J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 02 avril 2003
Dernière mise à jour le 04 août 2003

 

CORYNEBACTERIUM SPHENISCORUM

 

La nomenclature de Corynebacterium spheniscorum a été validement publiée le 7 février 2003 pour 20 souches bactériennes isolées du cloaque de pingouins (Spheniscus magellanicus*) apparemment sains et vivant dans la péninsule de Valdes** (Patagonie, Argentine).

Les caractères phénotypiques des 20 souches et les caractères chimiotaxonomiques de la souche PG 39 (qui sera désignée comme la souche type) sont compatibles avec leur classement au sein du genre Corynebacterium.
Les séquences des ARNr 16S des 20 souches présentent des homologies égales ou supérieures à 99,8 p. cent. Une comparaison avec les séquences disponibles dans les bases de données confirme l'appartenance des souches au genre Corynebacterium. Les espèces phylogénétiquement les plus proches sont Corynebacterium argentoratense, Corynebacterium felinum, Corynebacterium ulcerans, Corynebacterium vitaeruminis et Corynebacterium pseudotuberculosis. Toutefois, les homologies entre les séquences des ARNr 16S ne dépassent pas 95,7 p. cent et, selon Stackebrandt et Goebel, cette valeur est compatible avec la reconnaissance d'une nouvelle espèce.

Les souches de Corynebacterium spheniscorum sont constituées de courts bacilles à Gram positif dont le peptidoglycane renferme de l'acide meso-diaminopimélique, dépourvus d'acide tuberculostéarique mais possédant des acides mycoliques à courtes chaînes (C32 à C36), immobiles, non sporulés, non lipophiles, aéro-anaérobies mais ne cultivant que faiblement en anaérobiose et donnant (après 48 heures d'incubation) une réponse positive au test de CAMP*** effectué avec une souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus.

Les caractères biochimiques ont été étudiés à l'aide de galeries API CORYNE, API 50CH et API ZYM.
. Un réponse négative est observée pour les tests nitrate réductase, hydrolyse de l'esculine, hydrolyse de la gélatine et hydrolyse de l'urée.
. Les 20 souches acidifient le D-fructose, la N-acétyl-glucosamine, le glucose, le maltose, le D-mannose, le ribose et le tréhalose. L'acidification du dulcitol est variable selon les souches. Les autres sucres d'une galerie API 50CH ne sont pas acidifiés.
. Les 20 souches synthétisent une estérase lipase C8, une estérase C4, une pyrazinamidase et une leucine arylamidase (réaction faiblement positive). La réponse est négative pour les autres tests d'une galerie API ZYM.
. En utilisant une galerie API CORYNE, le profil numérique est 2 0 0 0 3 2 4.
Dans la base de données API, un tel profil correspond à une identification douteuse de ¤ Gardnerella vaginalis ou de Corynebacterium jeikeium. Corynebacterium spheniscorum est catalase positive ce qui distingue facilement cette espèce de ¤ Gardnerella vaginalis. Les souches de Corynebacterium jeikeium sont lipophiles, elles donnent une réponse négative au test de CAMP, elles ne cultivent pas en anaérobiose et elles synthétisent une phosphatase alcaline ce qui permet de les différencier de Corynebacterium spheniscorum.
. Quelques caractères permettant de différencier Corynebacterium spheniscorum d'autres espèces du genre Corynebacterium donnant une réponse positive (ou pouvant donner une réponse positive) au test de CAMP figurent dans le tableau I.

Après 24 heures d'incubation en aérobiose et à 37 °C, les colonies obtenues sur une gélose Columbia au sang de mouton sont circulaires, à contour régulier, lisses, blanchâtres, non hémolytiques et leur diamètre est compris entre 1 et 2 mm.

La description de Corynebacterium spheniscorum a été effectuée sous la responsabilité de Fernández-Garayzábal. En juillet 2003, le même auteur assumait la responsabilité de la description de ¤ Corynebacterium sphenisci également isolé du cloaque de pingouins de Magellan apparemment sains. De manière un peu surprenante, l'article consacré à Corynebacterium spheniscorum ne fait pas allusion à ¤ Corynebacterium sphenisci et, inversement, l'article décrivant cette dernière espèce ne mentionne pas Corynebacterium spheniscorum.
Corynebacterium spheniscorum et ¤ Corynebacterium sphenisci se différencient facilement par les caractères mentionnés dans le tableau II.

Corynebacterium spheniscorum est isolé, en association avec Staphylococcus sciuri (sans précision en ce qui concerne la sous-espèce) et Enterococcus faecalis, chez 35 p. cent des animaux examinés. Cette observation suggère que cette espèce est un hôte normal de la flore du cloaque des pingouins de Magellan.

 

Orientation bibliographique

 

FUNKE (G.), VON GRAEVENITZ (A.), CLARRIDGE III (J.E.) et BERNARD (K.A.) : Clinical microbiology of coryneform bacteria. Clin. Microbiol. Rev., 1997, 10, 125-159.

GOYACHE (J.), BALLESTEROS (C.), VELA (A.I.), COLLINS (M.D.), BRIONES (V.), HUTSON (R.A.), POTTI (J.), GARCÍA-BORBOROGLU (P.), DOMÍNGUEZ (L.) et FERNÁNDEZ-GARAYZÁBAL (J.F.) : Corynebacterium sphenisci sp. nov., isolated from wild penguins. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 1009-1012.

GOYACHE (J.), VELA (A.I.), COLLINS (M.D.), BALLESTEROS (C.), BRIONES (V.), MORENO (J.), YORIO (P.), DOMÍNGUEZ (L.), HUTSON (R.) et FERNÁNDEZ-GARAYZÁBAL (J.F.) : Corynebacterium spheniscorum sp. nov., isolated from the cloacae of wild penguins. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 43-46.

STACKEBRANDT (E.) et GOEBEL (B.M.) : Taxonomic note: A place for DNA-DNA reassociation and 16S rRNA sequence analysis in the present species definition in bacteriology. Int. J. Syst. Bacteriol., 1994, 44, 846-849.

 

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*
La systématique ainsi qu'une photographie du pingouin de Magellan (Spheniscus magellanicus) figurent dans le fichier PINGUINO DE MAGALLANES (site Aves de Chile réalisé par le Dr. Héctor Hito Andrés Sepúlveda Allende).

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Pour quelques renseignements concernant la péninsule de Valdes voir le site PATAGONIA Life at the end of the Earth.

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*** Test de CAMP (Christie, Atkins, Munch-Petersen) :

La réalisation du test de CAMP est simple. Sur une gélose au sang de mouton on ensemence en strie une souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus bêta hémolytique puis la souche à étudier est ensemencée selon une strie perpendiculaire réalisée sans toucher celle de Staphylococcus aureus subsp. aureus.
. Un CAMP test positif se traduit par une augmentation de la zone d'hémolyse à la jonction des deux stries.
. Un CAMP test est négatif lorsque l'hémolyse de la souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus est inchangée.
. Un CAMP test est qualifié de "reverse positif" si on observe une inhibition de la zone d’hémolyse à la jonction des deux stries.

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