J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 26 février 2010

 

CAMPYLOBACTER

 

Autres dénominations :
Campylobacter coli : "Vibrio coli".
Campylobacter fetus : "Vibrio fetus", "Spirillum fetus".
Campylobacter fetus subsp. fetus : "Vibrio fetus subsp. intestinalis".
Campylobacter fetus subsp. venerealis : "Vibrio fetus subsp. venerealis".
Campylobacter gracilis : Bacteroides gracilis.
Campylobacter hominis : "Candidatus Campylobacter hominis"
Campylobacter jejuni : "Vibrio jejuni", "Vibrio hepaticus", "Campylobacter fetus subsp. jejuni".
Campylobacter lari : Campylobacter laridis.
Campylobacter mucosalis : Campylobacter sputorum subsp. mucosalis.
Campylobacter rectus : Wolinella recta.
Campylobacter sputorum : "Vibrio sputorum".
Campylobacter sputorum subsp. bubulus : "Vibrio bubulus".
Campylobacter upsaliensis : "Campylobacter CNW" (Catalase Negative or Weakly reacting Campylobacter).

Voir aussi les fichiers :
¤ "Campylobacterales, Campylobacteraceae, Helicobacteraceae".
¤ Campylobacter avium.
¤ Campylobacter canadensis.
¤ Campylobacter cuniculorum.
¤ Campylobacter insulaenigrae.
¤ Campylobacter lanienae.
¤ Campylobacter lari (Campylobacter lari subsp. concheus, Campylobacter lari subsp. lari).
¤ Campylobacter peloridis.
¤ Campylobacter sputorum.

 

Systématique

 

Le genre Campylobacter a été proposé en 1963 par Sebald et Véron pour une bactérie préalablement connue sous le nom de "Vibrio fetus". En 1973, Véron et Chatelain incluent dans le genre Campylobacter de nouvelles espèces et, en fonction de leurs caractères phénotypiques, ils les répartissent en 3 groupes : a) les campylobactéries catalase positive et H2S négative (Campylobacter fetus subsp. fetus et Campylobacter fetus subsp. venerealis) ; b) les campylobactéries catalase positive et H2S positive (Campylobacter coli et Campylobacter jejuni) ; c) les campylobactéries catalase négative (Campylobacter sputorum subsp. bubulus et Campylobacter sputorum subsp. sputorum).
En 1980, ces différentes espèces ont été listées dans les Approved Lists of Bacterial Names. Par la suite, de nombreux remaniements ont affecté le genre Campylobacter : description de nouvelles espèces, mise en évidence de synonymies et transfert de certaines campylobactéries dans les genres ¤ Arcobacter ou Helicobacter (voir le fichier Campylobacter in List of Procaryotic Names with Standing in Nomenclature).

Le genre Campylobacter constitue, avec les genres ¤ Arcobacter, Dehalospirillum et Sulfurospirillum, la famille des ¤ Campylobacteraceae placée dans la classe des ¤ Epsilonproteobacteria (phylum des ¤ "Proteobacteria", domaine ou empire des "Bacteria" ou des "Eubacteria").

Ce genre compte 21 espèces : Campylobacter avium, Campylobacter canadensis, Campylobacter coli, Campylobacter concisus, Campylobacter cuniculorum, Campylobacter curvus , Campylobacter fetus (Campylobacter fetus subsp. fetus, Campylobacter fetus subsp. venerealis), Campylobacter gracilis, Campylobacter helveticus, Campylobacter hominis, Campylobacter hyointestinalis (Campylobacter hyointestinalis subsp. hyointestinalis, Campylobacter hyointestinalis subsp. lawsonii), Campylobacter insulaenigrae, Campylobacter jejuni (Campylobacter jejuni subsp. doylei, Campylobacter jejuni subsp. jejuni), Campylobacter lanienae, Campylobacter lari (Campylobacter lari subsp. concheus, Campylobacter lari subsp. lari), Campylobacter mucosalis, Campylobacter peloridis, Campylobacter rectus, Campylobacter showae, Campylobacter sputorum (Campylobacter sputorum subsp. bubulus, Campylobacter sputorum subsp. sputorum) et Campylobacter upsaliensis.
Les résultats des homologies ADN - ADN montrent que la division de Campylobacter sputorum en deux sous-espèces n'est pas justifiée mais, qu'en revanche, cette espèce compte trois biovars : Campylobacter sputorum biovar Sputorum, Campylobacter sputorum biovar Fecalis ("Campylobacter fecalis") et Campylobacter sputorum biovar Paraureolyticus. Selon On et al. (1998), les souches de la sous-espèce Campylobacter sputorum subsp. bubulus doivent être considérées comme appartenant à Campylobacter sputorum biovar Sputorum.

