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Créé le 10 décembre 1998
BRACHYSPIRA PILOSICOLI
Autres dénominations : "Anguillina coli", Serpulina pilosicoli. Voir aussi le fichier : ¤ Brachyspira.
Systématique
En 1972, Harris et al. proposent l’appellation de Treponema hyodysenteriae pour des souches de spirochètes isolées de l’intestin du porc. Au sein de cette espèce, il était possible de distinguer des souches fortement bêta-hémolytiques, indole positive et responsables de la dysenterie porcine et des souches faiblement bêta-hémolytiques, indole négative et dénuées de pouvoir pathogène. En 1979, les souches faiblement hémolytiques et non pathogènes ont été placées dans une nouvelle espèce, Treponema innocens. Compte tenu de leurs caractères phénotypiques et génétiques, Treponema hyodysenteriae et Treponema innocens ont été transférés dans un nouveau genre, le genre Serpulina avec les nomenclatures de Serpulina hyodysenteriae et de Serpulina innocens. Sur le plan bactériologique, les souches de spirochètes intestinaux faiblement hémolytiques et isolées de diverses espèces animales forment un groupe hétérogène et, très rapidement, la dichotomie entre souches hémolytiques et pathogènes d’une part et souches faiblement hémolytiques et non pathogènes d’autre part s’est révélée simpliste. En 1980, Taylor et al. montrent que l’administration par voie orale d’une souche de tréponèmes faiblement hémolytique, différente de Serpulina hyodysenteriae et isolée en 1978 d’un porc atteint de diarrhée (la souche P43/6/78 désignée également dans certaines publications comme la souche P43) est capable de provoquer un retard de croissance et une diarrhée. L’examen histologique de la muqueuse du colon met en évidence des lésions de colite et de nombreux tréponèmes fixés par une de leurs extrémités aux cellules épithéliales et disposés parallèlement les uns aux autres. Cette infection connue sous le nom de diarrhée à spirochètes ou de spirochétose du colon du porc, a également été décrite par d’autres auteurs et l’agent étiologique a été dénommé "Anguillina coli". L’étude des caractères phénotypiques (morphologie, ultra structure, caractères culturaux, caractères biochimiques, utilisation de divers substrats, analyse par chromatographie en phase gazeuse des produits de fermentation, sensibilité aux antibiotiques) et génétiques (détermination du G + C p. cent et homologies ADN - ADN) montrent que la souche P43/6/78 constitue en fait une nouvelle espèce du genre Serpulina, Serpulina pilosicoli. Des travaux phylogénétiques, basés sur la séquences des ARNr 16S, confirment que la souche P43/6/78 ainsi que les souches phénotypiquement semblables constituent bien une espèce distincte. En 1997, Ochiai et al. comparent l’intégralité des séquences des gènes codant pour l’ARNr 16S de Brachyspira aalborgi, de Serpulina hyodysenteriae, de Serpulina innocens et de Serpulina pilosicoli et ils montrent que les homologies sont supérieures à 96 p. cent. De plus, les valeurs des G + C p. cent, les homologies ADN-ADN et les caractères phénotypiques confirment la parenté entre ces bactéries. Au vue de ces résultats, les auteurs proposent de regrouper ces bactéries en un unique genre qui compte tenu des règles de priorité doit être appelé ¤ Brachyspira.
Caractères bactériologiques
Brachyspira pilosicoli présente la morphologie et la mobilité caractéristiques des espèces du genre ¤ Brachyspira.
Les souches de Brachyspira pilosicoli sont constituées de bactéries spiralées de 4 à 11 mm de longueur sur 0,2 à 0,3 mm de diamètre, possédant 4 à 6 flagelles insérés à chacune des extrémités et se chevauchant au centre de la cellule, donnant une réponse positive aux tests hydrolyse de l’esculine et alpha-galactosidase, donnant une réponse négative aux tests production d’indole, alpha-glucosidase et bêta-glucosidase.
L'étude de la fermentation des sucres nécessite des techniques particulières*. Brachyspira pilosicoli fermente le fructose, le galactose, le glucose, le lactose, le maltose, le mannose, le raffinose et le tréhalose. Par contre, elle ne fermente pas l’adonitol, l’inositol, le rhamnose et le sorbitol.
