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Dernière mise à jour le 31 mai 1999
CORYNEBACTERIUM PSEUDOTUBERCULOSIS
Autres dénominations :
Systématique
La nomenclature de Corynebacterium pseudotuberculosis est inscrite dans les "Approved Lists of Bacterial Names". Les résultats d’hybridations ADN - ADN ainsi que l’étude de la séquence de l’ARNr 16S montrent que cette bactérie appartient au groupe de Corynebacterium diphtheriae constitué de Corynebacterium diphtheriae, de Corynebacterium pseudotuberculosis et de ¤ Corynebacterium ulcerans.
Le test de réduction des nitrates permet de définir deux biovars : le biovar Equi (nitrate réductase positive) isolé des chevaux et des bovins et le biovar Ovis (nitrate réductase négative) isolé des petits ruminants, des bovins et exceptionnellement du cheval. L’existence de ces deux biovars a été confirmée par des études génétiques (polymorphisme de restriction de l’ADN, ribotypage).
Caractères bactériologiques
Corynebacterium pseudotuberculosis est un bacille à Gram positif, immobile, non sporulé, de forme irrégulière, de 0,5 à 0,6 mm de diamètre sur 1,0 à 3,0 mm de longueur, présentant des formes en massue et des granulations métachromatiques, aéro-anaérobie, catalase positive, non lipophile (croissance non stimulée par 1 p. cent de Tween 80 en gélose cœur-cervelle). Comme le souligne la huitième édition du "Bergey's Manual of Determinative Bacteriology" et la première édition du "Bergey's Manual of Systematic Bacteriology", les caractères bactériologiques de Corynebacterium pseudotuberculosis apparaissent très variables selon les auteurs en raison des techniques utilisées et de l'existence de biovars.
D'après la neuvième édition du "Bergey's Manual of Determinative Bacteriology", les caractères biochimiques sont les suivants :
En galerie API Coryne on observe :
Dans l'étude effectuée par Hommez et al. (1999) et portant sur 9 souches du "Biovar 3" les résultats obtenus sont :
La production d’une phospholipase D est à l’origine d’un CAMP* test positif vis-à-vis de ¤ Rhodococcus equi et d'un CAMP test-reverse* positif vis-à-vis d'une souche bêta hémolytique de Staphylococcus aureus subsp. aureus. Les souches du biovar Ovis sont nitrate réductase négative alors que les souches du biovar Equi et du "Biovar 3" sont nitrate réductase positive. Le "Biovar 3" se différencie du biovar Equi par l'aspect des colonies (Cf. infra) et par une réponse faiblement positive au CAMP test-reverse.
Corynebacterium pseudotuberculosis cultive à 20 °C, ne présente pas d’exigences particulières et l’adjonction de Tween-80 ou de sérum n’est pas indispensable à la croissance.
Habitat et pouvoir pathogène
L’habitat de Corynebacterium pseudotuberculosis n’est pas connu avec certitude mais cette bactérie serait capable d’une survie prolongée (jusqu’à 55 jours), sans multiplication, dans le milieu extérieur.
Corynebacterium pseudotuberculosis provoque des infections chez de nombreuses espèces animales notamment chez le cheval, le mouton, la chèvre et les bovins. Une contamination de l’homme est possible mais rare (22 cas décrits en 1997). Elle a été décrite principalement en Australie, chez des individus ayant des contacts directs ou indirects avec des ruminants. Il s'agit donc d'une zoonose professionnelle peu fréquente mais, peut être sous-estimée. Infections du cheval Chez le cheval, deux formes cliniques sont reconnues : la lymphangite ulcéreuse et la formation d’abcès sous-cutanés. La lymphangite ulcéreuse est une affection chronique qui se traduit par la présence de nodules, d’abcès et de plaies ulcéreuses siégeant au niveau de l’extrémité inférieure des membres. L’infection s’accompagne d’une inflammation, généralement non suppurée, des vaisseaux et des nœuds lymphatiques. Les abcès sous-cutanés ont une évolution chronique et ils sont localisés principalement dans les régions pectorale et ventrale. Cette forme particulière d'infection est connue sous le nom de "pigeon fever". Les chevaux infectés peuvent également présenter des bactériémies, des abcès internes (poumon, péricarde, péritoine, rein, utérus, mésentère, diaphragme...) et, plus rarement, des avortements. L’infection s’accompagne d’une fièvre, d’une perte de poids et le taux de mortalité peut atteindre 40,5 p. cent lors de la présence d’abcès internes. Infections des petits ruminants Corynebacterium pseudotuberculosis est responsable, chez les ovins et les caprins, d'une infection appelée la lymphadénite caséeuse qui est une forme particulière de la maladie des abcès (diverses bactéries peuvent être à l'origine d'abcès chez les petits ruminants notamment, ¤ Staphylococcus aureus subsp. anaerobius).
