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Créé le 21 février 2002
CLOSTRIDIUM DIFFICILE
Autre dénomination : "Bacillus difficilis".
Pouvoir pathogène pour l'homme Pouvoir pathogène chez l'animal
Clostridium difficile est une bactérie bien connue des médecins car son pouvoir pathogène pour l'homme est connu depuis 1974 et, surtout, depuis 1978. Chez l'homme, les infections font suite à une perturbation de la flore intestinale permettant aux souches toxinogènes de se multiplier et d'excréter leurs toxines.
En médecine vétérinaire, même si quelques infections ont été décrites dès la fin des années 1970 et le début des années 1980, il fallut attendre 1983 et 1987 pour que les premiers cas d'infections naturelles soient observés chez le porc et chez le cheval. Par la suite, Clostridium difficile a été mis en cause chez d'autres espèces animales.
"Bacillus difficilis" a été découvert par Hall et O'Toole en 1935 dans l'intestin de nouveau-nés âgés de 2 à 10 jours. En 1938, Prévot transfère cette bactérie dans le genre Clostridium et la nomenclature de Clostridium difficile a été retenue par les Approved Lists of Bacterial Names.
Le genre Clostridium regroupe des espèces très diverses en ce qui concerne leurs activités métaboliques, leurs exigences nutritionnelles et les valeurs du G + C p. cent qui sont comprises entre 22 et 55.
Les souches de Clostridium difficile sont constituées de bacilles à Gram positif, de 0,5 à 1,9 µm de diamètre sur 3,0 à 16,9 µm de longueur, parfois groupés en chaînes de 2 à 6 cellules, généralement mobiles grâce à une ciliature péritriche, anaérobies stricts, recouverts par une couche cristalline de surface (S-layer). La sporulation de la plupart des souches peut être obtenue en 48 heures après culture sur une gélose Brucella au sang. Les spores sont subterminales (parfois terminales), ovales et déformantes. Les souches de Clostridium difficile peuvent être toxinogènes et les principales toxines responsables du pouvoir pathogène sont la toxine A (parfois qualifiée d'entérotoxine) et la toxine B (parfois qualifiée de cytotoxine). Selon leur capacité à produire ces toxines, les souches de Clostridium difficile se répartissent en trois groupes : les souches A-/B-, les souches A+/B+ et les souches A-/B+.
Clostridium difficile hydrolyse l'esculine, il produit une L-proline-aminopeptidase et il acidifie le cellobiose (réaction faiblement positive), le fructose et le glucose.
La température optimale de croissance est comprise entre 30 et 37 °C mais la culture est également obtenue à 25 et à 45 °C.
Clostridium difficile est retrouvé dans le sol ou l'eau (sous forme sporulée) et il est présent dans l'intestin de l'homme et de nombreuses espèces animales (y compris les oiseaux et les reptiles). Une étude publiée en 1996 et réalisée dans la région de Cardiff montre que Clostridium difficile est largement répandu dans le milieu extérieur. En effet, cette bactérie a été isolée de 87,5 p. cent des 16 échantillons d'eau prélevés dans 4 rivières différentes, de 46,7 p. cent des échantillons d'eau prélevés dans des lacs, de 44 p. cent des 15 échantillons d'eau de mer, de 50 p. cent des 8 échantillons d'eau de piscine, de 21 p. cent de 104 prélèvements de sol et de 2,4 p. cent des 300 échantillons de végétaux crus. Chez les animaux la même étude montre que le portage n'excède pas 1,6 p. cent chez les bovins, les ovins, les porcs ou les volailles et que Clostridium difficile ne semble pas présent dans l'intestin des poissons. Les chiffres concernant d'autres espèces animales seront donnés ci-dessous.
Chez l'homme, le portage varie de 0 à 3 p. cent chez les adultes sains et il peut atteindre 6 à 11 p. cent chez les individus préalablement hospitalisés ou préalablement traités aux antibiotiques. En cours d'hospitalisation, Clostridium difficile est mis en évidence chez 4 à 21 p. cent des patients et, lors d'un épisode infectieux dans un service hospitalier, jusqu'à 32 p. cent des patients peuvent héberger cette bactérie. En effet, les individus malades excrètent de nombreux germes aptes à résister sous forme sporulée dans le milieu extérieur et pouvant être disséminés soit par les mains du personnel soignant soit par des objets contaminés soit par du matériel médical comme les thermomètres. En milieu hospitalier, les risques de contamination sont favorisés par la promiscuité des malades et par une utilisation importante des antibiotiques.
