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Dernière mise à jour le 25 mai 1999
CHLAMYDIALES, CHLAMYDIACEAE, WADDLIACEAE
Voir aussi les fichiers ¤ Chlamydia, ¤ Chlamydophila et ¤ Waddlia.
Systématique de l'ordre des Chlamydiales
L'ordre des Chlamydiales rassemble des bactéries parasites intracellulaires obligatoires caractérisées par l'existence d'un cycle de développement au sein des cellules eucaryotes.
Pendant longtemps, l'ordre des Chlamydiales a été constitué d'une seule famille (la famille des Chlamydiaceae) et d'un seul genre (le genre Chlamydia). En 1980, les "Approved Lists of Bacterial Names" citent deux espèces au sein du genre Chlamydia : Chlamydia trachomatis et Chlamydia psittaci. Les souches de Chlamydia trachomatis se caractérisaient par une accumulation de glycogène au sein des inclusions et par leur sensibilité à la sulfadiazine alors que les souches de Chlamydia psittaci n'accumulaient pas de glycogène et, généralement, résistaient à la sulfadiazine. En 1989, Grayston et al. proposent la nomenclature de Chlamydia pneumoniae pour des souches isolées de l'oeil, du pharynx et de l'appareil respiratoire de l'homme. Ces souches ressemblaient à celles de Chlamydia psittaci par l'absence de glycogène au sein des inclusions et par leur résistance à la sulfadiazine. Toutefois, elles s'en distinguaient par la morphologie de leurs corps élémentaires, par leurs proprités antigéniques et, surtout, par la composition de leur ADN (les hybridations ADN - ADN révèlent environ 10 p. cent d'homologie entre Chlamydia pneumoniae et Chlamydia psittaci). De nombreux travaux avaient révélé que Chlamydia psittaci était très hétérogène et la réorganisation de cette espèce a débuté en 1992. En effet, en avril 1992, Fukushi et Hirai proposent la nomenclature de Chlamydia pecorum pour des souches isolées de ruminants et responsables de pneumonies, de polyarthrites, d'encéphalomyélites, de diarrhées et d'avortements. L'individualisation de cette nouvelle espèce repose sur les homologies ADN - ADN, sur la valeur du G + C p. cent, sur l'analyse des fragments de restriction de l'ADN et sur la séquence du gène omp1 (ou ompA) codant pour la protéine majeure de membrane externe.
Les espèces Chlamydia trachomatis, Chlamydia pecorum, Chlamydia pneumoniae et Chlamydia psittaci se caractérisent par la présence d'un antigène commun et par de grandes homologies de séquence des ADNr 16S ce qui justifie leur regroupement dans une même famille, la famille des Chlamydiaceae.
A partir de 1995, deux nouveaux groupes bactériens, apparentés aux chlamydies, ont été décrits : le "microorganisme Z" isolé de cultures cellulaires et le "Candidatus ** Parachlamydia acanthamoebae" regroupant des souches isolées d'amibes.
En 1999, dans un remarquable travail, Everett et al. prennent en compte les données phylogénétiques (analyse des ARNr 16S et 23S), les homologies ADN - ADN et les caractères phénotypiques ce qui leur permet de bouleverser la systématique des Chlamydiales. Les principales conclusions de ces auteurs sont les suivantes : 1) L'ordre des Chlamydiales est constitué de quatre familles : la famille des Chlamydiaceae, la famille des Parachlamydiaceae (souches du "Candidatus Parachlamydia acanthamoebae"), la famille des Simkaniaceae ("microorganisme Z") et d'une quatrième famille (souche WSU 86-1044) pour laquelle Everett et al. ne proposent pas de nom. Cette quatrième famille sera baptisée Waddliaceae par Rurangirwa et al.
2) Au sein de la famille des Chlamydiaceae, l'existence des deux grandes lignées permet de reconnaître deux genres. En accord avec les règles 39a et 39b du Code de Nomenclature, la dénomination de Chlamydia doit s'appliquer au genre contenant l'espèce type (Chlamydia trachomatis) de l'ancien genre Chlamydia. Le deuxième genre est baptisé Chlamydophila.