La lymphadénite caséeuse a été décrite dans tous les pays où l'élevage ovin est important. Elle se caractérise par la formation de pyogranulomes localisés principalement dans les nœuds lymphatiques superficiels (nœuds lymphatiques parotidien, mandibulaire, rétropharyngien, précapsulaire, préfémoral, poplité, rétromammaire), dans les nœuds lymphatiques profonds et dans les poumons. Plus rarement, d'autres localisations sont observées : cœur, scrotum, mamelle.
La présence d'abcès superficiels altère peu l'état de santé des animaux alors que la présence d'abcès profonds et d'abcès pulmonaires est associée à un amaigrissement progressif. Outre un éventuel amaigrissement, les pertes économiques sont liées à une diminution de la production de la laine et du lait, à une entrave à la commercialisation, à une dévalorisation des peaux et à des saisies à l'abattoir. Des cas de mammites cliniques ou sub-cliniques, avec excrétion du germe dans le lait, ont été décrits mais ils semblent exceptionnels. Infections des bovins Chez les bovins, Corynebacterium pseudotuberculosis est à l'origine de diverses formes cliniques : abcès sous-cutanés, lymphadénites ulcéreuses, infections viscérales accompagnées ou non de la formation d'abcès sous-cutanés, abcès sous-cutanés accompagnés de mammites, mammites sans autre signe clinique. Dans ce dernier type d'infection, les souches isolées appartiennent généralement au "Biovar 3" alors que, les souches isolées des autres cas d'infections, appartiennent au biovar Ovis. Les abcès sous-cutanés ont une taille de 15 à 20 cm de diamètre (extrêmes compris entre 1 et 50 cm). Leur nombre est variable selon les animaux et ils siègent le plus souvent au niveau de la tête, du cou, des épaules, des flancs et des membres. Les abcès ont une coque épaisse mais ils finissent par se rompre en laissant écouler un exsudat sanguinolent ou un pus jaunâtre strié de sang et ils évoluent vers la formation de lésions ulcéreuses. Les nœuds lymphatiques drainant la région ont un volume augmenté mais ne présentent pas de lésions particulières. Les animaux ne souffrent d'aucun autre trouble et la production de lait n'est pas affectée. Les lymphadénites sont principalement localisées aux nœuds lymphatiques de la tête et du cou qui sont ulcérés et qui contiennent du pus. Les formes viscérales sont rares, elles se traduisent par la présence d'abcès dans les voies respiratoires et dans les nœuds lymphatiques. Les mammites sont soit aiguës soit sub-cliniques. Dans les formes graves, les quartiers sont le siège d'une inflammation importante, le lait a un aspect purulent mais, l'état général des animaux n'est pas obligatoirement altéré.
Facteurs de pathogénicité
Les facteurs de pathogénicité intrinsèques sont liés à la présence d’un lipide pariétal et à la synthèse de phospholipase D. Ces 2 facteurs n'expliquent cependant pas le développement des lésions granulomateuses qui résultent en fait de la réponse immunitaire.
Le lipide pariétal analogue au "cord factor" de Mycobacterium tuberculosis est responsable d’une action cytotoxique sur les cellules phagocytaires et d'une résistance à l'action bactéricide de ces cellules. Cette action sur les phagocytes confère à Corynebacterium pseudotuberculosis le statut de bactérie intracellulaire facultative.
La phospholipase D, d'un poids moléculaire de 31 kDa, hydrolyse la sphingomyéline des membranes cellulaires ce qui aboutit à la libération de choline alors que le céramide phosphate reste associé à la membrane.
La réponse immunitaire à médiation cellulaire est à l'origine d'un état d'hypersensibilité de type IV conduisant à la formation de granulomes au point d'inoculation et dans les nœuds lymphatiques drainant la région. Ces granulomes présentent un centre nécrotique (pyogranulomes) entouré de macrophages et de lymphocytes. A leur périphérie se développe une zone de fibrose isolant le granulome des tissus. Comme c'est le cas pour tous les granulomes résultant d'une hypersensibilité de type IV, l'organisation des granulomes est dynamique : en permanence des macrophages se lysent, libèrent des bactéries qui sont alors phagocytées par de nouveaux macrophages. La formation de ces granulomes immuns inhibe la dissémination bactérienne mais conduit à des lésions tissulaires. Des souches de Corynebacterium pseudotuberculosis peuvent être lysogénisées par les bactériophages de Corynebacterium diphtheriae et produire de la toxine diphtérique. Toutefois, aucun cas de diphtérie n’a été attribué à Corynebacterium pseudotuberculosis.
