J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 06 août 2003
Dernière mise à jour le 20 novembre 2003

 

CORYNEBACTERIUM FALSENII

 

Corynebacterium falsenii a été décrit en 1998 sur la base de quatre souches bactériennes isolées de l'homme (trois souches isolées d'hémocultures et une souche isolée du liquide céphalo-rachidien). Le site de la CCUG (Culture Collection, University of Göteborg, Suède), consulté le 06 août 2003, fait également état de deux souches supplémentaires isolées chez l'homme.
Compte tenu de l'origine strictement humaine de cette bactérie, Corynebacterium falsenii n'a pas été cité dans un article consacré aux bactéries d'intérêt vétérinaire décrites au cours de l'année 1998 (voir aussi le fichier Les taxons bactériens d'intérêt vétérinaire décrits en 1998).
Dans un article publié en juillet 2003, Fernández-Garayzábal et al. rapportent l'isolement de trois souches de Corynebacterium falsenii chez des rapaces retenus en captivité dans un centre espagnol de réhabilitation. Une souche a pour origine la bouche d'un aigle ibérique (Aquila adalberti*) adulte et deux souches proviennent de la trachée d'aigles royaux (Aquila chrysaetos**). Aucun pouvoir pathogène n'a été attribué à ces souches, mais l'isolement de Corynebacterium falsenii à partir d'oiseaux confère à cette espèce un intérêt en biologie vétérinaire.

Corynebacterium falsenii présente les caractères phénotypiques des représentants du genre Corynebacterium. Au sein de ce genre, l'individualisation de cette espèce repose sur l'analyse électrophorétique des protéines cellulaires et sur les caractères biochimiques. Il est intéressant de remarquer que la séquence de l'ARNr 16S de la souche CCUG 33651 (souche type de l'espèce) présente 98 p. cent d'homologie avec la séquence de la souche type de Corynebacterium jeikeium. Un tel résultat, déjà observé pour d'autres espèces du genre Corynebacterium, illustre bien les limites du séquençage des ARNr 16S*** pour définir une espèce bactérienne.
Outre Corynebacterium jeikeium, Corynebacterium falsenii est apparenté à ¤ Corynebacterium urealyticum, à ¤ Corynebacterium auriscanis, à ¤ Corynebacterium suicordis et, dans une moindre mesure, à Corynebacterium bovis, à Corynebacterium variabile et à Corynebacterium terpenotabidum.

Les souches de Corynebacterium falsenii rassemblent des bacilles à Gram positif, non acido-résistants, de 1 à 3 mm de longueur, non sporulés, immobiles, présentant une morphologie en club de golf, pouvant être groupés en palissades ou en amas, cultivant faiblement en anaérobiose, à métabolisme faiblement fermentatif, catalase positive, non lipophile, donnant un résultat négatif au test de CAMP réalisé avec la souche ATCC 25923 de Staphylococcus aureus subsp. aureus, ne réduisant pas les nitrates, n'hydrolysant pas l'esculine, synthétisant une phosphatase alcaline et une phosphatase acide, donnant une réponse faiblement positive au test pyrazinamidase, donnant une réponse négative au test bêta-glucuronidase, acidifiant faiblement le glucose, n'acidifiant ni le mannitol, ni le saccharose ni le xylose.
La fermentation du maltose est variable selon les souches.
Corynebacterium falsenii hydrolyse lentement l'urée. Une réponse positive nécessite une incubation de 18 heures en utilisant un bouillon à l'urée de Christensen ou une incubation de 48 heures en utilisant une galerie API Coryne. Les trois souches isolées de rapaces donnent une réponse positive en utilisant la méthode de Christensen mais une réponse négative en galeries API Coryne.
Le profil numérique obtenu avec une galerie API Coryne lue après 48 heures d'incubation est de 2 1 0 1 3 0 4 ou de 2 1 0 1 3 2 4 pour les souches d'origine humaine et de 2 1 0 0 3 2 4 pour les trois souches isolées de rapaces.

Après 24 heures d'incubation à 37 °C et dans une atmosphère contenant 5 p. cent de dioxyde de carbone, les colonies observées sur une gélose Columbia enrichie de 5 p. cent de sang de mouton sont non hémolytiques, blanchâtres, circulaires, lisses, brillantes, à contour régulier et leur diamètre atteint 2 mm. Après 72 heures d'incubation, les colonies deviennent jaunâtres. Après 120 heures d'incubation, la coloration devient franchement jaune.

