J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le  03 mars 2010

 

BARTONELLA TRIBOCORUM

 

Voir aussi le fichier ¤ Bartonella.

 

Systématique

 

Chronologiquement, Bartonella tribocorum est la douzième espèce décrite au sein du genre Bartonella (voir : ¤). Cette nomenclature a été proposée en 1998 pour deux souches de Bartonella sp. isolées du sang de rats sauvages (Rattus norvegicus) vivant dans l'Est de la France.

Cette bactérie est présente dans les érythrocytes et elle possède les caractères phénotypiques du genre Bartonella.
La séquence du gène codant pour l'ARNr 16S présente un pourcentage d'homologie supérieur ou égal à 97,9 p. cent avec celles des souches types des autres espèces du genre* (l'homologie la plus forte, 99,6 p. cent, est observée avec Bartonella elizabethae) et l'analyse partielle de la séquence du gène codant pour la citrate synthétase montre un pourcentage d'homologie supérieur ou égal à 94,9 p. cent avec Bartonella sp. souche "C5-rat", Bartonella grahamii, Bartonella sp. souche "C7-rat" et Bartonella elizabethae.
Les études d'hybridation ADN - ADN effectuées avec les souches types des espèces phylogénétiquement proches** (homologie de séquence de l'ARNr 16S supérieure à 98 p. cent) montrent que les deux souches isolées constituent une nouvelle espèce.

 

Caractères bactériologiques

 

Bartonella tribocorum est un bacille à Gram négatif, de 0,5 mm de diamètre sur 1 à 2 mm de longueur, dépourvu de flagelle, aérobie, oxydase et catalase négatives.

Les caractères biochimiques ont été étudiés à l'aide de tablettes Rosco Diagnostica (VP, hydrolyse de la tributyrine, pyrazinamidase, activité peptidasique vis-à-vis de la proline-bêta-naphtylamide et de la benzoyl-arginine-bêta-naphtylamide [activité trypsine-like]) ou à l'aide du kit MicroScan® Rapid Anaerobe Panel*** (Baxter Diagnostics).
. Une réponse positive est notée pour les tests leucine-arylamidase, méthionine-arylamidase, lysine-arylamidase, glycine-arylamidase, arginine-arylamidase, tryptophane-arylamidase, glycylglycylarylamidase et activité trypsine-like.
. Un résultat négatif est obtenu pour les tests VP, pyrazinamidase, uréase, acidification du tréhalose, proline-arylamidase, pyrrolidonyl-arylamidase, hydrolyse du bis-p-nitrophényl phosphate et du p-nitrophényl N-acétyl-bêta-D-glucosaminide.
. Parmi les tests effectués, seule l'activité peptidasique vis-à-vis de la proline-bêta-naphtylamide permet de distinguer Bartonella tribocorum (réponse négative) de ¤ Bartonella alsatica (réponse positive).

Comme pour les autres bartonelles, la culture de Bartonella tribocorum est longue et difficile. A l'isolement, les colonies ne sont obtenues qu'après 10 jours d'incubation et, lors d'un repiquage, les colonies apparaissent en 5 jours. Sur une gélose Columbia enrichie de 5 p. cent de sang de lapin défibriné, incubée à 35 °C en atmosphère humide et en présence de 5 p. cent de CO2, les colonies sont rugueuses, enchâssées dans la gélose, compactes, difficiles à mettre en suspension et leur diamètre est inférieur à 1 mm.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Les deux souches de Bartonella tribocorum ont été isolées de deux rats, capturés sur les bords du Rhin à l'aide d'un piège et retrouvés noyés au moment des analyses.
Le rat est une espèce animale capable de coloniser les biotopes urbains et ruraux, vivant parfois à proximité immédiate de l'homme et susceptible de contaminer l'homme soit sur un mode direct soit par l'intermédiaire de ses ectoparasites (telle que Xenopsylla cheopis). Le nombre de souches isolées est trop faible pour permettre une analyse épidémiologique et, actuellement, aucune donnée ne permet de savoir si Bartonella tribocorum est transmissible à l'homme.
On peut cependant remarquer :
- que plusieurs espèces de bartonelles (Bartonella bacilliformis, Bartonella clarridgeiae, Bartonella elizabethae, Bartonella henselae, Bartonella quintana et Bartonella vinsonii subsp. vinsonii) sont pathogènes pour l'homme et que certaines de ces espèces (notamment Bartonella henselae et Bartonella clarridgeiae) sont des agents de zoonoses ;
- que des souches de bartonelles ont déjà été isolées du sang de rats (Rattus norvegicus, Rattus rattus, Rattus sp.) dans différentes régions du monde (Bolivie, Paraguay, Pérou, USA) et que le taux d'infection peut atteindre 51 p. cent ;
- que plusieurs souches isolées du rat (Rattus sp.) appartiennent certainement à l'espèce Bartonella elizabethae ce qui suggère que Bartonella elizabethae pourrait être un agent de zoonose.

