J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 28 mars 2000
Dernière mise à jour le 20 novembre 2003

 

CORYNEBACTERIUM AURISCANIS

 

Des corynébactéries ou des bactéries corynéformes sont fréquemment isolées de la peau ou de l'oreille externe du chien. Ces bactéries ne sont généralement pas identifiées car elles sont considérées comme non pathogènes ou, elles se révèlent non identifiables.

En 1999, Collins et al. publient une étude portant sur six souches de Corynebacterium sp. isolées, en association avec d'autres bactéries (¤ Staphylococcus intermedius et/ou Streptococcus canis et/ou Staphylococcus sp. et/ou Proteus sp.) ou en association avec Malassezia pachydermatis, de cas d'otites externes, de pyodermites, d'une suppuration interdigitée et d'un écouvillonnage vaginal.
Les caractères morphologiques, les caractères structuraux (présence d'acides mycoliques dont les chaînes sont constituées de 28 à 34 atomes de carbone, ¤ peptidoglycane du type A1gamma, acides gras cellulaires en C16 et C18) et biochimiques évoquent une corynébactérie mais ne permettent pas de placer ces bactéries dans une espèce connue du genre Corynebacterium.
L'électrophorèse des protéines cellulaires révèle que les cinq souches étudiées sont très homogènes et distinctes des autres espèces du genre Corynebacterium. L'étude de la séquence des ADNr 16S montrent que les souches sont phylogénétiquement identiques mais distinctes de toutes les autres corynébactéries. Les espèces les plus proches sont ¤ Corynebacterium falsenii, Corynebacterium jeikeium et ¤ Corynebacterium urealyticum mais, on note une différence de séquences égale ou supérieure à 3 p. cent. Cette valeur permet de considérer que les souches isolées du chien constituent une nouvelle espèce pour laquelle les auteurs proposent l'appellation de Corynebacterium auriscanis. Cette nomenclature sera validement publiée en mars 2000 par inscription sur la liste de validation n° 73.
Les souches de ¤ Corynebacterium suicordis, espèce décrite en novembre 2003, sont également apparentées à Corynebacterium auriscanis.

Les souches de Corynebacterium auriscanis sont constituées de courts bacilles à Gram positif, de forme irrégulière, non sporulés, immobiles, se présentant de manière isolée ou groupés par deux ou groupés en amas, aérobies stricts (ce qui est atypique pour un représentant du genre Corynebacterium), catalase positive, non lipophiles.

À l'exception de l'hydrolyse de l'hippurate, de l'hydrolyse de l'amidon et de la réaction de Voges-Proskauer, les caractères biochimiques ont été étudiés à l'aide de galeries API Coryne (bioMérieux) et API ZYM (bioMérieux). En galeries API Coryne, la lecture des tests enzymatiques est effectuée après 24 heures d'incubation et la recherche de l'acidification des sucres après 48 heures d'incubation.

Une réponse positive est obtenue pour les tests hydrolyse de l'hippurate, phosphatase acide, phosphatase alcaline, estérase lipase C8 (réaction faiblement positive), estérase C4 (réaction faiblement positive), leucine arylamidase, phosphoamidase, pyrrolidonyl arylamidase et acidification du glucose.

Une réponse négative est notée pour les tests réduction des nitrates, production d'acétyl-méthyl-carbinol, hydrolyse de la gélatine, hydrolyse de l'amidon, hydrolyse de l'urée, pyrazinamidase, N-acétyl-bêta-glucosaminidase, chymotrypsine, cystine arylamidase, alpha-fucosidase, alpha-galactosidase, bêta-galactosidase, alpha-glucosidase, bêta-glucosidase, bêta-glucuronidase, alpha-mannosidase, trypsine, valine arylamidase, acidification du glycogène, du lactose, du maltose, du mannitol, du ribose, du saccharose et du xylose.

L'hydrolyse de l'esculine et la lipase C14 sont des caractères variables selon les souches.

Les principaux caractères permettant de différencier Corynebacterium auriscanis d'autres corynébactéries non lipophiles et isolées de médecine vétérinaire sont donnés dans le tableau I. D'autres caractères permettant de différencier Corynebacterium falsenii d'autres corynebactéries phylogénétiquement proches figurent dans le tableau II.
Corynebacterium auriscanis se différencie facilement de ¤ Corynebacterium urealyticum car cette dernière espèce, isolée chez le chien, est lipophile, elle hydrolyse l'urée, elle est pyrazinamidase positive et pyrrolidonyl arylamidase négative.

Les caractères culturaux ne sont pas donnés dans la publication de Collins et al. Généralement, les corynébactéries isolées de l'oreille externe ou de la peau du chien cultivent en 24 heures sur des géloses au sang de mouton, incubées en atmosphère normale et à 37 °C, en donnant des colonies blanchâtres ou grisâtres, plates, à contour régulier et d'un diamètre de 0,5 à 1 mm.

L'habitat et le pouvoir pathogène de Corynebacterium auriscanis ne sont pas connus avec certitude. Les six souches ayant permis la description de cette espèce ont toutes été isolées de prélèvements cliniques (otites externes, pyodermites, suppuration interdigitée, écouvillonnage vaginal) mais en association avec d'autres micro-organismes potentiellement doués d'un pouvoir pathogène. Sur les six souches caractérisées, trois provenaient d'otites externes ce qui a fait donner le nom de auriscanis à cette espèce.

 

Orientation bibliographique

 

COLLINS (M.D.), HOYLES L.), LAWSON (P.A.), FALSEN (E.), ROBSON (R.L.) et FOSTER (G.) : Phenotypic and phylogenetic characterization of new Corynebacterium species from dogs: description of Corynebacterium auriscanis p. nov. J. Clin. Microbiol., 1999, 7, 3443-3447.

VELA (A.I.), MATEOS (A.), COLLINS (M.D.), BRIONES (V.), HUTSON (R.A.), DOMÍNGUEZ (L.) et FERNÁNDEZ-GARAYZÁBAL (J.F.) : Corynebacterium suicordis sp. nov., from pigs. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 2027-2031.

 

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