 

Caractères bactériologiques

 

Le genre Campylobacter, tel qu’il est défini par Vandamme et al. est constitué de bacilles à Gram négatif, incurvés ou en S ou de forme spiralée, non sporulés, de 0,2 à 0,5 mm de diamètre sur 0,5 à 5,0 mm de longueur, pouvant donner des formes coccoïdes dans les vieilles cultures, très généralement mobiles (mobilité en vol de moucherons) grâce à un flagelle nu et situé à une extrémité ou aux deux extrémités de la cellule, chimio-organotrophes, à métabolisme respiratoire, incapables d’utiliser les sucres (ni oxydation ni fermentation), oxydase positive, catalase variable, n’hydrolysant ni la gélatine ni l’urée (à l’exception de quelques souches atypiques de Campylobacter lari et des souches de Campylobacter sputorum biovar Paraureolyticus), dépourvus de lipase.

La culture ne requiert ni sérum ni sang, elle peut être obtenue à 37 °C mais pas à 15 °C.
La plupart des espèces sont micro-aérophiles (nécessité de 3 à 15 p. cent d’oxygène). Toutefois, Campylobacter rectus et Campylobacter curvus sont capables de croître en présence de 1 à 5 p. cent d’oxygène, mais ces espèces cultivent mieux en anaérobiose.
À l’exception de Campylobacter mucosalis et de Campylobacter hyointestinalis qui produisent un pigment jaunâtre, les colonies de Campylobacter spp. sont non pigmentées.

Campylobacter gracilis est une espèce immobile et dépourvue de flagelles.
Campylobacter
hominis, espèce décrite en mars 2001, présente des caractères bactériologiques originaux. Les souches de cette espèce sont constituées de bacilles droits, immobiles (dépourvus de flagelle) et ne cultivant qu'en anaérobiose (après repiquage, les souches sont cependant aptes à croître faiblement dans une atmosphère micro-aérophile).

Les principaux caractères permettant de différencier les espèces du genre Campylobacter figurent dans le tableau I.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Les espèces du genre Campylobacter sont isolées de l’homme et des animaux et certaines espèces sont douées d’un pouvoir pathogène important. L’habitat principal et le pouvoir pathogène des différentes espèces sont présentés dans le tableau II.

 

Diagnostic bactériologique

 

L’examen bactérioscopique du prélèvement à l’état frais, lorsqu’il est possible, peut permettre d’orienter le diagnostic grâce à l’observation d’une mobilité en vol de moucheron.

La culture nécessite une incubation dans une atmosphère micro-aérophile (ou anaérobie pour Campylobacter hominis) et une incubation prolongée durant 5 à 8 jours pour certaines espèces. Une culture sélective peut être obtenue soit par filtration soit en ayant recours à des milieux sélectifs* soit en utilisant de manière conjointe la filtration et l'utilisation de milieux sélectifs. Des techniques d’enrichissement sont utilisées notamment en bactériologie alimentaire.

Le diagnostic de genre et d’espèce sont difficiles car 1) les Campylobacter spp. sont inactifs sur les sucres et, d'une manière générale, biochimiquement peu actifs ; 2) il est difficile de distinguer les Campylobacter spp. des Helicobacter spp.
La morphologie, la mobilité, la présence d’une oxydase, l’absence d’utilisation des sucres et le type respiratoire permettent d'orienter le diagnostic soit vers le genre Campylobacter soit vers le genre Helicobacter. C'est en fait le diagnostic de l'espèce qui va permettre d'assurer le diagnostic de genre. Malheureusement, comme le souligne On, il n'existe pas de méthode idéale pour identifier ces germes et il conviendrait d'utiliser, coinjointement, plusieurs méthodes.