La croissance optimale est obtenue après incubation dans une atmosphère contenant 99 p. cent d’azote et 1 p. cent d’oxygène, mais Brachyspira pilosicoli peut tolérer jusqu’à 7 p. cent d’oxygène.
Les principaux caractères permettant de différencier Brachyspira pilosicoli, ¤ Brachyspira hyodysenteriae et ¤ Brachyspira innocens figurent dans le tableau I.
Habitat et pouvoir pathogène
Habitat Brachyspira pilosicoli a un spectre d’hôtes plus large que celui de ¤ Brachyspira hyodysenteriae. Cette espèce est isolée non seulement du porc, mais aussi de l’homme, de primates non hominiens, d’oiseaux domestiques ou sauvages, du chien, du cobaye et de l’opossum. L'homme ou l'animal infectés présentent souvent des signes cliniques ou des lésions typiques de spirochétose intestinale.
Outre le porc, les oiseaux sauvages, notamment les canards, qui contaminent les pièces d'eau par leurs fèces, sont une source de contamination pour l'homme et les animaux. Une étude réalisée en Australie a montré que 19 p. cent des oiseaux aquatiques hébergeaient le germe, que celui-ci était capable de survivre 66 jours à + 4 °C et 4 jour à 25 °C dans de l'eau et que l'ingestion d'eau contaminée par un volontaire conduisait à une infection avec des signes cliniques.
Le rôle des rongeurs en tant que réservoirs de Brachyspira pilosicoli est inconnu. Ces animaux peuvent être expérimentalement infectés par des souches d’origine humaine, aviaire ou porcine et ils hébergent des spirochètes faiblement hémolytiques. Toutefois, aucune souche isolée de rongeurs naturellement infectés n’a été formellement identifiée comme appartenant à l’espèce Brachyspira pilosicoli. La survie du germe dans le milieu extérieur est encore peu documentée mais, d'une manière générale, Brachyspira pilosicoli semble plus résistant que ¤ Brachyspira hyodysenteriae (par exemple, Brachyspira pilosicoli résiste 66 jours dans de l'eau à + 4 °C alors que ¤ Brachyspira hyodysenteriae ne résiste que 14 jours). Pouvoir pathogène
Chez l’homme, le taux de portage dans les fèces est variable selon les populations étudiées. Dans les pays en voie de développement (Indonésie, Papouasie Nouvelle Guinée) ou chez des populations dont le niveau sanitaire est bas (aborigènes australiens, certaines populations de l'Inde), le portage est fréquent et la prévalence de l'infection peut atteindre 36,6 p. cent.
Chez les oiseaux domestiques, l’infection est généralement associée à de l'asthénie, à de la diarrhée (pouvant atteindre 25 p. cent des animaux d'un élevage) et à une chute de ponte de l'ordre de 5 p. cent. En revanche, il semble que Brachyspira pilosicoli ne soit pas responsable de mortalité. L'utilisation de bacitracine-zinc dans l'alimentation altère la flore du gros intestin et favorise le portage.
Le chien peut être infecté par quatre espèces du genre Brachyspira : ¤ Brachyspira alvinipulli, "Brachyspira canis", Brachyspira pilosicoli et une espèce encore innommée. Le pouvoir pathogène de Brachyspira pilosicoli pour le chien est encore incertain, mais la plupart des souches sont isolées d'animaux présentant des diarrhées.
Des infections à Brachyspira pilosicoli ont été décrites dans la plupart des pays producteurs de porcs : Australie, Canada, France, Japon, Pologne, Royaume Uni, Suède, USA, ...
Chez le porc, Brachyspira pilosicoli est responsable d’une infection, expérimentalement reproductible chez des porcs conventionnels, et connue sous les noms de spirochétose intestinale du porc ou de diarrhée à spirochètes ou de colite à spirochètes ou de spirochétose du colon du porc. Toutefois, le pouvoir pathogène semble variable selon les souches et la virulence d’une souche isolée du terrain peut être évaluée par inoculation de poulets âgés de 1 jour.
