J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 28 janvier 1999

 

CAMPYLOBACTER SPUTORUM

 

Voir aussi : ¤ Campylobacter.

Autres dénominations :
Campylobacter sputorum biovar Paraureolyticus : "catalase-negative, urease-positive campylobacters (CNUPC)".
Campylobacter sputorum biovar Fecalis : "Vibrio fecalis", "Campylobacter fecalis".
Campylobacter sputorum biovar Sputorum (au sens de On et al. 1998) : "Vibrio sputorum", "Vibrio bubulus", "Campylobacter bubulus", Campylobacter sputorum subsp. bubulus.

 

Systématique

 

. En 1914, Tunnicliff isole, d'un cas de bronchite aiguë chez l'homme, une bactérie qu'il décrit comme un "vibrion anaérobie". En 1940, Prévot dénomme cette bactérie "Vibrio sputorum".
. En 1953, Florent décrit un "vibrion anaérobie et saprophyte" présent dans le vagin et le sperme des bovins et le baptise "Vibrio bubulus". Cette bactérie sera transférée dans le genre Campylobacter avec la dénomination de "Campylobacter bubulus" par Sebald et Véron en 1963.
. Une comparaison des caractères bactériologiques de "Vibrio sputorum" et de "Campylobacter bubulus" conduit Loesche et al. (1965) à rassembler ces deux taxons au sein d'une même espèce qui, compte tenu des règles de priorité, est appelée Campylobacter sputorum. Cette espèce est subdivisée en deux sous-espèces (les auteurs utilisaient le terme de "variété" qui est un synonyme de sous-espèce et qui ne doit plus être utilisé) : Campylobacter sputorum subsp. sputorum et Campylobacter sputorum subsp. bubulus. En 1980, ces deux taxons seront inscrits dans les "Approved Lists of Bacterial Names".
. Lors d'une étude consacrée à la recherche de Campylobacter fetus subsp. fetus dans les fèces des ovins, Firehammer (1965) isole un "vibrion micro-aérophile" appelé "Vibrio fecalis". En raison de ses caractères phénotypiques et de la valeur de son G + C p. cent cette bactérie sera transférée dans le genre Campylobacter (Smibert 1974). La nomenclature de "Campylobacter fecalis" n'a jamais été validée et les études d'homologies ADN - ADN montrent que ce taxon est en fait un biovar de Campylobacter sputorum.
. Ultérieurement, une campylobactérie isolée de l'intestin de porcs souffrant d'adénomatose intestinale a été dénommée Campylobacter sputorum subsp. mucosalis, nomenclature qui sera validée en 1981. En 1985, sur la base des résultats des homologies ADN - ADN, cette sous-espèce a été renommée Campylobacter mucosalis.

Les résultats de plusieurs études d'homologies ADN - ADN révèlent que Campylobacter sputorum subsp. bubulus, Campylobacter sputorum subsp. sputorum et "Campylobacter fecalis" forment un unique taxon au sein duquel les caractères phénotypiques ainsi que l'habitat permettent de reconnaître 3 biovars : Campylobacter sputorum biovar Bubulus (pour les souches catalase négative, capables de tolérer 3,5 p. cent de NaCl et isolées principalement de l'appareil génital des bovins et des ovins), Campylobacter sputorum biovar Fecalis (pour les souches catalase positive et isolées principalement des fèces d'ovins) et Campylobacter sputorum biovar Sputorum (pour les souches catalase négative, sensibles à 3,5 p. cent de NaCl et isolées principalement de la bouche de l'homme).

En 1997, Atabay et al. décrivent 44 souches de Campylobacter sp., isolées des fèces de bovins et présentant des caractères phénotypiques particuliers (elles sont uréase positive, elles produisent de l'H2S en milieu TSI (triple sugar iron) et elles sont catalase négative). Ces souches ont été désignées par le sigle CNUPC (catalase-negative, urease-positive campylobacters).
Sur la base des caractères phénotypiques, chimiotaxonomiques (profil des protéines) et génétiques (hybridation ADN - ADN, séquences des gènes codant pour les ARNr 16S), On et al. (1998) proposent de classer les souches CNUPC au sein d'un nouveau biovar de Campylobacter sputorum : Campylobacter sputorum biovar Paraureolyticus.
L'existence de ce nouveau biovar conduit les auteurs à proposer une modification de la description de Campylobacter sputorum : Campylobacter sputorum (Prévot 1940) Véron and Chatelain 1973 (Approved Lists 1980) emend. On et al. 1998.
On et al. procèdent également à une réévaluation des biovars de Campylobacter sputorum. Le test de tolérance à 3,5 p. cent de NaCl n'étant pas reproductible, ils proposent de différencier les biovars sur les tests de la catalase et de l'uréase ce qui conduit à unifier au sein d'un unique biovar, dénommé Sputorum, les souches préalablement désignées sous les appellations de biovar Sputorum et de biovar Bubulus.