Une identification phénotypique classique nécessite le recours aux techniques standardisées décrites par On et Holmes et les principaux caractères utiles au diagnostic différentiel figurent dans le tableau I. Il convient de noter qu'il ne faut pas accorder une importance trop grande au résultat d'un seul test considéré comme caractéristique de telle ou telle espèce. Ainsi, il existe des souches de Campylobacter jejuni subsp. jejuni hippurate négative. De même, il existe des souches atypiques de Helicobacter pylori qui sont uréase négative et qui peuvent être confondues avec Campylobacter jejuni subsp. doylei dont certaines souches sont isolées de l'estomac.
La galerie API Campy (Biomérieux) est facile à utiliser, mais la base de données ne répertorie pas toutes les taxons et certaines espèces sont mal identifiées par cette galerie.

Les techniques sérologiques ayant recours à des billes de latex recouvertes d'anticorps doivent être utilisées sur des bactéries isolées (la sensibilité de détection est insuffisante lorsque ces techniques sont mise en œuvre sur des fèces ou des denrées alimentaires) et elles ne permettent qu'un diagnostic d'orientation.

Les autres méthodes (immunodiffusion double en gélose, profil des acides gras, profil protéique, sondes, PCR…) sont difficiles à utiliser en routine et sont réservées à des laboratoires spécialisés. Leurs avantages et leurs inconvénients ont été discutés par On dans un article de synthèse publié en 1996.

 

Orientation bibliographique

 

Les références des publications décrivant les diverses espèces sont donnés dans le fichier Campylobacter in List of Prokaryotic names with Standing in Nomenclature.

Synthèses

ON (S.L.W.) : Identification methods for campylobacters, helicobacters, and related organisms. Clin. Microbiol. Rev., 1996, 9, 405-422.

ON (S.L.W.) : Taxonomy of Campylobacter, Arcobacter, Helicobacter and related bacteria: current status, future prospects and immediate concerns. J. Appl. Microbiol., 90, 1S-15S.

PENNER (J.L.) : The genus Campylobacter: a decade of progress. Clin. Microbiol. Rev. 1988, 1, 157-172.

Techniques bactériologiques

CORRY (J.E.L.), POST (D.E.), COLIN (P.) et LAISNEY (M.J.) : Culture media for the isolation of campylobacters. Int. J. Food Microbiol., 1995, 26, 43-76.

LOGAN (J.M.J.), BURNENS (A.), LINTON (D.), LAWSON (A.J.) et STANLEY (J.) : Campylobacter lanienae sp. nov., a new species isolated from workers in an abattoir. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2000, 50, 865–872.

NAKARI (U.M.)., PUHAKKA (A.) et SIITONEN (A.) : Correct identification and discrimination between Campylobacter jejuni and C. coli by a standardized hippurate test and species-specific polymerase chain reaction. Eur. J. Clin. Microbiol. Infect. Dis., 2008 27, 513–518.

ON (S.L.W.), ATABAY (H.I.), CORRY (J.E.L.), HARRINGTON (C.S.) et VANDAMME (P.) : Emended description of Campylobacter sputorum and revision of its infrasubspecific (biovar) divisions, including C. sputorum biovar paraureolyticus, a urease-producing variant from cattle and humans. Int. J. Syst. Bacteriol., 1998, 48, 195-206.

ON (S.L.W.) et HOLMES (B.) : Effect of inoculum size on the phenotypic characterization of Campylobacter species. J. Clin. Microbiol., 1991, 29, 923-926.

ON (S.L.W.) et HOLMES (B.) : Reproductibility of tolerance tests that are useful in the identification of campylobacteria. J. Clin. Microbiol., 1991, 29, 1785-1788.

ON (S.L.W.) et HOLMES (B.) : Assessment of enzyme detection tests useful in identification of campylobacteria. J. Clin. Microbiol., 1992, 30, 746-749.

ON (S.L.W.) et HOLMES (B.) : Classification and identification of campylobacters, helicobacters and allied taxa by numerical analysis of phenotypic tests. Syst. Appl. Microbiol., 1995, 18, 374-390.