Bien que rare, une pigmentation jaune est (ou peut être) observée chez d'autres corynébactéries non lipophiles comme Corynebacterium callunae, Corynebacterium cystitidis, Corynebacterium glutamicum, Corynebacterium pilosum et Corynebacterium renale.
Corynebacterium cystitidis, Corynebacterium pilosum et Corynebacterium renale se différencient de Corynebacterium falsenii car elles donnent une réponse positive au test bêta-glucuronidase.
Corynebacterium falsenii se différencie de Corynebacterium callunae et de Corynebacterium glutamicum car ces deux espèces acidifient le saccharose.

Une autre espèce du genre Corynebacterium, ¤ Corynebacterium aquilae, a également été isolée de la flore respiratoire de Aquila chrysaetos et de Aquila adalberti. Les principaux caractères permettant de différencier Corynebacterium falsenii et ¤ Corynebacterium aquilae figurent dans le tableau I. D'autres caractères permettant de différencier Corynebacterium falsenii d'autres corynebactéries phylogénétiquement proches sont donnés dans le tableau II.

 

Orientation bibliographique

 

EUZÉBY (J.P.) : Les taxons bactériens d'intérêt vétérinaire décrits en 1998. Revue Méd. Vét., 1999, 150, 319-322.

FERNÁNDEZ-GARAYZÁBAL (J.F.), EGIDO (R.), VELA (A.I.), BRIONES (V.), COLLINS (M.D.), MATEOS (A.), HUTSON (R.A.), DOMÍNGUEZ (L.) et GOYACHE (J.) : Isolation of Corynebacterium falsenii and description of Corynebacterium aquilae sp. nov., from eagles. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 1135-1138.

FUNKE (G.), VON GRAEVENITZ (A.), CLARRIDGE III (J.E.) et BERNARD (K.A.) : Clinical microbiology of coryneform bacteria. Clin. Microbiol. Rev., 1997, 10, 125-159.

SJÖDÉN (B.), FUNKE (G.), IZQUIERDO (A.), AKERVALL (E.) et COLLINS (M.D.) : Description of some coryneform bacteria isolated from human clinical specimens as Corynebacterium falsenii sp. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1998, 48, 69-74.

VELA (A.I.), MATEOS (A.), COLLINS (M.D.), BRIONES (V.), HUTSON (R.A.), DOMÍNGUEZ (L.) et FERNÁNDEZ-GARAYZÁBAL (J.F.) : Corynebacterium suicordis sp. nov., from pigs. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 2027-2031.

 

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* : Aquila adalberti

Classification de Aquila adalberti (aigle ibérique) d'après le NCBI Taxonomy Browser : Eukaryota ; Fungi/Metazoa group ; Metazoa ; Eumetazoa ; Bilateria ; Coelomata ; Deuterostomia ; Chordata ; Craniata ; Vertebrata ; Gnathostomata ; Teleostomi ; Euteleostomi ; Sarcopterygii ; Tetrapoda ; Amniota ; Sauropsida ; Sauria ; Archosauria ; Aves ; Neognathae ; Falconiformes ; Accipitridae ; Accipitrinae ; Aquila ; Aquila adalberti.

Pour une photographie de Aquila adalberti voir le fichier Águila imperial ibérica sur le site La Web de los Animales.

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** : Aquila chrysaetos

Classification de Aquila chrysaetos (aigle royal) d'après le NCBI Taxonomy Browser : Eukaryota ; Fungi/Metazoa group ; Metazoa ; Eumetazoa ; Bilateria ; Coelomata ; Deuterostomia ; Chordata ; Craniata ; Vertebrata ; Gnathostomata ; Teleostomi ; Euteleostomi ; Sarcopterygii ; Tetrapoda ; Amniota ; Sauropsida ; Sauria ; Archosauria ; Aves ; Neognathae ; Falconiformes ; Accipitridae ; Accipitrinae ; Aquila ; Aquila chrysaetos.

Des renseignements sur cette espèce, ainsi que des photographies, sont disponibles sur le site de l'University of Michigan, Museum of Zoology. Voir le fichier Aquila chrysaetos.

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Pour Stackebrandt et Goebel, lorsqu'il existe moins de 97 p. cent d'homologie entre les séquences des ARNr 16S de deux souches, ces souches appartiennent à des espèces différentes. En revanche, si le pourcentage d'homologie est égal ou supérieur à 97, le placement de deux souches dans une unique espèce ou dans deux espèces différentes doit reposer sur les résultats des hybridations ADN - ADN ou sur le résultats d'autres techniques donnant des renseignements équivalents.

Au sein du genre Corynebacterium, il est intéressant de noter que les séquences des ARNr 16S de Corynebacterium propinquum et de Corynebacterium pseudodiphtheriticum présentent plus de 99 p. cent d'homologie, que les séquences de Corynebacterium diphtheriae, de ¤ Corynebacterium pseudotuberculosis et de ¤ Corynebacterium ulcerans présentent plus de 98 p. cent d'homologie et que les séquences de Corynebacterium afermentans et de Corynebacterium mucifaciens présentent plus de 98 p. cent d'homologie.