La famille des Parachlamydiaceae (genre Parachlamydia, espèce Parachlamydia acanthamoebae) rassemble les bactéries isolées d'amibes. Des amibes infectées par Parachlamydia acanthamoebae sont parfois isolées de l'homme mais pas des animaux (du moins à la connaissance de l'auteur) aussi, la famille des Parachlamydiaceae ne présente pas d'intérêt en médecine vétérinaire. Il en va de même pour la famille des Simkaniaceae (genre Simkania, espèce Simkania negevensis) dont les représentants sont des contaminants des cultures cellulaires. L'habitat de Simkania negevensis n'est pas connue mais des examens sérologiques et des techniques de PCR suggèrent que cette bactérie est largement répandue chez l'homme.
Description de l'ordre des Chlamydiales
L'ordre des Chlamydiales inclut des souches bactériennes parasites intracellulaires obligatoires et présentant un cycle de développement complexe (Cf. supra).
Description simplifiée de la famille des Chlamydiaceae
La famille des Chlamydiaceae rassemble des souches de l'ordre des Chlamydiales dont les ARNr 16S et 23S présentent plus de 90 p. cent de similitude. Pour appartenir à cette famille, la séquence de l'ADNr 16S d'une bactérie doit présenter plus de 90 p. cent de similitude avec la séquence de la souche B577 (souche type de Chlamydophila abortus). Le génome a une taille comprise entre 1,0 et 1,24 Mbp, le G + C p. cent est de l'ordre de 40, l'espace intergénique 16S-23S ne renferme pas d'ADN codant pour les ARNt, le génome renferme un ou deux opérons codant pour les ARNr, l'acide muramique est absent (ou indétectable) et le LPS (lipopolysaccharide) renferme le trisaccharide alphaKdo-(2-->8)-alphaKdo-(2-->4)-alphaKdo (le Kdo ou acide 3-desoxy-D-manno-octulosonique est un sucre caractéristique du LPS des bactéries à Gram négatif). Au sein de l'ordre des Chlamydiales, ce trisaccharide est spécifique de la famille des Chlamydiaceae. Ce sont des bactéries à Gram négatif, ayant besoin de l'ATP de la cellule pour croître (ce point n'a pas été démontré pour toutes les espèces), dont les inclusions peuvent renfermer du glycogène et dont la multiplication in vitro est inhibée par la pénicilline. Au sein de cette famille, certaines souches possèdent un plasmide de 7,5 kbp.
Les corps élémentaires sont grossièrement sphériques (taille comprise entre 0,2 et 0,4 mm), denses aux électrons et ils renferment un nucléoïde excentré et de nombreux ribosomes. Ils sont entourés d'une paroi rigide, proche de celle des bactéries à Gram négatif, constituée d'une membrane externe contenant du LPS et d'une membrane interne. Toutefois, contrairement à la paroi des bactéries à Gram négatif, le peptidoglycane est absent même si certains des gènes impliqués dans la synthèse de cette molécule sont présents dans le génome.
Les corps réticulés se caractérisent par une plus grande taille (0,8 à 1,0 mm), par une décondensation du nucléoïde, par une augmentation du nombre des ribosomes et par une paroi mince et flexible au sein de laquelle la MOMP est sous forme monomérique. Ils ne possèdent ni système de transport des électrons ni cytochrome et ils sont incapables de synthétiser de l'ATP et du GTP. Une fois mature, les corps réticulés se multiplient et donnent naissance à de nouveaux corps réticulés. A compter de la 20ème heure, certains corps réticulés se réorganisent en corps élémentaires. Cette transformation s'accompagne d'une réduction de la taille, d'une condensation du nucléoïde et de la formation de ponts disulfures entre les protéines de la membrane externe. En culture cellulaire mais aussi in vivo, le cycle de développement des chlamydies peut être altéré. Cette altération se traduit par une modification morphologique des corps réticulés, par leur persistance sous une forme viable mais non cultivable, par une inhibition de la division, par une inhibition de la différenciation en corps élémentaires, par une diminution de synthèse de la MOMP et par des modifications antigéniques. In vitro, la persistance peut être obtenue par la pénicilline (blocage de la différentiation des corps réticulés en corps élémentaires par inhibition de la synthèse de la protéine omp2), par une carence en tryptophane et par l'interféron gamma qui induit indirectement une dégradation du tryptophane. La notion de persistance a des conséquences sur le diagnostic (cultures faussement négatives, résultats faussement négatifs lors de la mise en évidence des chlamydies par des techniques immunologiques) et sur le traitement (les formes persistantes contiennent des taux réduits de MOMP d'où une diminution de pénétration des antibiotiques hydrophiles).