Pouvoir pathogène pour l'homme Chez les nouveau-nés et chez les jeunes enfants, les pathologies à Clostridium difficile sont rares alors que le portage de souches toxinogènes existe et que la concentration en toxines dans les selles peut être comparable à celle des adultes malades. Cet état de résistance est encore mal compris mais il ne semble pas dû à des facteurs présents dans le lait maternel car les infections ne sont pas plus fréquentes chez les nouveau-nés nourris avec du lait en poudre. L'absence de récepteurs ou l'immaturité des récepteurs des cellules intestinales pour les toxines est l'hypothèse la plus souvent avancée.
Chez les adultes, la situation est totalement différente et Clostridium difficile est principalement responsable de colites pseudo-membraneuses et de diarrhées consécutives à une prise d'antibiotiques. Dans la très grande majorité des cas les maladies à Clostridium difficile sont donc des maladies iatrogènes et notamment des maladies nosocomiales.
La colite pseudo-membraneuse se caractérise par une infiltration inflammatoire intense de la muqueuse du côlon et du rectum ainsi que par la présence de fausses membranes fibrineuses adhérentes à la muqueuse. Le principal signe clinique est une diarrhée aqueuse, muqueuse ou rarement hémorragique. Ces infections peuvent être graves et le taux de mortalité atteint 0,6 p. cent voire même 35 à 50 p. cent lors de la survenue d'un mégacôlon ou d'une perforation du côlon. Les enquêtes épidémiologiques montrent que plus de 95 p. cent des cas de colite pseudo-membraneuse sont liés à la colonisation de l'intestin par des souches de Clostridium difficile toxinogènes. Clostridium difficile est la principale étiologie des diarrhées consécutives à une antibiothérapie. En pratique ambulatoire, il serait à l'origine de 8 à 10 p. cent des cas et il est reponsable de 10 à 25 p. cent des diarrhées survenant en cours d'hospitalisation. Dans certains hôpitaux, Clostridium difficile est la bactérie entéropathogène la plus fréquemment isolée des selles.
L'isolement de Clostridium difficile à partir de prélèvements autres que les selles ou l'intestin est beaucoup plus rare. Cette bactérie peut être isolée de bactériémies, de péritonites, d'abcès intra-abdominaux, d'infections de plaies chirurgicales, d'abcès du cerveau, d'ostéomyélites... Ces infections extra-intestinales présentent quelques caractères particuliers : (i) les souches isolées peuvent être non toxinogènes ; (ii) les infections ne succèdent pas toujours à une antibiothérapie et (iii) les infections surviennent parfois chez de très jeunes enfants.
Pouvoir pathogène chez l'animal Chevaux Chez le cheval, le taux de portage semble faible (à moins qu'il ne soit sous estimé) et, selon diverses enquêtes, Clostridium difficile est retrouvée chez moins de 4 p. cent des animaux. La première étude impliquant Clostridium difficile dans les infections du cheval a été publiée en 1987. Cette étude portait sur des poulains, non traités aux antibiotiques et atteints de diarrhée ou d'entérite hémorragique nécrosante. Les résultats montraient que 63 p. cent des animaux hébergeaient Clostridium difficile et que les toxines étaient détectées chez 65 p. cent d'entre eux. En revanche cette bactérie n'était pas mise en évidence chez des poulains et des adultes sains. En 1988, Jones et al. ont reproduit la maladie en faisant ingérer à des poulains une souche de Clostridium difficile isolée d'un poulain malade. Par la suite, Clostridium difficile a été mis en évidence, aussi bien chez les poulains que chez les adultes, dans des cas de diarrhée et dans des cas d'entérocolite souvent consécutives à l'administration d'antibiotiques. Le rôle des antibiotiques et notamment de l'érythromycine a été illustré par une étude suédoise montrant que l'association érythromycine-rifampicine, classiquement utilisé chez les poulains atteints de pneumonie à ¤ Rhodococcus equi, pouvait conduire à une colite sévère chez les juments. L'érythromycine est excrétée dans les fèces des poulains et l'absorption par coprophagie, même en quantité minime, de cet antibiotique par les juments est susceptible d'altérer