J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 08 janvier 2001

 

CORYNEBACTERIUM GLUCURONOLYTICUM, CORYNEBACTERIUM SEMINALE

 

Systématique

 

Les nomenclatures de Corynebacterium glucuronolyticum et de Corynebacterium seminale ont été proposées en 1995, par deux équipes différentes, pour des souches de corynébactéries isolées principalement de l'appareil génito-urinaire de l'homme. Ultérieurement, la nomenclature de Corynebacterium glucuronolyticum a été validement publiée par inscription sur la liste de validation n° 55 et celle de Corynebacterium seminale par inscription sur la liste de validation n° 56.
Dans leur revue consacrée aux bactéries corynéformes, Funke et al. (1997) considéraient que ces deux espèces étaient identiques et, en 1999, Tanner et al. montraient que les séquences des ARNr 16S des souches de Corynebacterium glucuronolyticum et de Corynebacterium seminale, caractérisées chez deux patients atteints de prostatite, présentaient entre 96 et 97 p. cent d'homologie.

Dans le numéro de décembre 2000 du Journal of Clinical Microbiology, Devriese et al. rapportent l'isolement de sept souches bactériennes, apparentées à Corynebacterium glucuronolyticum et à Corynebacterium seminale, mais isolées du vagin de truies ou du sperme de verrats. Afin de préciser la position taxonomique de ces souches, les auteurs ont soumis à une analyse génotypique et phénotypique les souches d'origine porcine, la souche type de Corynebacterium glucuronolyticum*, la souche type de Corynebacterium seminale et neuf souches isolées de l'homme et identifiées à l'Institut de Bactériologie de Strasbourg. Les pourcentages d'homologie ADN - ADN obtenus entre la souche type de Corynebacterium glucuronolyticum, la souche type de Corynebacterium seminale, quatre souches d'origine humaine et une souche d'origine porcine sont supérieurs à 73 p. cent et les séquences des ARNr 16S de ces sept souches présentent une similitude de séquence supérieure à 99,8 p. cent. Ces résultats montrent que toutes ces souches appartiennent à une même espèce qui en raison des règles de priorité doit être appelée Corynebacterium glucuronolyticum. Corynebacterium seminale est ainsi un synonyme ultérieur et hétérotypique** de Corynebacterium glucuronolyticum.

 

Caractères bactériologiques

 

Les souches de Corynebacterium glucuronolyticum se présentent sous la forme de bacilles à Gram positif, corynéformes, de 1 à 3 µm de longueur, non acido-résistants, immobiles, non sporulés, aéro-anaérobies, à métabolisme fermentatif, catalase positive, non lipophiles, donnant un test de CAMP*** positif.


Une réponse positive est obtenue pour les tests pyrazinamidase, bêta-glucuronidase, leucine arylamidase, acidification du glucose et du saccharose.
Les 17 souches étudiées par Funke et al. (1995) produisent une estérase (C4), une estérase lipase (C8), une cystine arylamidase et une phosphatase acide.
En utilisant des galeries "BBL CRYSTAL Gram-Positive Identification Kit" (voir : ¤), les souches étudiées par Devriese et al. (2000) donnent un résultat positif aux tests L-phénylalanine-AMC, L-tryptophane-AMC, L-arginine-AMC et 4MU-bêta-D-glucuronide.

Les 17 souches isolées par Funke et al. donnent une réponse négative aux tests lipase, valine arylamidase, trypsine, chymotrypsine, alpha-galactosidase, alpha-glucosidase (en galerie API CORYNE), N-acétyl-bêta-glucosaminidase, alpha-mannosidase, alpha-fucosidase, acidification du glycogène et du mannitol.
En galerie API CORYNE, les souches étudiées par Devriese et al. et les 12 souches décrites par Riegel et al. (1995) sous le nom de Corynebacterium seminale sont phosphatase alcaline négative. De même, les 12 souches étudiées par Riegel et al. sont pyrrolidonyl arylamidase négative.

Les souches de Corynebacterium glucuronolyticum se caractérisent par une réponse variable vis-à-vis de nombreux tests : réduction des nitrates, hydrolyse de l'urée, hydrolyse de l'esculine, hydrolyse de l'hippurate, phosphoamidase, bêta-galactosidase, bêta-glucosidase, 4MU-bêta-D-glucoside, méthyl-alpha & bêta-glucoside, p-nitrophényl-bêta-D-glucoside, p-nitrophényl-alpha-D-maltoside, acidification du L-arabinose, de l'arbutine, du lactose, du maltose, du ribose, de la salicine et du D-xylose.
En se basant sur les résultats de 12 tests biochimiques, Devriese et al. reconnaissent l'existence de trois biovars. Toutes les souches d'origine porcine appartiennent au biovar I alors que les souches d'origine humaine se répartissent entre les trois biovars.
Les souches du biovar I donnent un résultat négatif pour les tests hydrolyse de l'esculine, hydrolyse du 4MU-bêta-D-glucoside, hydrolyse du méthyl-alpha & bêta-glucoside, hydrolyse du p-nitrophényl-bêta-D-glucoside, acidification de l'arbutine et de la salicine. Elles donnent une réponse variable pour l'hydrolyse de l'urée, l'hydrolyse de l'hippurate, l'hydrolyse du p-nitrophényl-bêta-D-glucoside, l'acidification du L-arabinose, du ribose et du D-xylose.

