J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 20 novembre 2003

 

CORYNEBACTERIUM SUICORDIS

 

La nomenclature de Corynebacterium suicordis a été validement publiée le 13 novembre 2003 pour six souches bactériennes isolées de porcelets âgés de 3 à 15 jours. Les animaux, élevés dans des élevages intensifs, présentaient des troubles respiratoires.
Les examens bactériologiques ont permis d'isoler 19 souches de corynébactéries non hémolytiques et non lipophiles. L'aspect des colonies et la réalisation d'un test de CAMP* permettent de séparer les souches en deux groupes.
. Treize souches, donnant des colonies pigmentées en jaune et présentant un test de CAMP positif, semblent appartenir à l'espèce ¤ Corynebacterium testudinoris.
. Six souches, donnant des colonies blanchâtres et présentant un test de CAMP négatif, représentent une nouvelle espèce du genre Corynebacterium.

Les séquences des ARNr 16S des six souches présentent entre elles des homologies supérieures ou égales à 99,8 p. cent. Une recherche effectuée sur les bases de données GenBank/EMBL révèle que les six souches appartiennent bien au genre Corynebacterium et qu'elles sont apparentées à ¤ Corynebacterium auriscanis, à ¤ Corynebacterium falsenii, à Corynebacterium jeikeium, à ¤ Corynebacterium urealyticum et, dans une moindre mesure, à Corynebacterium bovis, à Corynebacterium variabile et à Corynebacterium terpenotabidum.
Toutefois, les séquences des six souches présentent moins de 95,8 p. cent d'homologie avec les séquences des ARNr 16S des souches types de ¤ Corynebacterium auriscanis, de ¤ Corynebacterium falsenii, de Corynebacterium jeikeium et de ¤ Corynebacterium urealyticum. En accord avec les conclusions de Stackebrandt et Goebel, ces valeurs permettent de proposer une nouvelle genomospecies (voir le fichier ¤ "Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne"). Les souches d'origine porcine pouvant être identifiées par leurs caractères bactériologiques, Vela et al. les baptisent Corynebacterium suicordis.

Les souches de Corynebacterium suicordis sont constituées de bacilles à Gram positif, immobiles, non sporulés, non lipophiles, aéro-anaérobies, catalase positive, oxydase négative et donnant une réponse négative au test de CAMP.
Les principaux caractères bactériologiques ont été étudiés à l'aide de Galeries API Coryne, API 50 CH et API ZYM.
. Une réponse positive est notée pour les tests uréase, pyrazinamidase, estérase C4, estérase lipase C8, phosphatase acide, phosphatase alcaline, naphtol-AS-BI-phosphohydrolase
. Une réponse négative est obtenue pour les tests réduction des nitrates, hydrolyse de la gélatine, hydrolyse de l'esculine, chymotrypsine, cystine arylamidase, alpha-fucosidase, alpha-galactosidase, bêta-galactosidase, alpha-glucosidase, bêta-glucosidase, bêta-glucuronidase, leucine arylamidase, lipase C14, alpha-mannosidase, pyrrolidonyl arylamidase, trypsine, et valine arylamidase.
. À l'exception de l'acidification de l'amidon, du dulcitol, de l'esculine et du gluconate pour lesquels les résultats ne sont pas donnés, Corynebacterium suicordis n'acidifie pas les sucres.
. Le profil obtenu avec une galerie API Coryne est 2 1 0 1 0 0 4. Dans la base de données API, un tel profil correspond à une bonne identification de ¤ Corynebacterium urealyticum. Toutefois, plusieurs caractères permettent de différencier facilement Corynebacterium suicordis et ¤ Corynebacterium urealyticum (voir tableau I).
. Les principaux caractères permettant de différencier Corynebacterium suicordis des espèces phylogénétiquement apparentées sont donnés dans le tableau I.

Après 48 heures d'incubation à 37 °C, les colonies obtenues sur une gélose Columbia au sang de mouton, sont lisses, circulaires, à contour régulier, blanchâtres, non hémolytiques et leur diamètre est compris entre 1 et 2 mm.

Les six souches ont été isolées de cœurs présentant des lésions de péricardite. Des corynébactéries, tels que ¤ Corynebacterium amycolatum, Corynebacterium jeikeium, Corynebacterium striatum, ¤ Corynebacterium urealyticum et Corynebacterium xerosis, sont associés chez l'homme à des cas d'endocardite ou de péricardite. Toutefois, il est difficile d'affirmer que Corynebacterium suicordis est responsable des lésions observées chez les porcelets car, à l'exception d'une souche, les isolements ont été effectués en association avec d'autres bactéries (Moraxella osloensis, ¤ Staphylococcus sciuri, ¤ Streptococcus alactolyticus).

 

Orientation bibliographique

 

FUNKE (G.), VON GRAEVENITZ (A.), CLARRIDGE III (J.E.) et BERNARD (K.) : Clinical microbiology of coryneform bacteria. Clin. Microbiol. Rev., 1997, 10, 125-159.

KNOX (K.L.) et HOLMES (A.H.) : Nosocomial endocarditis caused by Corynebacterium amycolatum and other nondiphtheriae corynebacteria. Emerg. Infect. Dis., 2002, 8, 97-99.

MALIK (A.S.) et JOHARI (M.R.) : Pneumonia, pericarditis, and endocarditis in a child with Corynebacterium xerosis septicemia. Clin. Infect. Dis., 1995, 20, 191-192.

STACKEBRANDT (E.) et GOEBEL (B.M.) : Taxonomic note: A place for DNA-DNA reassociation and 16S rRNA sequence analysis in the present species definition in bacteriology. Int. J. Syst. Bacteriol., 1994, 44, 846-849.

VELA (A.I.), MATEOS (A.), COLLINS (M.D.), BRIONES (V.), HUTSON (R.A.), DOMÍNGUEZ (L.) et FERNÁNDEZ-GARAYZÁBAL (J.F.) : Corynebacterium suicordis sp. nov., from pigs. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 2027-2031.

 

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* Test de CAMP (Christie-Atkins-Munch-Petersen)

Le test de CAMP consiste à ensemencer, en strie, une souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus bêta hémolytique sur une gélose au sang de mouton. Vela et al. ont utilisé la souche ATCC 25923. Sur la même gélose, on ensemence la souche à étudier selon une strie perpendiculaire réalisée sans toucher celle de S. aureus subsp. aureus.

. Un CAMP test positif se traduit par une augmentation de la zone d'hémolyse à la jonction des deux stries.
. Un CAMP test est négatif lorsque l'hémolyse de la souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus est inchangée.
. Un CAMP test est qualifié de "reverse positif" si on observe une inhibition de la zone d’hémolyse à la jonction des deux stries.

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