souche du sérovar Houston ; 5) il existe des communautés antigéniques entre Bartonella henselae et Bartonella quintana ; 6) il existe de nombreuses réactivités antigéniques entre les Bartonella sp. et d'autres bactéries notamment, ¤ Coxiella burnetii, ¤ Chlamydia trachomatis, ¤ Chlamydophila pneumoniae et ¤ Chlamydophila psittaci.
L'examen anatomopathologique d'une biopsie tissulaire (peau, nœud lymphatique, valves cardiaques...), bien que non spécifique, est souvent un temps essentiel du diagnostic. L'étude des lésions et les techniques mises en œuvre sortent du cadre de cette étude. Le lecteur intéressé pourra se reporter à l'ouvrage édité par A. Schmidt (1998).
Sensibilité aux antibiotiques
Bartonella henselae cultive lentement in vitro et il est difficile d'interpréter les résultats selon les normes classiquement recommandées.
Par des techniques de dilution en milieux gélosés, de nombreux antibiotiques se révèlent actifs : benzylpénicilline, amoxicilline, amoxicilline - acide clavulanique, ticarcilline, céfotétan, céfotaxime, ceftriaxone, ceftazidime, imipénème, érythromycine, roxithromycine, clarithromycine, azithromycine, gentamicine, tobramycine, doxycycline, rifampicine et sulfaméthoxazole-triméthoprime. Parmi les quinolones, la plus active est la sparfloxacine suivie de la ciprofloxacine et de la pefloxacine. La fosfomycine, la vancomycine, la clindamycine, la céfalotine, l'oxacilline et la colistine ont une faible efficacité.
En vue d'un traitement, il semble raisonnable d'éviter la fosfomycine, la vancomycine, la clindamycine, la céfalotine, l'oxacilline ou la colistine vis-à-vis desquels les concentrations minimales inhibitrices sont élevées. En revanche, une bonne sensibilité du germe in vitro n'est pas un gage d'efficacité in vivo et seuls des essais cliniques bien documentés peuvent donner une indication sur l'efficacité d'un traitement. Chez le chat, un traitement à base de tétracycline, de doxycycline et d'érythromycine réduit le nombre de bactéries présentes dans le sang sans provoquer une véritable stérilisation et sans réduire la durée des bactériémies. L'amoxicilline et l'enrofloxacine n'ont pas une efficacité significative. La faible efficacité des traitements antibiotiques semble liée à la présence des bactéries dans les érythrocytes.
Chez l'homme, lors de ¤ maladies des griffes du chat évoluant chez un sujet immunocompétent, un traitement antibiotique ne semble pas toujours susceptible de raccourcir la durée d'évolution et il ne doit être utilisé que dans les cas graves. Des quelques essais effectués, il en ressort que les meilleurs traitements sont ceux à base de rifampicine, de ciprofloxacine, de cotrimoxazole, de gentamicine, d'érythromycine et de doxycycline. Les associations érythromycine - rifampicine ou doxycycline - rifampicine semblent également donner de bons résultats. En revanche, les pénicillines et les céfalosporines n'ont pas d'efficacité.
Orientation bibliographique
Bartonella henselae a fait l'objet de très nombreuses publications (à la date du 4 décembre 2002, plus de 540 publications sont répertoriées dans la base de données PubMed qui ne couvre pas de nombreuses publications vétérinaires). Aussi, la majorité les articles cités ci-dessous correspond à des publications de synthèse. BERGMANS (A.) : Cat scratch disease. Studies on diagnosis and identification of reservoirs and vectors. Thèse de Doctorat, Université d'Utrecht, 1996, 152 pages. BLANCHARD (H.), ARLET (G.) et PHILIPPON (A.) : Bartonella henselae : maladie des griffes du chat ou angiomatose bacillaire ? Bulletin des Anciens Elèves de l'Institut Pasteur, 1999, N° 158, 11-15. FOURNIER (P.E.), ROBSON (J.), ZEAITER (Z.), McDOUGALL (R.), BYRNE (S.) et RAOULT (D.) : Improved culture from lymph nodes of patients with cat scratch disease and genotypic characterization of Bartonella henselae isolates in Australia. J. Clin. Microbiol., 2002, 40, 3620-3624. GIEGER (T.L.), TABOADA (J.) et GROVES (M.G.) : Cat scratch disease and other Bartonella infections. Compend. Contin. Educ. Pract. Vet., 1998, 20, 1308-1315. HOUPIKIAN (P.) et RAOULT (D.) : Molecular phylogeny of the genus Bartonella: what is the current knowledge. FEMS Microbiol. Lett., 2001, 200, 1-7. JACOMO (V.), KELLY (P.J.) et RAOULT (D.) : Natural history of Bartonella infections (an exception to Koch's postulate). Clin. Diagn. Lab. Immunol., 2002, 9, 8-18. JENSEN (W.A.), FALL (M.Z.), ROONEY (J.), KORDICK (D.L.) et BREITSCHWERDT (E.B.) : Rapid identification and differenciation of Bartonella species using a single-step PCR assay. J. Clin. Microbiol., 2000, 38, 1717-1722. KITCHELL (B.E.), FAN (T.M.), KORDICK (D.), BREITSCHWERDT (E.B.), WOLLENBERG (G.) et LICHTENSTEIGER (C.A.) : Peliosis hepatitis in a dog infected with Bartonella henselae. J. Amer. Vet. Med. Assoc., 2000, 216, 519-523. LA SCOLA (B.), LIANG (Z.), ZEAITER (Z.), HOUPIKIAN (P.), GRIMONT (P.A.) et RAOULT (D.) : Genotypic characteristics of two serotypes of Bartonella henselae. J. Clin. Microbiol., 2002, 40, 2002-2008. LA SCOLA (B.), MUSSO (D.) et RAOULT (D.) : Infections humaines dues aux bactéries du genre Bartonella. Revue Française des Laboratoires, 1997, N° 291, 153-159. MAURIN (M.) et RAOULT (D.) : Bartonella (Rochalimaea) quintana infections. Clin. Microbiol. Rev., 1996, 9, 273-292. MAURIN (M.) et RAOULT (D.) : Bartonella . In : J. FRENEY, F. RENAUD, W. HANSEN et C. BOLLET : Précis de bactériologie clinique, Editions ESKA, Paris, 2000, pp. 1635-1645. MEXAS (A.M.), HANCOCK (S.I.) et BREITSCHWERDT (E.B.) : Bartonella henselae and Bartonella elizabethae as potential canine pathogens. J. Clin. Microbiol., 2002, 40, 4670-4674. MURANO (I.), TSUNEOKA (H.), IINO (H.), KAMEI (T.), NAKAMURA (I.) et TSUKAHARA (M.) : Two patients with Bartonella henselae infection from a dog. Kansenshogaku Zasshi., 2001, 75, 808-811 (le résumé de cet article en japonais est disponible sur PubMed). PIÉMONT (Y.) et HELLER (R.) : Les bartonelloses. I. Bartonella henselae. Ann. Biol. Clin., 1998, 56, 681-692. RAOULT (D.) : Infections humaines à Bartonella. Presse Méd., 1999, 28, 429-434. SCHMIDT (éd.) : Bartonella and Afipia species emphasizing Bartonella henselae. Contributions to Microbiology, vol. 1, Karger, Basel, 1998, 217 + X pages. TSUKAHARA (M.), TSUNEKOA (H.), IINO (H.), MURANO (I.), TAKAHASHI (H.) et UCHIDA (M.) : Bartonella henselae infection as a cause of fever of unknown origin. J. Clin. Microbiol., 2000, 38, 1990-1991. YAMAMOTO (K.), CHOMEL (B.B.), KASTEN (R.W.), HEW (C.M.), WEBER (D.K.), LEE (W.I.), DROZ (S.) et KOEHLER (J.E.) : Experimental infection of domestic cats with Bartonella koehlerae and comparison of protein and DNA profiles with those of other Bartonella species infecting felines. J. Clin. Microbiol., 2002, 40, 466-474. ZEAITER (Z.), FOURNIER (P.E.), OGATA (H.) et RAOULT (D.) : Phylogenetic classification of Bartonella species by comparing groEL sequences. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2002, 52, 165-171. ZEAITER (Z.), FOURNIER (P.E.) et RAOULT (D.) : Genomic variation of Bartonella henselae strains detected in lymph nodes of patients with cat scratch disease. J. Clin. Microbiol., 2002, 40, 1023-1030. ZEAITER (Z.), LIANG (Z.) et RAOULT (D.) : Genetic classification and differentiation of Bartonella species based on comparison of partial ftsZ gene sequences. J. Clin. Microbiol., 2002, 40, 3641-3647.
Voir aussi le fichier ¤ Bartonella.
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