Diagnostic bactériologique et sérologique
Le prélèvement est généralement constitué par du pus prélevé par écouvillonnage d’un abcès ou d’un nodule fraîchement incisé. L’examen bactérioscopique du pus met en évidence des corynébactéries, souvent en position intracellulaire. D’autres prélèvements tel que du sang, du liquide péritonéal ou du lait permettent également d’isoler la bactérie en cas de bactériémie, d’abcès abdominaux ou de mammites.
Chez les bovins atteints de mammites, le diagnostic est plus délicat car il faut différencier les souches du "Biovar 3" des autres corynébactéries fermentatives et non lipophiles isolées de mammites chez la vache : ¤ Corynebacterium amycolatum, ¤ Corynebacterium minutissimum et ¤ Corynebacterium ulcerans.
Des techniques de diagnostic sérologique ont été proposées :
Les plus anciennes reposent sur la neutralisation de la phospholipase D révélée soit par une inhibition soit par une exaltation de l’activité hémolytique.
Plus récemment, un test ELISA a été développé pour le diagnostic de la lymphadénite caséeuse du mouton. De réalisation plus simple que les précédents, ce test ne permet pas un diagnostic individuel mais pourrait servir à définir la qualification sanitaire des troupeaux.
Sensibilité aux antibiotiques
Corynebacterium pseudotuberculosis est sensible à la pénicilline G, à l'amoxycilline, aux macrolides, aux tétracyclines, aux céphalosporines, à la lincomycine, au chloramphénicol, à l’association sulfamide - triméthoprime et à la rifampicine. La sensibilité aux aminosides est variable et diffère selon les biovars. D’une manière générale, les souches du biovar Ovis sont plus résistantes que celles du biovar Equi.
Un traitement antibiotique semble inutile lors d’abcès sous-cutanés qui doivent faire l’objet d’un traitement chirurgical.
Prophylaxie
La prophylaxie sanitaire fait appel à l’isolement des animaux infectés, à une désinfection des locaux et des objets souillés et à de bonnes pratiques d’élevage (lutte contre les arthropodes, bonnes conditions d’hygiène, traitement des plaies même minimes).
Les seuls vaccins disponibles sont des vaccins inactivés, fabriqués en Australie et dont l'usage est réservé aux ovins. L'utilisation de ces vaccins contribue à réduire la prévalence de l'infection.
Orientation bibliographique
Bactériologie BIBERSTEIN (E.L.), KNIGHT (H.D.) et S. JANG (S.) : Two biotypes of Corynebacterium pseudotuberculosis. Vet. Rec.,1971, 89, 691-692. COSTA (L.R.R.), SPIER (S.J.) et D.C. HIRSH (D.C.) : Comparative molecular characterization of Corynebacterium pseudotuberculosis of different origin. Vet. Microbiol., 1998, 62, 135-143. COYLE (M.B.) et LIPSKY (B.A.) : Coryneform bacteria in infectious diseases: clinical and laboratory aspects. Clin. Microbiol. Rev., 1990, 3, 227-246. FRENEY (J.), DUPERRON (M.T.), COURTIER (C.), HANSEN (W.), ALLARD (F.), BOEUFGRAS (J.M.), MONGET (D.) et FLEURETTE (J.) : Evaluation of API Coryne in comparison with conventional methods for identifying coryneform bacteria. J. Clin. Microbiol., 1991, 29, 38-41. FUNKE (G.), RENAUD (F.N.R.), FRENEY (J.) et RIEGEL (P.) : Multicenter evaluation of the updated and extended API (RAPID) Coryne database 2.0. J. Clin. Microbiol., 1997, 35, 3122-3126. FUNKE (G.), VON GRAEVENITZ (A.), CLARRIDGE III (J.E.) et BERNARD (K.A.) : Clinical microbiology of coryneform bacteria. Clin. Microbiol. Rev., 1997, 10, 125-159. GAVIN (S.E.), LEONARD (R.B.), BRISELDEN (A.M.) et COYLE (M.B.) : 1992. Evaluation of the rapid CORYNE identification system for Corynebacterium species and other coryneforms. J. Clin. Microbiol., 1992, 30, 1692-1695. JUDSON (R.) et SONGER (J.G.) : 1991. Corynebacterium