la flore digestive et de déclencher une entérocolite. La rifampicine ne semble pas en cause si bien que cette étude a conduit quelques vétérinaires à utiliser une association gentamicine-rifampicine pour traiter les infections à ¤ Rhodococcus equi. Cliniquement, les poulains présentent une diarrhée qui dans environ 50 p. cent des cas peut être hémorragique, une déshydration, des coliques et une dyspnée. Chez les adultes, l'infection se traduit par une diarrhée qui peut être modérée ou intense, une perte d'appétit, des coliques et parfois une mort subite. À l'autopsie, le contenu intestinal est fluide, la muqueuse présente des lésions de nécrose (superficielle ou profonde), parfois un œdème modéré et elle peut être recouverte d'un exsudat fibrino-hémorragique. Un cheval atteint de diarrhée va contaminer l'environnement dans lequel Clostridium difficile peut survivre très longtemps sous forme sporulée. Cette contamination du milieu extérieur, mise en évidence dans des cliniques hospitalisant des chevaux, pourrait être à l'origine de contaminations nosocomiales. Carnivores Comme chez de nombreuses espèces animales, Clostridium difficile est présent dans l'intestin des carnivores. Selon les enquêtes, de 0 à plus de 40 p. cent des chiens ou des chats adultes hébergent des souches toxinogènes ou non toxinogènes de Clostridium difficile sans présenter de troubles digestifs. Chez les chiots âgés de moins de 10 semaines, le portage est beaucoup plus fréquent et 94 p. cent des chiots peuvent être des porteurs transitoires de germes. Ce portage est observé plus fréquemment chez des animaux hospitalisés et des souches de Clostridium difficile peuvent être isolées des locaux ou du matériel des cliniques vétérinaires. Des cas de diarrhée à Clostridium difficile ont été décrits chez le chien et chez le chat. La mise en cause de cette bactérie repose sur la mise en évidence de toxines dans les fèces et sur l'efficacité fréquente d'un traitement par le métronidazole. Aussi bien chez le chien que chez le chat, ces diarrhées ne sont pas toujours consécutives à un traitement antibiotique et si Clostridium difficile est bien l'agent étiologique de ces pathologies, d'autres facteurs de risque doivent exister. Le portage de souches éventuellement toxinogènes par les chiens et les chats pose le problème d'un éventuel risque de transmission à l'homme. À la connaissance de l'auteur, aucune transmission de l'animal à l'homme n'a été identifiée, mais les personnes âgées et/ou immunodéprimées, recevant un traitement antibiotique, devraient éviter les contacts avec un animal familier. Porcs Le premier cas d'infection chez le porc semble avoir été décrit chez des animaux SPF présentant une colite muco-hémorragique. L'inoculation de la souche à des porcs axéniques a permis d'observer de l'inappétence et une congestion du côlon dont la muqueuse était recouverte d'un exsudat mucopurulent.
En élevage conventionnel, Clostridium difficile a été isolé chez deux porcs âgés de huit semaines et présentant une diarrhée modérée et un amaigrissement important.
D'après Yaeger, la maladie a été reproduite en faisant ingérer à des porcelets des cultures de Clostridium difficile isolées d'animaux malades, les animaux inoculés présentent un œdème du côlon, ils permettent l'isolement de la souche d'épreuve et des toxines sont mises en évidence dans leur fèces.
Autres espèces animales Dans les conditions expérimentales ou après un traitement antibiotique, le hamster, le cobaye, la souris et le rat sont sensibles à Clostridium difficile. Chez le hamster, des diarrhées liquides accompagnées d'une mortalité élevée ont été observées chez des animaux non traités aux antibiotiques et nourris avec un alimentation riche en graisse ou en cholestérol. Chez ces animaux, contrairement à ce qui est observé chez les hamsters recevant une antibiothérapie, la flore intestinale n'est pas altérée ce qui suggère l'intervention d'autres facteurs de risque.
Dans les conditions naturelles, des infections à Clostridium difficile ont été décrites chez des levrauts âgés de moins de 10 jours et présentant une diarrhée suivie d'une mortalité élevée.
