J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 04 décembre 2003

 

BACILLUS WEIHENSTEPHANENSIS

 

Voir aussi les fichiers
. Bacillus
. Bacillus anthracis
. Bacillus cereus
. Systématique des espèces placées dans le "groupe Bacillus cereus"
. Hors texte : Principales conclusions de quelques travaux concernant la systématique des espèces du "groupe Bacillus cereus"
. Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne

 

Au 28 octobre 1998, le "groupe Bacillus cereus" rassemblait ¤ Bacillus anthracis, ¤ Bacillus cereus, Bacillus mycoides, Bacillus pseudomycoides et Bacillus thuringiensis.

Au sein de l'espèce ¤ Bacillus cereus, il était possible de distinguer des souches mésophiles et des souches psychrotolérantes. Toutes les souches ont une croissance optimale pour des températures comprises entre 25 et 35 °C mais seules les souches psychrotolérantes sont aptes à croître à 7 °C.

En 1996, les résultats publiés par Schraft et al. révélaient que les souches psychrotolérantes et les souches mésophiles se distinguaient par les profils de leurs acides gras et par les profils de restriction du gène codant pour la céréolysine.

Le 29 octobre 1998, Lechner et al. publient des résultats portant sur 10 souches psychrotolérantes et 21 souches mésophiles de ¤ Bacillus cereus. Les conclusions de ces auteurs sont les suivantes.
. À l'exception de la température de croissance, aucun caractère phénotypique ne permet de distinguer les souches psychrotolérantes et les souches mésophiles.
. Les pourcentages d'hybridations ADN-ADN entre les souches sont compris entre 62,1 et 94,6 p. cent et ils sont trop hétérogènes pour pouvoir en tirer des conclusions claires.
. Les comparaisons des séquences des ARNr 16S et des séquences des gènes cspA (cold-shock protein) permettent de séparer les souches psychrotolérantes des souches mésophiles. Les résultats des tests RAPD (Randomly Amplified Polymorphic DNA), utilisant trois jeux d'amorces différents, montrent que les souches psychrotolérantes forment un groupe distinct.
. Une différence entre une souche psychrotolérante et une souche mésophile est également observée par comparaison des séquences de l'espace intergénique 16S-23S et des séquences de l'ARNr 23S (étude réalisée sur les nucléotides 1 à 525).

Pour ces différentes raisons, Lechner et al. placent les souches psychrotolérantes dans une nouvelle espèce, Bacillus weihenstephanensis, dont la nomenclature sera validement publiée le 29 octobre 1998.
L'étude de Lechner et al. révèle également une forte parenté entre les souches psychrotolérantes de ¤ Bacillus cereus et les souches psychrotolérantes de Bacillus mycoides. Toutefois, comme aucune souche de Bacillus mycoides n'a été associée à des toxi-infections alimentaires, les auteurs préfèrent considérer les souches psychrotolérantes de Bacillus mycoides comme faisant partie intégrante de l'espèce Bacillus mycoides.

La traduction française de la description de Bacillus weihenstephanensis Lechner et al. 1998 est présentée ci-dessous.
. Bacilles à Gram positif, sporulés, anaérobies facultatifs. La morphologie et l'assimilation des substrats sont identiques à ceux mentionnés par Claus et Berkeley pour ¤ Bacillus cereus.
. Bacillus weihenstephanensis peut être différencié de ¤ Bacillus cereus par sa capacité à croître à 7 °C dans un milieu liquide agité, par son absence de croissance à 43 °C, par la présence d'une séquence signature dans l'ARNr 16S (1003TCTAGAGATAGA) et par la présence d'une séquence signature dans la séquence du gène cspA (4ACAGTT).
. L'aspect non-rhizoïde des colonies différencie Bacillus weihenstephanensis et Bacillus mycoides.
. Les caractères permettant de différencier Bacillus weihenstephanensis, Bacillus thuringiensis et ¤ Bacillus anthracis sont identiques à ceux proposés par Claus et Berkeley pour différencier ces deux dernières espèces de ¤ Bacillus cereus.
. Compte tenu de sa capacité potentielle à provoquer des toxi-infections alimentaires, Bacillus weihenstephanensis devrait être placé dans le groupe des espèces présentant un risque de niveau 2*.
. La souche type est la souche WSBC 10204 = DSM 11821.