URSING (J.B.), LIOR (H.) et OWEN (R.J.) : Proposal of minimal standards for describing new species of the family Campylobacteraceae. Int. J. Syst. Bacteriol., 1994, 44, 842-845.

Autres publications

ON (S.L.W.), HOLMES (B.) et SACKIN (M.J.) : A probability matrix for the identification of campylobacters, helicobacters and allied taxa. J. Appl. Bacteriol., 1996, 81, 425-432.

THOMPSON III (L.M.), SMIBERT (R.M.), JOHNSON (J.L.) et KRIEG (N.R.) : Phylogenetic study of the genus Campylobacter. Int. J. Syst. Bacteriol., 1988, 38, 190-200.

VANDAMME (P.) et DE LEY (J.) : Proposal for a new family, Campylobacteraceae. Int. J. Syst. Bacteriol., 1991, 41, 451-455.

VANDAMME (P.), FALSEN (E.), ROSSAU (R.), HOSTE (B.), SEGERS (P.), TYTGAT (R.) et DE LEY (J.) : Revision of Campylobacter, Helicobacter, and Wolinella taxonomy : emendation of generic descriptions and proposal of Arcobacter gen. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1991, 41, 88-103.

VÉRON (M.) et CHATELAIN (R.) : Taxonomic study of the genus Campylobacter Sebald and Véron and designation of the neotype strain for the type species, Campylobacter fetus (Smith and Taylor) Sebald and Véron. Int. J. Syst. Bacteriol., 1973, 23, 122-134.

 

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* : Les milieux sélectifs sont très nombreux et Corry et al. (1995) en décrivent plus de 40. Parmi eux, on peut citer :

. La gélose de Skirrow : gélose contenant 7 p. cent de sang lysé de cheval, 5 mg/L de triméthoprime, 2500 UI/L de polymyxine B et 10 mg/L de vancomycine.

. La gélose de Butzler : gélose au thioglycolate contenant 10 p. cent de sang de mouton, 15 mg/L de céfalotine, 10 000 UI/L de colistine, 25 000 UI/L de bacitracine et 50 mg/L d'actidione.

. La gélose de Blaser-Wang : gélose Columbia contenant 10 p. cent de sang de mouton, 15 mg/L de céfalotine, 10 mg/L de vancomycine, 5 mg/L de triméthoprime, 2 mg/L d'amphotéricine B et 2500 UI/L de polymyxine B.

. La gélose CAMPY-BAP : gélose Brucella contenant 10 p. cent de sang de mouton, 15 mg/L de céfalotine, 5 mg/L de triméthoprime, 2 500 UI/L de polymyxine B, 10 mg/L de vancomycine et 2 mg/L d'amphotéricine B.

. La gélose Campylosel : gélose Columbia contenant 5 p. cent de sang de mouton, 32 mg/L de céfopérazone, 10 mg/L de vancomycine et 3 mg/L d'amphotéricine B.

. La gélose de Preston : gélose nutritive contenant 5 p. cent de sang de cheval lysé, 10 mg/L de triméthoprime, 5 000 UI/L de polymyxine B, 10 mg/L de rifampicine et 100 mg/L d'actidione.

. La gélose mCCD (modified Cefoperazone Charcoal Deoxycholate) : gélose nutritive contenant de l'hydrolysat de caséine, 4 g/L de charbon, 0,25 g/L de FeSO4.7H2O, 0,25 g/L de pyruvate de sodium, 32 mg/L de céfopérazone, 1 000 mg/L de désoxycholate de sodium et 10 mg/L d'amphotéricine B.

. La gélose de Karmali : gélose Columbia contenant 4 g/L de charbon, 0,32 g/L d'hématine, 0,1 g/L de pyruvate de sodium et 32 mg/L de céfopérazone.

. La gélose CAT (Cefoperazone Amphotericin Teicoplanin) : gélose nutritive contenant de l'hydrolysat de caséine, 4 g/L de charbon, 8 mg/L de céfopérazone, 4 mg/L de teicoplanine, 1 000 mg/L de désoxycholate de sodium et 10 mg/L d'amphotéricine B.

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