Un cas de diarrhée consécutif à un traitement antibiotique a été décrit chez un ours (Ursus arctos) dans un zoo des USA, un cas d'entérite pseudo-membraneuse a été décrit chez un pingouin (Eudyptes chrysolophus) traité à la ciprofloxacine et des entérites ont été observées chez des autruches (Struthio camelus) élevées en captivité. Les toxines de Clostridium difficile ont été mises en évidence chez des macaques (Macaca fascicularis, Macaca nemestrina) et cinq cas de mortalité ont été décrits chez des tamarins (Saguinus oedipus) ayant reçu un traitement antibiotique (érythromycine ou norfloxacine) en vue de traiter des diarrhées à Campylobacter sp.
Clostridium difficile possède de nombreux facteurs de pathogénicité et, comme c'est le cas pour d'autres bactéries, tous les facteurs de pathogénicité ne sont pas exprimés par toutes les souches. L'adhésion aux cellules intestinales, favorisée par la mobilité de la bactérie et par un chimiotactisme pour le mucus intestinal, a été démontrée dès 1979 mais la nature des adhésines n'est pas encore connue avec certitude. On a évoqué l'intervention de pili, le rôle des flagelles, le rôle de la couche cristalline de surface, la présence de protéines de 27 et de 40 kDa, des interactions électriques et même une intervention de la toxine A. La résistance à la phagocytose pourrait être due à la présence de polysaccharides de surface. Les lésions tissulaires pourraient partiellement résulter de l'action d'enzymes hydrolytiques (hyaluronidase, chondroïtine sulfatase, gélatinase et collagénase).
Le pouvoir toxinogène résulte de l'action de 5 toxines éventuellement excrétées par les souches de Clostridium difficile :
En fait, le pouvoir pathogène de Clostridium difficile semble reposer avant tout sur la production des toxines A et B. Ces deux toxines, codées par deux gènes portés par un même locus de pathogénicité, sont constituées d'une unique chaîne peptidique de 308 kDa pour la toxine A et de 270 kDa pour la toxine B. Ces deux toxines présentent une forte homologie de séquence et sur le plan fonctionnel elles sont constituées de trois domaines. Le domaine doué d'une activité toxique est situé à l'extrémité NH2 terminale, le domaine responsable de la fixation aux cellules, formé d'unités répétés, est situé à l'extrémité COOH terminale de la chaîne peptidique et au milieu de la chaîne peptidique se situe une région qui semble impliquée dans la pénétration dans les cellules.
Après fixation sur un récepteur cellulaire (la nature du récepteur pour la toxine B est inconnue), les toxines pénètrent dans la cellule par endocytose avant d'être libérées dans le cytoplasme. Elles provoquent alors une glycosylation des protéines liant le GTP, telles que les protéines Rho (glycosylation de la thréonine en position 37), Rac et Cdc42Hs qui sont impliquées dans la formation du cytosquelette. La désagrégation du cytosquelette conduit à un arrondissement des cellules et à une altération des jonctions cellulaires. La désorganisation des épithéliums résulte également d'une activation des mécanismes apoptotiques mise en évidence aussi bien avec la toxine A qu'avec la toxine B. Il s'en suit une augmentation de la perméabilité se traduisant par de la diarrhée. Dans les conditions naturelles, les cellules épithéliales du côlon sont les plus affectées. Expérimentalement, la toxine B est 100 à 1000 fois plus cytotoxique que la toxine A.
Les infections à Clostridium difficile se caractérisent par un afflux massif de neutrophiles et/ou la formation de micro-abcès ou de pseudo-membranes riches en neutrophiles. Cet afflux de neutrophiles résulte de la libération de TNFalpha et d'IL-8 par les monocytes et les macrophages, d'une stimulation de la phospholipase A2 (ce qui conduit à la synthèse de prostaglandines et de leucotriènes) ainsi que de la libération de TNFalpha et d'histamine par les mastocytes. Les toxines A et B sont capables de stimuler la libération de cytokines produites par les monocytes et les macrophages alors que seule la toxine A semble capable de déclencher la synthèse de prostaglandines et de leucotriènes et d'activer les mastocytes.