À l’autopsie, les seules anomalies concernent le côlon dont la séreuse a un aspect dépoli, dont le contenu est fluide et présente des reflets brillants et dont la muqueuse est parfois épaissie, congestionnée et parsemée de petites pétéchies.
Facteurs de pathogénicité
Les facteurs de pathogénicité de Brachyspira pilosicoli sont très mal connus. Par comparaison avec ¤ Brachyspira hyodysenteriae, on peut estimer que la mobilité joue un rôle, mais le chimiotactisme, net pour ¤ Brachyspira hyodysenteriae, est beaucoup moins manifeste pour Brachyspira pilosicoli.
Les germes colonisent les cryptes de l’intestin et les cellules épithéliales de la muqueuse. En s’attachant par une de leurs extrémités, ils forment des palissades (formation de fausses bordures en brosse). Les facteurs responsables de cette adhésion ne sont pas connus, mais on sait qu'ils diffèrent de ceux des entérobactéries. L’attachement des spirochètes s’accompagne d’un effacement des microvillosités et provoque des lésions de la surface des microvillosités. Quelques bactéries sont capables d’envahir l’épithélium et on les trouve soit dans les cellules épithéliales soit groupées en amas entre les cellules épithéliales soit groupées en amas dans la lamina propria. Au moins trois protéases, liées à la membrane, joueraient un rôle dans l'invasion. Le pouvoir invasif de Brachyspira pilosicoli est bien illustré par des cas de septicémies observés par Trott et al. chez des patients non immunodéprimés. Brachyspira pilosicoli peut également être présent dans les macrophages au sein desquels la bactérie semble se multiplier activement.
Diagnostic bactériologique
Les spirochètes sont isolés des fèces ou du contenu intestinal ou de la muqueuse du gros intestin. Le prélèvement est constitué soit par des écouvillons placés dans un milieu de transport (les meilleurs milieux de transport sont constitués par un milieu non nutritif, semi-gélosé et contenant du charbon et/ou un agent réducteur) soit par des fèces soit par des fèces dilués dans de l’eau physiologique soit par un raclage de la muqueuse. Les prélèvements doivent être réfrigérés mais pas congelés. Le meilleur prélèvement serait constitué par des selles non diluées et conservées à + 4 °C.
L’isolement nécessite l'utilisation de milieux sélectifs tels que
L'isolement peut être précédé par un prétraitement consistant à placer un échantillon de fèces dans un bouillon cœur-cervelle contenant 10 p. cent de sérum fœtal de veau, 400 mg/mL de spectinomycine et 15 mg/mL de rifampicine. Le mélange est agité à l'aide d'un Vortex durant 5 secondes, puis placé à température ambiante durant 30 minutes avant d'être ensemencé sur un milieu sélectif. Le prétraitement des échantillons améliore la sensibilité des cultures.
Les boîtes sont incubées dans une atmosphère contenant 94 p. cent d’azote et 6 p. cent de dioxyde de carbone (ou, plus simplement, il est possible d’utiliser un système de type Gas Pak) et à une température comprise entre 37 et 42 °C. L’incubation doit être prolongée 6 jours ou plus car la croissance est plus lente que celle de ¤ Brachyspira hyodysenteriae. Selon Calderaro et al., les meilleurs résultats sont obtenus en combinant un prétraitement et un isolement sur le milieu BAM. Cette technique permet d'obtenir un culture de Brachyspira pilosicoli en 48 heures.
Le degré d’hémolyse est un critère important du diagnostic différentiel (voir tableau I) mais il n’est pas absolu : l’appréciation de l’hémolyse est un caractère subjectif, le degré d’hémolyse peut varier selon la composition du milieu et les conditions de culture, des souches n’appartenant pas à l’espèce ¤ Brachyspira hyodysenteriae peuvent être fortement hémolytiques (c’est le cas par exemple de la souche P280)... En théorie, il conviendrait d’utiliser toujours la même technique et de tester en parallèle les souches types de ¤ Brachyspira hyodysenteriae (souche B78 = ATCC 27164) et de Brachyspira innocens (B256 = ATCC 29796).