Sur le plan antigénique, les représentants de la famille des Chlamydiaceae possèdent de nombreux antigènes notamment des antigènes de famille, des antigènes d'espèce et des antigènes permettant de définir des sérovars.
La famille des Chlamydiaceae rassemble les genres ¤ Chlamydia et ¤ Chlamydophila.
Description de la famille des Waddliaceae
La famille des Waddliaceae a été proposée pour une unique souche bactérienne, la souche WSU 86-1044, isolée d'un avorton de bovin. Cette souche présente le cycle de développement caractéristique des représentants de l'ordre des Chlamydiales (Cf. supra) mais la séquence de l'ADNr 16S ne présente que 84,7 à 85,3 p. cent de similitude avec l'ADNr 16S des autres bactéries de l'ordre des Chlamydiales ce qui permet de la classer dans une nouvelle famille.
La famille des Waddliaceae est constituée du genre ¤ Waddlia et de l'unique espèce Waddlia chondrophila.
Habitat et pouvoir pathogène
Les représentants de l'ordre des Chlamydiales sont très ubiquistes dans le règne animal et ils ont été mis en évidence chez des amibes, des mollusques (plus de 25 espèces de mollusques bivalves), des crustacés (au moins 12 espèces), des poissons (plus de 35 espèces appartenant à 22 familles), des reptiles (caméléons, tortues), des oiseaux (plus de 139 espèces appartenant à 14 ordres et à 30 familles), des mammifères (bovins, caprins, chats, chevaux, chiens, cobayes, hamsters, koalas, ovins, porcs, souris) ainsi que chez l'homme. Les infections provoquées par ces bactéries et les maladies qui en résultent sont très variées : 1) formes inapparentes ; 2) formes cliniques localisées à la porte d'entrée et provoquant des entérites, des infections oculaires, des mammites ou des infections génitales ; 3) formes systémiques à l'origine d'avortements, de pneumonies, d'arthrites, de mammites et d'encéphalomyélites.
Identification
L'identification rapide d'une souche et son placement dans l'une des familles ou des espèces de l'ordre des Chlamydiales peuvent être réalisés par des techniques de PCR ou de détermination de séquences et, pour la famille des Chlamydiaceae, par l'utilisation d'anticorps monoclonaux.
Trois tests PCR ont été décrits en 1999 par Everett et al. Deux de ces tests permettent de caractériser une souche appartenant à la famille des Chlamydiaceae (un test repose sur l'amplification du gène ompA et l'amplification de l'espace intergénique, l'autre est basé sur l'amplification d'un segment de l'ADNr 23S), le troisième (amplifiant l'ADNr 23S) permet de placer une souche dans l'ordre des Chlamydiales.
L'utilisation d'anticorps monoclonaux reconnaissant l'antigène alphaKdo-(2->8)-alphaKdo-(2->4)-alphaKdo permet d'identifier une souche comme un représentant de la famille des Chlamydiaceae.