Le diagnostic d'une infection à Clostridium difficile repose sur la mise en évidence du germe ou de ses toxines. Aux USA, la détection des toxines est considérée comme le meilleur moyen de diagnostic alors qu'en Europe on préfère y associer la culture du germe. Les techniques de diagnostic moléculaire, notamment l'utilisation de sondes ou de techniques PCR, ne semblent pas donner de meilleurs résultats que les techniques conventionnelles. Chez l'homme, seules les selles liquides font l'objet d'une recherche de Clostridium difficile et de ses toxines et il ne semble pas utile de répéter les analyses en cas de réponse négative. Chez l'animal, la diarrhée peut être modérée ou absente et la recherche du germe ou de ses toxines peut être entreprise sur des fèces même non diarrhéiques si les commémoratifs y incitent. De même, au moins chez le cheval, la répétition des prélèvements est conseillée car le germe ou ses toxines ne sont parfois détectés que 5 jours après l'apparition des premiers signes cliniques.
La recherche de la toxine doit s'effectuer sur des prélèvements de fèces fraîches ou, si l'analyse ne peut être effectuée immédiatement, sur des fèces conservées à + 4 °C. En effet les toxines se dénaturent à 22 °C et elles ne sont plus mises en évidence dans 20 p. cent des prélèvements acheminés par voie postale sans réfrigération.
Les formes végétatives de Clostridium difficile perdent rapidement leur viabilité lorsque le prélèvement est conservé dans une atmosphère normale et elles donnent naissance à des spores. En revanche, si le prélèvement est placé dans un milieu de transport pour bactéries anaérobies, la forme végétative survit au moins 30 jours à + 4 °C.
En l'absence de milieux sélectifs, l'isolement de Clostridium difficile est délicat car sa croissance peut être masquée par les autres bactéries de la flore fécale (d'où le qualificatif de difficile donné à cette clostridie). L'introduction du milieu CCFA* (Cycloserine Cefoxitin Fructose Agar), milieu sélectif le plus utilisé, permet l'isolement de 2 X 103 bactéries dans un gramme de matières fécales sèches contenant 6 X 1010 bactéries. Les fèces sont ensemencées directement, sans dilution initiale, et les boîtes sont incubées 48 heures en anaérobiose. Le fait d'utiliser des géloses préalablement incubées en anaérobiose permet d'augmenter la sensibilité et, d'une manière générale, une anaérobiose rapide augmente les chances d'isolement.
La recherche de Clostridium difficile dans l'environnement peut s'effectuer à l'aide de boîtes de contact (dites aussi boîtes de Rozier-Pantaléon ou boîtes RODAC) contenant du milieu CCFA. La survie dans l'environnement ne pouvant se faire que sous forme sporulée, l'addition de taurocholate de sodium au milieu de culture est indispensable. Une autre technique consiste à utiliser des écouvillons humides qui, après badigeonnage des surfaces, sont placés dans des tubes contenant 10 mL de thioglycolate semi-solide (agar à 2 pour mille), 1 g/L de taurocholate de sodium, 100 µg/mL de cyclosérine et 1 µg/mL de céfotaxime. Les milieux incubés à 37 °C sont examinés durant 5 jours et, en cas de croissance bactérienne, ils sont repiqués sur gélose CCFA. Sur milieu CCFA au jaune d'œuf, les colonies de Clostridium difficile sont jaunes, mates, irrégulières, d'un diamètre de 2 à 10 mm et à la loupe binoculaire elles ont un aspect en verre brisé. Sur milieu CCFA au sang de cheval, les colonies sont identiques mais leur couleur est grise. Dans tous les cas, l'odeur particulière des cultures permet également d'orienter le diagnostic. Clostridium difficile est sensible à l'oxygène et sur les milieux sélectifs la sporulation n'est pas toujours observée. Aussi, pour éviter une perte des souches, les colonies doivent être repiquées dans les 30 minutes suivant l'ouverture des jarres.
L'identification peut se réaliser par l'analyse des acides volatils par chromatographie en phase gazeuse. La production d'acide isocaproïque, d'acide isovalérique et d'acide valérique est en effet caractéristique de ce germe. L'analyse des acides volatils est rapide et fiable mais elle n'est pas à la portée de tous les laboratoires. Les techniques biochimiques classiques permettent également l'identification mais l'utilisation de galeries miniaturisées donne des résultats variables selon les kits. Toutefois, la galerie API 20A donne un pourcentage d'identification correcte de 95,5.