La désignation des biovars n'est pas régie par le Code International de Nomenclature des Bactéries et les appellations de Campylobacter sputorum subsp. bubulus et de Campylobacter sputorum subsp. sputorum sont toujours valides. Toutefois, nous suivrons les recommandations de On et al. et nous considérerons que l'espèce Campylobacter sputorum comprend 3 biovars : Campylobacter sputorum biovar Fecalis (souches catalase positive et uréase négative), Campylobacter sputorum biovar Paraureolyticus (souches catalase négative et uréase positive) et Campylobacter sputorum biovar Sputorum (souches catalase négative et uréase négative).

 

Caractères bactériologiques

 

Campylobacter sputorum est un bacille à Gram négatif, incurvé ou en forme de S, non sporulé, de 0,3 à 0,5 mm de diamètre sur 2 à 4 mm de longueur, mobile grâce à un unique flagelle polaire (non entouré d'une gaine), chimio-organotrophe, à métabolisme respiratoire, incapable d’utiliser les sucres (ni oxydation ni fermentation), oxydase positive.

Les caractères bactériologiques mentionnés ci-dessous sont obtenus en utilisant les techniques préconisées par On et al. (voir ¤ Campylobacter) à l'exception de la sensibilité aux antibiotiques qui est étudiée en utilisant des solutions d'antibiotiques (Sigma) incorporées dans des milieux gélosés.
- Caractères positifs : croissance en présence de 2,0 p. cent de NaCl, croissance en présence de 1 p. cent de glycine, croissance en présence de 0, 032 p. cent d'orange de méthyle, résistance à 32 mg/L d'acide nalidixique.
- Caractères négatifs : phosphatase alcaline, hydrolyse de l'hippurate, indoxyl acétate estérase, DNase, réduction du chlorure de triphényltétrazolium, croissance en présence de 0,04 p. cent de chlorure de triphényltétrazolium, croissance en présence de 0,1 p. cent de permanganate de potassium, croissance en présence de 0,02 p. cent de pyronine.
- Caractères variables : catalase, uréase, production d'H2S en milieu TSI (réponse généralement positive sauf pour quelques souches du biovar Sputorum), réduction des nitrates (réponse généralement positive sauf pour quelques souches du biovar Fecalis), résistance à 4 mg/L de métronidazole (réponse généralement négative), résistance à 32 mg/L de céfalotine (réponse généralement négative).
- Les caractères permettant de différencier Campylobacter sputorum des autres espèces du genre Campylobacter figurent dans le tableau I. Les 3 biovars se distinguent facilement les uns des autres par la recherche de la catalase et de l'uréase : Campylobacter sputorum biovar Fecalis est catalase + et uréase -, Campylobacter sputorum biovar Paraureolyticus est catalase - et uréase +, Campylobacter sputorum biovar Sputorum est catalase - et uréase -.

La croissance optimale est obtenue à 37 °C dans une atmosphère contenant environ 5 p. cent d'oxygène (micro-aérophilie) mais elle est également possible en anaérobiose. En revanche, aucune croissance n'est observée dans une atmosphère normale ou pour des températures d'incubation de 18 à 22 °C (même en micro-aérophilie).
Après 72 heures d'incubation à 37 °C et en micro-aérophilie, les colonies obtenues sur gélose au sang sont circulaires, convexes, souvent entourées d'une zone d'hémolyse alpha et leur diamètre est de 1 à 2 mm.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Campylobacter sputorum est généralement considéré comme un commensal de l'homme et de diverses espèces animales. Il existe un certain tropisme d'espèces selon les biovars :
- Campylobacter sputorum biovar Fecalis est isolé des fèces des ovins et plus rarement des fèces des bovins. Les souches qualifiées de "Campylobacter fecalis" et isolées de l'appareil génital des bovins semblent appartenir au biovar Sputorum.
- Campylobacter sputorum biovar Paraureolyticus a pour habitat l'intestin des bovins.
- Campylobacter sputorum biovar Sputorum est présent dans la cavité orale et parfois dans l'intestin de l'homme, dans l'appareil génital des ovins et des bovins et il est parfois isolé de l'intestin des ruminants et des porcs.


Peut être en raison de l'utilisation de méthodes d'isolement insuffisamment sensibles et de l'utilisation de milieux sélectifs inhibiteurs pour cette espèce, le pouvoir pathogène de Campylobacter sputorum est peu documenté.
Des souches du biovar Sputorum ont été isolées, chez l'homme, de crachats (individus atteints de bronchite), d'abcès (poumon, aine, scrotum, région axillaire, région péri-anale), des selles d'individus atteints de diarrhée et d'un cas de septicémie.
Une souche du biovar Paraureolyticus a été isolée d'un cas de diarrhée chez un canadien.