Des anticorps monoclonaux dirigés contre une protéine de membrane externe, spécifiques de Brachyspira pilosicoli et capables de réagir avec toutes les souches, ont été obtenus en 1995 par Lee et Hampson. De tels anticorps, à condition d’être disponibles, pourraient largement faciliter l’identification de Brachyspira pilosicoli. De même, il est concevable d’imaginer que de tels anticorps puissent être utilisés dans des tests d’agglutination passive inversée ou dans des test immunologiques de type sandwich pour détecter des animaux infectés.
Selon Johansson et al., les souches canines peuvent être distinguées des autres Brachyspira sp. identifiées chez le chien par les résultats des tests hippurate et alpha-galactosidase (voir le tableau ci-dessous).
Pour des enquêtes épidémiologiques, il peut être intéressant de caractériser les souches isolées. Cette caractérisation peut se faire par électrophorèse des iso-enzymes (MLEE, multilocus enzyme electrophoresis) ou par électrophorèse en champ pulsé. Pour pallier les difficultés rencontrées lors de la culture et de l'identification, plusieurs tests de PCR ont été proposés (amplification des gènes codant pour l'ARNr 16S ou pour l'ARNr 23S ou pour la NADH oxydase ou pour l'hémolysine). Ces tests sont généralement effectués sur des cultures car il est difficile d'extraire l'ADN directement à partie des fèces. Toutefois, La et al. ont décrit un test PCR utilisable sur l'ADN extrait des fèces. Ce test amplifie une portion du gène codant pour la NADH oxydase de ¤ Brachyspira hyodysenteriae et l'ADN codant pour l'ARNr 16S de Brachyspira pilosicoli. En moins de 5 heures, il permet d'identifier les animaux infectés par Brachyspira pilosicoli ou ¤ Brachyspira hyodysenteriae ou par les deux germes. Ce test se révèle plus sensible que la culture et tout aussi spécifique.
Sensibilité aux antibiotiques
La recherche de la sensibilité in vitro aux antibiotiques fait généralement appel à des méthodes de dilution en milieu gélosé ou en milieu liquide.
Les souches de Brachyspira pilosicoli sont généralement sensibles à l’ampicilline, au carbadox, au chloramphénicol, au métronidazole, au dimétridazole, aux tétracyclines, aux pleuromutilines (tiamuline, valnémuline), à la tylosine, à la ceftriaxone, au méropénème et à la moxifloxacine.
Le traitement par administration parentérale d’antibiotiques est une excellente méthode pour obtenir rapidement une guérison clinique. Toutefois, elle représente une charge de travail importante dans les grands élevages et on peut lui substituer un traitement par voie orale grâce à l’adjonction d’antibiotiques dans la nourriture ou dans l’eau de boisson. La tiamuline et la lincomycine sont les antibiotiques les plus utilisés et les plus efficaces pour un traitement effectué dans l’eau de boisson. Toutefois, des souches résistantes à la tiamuline ont été identifiées en Finlande et en Suède. Cette résistance, qui peut concerner jusqu'à 14 p. cent des souches isolées en Suède, est associée à des mutations de la protéine ribosomale L3 et de l'ARNr 23S.
Prophylaxie
La prophylaxie repose sur la prophylaxie sanitaire (contrôle des animaux importés dans l’élevage, limitation des visites, lutte contre les rongeurs, nettoyage, désinfection, vide sanitaire, ...) qui est à la base de tous les programmes de prévention.
Orientation bibliographique
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* : Techique d'étude de la fermentation des sucres Ensemencer, avec 0,1 mL d’un inoculum lourd, un tube contenant 0,1 mL de bouillon trypticase soja sans glucose, enrichi de 10 p. cent de sérum de lapin et contenant 1 p. cent du sucre à étudier. Le tube est incubé en anaérobiose durant 72 heures à 37 °C puis placé 10 minutes en aérobiose. Une goutte de rouge de phénol à 0,02 p. cent est alors ajoutée et la fermentation est appréciée par le virage de l’indicateur de pH.
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