L'identification du germe est lente mais elle est considérée comme la technique la plus sensible, elle permet la détection de Clostridium difficile dans l'environnement et elle permet un typage des souches. Son principal inconvénient est qu'elle ne permet pas de distinguer les souches toxinogènes des souches non toxinogènes si bien qu'en l'absence de mise en évidence des toxines dans les selles, il faut vérifier le caractère toxinogène des souches isolées in vitro. Plusieurs techniques de typage ont été développées afin de mieux comprendre l'épidémiologie des infections à Clostridium difficile. Parmi celles ci on peut citer le sérogroupage (agglutination des souches à l'aide de sérums produits chez le lapin) qui permet de reconnaître au moins 19 sérogroupes, l'électrophorèse des protéines en gel de polyacrylamide, l'analyse des profils de macro-restriction, la RAPD (random amplified polymorphic DNA), le ribotypage... Ce sont ces techniques qui ont permis de démontrer la transmission du germe entre malades et la réalité des épidémies nosocomiales. Sur le plan mondial, des groupes de travail ont été mis en place et leurs principaux résultats ont été analysés par Brazier en 2001. La recherche d'une activité cytotoxique dans un filtrat de fèces est souvent considérée comme la méthode de référence. De nombreuses lignées cellulaires peuvent être utilisées (Vero, Hep2, CHO, HeLa, MRC-5...) mais les cellules Vero semblent les plus sensibles. Le filtrat est obtenu en centrifugeant une suspension de fèces au 1:5 dans du tampon phosphate puis en filtrant le surnageant sur un filtre de porosité de 0,22 µm. Un aliquot du filtrat est mis au contact d'un tapis cellulaire confluent et un effet cytotoxique est recherché après 6 heures, 24 heures et 48 heures d'incubation. Un effet cytotoxique se traduit par un étirement et une augmentation de la réfringence des cellules suivis d'un détachement et d'un arrondissement des cellules. L'effet cytotoxique résulte principalement de l'action de la toxine B et sa spécificité est vérifiée par sa neutralisation obtenue avec un sérum anti-Clostridium difficile ou anti-Clostridium sordellii (la toxine létale de Clostridium sordellii et la toxine B de Clostridium difficile présentent suffisamment de communautés antigéniques pour permettre une telle neutralisation croisée). Cette technique est sensible, spécifique (à condition d'effectuer les tests de neutralisation) mais elle nécessite l'utilisation de cultures cellulaires.
Plusieurs kits commercialisés détectent la présence des toxines dans les fèces par une technique immuno-enzymatique. La plupart des kits détectent la toxine A mais certains d'entre eux détectent également la toxine B ce qui permet de diagnostiquer les infections dues à des souches A-/B+. Certains de ces kits ont un conditionnement unitaire et se caractérisent par une manipulation simplifiée et rapide. Ces techniques immuno-enzymatiques sont moins sensibles que la mise en évidence d'un effet cytotoxique mais elles donnent un résultat rapide et elles peuvent être mises en œuvre par tous les laboratoires.
La détermination in vitro de la sensibilité aux antibiotiques des souches de Clostridium difficile n'est pas toujours effectuée en routine. Une étude réalisée sur 198 souches isolées en France (100 souches isolées en 1991 et 98 souches isolées en 1997) montrent que les antibiotiques les plus actifs sont le métronidazole, la vancomycine et la teicoplanine. En ce qui concerne les autres antibiotiques 64 p. cent des 198 souches présentaient une concentration minimale inhibitrice supérieure ou égale à 1 µg/mL vis-à-vis de l'érythromycine, 80 p. cent des souches avaient une CMI supérieure ou égale à 2 µg/mL vis-à-vis de la clindamycine, 23,7 p. cent des souches avaient une CMI supérieure ou égale à 8 µg/mL vis-à-vis de la tétracycline, 22,7 p. cent des souches avaient une CMI supérieure ou égale à 4 µg/mL vis-à-vis de la rifampicine et 14,6 p. cent des souches avaient une CMI supérieure ou égale à 16 µg/mL vis-à-vis du chloramphénicol.
