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Créé le 29 novembre 2002
CROSSIELLA, CROSSIELLA EQUI
Autres dénominations :
Systématique
Voir également les fichiers Actinobacteria et Ordres, sous-ordres, familles et genres de la sous-classe des Actinobacteridae. Le genre Crossiella et l'espèce Crossiella cryophila ont été validement publiés pour reclasser une souche bactérienne, isolée du sol, produisant un antibiotique (la dopsisamine) et préalablement désignée sous le nom de "Nocardiopsis mutabilis subsp. cryophilis".
En 1989, Labeda et Lechevalier reclassent Nocardiopsis mutabilis dans le genre Saccharothrix et ces auteurs montrent que "Nocardiopsis mutabilis subsp. cryophilis" représente une espèce distincte qu'ils appellent Saccharothrix cryophilis.
Une nouvelle analyse phylogénétique, portant sur le sous-ordre des Pseudonocardineae, montre que Saccharothrix cryophilis est proche du genre Streptoalloteichus mais qu'il s'en distingue par ses caractères morphologiques et structuraux (composition de la paroi, nature des phospholipides, nature des ménaquinones respiratoires). Au vu de ces résultats, Labeda transfère Saccharothrix cryophilis dans le nouveau genre Crossiella placé dans la famille des Pseudonocardiaceae (sous-ordre des Pseudonocardineae, ordre des Actinomycetales, sous-classe des ¤ Actinobacteridae, classe des ¤ Actinobacteria).
Le genre Crossiella ne présentait pas d'intérêt en médecine vétérinaire jusqu'à ce que Donahue et al. décrivent Crossiella equi.
Caractères bactériologiques
La définition simplifiée du genre Crossiella est la suivante :
Après 14 jours de croissance sur le milieu ATCC medium 172 ou sur le milieu au saccharose de Czapeck**, les souches de Crossiella equi forment un mycélium de couleur orangée ou brun pâle et la formation d'un mycélium aérien est constante.
La croissance est obtenue pour des températures comprises entre 10 et 42 °C et le germe supporte 5 p. cent de NaCl. Toutes les souches cultivent en 24-72 heures sur une gélose trypticase soja additionnée ou non de 5 p. cent de sang et incubée à 36 °C dans une atmosphère normale. En revanche la croissance est faible ou nulle sur milieu EMB (Éosine Bleu de Méthylène), sur gélose de MacConkey ou sur gélose de Sabouraud.
Habitat et pouvoir pathogène
Crossiella equi est une des espèces à l'origine d'une placentite de la jument appelée "equine nocardioform placentitis" ("placentite équine à bactéries nocardioformes"). Plusieurs bactéries sont impliquées dans cette pathologie. Sur 150 souches bactériennes isolées et identifiées, seules 66 p. cent appartiennent à l'espèce Crossiella equi. Les autres souches correspondent soit à une ou à plusieurs espèces du genre Streptomyces soit à plusieurs espèces du genre ¤ Amycolatopsis (Amycolatopsis kentuckyensis, Amycolatopsis lexingtonensis et Amycolatopsis pretoriensis).
Entre les années 1991 et 1997, le "Kentucky Livestock Disease Diagnostic Center" a diagnostiqué une moyenne annuelle de 20 cas d'infection à Crossiella equi ce qui correspond, selon les résultats obtenus par ce laboratoire, à environ 14 p. cent des cas de placentite observés chez la jument. En 1998 et en 1999, l'incidence a brutalement augmenté (respectivement 94 et 144 cas) et la "placentite équine à bactéries nocardioformes" a été responsable d'environ 45 p. cent des cas de placentite. Les raisons de cette augmentation ne sont toutefois pas connues.
La "placentite équine à bactéries nocardioformes" n'a généralement pas de répercussion clinique sur l'état de santé de la jument. Quelques animaux présentent un développement anormalement précoce de la mamelle accompagné d'une lactation prématurée. Exceptionnellement, on peut observer un écoulement vaginal. Après la délivrance, l'infection ne persiste que durant un temps très bref, les juments ont une fertilité normale et, lors d'une autre gestation, les risques d'avortement ne sont pas augmentés.
Les lésions du placenta sont caractéristiques car elles sont localisées à la jonction des cornes et du corps et, souvent, à la base des cornes. Ces lésions sont recouvertes d'un mucus épais de couleur brune. À la périphérie des lésions, la membrane chorionique apparaît décolorée.