Quelques caractères permettant de différencier Bacillus weihenstephanensis des autres espèces du "groupe Bacillus cereus" sont présentés dans le tableau I.

Afin de différencier rapidement Bacillus weihenstephanensis et ¤ Bacillus cereus, l'équipe ayant proposé la nomenclature de Bacillus weihenstephanensis a développé des tests PCR basés sur les séquences signatures de l'ARNr 16S et du gène cspA.
Toutefois, dès 1999, Prüb et al. montraient que certaines souches portaient à la fois les séquences signatures de l'ARNr 16S de Bacillus weihenstephanensis et de ¤ Bacillus cereus. Ultérieurement, Stenfors et al. ont étudié 17 souches psychrotolérantes et six souches mésophiles. Ces auteurs montrent que 19 de ces souches portent à la fois les séquences signatures spécifiques de l'ARNr 16S de Bacillus weihenstephanensis et de ¤ Bacillus cereus et que seules quatre souches psychrophiles hébergent uniquement la séquence signature de l'ARNr 16S de Bacillus weihenstephanensis. Ces quatre souches portent également la séquence signature spécifique du gène cspA de Bacillus weihenstephanensis, elles cultivent à 6 °C mais pas à 42 °C et elles peuvent être considérées comme d'authentiques souches de Bacillus weihenstephanensis. L'étude de Stenfors et al. montre également qu'il existe des souches intermédiaires entre ¤ Bacillus cereus et Bacillus weihenstephanensis et que toutes les souches psychrotolérantes n'appartiennent pas à l'espèce Bacillus weihenstephanensis telle qu'elle a été décrites par Lechner et al.

Periago et al. ont également montré que des souches de Bacillus weihenstephanensis pouvaient, après adaptation, cultiver à 47 °C ce qui confirme que les critères de température de croissance, établis par Lechner et al., ne peuvent pas être utilisés pour différencier à coup sûr Bacillus weihenstephanensis et ¤ Bacillus cereus.

Par comparaison avec les souches mésophiles, les souches psychrotolérantes sont plus rarement responsables de toxi-infections alimentaires et, à la connaissance de l'auteur, aucune souche authentique de Bacillus weihenstephanensis n'a été incriminée dans cette pathologie. Cependant, certaines de ces souches sont cytotoxiques pour les cellules Vero et des tests PCR révèlent la présence de séquences spécifiques des gènes codant pour les toxines décrites chez ¤ Bacillus cereus : séquence de l'opéron nhe et/ou du gène bceT et/ou du gène hblA et/ou du gène hblC et/ou du gène hblD et/ou du gène cytK. La mise en évidence par PCR de séquences spécifiques des gènes codant pour les toxines ne prouve pas que les souches produisent des toxines fonctionnelles mais suggère que le pouvoir pathogène de certaines souches de Bacillus weihenstephanensis est comparable à celui des souches de ¤ Bacillus cereus.

Compte tenu de l'ensemble des données présentées ci-dessus, il n'est pas sûr que la description de l'espèce Bacillus weihenstephanensis soit de nature à éclaircir la systématique du "groupe Bacillus cereus". On peut notamment remarquer que les homologies ADN-ADN ne permettent pas l'individualisation de ces souches, que les différences observées dans les séquences des ARNr 16S sont minimes, que le caractère psychrotolérant n'est pas l'apanage des souches de Bacillus weihenstephanensis et que le pouvoir pathogène de ces souches semble identique à celui des souches de ¤ Bacillus cereus.

 

Orientation bibliographique

 

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* :
Lechner et al. proposent de placer Bacillus weihenstephanensis dans le groupe des espèces présentant un risque de niveau 2. Il faut souligner que la classification utilisée par Lechner et al. est celle du "German Occupational Safety and Benefit Authority of the Chemical Industry" qui classe effectivement Bacillus weihenstephanensis (et ¤ Bacillus cereus) au sein des espèces du groupe 2.
Dans la classification française et communautaire, Bacillus cereus est placé dans le groupe1 quant à Bacillus weihenstephanensis il n'a pas encore fait l'objet d'une évaluation publiée.

Pour des renseignements complémentaires, voir le fichier ¤ "Classification des bactéries en fonction du risque d'infection pour l'homme".

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