Ultérieurement, des souches de Bartonella tribocorum ont été isolées de muridés (Apodemus flavicollis, Apodemus speciosus), de rats (Rattus norvegicus, Rattus rattus), de puces et de poux capturés dans différentes régions du monde. Toutefois, aucune souche n'a été isolée de l'homme et le pouvoir pathogène de Bartonella tribocorum n'est toujours pas documenté.

 

Orientation bibliographique

 

Voir aussi le fichier ¤ Bartonella.

BAI (Y.), MONTGOMERY (S.P.), SHEFF (K.W.), CHOWDHURY (M.A.), BREIMAN (R.F.), KABEYA (H.) et KOSOY (M.Y.) : Bartonella strains in small mammals from Dhaka, Bangladesh, related to Bartonella in America and Europe. Am. J. Trop. Med. Hyg., 2007, 77, 567-570.

BIRTLES (R.J.) et RAOULT (D.) : Comparison of partial citrate synthase gene (gltA) sequences for phylogenetic analysis of Bartonella species. Int. J. Syst. Bacteriol., 1996, 46, 891-897.

HELLER (R.), KUBINA (M.), MARIET (P.), RIEGEL (P.), DELACOUR (G.), DEHIO (C.), LAMARQUE (F.), KASTEN (R.), BOULOUIS (H.J.), MONTEIL (H.), CHOMEL (B.) et PIÉMONT (Y.) : Bartonella alsatica sp. nov., a new Bartonella species isolated from the blood of wild rabbits. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 283-288.

HELLER (R.), RIEGEL (P.), HANSMANN (Y.), DELACOUR (G.), BERMOND (D.), DEHIO (C.), LAMARQUE (F.), MONTEIL (H.), CHOMEL (B.) et PIÉMONT (Y.) : Bartonella tribocorum sp. nov., a new Bartonella species isolated from the blood of wild rats. Int. J. Syst. Bacteriol., 1998, 48, 1333-1339.

INOUE (K.), MARUYAMA (S.), KABEYA (H.), YAMADA (N.), OHASHI (N.), SATO (Y.), YUKAWA (M.), MASUZAWA (T.), KAWAMORI (F.), KADOSAKA (T.), TAKADA (N.), FUJITA (H.) et KAWABATA (H.) : Prevalence and genetic diversity of Bartonella species isolated from wild rodents in Japan. Appl. Environ. Microbiol., 2008, 74, 5086-5092.

LIN (J.W.), CHEN (C.Y.), CHEN (W.C.), CHOMEL (B.B.) et CHANG (C.C.) : Isolation of Bartonella species from rodents in Taiwan including a strain closely related to 'Bartonella rochalimae' from Rattus norvegicus. J. Med. Microbiol., 2008, 57, 1496-1501.

MORICK (D.), BANETH (G.), AVIDOR (B.), KOSOY (M.Y.), MUMCUOGLU (K.Y.), MINTZ (D.), EYAL (O.), GOETHE (R.), MIETZE (A.), SHPIGEL (N.) et HARRUS (S.) : Detection of Bartonella spp. in wild rodents in Israel using HRM real-time PCR. Vet. Microbiol., 2009, 139, 293-297.

 

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* : Bartonella bacilliformis, Bartonella clarridgeiae, Bartonella doshiae, Bartonella elizabethae, Bartonella grahamii, Bartonella henselae, Bartonella quintana, Bartonella taylorii, Bartonella vinsonii subsp. berkhoffii et Bartonella vinsonii subsp. vinsonii.
Bartonella alsatica, espèce décrite en 1999, n'a pas été incluse dans cette étude et dans la publication décrivant Bartonella alsatica, le pourcentage d'homologie avec Bartonella tribocorum n'a pas été établi.
N.B. : Il n'existe pas de souches disponibles pour Bartonella peromysci et Bartonella talpae.

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** : Bartonella doshiae, Bartonella elizabethae, Bartonella grahamii, Bartonella henselae, Bartonella quintana, Bartonella taylorii et Bartonella vinsonii subsp. vinsonii.

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 *** : Galerie MicroScan® Rapid Anaerobe Panel
(d'après la documentation technique MicroScan®, Dade International Inc., West Sacramento, CA 95691, U.S.A.)
L'auteur remercie le Vétérinaire Biologiste M. Boni (Secteur Vétérinaire de Marseille) qui lui a transmis la documentation technique MicroScan Rapid Anaerobe Panel.