Diagnostic bactériologique
Selon Donahue et Williams, le diagnostic repose sur l'aspect des lésions, sur la mise en évidence de bacilles ramifiés à Gram positif*** et sur l'isolement du germe.
L'isolement, effectué à partir des lésions placentaires, est réalisé sur une gélose trypticase soja et/ou sur une gélose trypticase au sang incubées à 36 °C. Les colonies sont visibles en 48 ou 72 heures et elles ont une odeur âcre. Une coloration de Gram permet de mettre en évidence des bacilles ramifiés à Gram positif.
L'identification des Pseudonocardiaceae nécessite des milieux spécifiques et des techniques particulières si bien que l'identification précise des espèces est difficile. L'identification de Crossiella equi ne fait pas exception et elle devra être confiée à un laboratoire spécialisé. Un examen bactériologique des avortons ne semble pas utile car il donne des résultats très souvent négatifs. Aucune technique de diagnostic sérologique n'est disponible et l'étude de la réponse immunitaire des juments infectées n'a pas fait l'objet d'investigations.
Sensibilité aux antibiotiques
La croissance d'environ 90 p. cent des souches est entravée par les sulfamides, le triméthoprime, les carboxypénicillines ou les associations bêta-lactamines-inhibiteurs des bêta-lactamases. Ces antibiotiques pourraient donc se révéler efficaces in vivo.
Orientation bibliographique
Documents disponibles sur Internet :
DONAHUE (J.M.) et WILLIAMS (N.M.) : Emergent causes of placentitis and abortion. Vet. Clin. North Am.: Equine Pract., 2000, 16, 443-456. DONAHUE (J.M.), WILLIAMS (N.M.), SELLS (S.F.) et LABEDA (D.P.) : Crossiella equi sp. nov., isolated from equine placentas. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2002, 52, 2169-2173. GILES (R.C.), DONAHUE (J.M.), HONG (C.B.), TUTTLE (P.A.), PETRITES-MURPHY (M.B.), POONACHA (K.B.), ROBERTS (A.W.), TRAMONTIN (R.R.), SMITH (B.) et SWERCZEK (T.W.) : Causes of abortion, stillbirth, and perinatal death in horses: 3,527 cases (1986-1991). J. Amer. Vet. Med. Assoc., 1993, 203, 11701175. HONG (C.B.), DONAHUE (J.M.), GILES Jr. (R.C.), PETRITES-MURPHY (M.B.), POONACHA (K.B.), ROBERTS (A.W.), SMITH (B.J.), TRAMONTIN (R.R.), TUTTLE (P.A.) et SWERCZEK (T.W.) : Etiology and pathology of equine placentitis. J. Vet. Diagn. Invest., 1993, 5, 56-63. HONG (C.B.), DONAHUE (J.M.), GILES Jr. (R.C.), PETRITES-MURPHY (M.B.), POONACHA (K.B.), ROBERTS (A.W.), SMITH (B.J.), TRAMONTIN (R.R.), TUTTLE (P.A.) et SWERCZEK (T.W.) : Equine abortion and stillbirth in central Kentucky during 1988 and 1989 foaling seasons. J. Vet. Diagn. Invest., 1993, 5, 560-666. LABEDA (D.P.): Crossiella gen. nov., a new genus related to Streptoalloteichus. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2001, 51, 1575-1579. LABEDA (D.P.), DONAHUE (J.M.), WILLIAMS (N.M.), SELLS (S.F.) et HENTON (M.M.) : Amycolatopsis kentuckyensis sp. nov., Amycolatopsis lexingtonensis sp. nov. and Amycolatopsis pretoriensis sp. nov., isolated from equine placentas. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 1601-1605. VOLKMANN (D.H.), WILLIAMS (J.H.), HENTON (M.M.), DONAHUE (J.M.) et WILLIAMS (N.M.) : The first reported case of equine nocardioform placentitis in South Africa. J. S. Afr. Vet. Assoc., 2001, 72, 235-238.
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* : voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne.
** : Milieu au saccharose de Czapeck (composition pour un litre) :
NaNO3 : 3,0 g
*** : Pour la coloration de coupes histologiques, il faut utiliser une coloration de Gram modifiée par Brown et Brenn.
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