La production d'une bêta-glucuronidase (détectée en galerie API CORYNE, en galerie API ZYM, en utilisant des tablettes Rosco ou en utilisant des bandelettes Merck) est un caractère important pour le diagnostic différentiel. Corynebacterium cystitidis, Corynebacterium pilosum et Corynebacterium renale produisent également cette enzyme mais ces espèces sont saccharose négative. De plus, Corynebacterium cystitidis et Corynebacterium pilosum donnent une réponse négative au test de CAMP et Corynebacterium renale donne une réponse négative (ou faiblement positive) au test leucine arylamidase.

Corynebacterium glucuronolyticum est une espèce non lipophile, ne cultivant pas à 25 °C et cultivant faiblement à 30 ou à 42 °C. La croissance est meilleure en présence de 5 p. cent de dioxyde de carbone et, après 24 heures d'incubation à 37 °C, les colonies obtenues sur une gélose Columbia au sang de mouton sont circulaires, convexes, blanchâtres ou grisâtres ou jaunâtres et non hémolytiques.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

L'habitat de Corynebacterium glucuronolyticum n'est pas connu avec certitude mais cette bactérie semble faire partie de la flore de l'appareil uro-génital de l'homme et, peut-être, du porc.

La très grande majorité des souches d'origine humaine a été isolée chez des individus souffrant de prostatite, d'urétrite, de stérilité masculine ou de vaginite. Au moins deux souches ont été isolées du sang de patients présentant de la fièvre.

Chez le porc, la première souche de Corynebacterium glucuronolyticum semble avoir été caractérisée par Takahashi et al. (cités par Devriese et al.). Les sept souches isolées en Belgique par Devriese et al. ont pour origine des prélèvements vaginaux (quatre souches) et des prélèvement de sperme (trois souches). Le sperme des verrats semblait normal mais les truies présentaient toutes des pertes vaginales. Il est toutefois impossible de préciser le pouvoir pathogène de Corynebacterium glucuronolyticum pour le porc.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

Les souches isolées de l'homme sont très généralement sensibles aux bêta-lactamines, à l'acide fusidique, à la gentamicine, à la rifampicine et à la vancomycine. De nombreuses souches résistent à la ciprofloxacine, à la clindamycine, à l'érythromycine, à la fosfomycine, à la tétracycline et à la doxycycline.

 

Orientation bibliographique

 

DEVRIESE (L.A.), RIEGEL (P.), HOMMEZ (J.), VANEECHOUTTE (M.), DE BAERE (T.) et HAESEBROUCK (F.): Identification of Corynebacterium glucuronolyticum strains from the urogenital tract of humans and pigs. J. Clin. Microbiol., 2000, 38, 4657-4659.

FUNKE (G.), BERNARD (K.A.), BUCHER (C.), PFYFFER (G.E.) et COLLINS (M.D.) : Corynebacterium glucuronolyticum sp. nov., isolated from male patients with genitourinary infections. Med. Microbiol. Lett., 1995, 4, 204-215.

FUNKE (G.), VON GRAEVENITZ (A.), CLARRIDGE III (J.E.) et BERNARD (K.A.) : Clinical microbiology of coryneform bacteria. Clin. Microbiol. Rev., 1997, 10, 125-159.

RIEGEL (P.), RUIMY (R.), DE BRIEL (D.), PRÉVOST (G.), JEHL (F.), BIMET (F.), CHRISTEN (R.) et MONTEIL (H.) : Corynebacterium seminale sp. nov., a new species associated with genital infections in male patients. J. Clin. Microbiol., 1995, 33, 2244-2249.

TANNER (M.A.), SHOSKES (D.), SHAHED (A.) et NORMAN (R.) : Prevalence of corynebacterial 16S rRNA sequences in patients with bacterial and "nonbacterial" prostatitis. J. Clin. Microbiol., 1999, 37, 1863-1870.

 

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* : Dans l'article de Devriese et al. (J. Clin. Microbiol., 2000, 38, 4657-4659.), la souche type de Corynebacterium glucuronolyticum est citée sous le numéro CCUG 33055 au lieu de CCUG 35055 (la souche CCUG 33055 est une souche de Yersinia enterocolitica !). Cette erreur a été corrigée par l'intermédiaire d'un erratum paru dans le numéro d'avril 2001 du Journal of Clinical Microbiology (J. Clin. Microbiol., 2001, 39, 1686.).

La souche CCUG 35055 est une subculture de la souche 6 = DSM 44120, désignée comme la souche type de Corynebacterium glucuronolyticum par Funke et al. (1995).

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** : Deux taxons sont des synonymes hétérotypiques (anciennement appelés synonymes subjectifs ou "subjective synonyms") lorsqu'ils possèdent la même nomenclature type.

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*** : Test de CAMP :

La réalisation du test de CAMP est simple : sur une gélose au sang de mouton on ensemence en strie une souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus bêta hémolytique puis la souche à étudier est ensemencée selon une strie perpendiculaire réalisée sans toucher celle de S. aureus subsp. aureus.
. Un CAMP test positif se traduit par une augmentation de la zone d'hémolyse à la jonction des deux stries.
. Un CAMP test est négatif lorsque l'hémolyse de la souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus est inchangée.
. Un CAMP test est qualifié de "reverse positif" si on observe une inhibition de la zone d’hémolyse à la jonction des deux stries.

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