Le simple arrêt de l'antibiothérapie permet une guérison spontanée chez environ 15 à 25 p. cent des patients. Toutefois, un traitement est parfois nécessaire et il fait généralement appel au métronidazole qui est moins coûteux que la vancomycine ou la teicoplanine et dont l'emploi permet d'éviter la sélection de souches, notamment de souches d'entérocoques, résistantes aux glycopeptides. Après traitement, les rechutes sont fréquentes mais elles sont dues à une réinfection des malades par des spores et non à l'apparition de souches résistantes.
En médecine vétérinaire, le métronidazole a été utilisé pour le traitement des chats et des chevaux. La vancomycine a été utilisée chez le cobaye et chez des hamsters de laboratoire afin d'enrayer des cas de mortalité chez des animaux utilisés dans des expérimentations de longue durée. La bacitracine a parfois été recommandée pour le traitement des chevaux et elle est utilisée pour le traitement des porcs même si deux études, effectuées sur des souches isolées du cheval, montrent que Clostridium difficile résiste à la bacitracine. Selon Yaeger (2002), l'érythromycine, la tiamuline et la tylosine pourraient être efficaces pour le traitement des porcelets.
Les principales mesures prophylactiques consistent à utiliser les antibiotiques de manière rationnelle (et donc modérée), à prescrire, chaque fois que c'est possible, des antibiotiques à spectre étroit et à éviter les associations d'antibiotiques. Chez l'homme, l'utilisation de Saccharomyces boulardii (UltralevureR) a fait la preuve de son efficacité dans la prévention des colites pseudo-membraneuses, des diarrhées post-antibiotiques et dans la prévention des rechutes.
Ces mesures doivent être complétées par des mesures d'hygiène : port de gants à usage unique par le personnel manipulant des fèces ou des objets souillés, lavage soigneux des mains avant et après les soins, utilisation de thermomètres jetables, nettoyage et désinfection (désinfectants à base d'hypochlorite ou de glutaraldéhyde à 2 p. cent) des locaux et du matériel...
L'administration d'immunoglobulines colostrales de bovins, immunisés avec un filtrat de culture de Clostridium difficile, s'est montrée efficace dans un modèle expérimental (hamsters traités à la clindamycine et expérimentalement infectés). Des essais de vaccination, utilisant des souches atténuées de Vibrio cholerae ayant reçu un plasmide codant pour l'extrémité COOH terminale de la toxine A, ont permis d'obtenir la synthèse d'anticorps spécifiques chez le lapin. En médecine vétérinaire, des autovaccins sont couramment utilisés dans les élevages porcins.
La base de données PubMed (interrogation effectuée le 20 février 2002) recense plus de 3000 documents traitant de Clostridium difficile. Aussi, à l'exception des articles consacrés aux infections des animaux, la majorité des publications citées ci-dessous correspond à des articles de synthèse. BARBUT (F.), DECRÉ (D.), BURGHOFFER (B.), LESAGE (D.), DELISLE (F.), LALANDE (V.), DELMÉE (M.), AVESANI (V.), SANO (N.), COUDERT (C.) et PETIT (J.C.) : Antimicrobial susceptibilities and serogroups of clinical strains of Clostridium difficile isolated in France in 1991 and 1997. Antimicrob. Agents Chemother., 1999, 43, 2607-2611. BARBUT (E.) et PETIT (J.C.) : Épidémiologie, facteurs de risque et prévention des infections nosocomiales à Clostridium difficile. Pathol. Biol., 2000, 48, 745-755. BARBUT (E.) et PETIT (J.C.) : Epidemiology of Clostridium difficile-associated infections. Clin. Microbiol. Infect., 2001, 7, 405-410. 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* : Milieu CCFA (Cycloserine Cefoxitin Fructose Agar), composition pour 1 litre Formulation originale
Protéose peptone N° 2 : 40,0 g
Autres formulations La céfoxitine peut être remplacée par 0,004 g de céfotaxime ce qui augmente la sensibilité et la spécificité du milieu. Le jaune d'œuf peut être remplacé par du sang de cheval (10 p. cent). Les concentrations en cyclosérine et en céfoxitine peuvent être réduites de moitié.
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