pseudotuberculosis: in vitro susceptibility to 39 antimicrobial agents. Vet. Microbiol., 1991, 27, 145-150. SONGER (J.G.), BECKENBACH (K.), MARSHALL (M.M.), OLSON (G.B.) et KELLEY (L.) : Biochemical and genetic characterization of Corynebacterium pseudotuberculosis. Amer. J. Vet. Res., 1988, 49, 223-226. SUTHERLAND (S.S.), HART (R.A.) et BULLER (N.B.) : Genetic differences between nitrate-negative and nitrate-positive C. pseudotuberculosis strains using restriction fragment length polymorphisms. Vet. Microbiol., 1996, 49, 1-9. ZHAO (H.K.), HIRAMUNE (T.), KIRUCHI (N.), YANAGAWA (R.), ITO (S.), HATTA (T.), SERIKAWA (S.) et OE (Y.) : Selective medium containing fosfomycin, nalidixic acid, and culture supernatant of Rhodococcus equi for isolation of Corynebacterium pseudotuberculosis. J. Vet. Med. B., 1991, 38, 743-748. Infections de l'homme PEEL (M.), PALMER (G.G.), STACPOOLE (A.M.) et KERR (T.G.) : Human lymphadenitis due to Corynebacterium pseudotuberculosis: report of ten cases from Australia and review. Clin. Infect. Dis., 1997, 24, 185-191. Infections des bovins HOMMEZ (J.), DEVRIESE (L.A.), VANEECHOUTTE (M.), RIEGEL (P.), BUTAYE (P.) et HAESEBROUCK (F.) : Identification of nonlipophilic corynebacteria isolated from dairy cows with mastitis. J. Clin. Microbiol., 1999, 37, 954-957. SHPIGEL (N.Y.), ELAD (D.), YERUHAM (I.), WINKLER (M.) et SARAN (A.) : An outbreak of Corynebacterium pseudotuberculosis infection in an Israeli dairy herd. Vet. Rec., 1993, 133, 89-94. YERUHAM (I.), ELAD (D.), VAN-HAM (M.), SHPIGEL (N.Y.) et PERL (S.) : Corynebacterium pseudotuberculosis infection in Israeli cattle: clinical and epidemiological studies. Vet. Rec., 1997, 140, 423-427. Infections du cheval ALEMAN (M.), SPIER (S.J.),WILSON (D.), et DOHERR (M.) : . 1996. Corynebacterium pseudotuberculosis infection in horses: 538 cases (1982-1993). J. Amer. Vet. Med. Assoc., 1996, 209, 804-809. KNIGHT (H.D.) : A serologic method for the detection of Corynebacterium pseudotuberculosis infections in horses. Cornell Vet., 1978, 68, 220-237. POONACHA (K.B.) et DONAHUE (J.M.) : Abortion in mare associated with Corynebacterium pseudotuberculosis infection. J. Vet. Diagn. Invest., 1995, 7, 563-564. WEISH (R.D.) : Corynebacterium pseudotuberculosis in the horse. Equine Practice,1990, 12, 7-16. Infections des petits ruminants Les publications consacrées à l'infection des petits ruminants sont nombreuses. Nous limiterons la bibliographie à un excellent article de synthèse publié en 1999. PÉPIN (M.), SANCHIS (R.) et PATON (M.) : La lymphadénite caséeuse des ovins et des caprins. Point. Vét., 1999, 30, 33-40.
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La réalisation des tests de CAMP est simple. Sur une gélose au sang de mouton, on ensemence en strie une souche de ¤ Rhodococcus equi ou une souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus bêta hémolytique. La souche bactérienne à étudier est ensemencée selon une strie perpendiculaire, réalisée sans toucher celle de Rhodococcus equi ou de S. aureus subsp. aureus.
** Milieu FNR (Fosfomycin, Nalidixic acid, Rhodococcus equi) Gélose cœur - cervelle contenant 5 p. cent de sang de bovin, 200 mg/mL de fosfomycine, 4 mg/mL d'acide nalidixique, 3 mg/mL d'amphotéricine B et 5 p. cent d'un surnageant de culture de Rhodococcus equi. La souche de Rhodococcus equi (ATCC 33701) est cultivée, sous agitation, dans un bouillon cœur - cervelle durant 5 jours à 37 ° C. La culture est ensuite centrifugée à froid (+ 4 ° C) durant 15 min. à 6000 g. Le surnageant est filtré sur un filtre de porosité 0,45 mm avant d'être incorporé à la gélose.
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