Orientation bibliographique
Systématique et identification AMANN (R.), SPRINGER (N.), SCHÖNHUBER (W.), LUDWIG (W.), SCHMID (E.N.), MÜLLER (K.D.) et MICHEL (R.) : Obligate intracellular bacterial parasites of acanthamoebae related to Chlamydia spp. Appl. Environ. Microbiol., 1997, 63, 115-121. EVERETT (K.D.E.) et ANDERSEN (A.A.) : The ribosomal intergenic spacer and domain I of the 23S rRNA gene are phylogenetic markers for Chlamydia spp. Int. J. Syst. Bacteriol., 1997, 47, 461-473. EVERETT (K.D.E.) et ANDERSEN (A.A.) : Identification of nine species of the Chlamydiaceae using PCR-RFLP. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 803-813. EVERETT (K.D.E.), BUSH (R.M.) et ANDERSEN (A.A.) : Emended description of the order Chlamydiales, proposal of Parachlamydiaceae fam. nov. and Simkaniaceae fam. nov., each containing one monotypic genus, revised taxonomy of the family Chlamydiaceae, including a new genus and five new species, and standards for the identification of organisms. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 415-440. EVERETT (K.D.E.), HORNUNG (L.J.) et ANDERSEN (A.A.) : Rapid detection of the Chlamydiaceae and other families in the order Chlamydiales: three PCR tests. J. Clin. Microbiol., 1999, 37, 575-580. FUKUSHI (H.) et HIRAI (K.) : Proposal of Chlamydia pecorum sp. nov. for Chlamydia strains derived from ruminants. Int. J. Syst. Bacteriol., 1992, 42, 306-308. GRAYSTON (J.T.), KUO (C.C.), CAMPBELL (L.A.) et WANG (S.P.) : Chlamydia pneumoniae sp. nov. for Chlamydia sp. strain TWAR. Int. J. Syst. Bacteriol., 1989, 39, 88-90. KAHANE (S.), GONEN (R.), SAYADA (C.), ELION (J.) et FRIEDMAN (M.G.) : Description and partial characterization of a new Chlamydia-like microorganism. FEMS Microbiol. Letters, 1993, 109, 329-334. KAHANE (S.), METZER (E.) et FRIEDMAN (M.G.) : Evidence that the novel microorganism "Z" may belong to a new genus in the family Chlamydiaceae. FEMS Microbiol. Letters, 1995, 126, 203-208. RURANGIRWA (F.R.), DILBECK (P.M.), CRAWFORD (T.B.), McGUIRE (T.C.) et McELWAIN (T.F.) : Analysis of the 16S rRNA gene of micro-organism WSU 86-1044 from an aborted bovine foetus reveals that it is a member of the order Chlamydiales: proposal of Waddliaceae fam. nov., Waddlia chondrophila gen. nov., sp. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 577-581. Articles de synthèse BEATTY (W.L.), MORRISON (R.P.) et BYRNE (G.I.) : Persistent chlamydiae: from cell culture to a paradigm for chlamydial pathogenesis. Microbial. Rev., 1994, 58, 686-699. DE BARBEYRAC (B.) et BÉBÉAR (C.) : Chlamydia. Méd. Mal. Infect., 1997, 27, 71-83. DE SA (C.) : La protéine majeure de la membrane externe de Chlamydia : structure et fonctions. Vet. Res., 1996, 27, 317-331. EB (F.) et ORFILA (J.) : Structure antigénique des chlamydiae : aspects fondamentaux, applications pratiques. Bull. Inst. Pasteur, 1986, 84, 149-176. ESCALANTE-OCHOA (C.), DUCATELLE (R.) et HAESEBROUCK (F.) : The intracellular life of Chlamydia psittaci: how do the bacteria interact with the host cell? FEMS Microbiol. Rev., 1998, 22, 68-78. FRYER (J.L.) et LANNAN (C.N.) : Rickettsial and chlamydial infections of freshwater and marine fishes, bivalves, and crustaceans. Zoological Studies, 1994, 33, 95-107. MOULDER (J.W.) : Interaction of chlamydiae and host cells in vitro. Microbiol. Rev., 1991, 55, 143-190. RODOLAKIS (A.) : Les infections à Chlamydia psittaci : acquisitions récentes et applications au diagnostic et à l'épidémiologie des chlamydioses aviaires canines et félines. Prat. Méd. Chir. Anim. Comp., 1993, 28, 321-330. RODOLAKIS (A.), SALINAS (J.) et PAPP (J.) : Recent advances on chlamydial abortion. Vet. Res., 1998, 29, 275-288. STEPHENS (R.S.) : Challenge of Chlamydia research. Infectious Agent and Disease, 1993, 1, 279-293. WARDS (M.E.) : The immunobiology and immunopathology of chlamydial infections. APMIS, 1995, 103, 769-796.
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* : Après amplification par PCR d'un fragment de 2,8 kb de l'ADNr, l'analyse de l'espace intergénique et du domaine I de l'ADNr 23S donne des résultats comparables à ceux obtenus par hybridation ADN - ADN ou par étude de la séquence du gène omp1 (codant pour la protéine majeure de membrane externe). L'analyse des séquences présente l'avantage d'être plus rapide, plus simple et plus reproductible.
** Pour une définition des "Candidatus" voir : ¤.
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