 

Diagnostic bactériologique

 

L'isolement de Campylobacter sputorum à partir de prélèvements souillés comme les fèces, nécessite l'emploi de techniques appropriées.
L'isolement direct du prélèvement sur un milieu sélectif s'avère très peu sensible. Les meilleurs résultats sont obtenus en effectuant un enrichissement de 2 jours dans un bouillon CAT* incubé à 37 °C en micro-aérophilie puis en filtrant une partie de ce bouillon sur une gélose au sang (5 p. cent de sang défibriné de mouton) ou sur une gélose CAT incubée 7 jours à 37 °C en micro-aérophilie (voir : **).
Les milieux sélectifs contenant de la polymyxine B (ou de la colistine) et/ou 32 mg/L de céfopérazone (ou de céfalotine) ont un effet inhibiteur sur la croissance de Campylobacter sputorum. C'est le cas, par exemple, du milieu mCCDA ou du milieu de Karmali (pour la composition de ces milieux, voir ¤ Campylobacter).

Les colonies suspectes sont soumises à une coloration de Gram, à un examen à l'état frais (observé en contraste de phase) et à un test de l'oxydase. Les colonies dont les bactéries présentent des résultats conformes à ceux d'un représentant de la famille des ¤ Campylobacteraceae sont caractérisées par des techniques classiques ou en utilisant une galerie API Campy.

 

Orientation bibliographique

 

Synthèses

ON (S.L.W.) : Identification methods for campylobacters, helicobacters, and related organisms. Clin. Microbiol. Rev., 1996, 9, 405-422.

PENNER (J.L.) : The genus Campylobacter: a decade of progress. Clin. Microbiol. Rev. 1988, 1, 157-172.

Historique de la systématique

KARMALI (M.A.) et SKIRROW (M.B.) : Taxonomy of the genus Campylobacter. In : J.P. BUTZLER : Campylobacter infection in man and animals, CRC Press, Inc., Boca Raton, Florida, 1984, pp. 1-20.

Autres publications

ATABAY (H.I.) et CORRY (J.E.L.) : The isolation and prevalence of campylobacters from dairy cattle using a variety of methods. J. Appl. Microbiol., 1998, 84, 733-740.

ATABAY (H.I.), CORRY (J.E.L.) et ON (S.L.W.) : isolation and characterization of a novel catalase-negative, urease-positive Campylobacter from cattle faeces. Lett. Appl. Microbiol., 1997, 24, 59-64.

BORCZYK (A.), LIOR (H.), McKEOWN (A.) et SVENDSEN (H.) : Isolation of Campylobacter sputorum associated with human infections. In : B. KAIJSER et E. FALSEN (ed.) : Campylobacter IV. Proceedings of the fourth international workshop on Campylobacter infections, Göteborg, Sweden, pp. 166-167.

ON (S.L.W.), ATABAY (H.I.), CORRY (J.E.L.), HARRINGTON (C.S.) et VANDAMME (P.) : Emended description of Campylobacter sputorum and revision of its infrasubspecific (biovar) divisions, including C. sputorum biovar paraureolyticus, a urease-producing variant from cattle and humans. Int. J. Syst. Bacteriol., 1998, 48, 195-206.

ON (S.L.W.), COSTAS (M.) et HOLMES (B.) : Classification and identification of Campylobacter sputorum using numerical analyses of phenotypic tests and of one-dimensional electrophoretic protein profiles. Syst. Appl. Microbiol., 1994, 17, 543-553.

TEE (W.), LUPPINO (M.) et RAMBALDO (S.) : Bacteremia due to Campylobacter sputorum biovar sputorum. Clin. Infect. Dis., 1998, 27, 1544-1545.

URSING (J.) et FIREHAMMER (B.D.) : Genetic relationship between "Campylobacter fecalis" and Campylobacter sputorum subsp. bubulus. Acta Pathol. Microbiol. Immunol. Scand. 1985, 93, 377-378.

 

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* : Bouillon CAT (Cefoperazone Amphotericin Teicoplanin) : milieu d'enrichissement de base pour les campylobacters (Lab M, Bury, U.K.) contenant 5 p. cent de sang lysé de cheval, 8 mg/L de céfopérazone, 4 mg/L de teicoplanine et 10 mg/L d'amphotéricine B.

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** :
Un filtre d'acétate de cellulose (porosité 0,65 mm) est déposé sur une gélose au sang ou sur une gélose CAT.
Environ 0,08 mL du bouillon d'enrichissement sont déposés sur le filtre.
La boîte est incubée à 37 °C en aérobiose durant 1 heure.
Le filtre est enlevé et le filtrat est isolé sur la gélose.

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