La galerie MicroScan® Rapid Anaerobe Panel a été conçue pour l'identification des bactéries anaérobies mais elle est fréquemment utilisée pour les espèces du genre Bartonella.

La galerie comprend 24 substrats déshydratés et elle est inoculée (50 µL par puits) avec une suspension bactérienne dont l'opacité est comprise entre les valeurs 3 et 5 de l'échelle de McFarland. Les tests détectent des enzymes préformées et la croissance du germe n'est pas nécessaire si bien que la galerie est incubée sous une atmosphère normale durant 4 heures à 35 - 37 °C. Après incubation, la lecture repose sur les changements de pH et l'apparition de colorations après adjonction éventuelle de réactifs. Deux cupules de contrôle sont prévues pour faciliter la lecture. Un contrôle au nitrophényl qui doit rester incolore et un contrôle au bêta-naphthylamide qui doit virer au jaune-orange après addition du réactif "peptidase".

La liste des 24 substrats ainsi que le principe de la lecture sont donnés dans le tableau ci-dessous :

Substrat

Réactifs

Réaction positive

Réaction négative

p-nitrophényl-bêta-D-galactopyranoside*

p-nitrophényl-alpha-D-galactopyranoside*

Bis-p-nitrophényl-phosphate*

p-nitrophényl-N-acétyl-bêta-D-glucosaminide*

p-nitrophényl-alpha-D-glucopyranoside*

o-nitrophényl-bêta-D-glucopyranoside*

p-nitrophényl-phosphate*

p-nitrophényl-alpha-L-fucopyranoside*

p-nitrophényl-alpha-D-mannopyranoside*

 

 

 

 

 Aucun. Les résultats doivent être comparés avec celui d'une cupule témoin qui doit être incolore

 

 

 

 

 Toute coloration jaune

 

 

 

 

 Incolore

L-leucine-bêta-naphthylamide**

DL-méthionine-bêta-naphthylamide**

L-lysine-bêta-naphthylamide (alcaline)**

L-lysine-bêta-naphthylamide (acide)**

Glycylglycine-bêta-naphthylamide**

Glycine-bêta-naphthylamide**

L-proline-bêta-naphthylamide**

L-arginine-bêta-naphthylamide**

L-pyrrolidonyl-bêta-naphthylamide**

L-tryptophane-bêta-naphthylamide**

 

 

 

Ajouter une goutte du réactif "peptidase". Attendre au moins 30 secondes et au maximum 3 minutes. Les résultats doivent être comparés à celui d'une cupule témoin qui se colore en jaune après addition du réactif.

 

 

 

Toute coloration rose à magenta

 

 

 

Jaune ou orange

3-indoxyl-phosphate

 

Coloration bleue et précipité bleu

Incolore

Tréhalose

 

Jaune

Orange/rouge

Urée (recouvrir avec une à deux gouttes d'huile de paraffine)

 

Rose-rouge

Jaune-orange

Indole (recouvrir avec une à deux gouttes d'huile de paraffine)

Ajouter une goutte de xylène et remuer. Ajouter une goutte de réactif d'Ehrlich. Lire après 2 à 3 minutes.

Rouge

Jaune clair

Nitrate

Ajouter une goutte d'acide sulfanilique et une goutte de N,N-diméthyl-alpha-naphthylamine. Lire après 2 à 3 minutes.

Rouge

Incolore ou rose pâle

 

* : Les substrats d'ortho- ou de para-nitrophényl sont incolores. L'enzyme, lorsqu'elle est présente, hydrolyse le substrat et libère de l'ortho- ou du para-nitrophénol de couleur jaune.

** : Lorsque le substrat est hydrolysé par l'arylamidase appropriée, le bêta-naphthylamide est libéré et détecté par l'addition du réactif "peptidase" qui crée un complexe chimique de coloration rose à pourpre magenta.

La recherche de la catalase peut s'effectuer dans la cupule p-nitrophényl-bêta-D-galactopyranoside. En cas de réaction positive, l'adjonction de deux à trois gouttes d'eau oxygénée à 3 p. cent provoque l'apparition de bulles après 2 à 3 minutes.

Les tests sont séparés par groupe de trois et une valeur 4, 2 ou 1 est attribuée à chaque test. La valeur 4 est attribuée à une réponse positive notée pour le premier test d'un groupe de trois. La valeur 2 est attribuée à une réponse positive notée pour le deuxième test d'un groupe de trois. La valeur 1 est attribuée à une réponse positive notée pour le troisième test d'un groupe de trois. L'addition des valeurs pour chacun des groupes permet d'obtenir un profil numérique à huit chiffres.

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