Une situation comparable existe également pour d'autres genres tels que les genres ¤ Helicobacter, ¤ Bacillus ou ¤ Enterococcus.
. Les deux souches de "Helicobacter westmeadii" isolées par Trivett-Moore et al. et considérées comme une nouvelle espèce sur la base de l'étude de la séquence des ARNr 16S sont en fait des souches de ¤ Helicobacter cinaedi. De même, la souche CCUG 33804 (souvent désignée sous le nom de Helicobacter sp. souche Mainz), considérée par Husmann et al. comme une nouvelle espèce, est également une souche de ¤ Helicobacter cinaedi. Comme le rappelle Vandamme et al., seules les hybridations ADN - ADN (ou l'analyse électrophorétique des protéines qui donne des résultats équivalents) permettent de définir de nouvelles espèces au sein du genre ¤ Helicobacter.
. Les séquences des ARNr 16S de Bacillus globisporus et de Bacillus psychrophilus présentent plus de 99,5 p. cent d'homologie alors que les homologies ADN - ADN démontrent que ce sont bien deux espèces différentes.
. Au sein du genre ¤ Enterococcus, les pourcentages d'homologie des séquences des ARNr 16S des souches types des diverses espèces dépassent fréquemment 97 p. cent alors que les pourcentages d'hybridation ADN - ADN sont faibles. Ainsi, il existe 99,8 p. cent d'homologie entre les séquences des ARNr 16S de Enterococcus casseliflavus et Enterococcus gallinarum ; 99,7 p. cent d'homologie entre Enterococcus durans et Enterococcus faecium ; plus de 98,4 p. cent entre ¤ Enterococcus canis et Enterococcus faecium ; 97,4 p. cent entre Enterococcus faecalis et Enterococcus haemoperoxydus ; 97,4 p. cent entre Enterococcus faecalis et Enterococcus moraviensis.

Références :
. DE GRAEF (E.M.), DEVRIESE (L.A.), VANCANNEYT (M.), BAELE (M.), COLLINS (M.D.), LEFEBVRE (K.), SWINGS (J.) et HAESEBROUCK (F.) : Description of Enterococcus canis sp. nov. from dogs and reclassification of Enterococcus porcinus Teixeira et al. 2001 as a junior synonym of Enterococcus villorum Vancanneyt et al. 2001. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 1069-1074.
. FOX (G.E.), WISOTZKEY (J.D.) et JURTSHUK Jr. (P.) : How close is close: 16S rRNA sequence identity may not be sufficient to guarantee species identity. Int. J. Syst. Bacteriol, 1992, 42, 166-170.
. HUSMANN (M.), GRIES (C.), JENICHEN (P.), WOELFEL (T.), GERKEN (G.), LUDWIG (W.) et BHAKDI (S.) : Helicobacter sp. strain Mainz isolated from an AIDS patient with septic arthritis: case report and nonradioactive analysis of 16S rRNA sequence. J. Clin. Microbiol., 1994, 32, 3037-3039.
. SJÖDÉN (B.), FUNKE (G.), IZQUIERDO (A.), AKERVALL (E.) et COLLINS (M.D.) : Description of some coryneform bacteria isolated from human clinical specimens as Corynebacterium falsenii sp. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1998, 48, 69-74.
. STACKEBRANDT (E.) et GOEBEL (B.M.) : Taxonomic note: A place for DNA-DNA reassociation and 16S rRNA sequence analysis in the present species definition in bacteriology. Int. J. Syst. Bacteriol., 1994, 44, 846-849.
. SVEC (P.), DEVRIESE (L.A.), SEDLÁCEK (I.), BAELE (M.), VANCANNEYT (M.), HAESEBROUCK (F.), SWINGS (J.) et DOSKAR (J.) : Enterococcus haemoperoxidus sp. nov. and Enterococcus moraviensis sp. nov., isolated from water. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2001, 51, 1567-1574.
. TRIVETT-MOORE (N.L.), RAWLINSON (W.D.) et GILBERT (G.L.) : Helicobacter westmeadii sp. nov., a new species isolated from blood cultures of two AIDS patients. J. Clin. Microbiol., 1997, 35, 1144-1150.
. VANDAMME (P.), HARRINGTON (C.S.), JALAVA (K.) et ON (S.L.W.) : Misidentifying helicobacters: the Helicobacter cinaedi example. J. Clin. Microbiol., 2000, 38, 2261-2266.

Voir aussi le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne.

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