J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 25 juillet 2001
Dernière mise à jour le 20 novembre 2003

 

CORYNEBACTERIUM TESTUDINORIS

 

Corynebacterium testudinoris est la nomenclature proposée par Collins et al. pour une unique souche bactérienne isolée de la cavité orale d'une tortue (espèce non précisée).
Ultérieurement (Cf. infra), Vela et al. ont isolé des souches de Corynebacterium testudinoris chez des porcelets.

Les caractères bactériologiques classiques, l'étude du peptidoglycane et la composition des acides gras rapprochent cette bactérie du genre Corynebacterium. L'analyse de la séquence des ARNr 16S montre que cette souche forme une espèce distincte des autres corynébactéries, phylogénétiquement apparentée à Corynebacterium diphtheriae (pourcentage de similitude de 96,6), à ¤ Corynebacterium ulcerans (pourcentage de similitude de 96,7) et, dans une moindre mesure, à Corynebacterium argentoratense, ¤ Corynebacterium felinum, ¤ Corynebacterium kutscheri, ¤ Corynebacterium pseudotuberculosis, et Corynebacterium vitaeruminis.
Aucune étude d'homologie ADN - ADN n'a été réalisée et la détermination de la séquence des ARNr 16S ne permet pas une définition précise de l'espèce bactérienne. Toutefois, selon Stackebrandt et Goebel, lorsque les séquences des ARNr 16S de deux souches bactériennes présentent moins de 97 p. cent d'homologie elles constituent deux espèces différentes. Les caractères phénotypiques permettent une identification de cette souche et Collins et al. proposent de la placer dans une nouvelle espèce, Corynebacterium testudinoris, dont la nomenclature a été validement publiée en juillet 2001. Il convient de noter que la description de Corynebacterium testudinoris repose sur une unique souche alors que la description correcte d'une espèce bactérienne devrait reposer sur l'étude d'un minimum de 10 souches (voir Rosselló-Mora et Amann 2001).

Corynebacterium testudinoris se présente comme des bacilles à Gram positif, corynéformes, immobiles, non sporulés, aéro-anaérobies, catalase positive, non lipophiles. La paroi renferme de l'acide meso-diaminopimélique, des acides mycoliques (C30-C36) mais pas d'acide tuberculostéarique.

Les caractères phénotypiques ont été étudiés en utilisant des galeries API CORYNE et API ZYM. La description de Corynebacterium testudinoris, présentée ci-dessous, prend en compte la publication de Collins et al. (une seule souche étudiée) et les caractères obtenus avec l'étude de nouvelles souches d'origine porcine (Cf. infra).
. Caractères positifs : réduction des nitrates, hydrolyse de l'esculine, estérase lipase C8 (réaction faiblement positive), estérase C4 (réaction faiblement positive), leucine arylamidase, bêta-glucosidase, acidification du glucose, du maltose, du ribose et du saccharose.
. Caractères négatifs : uréase, hydrolyse de la gélatine, phosphatase alcaline, alpha-galactosidase, bêta-galactosidase, bêta-glucuronidase, alpha-fucosidase, lipase C14, alpha-mannosidase, valine arylamidase, pyrrolidonyl arylamidase, phosphoamidase, trypsine, chymotrypsine, N-acétyl-bêta-glucosaminidase, acidification du glycogène, du lactose, du mannitol et du D-xylose.
. Caractères variables : cystine arylamidase, phosphatase acide (en cas de positivité la réponse est réaction faiblement positive) et pyrazinamidase.
. Le test alpha-glucosidase est positif en utilisant une galerie API ZYM et négatif en utilisant une galerie API CORYNE.
. Les caractères permettant de distinguer Corynebacterium testudinoris de quelques espèces phylogénétiquement apparentées sont donnés dans le tableau I.

Corynebacterium testudinoris cultive sur une gélose Columbia enrichie de 5 p. cent de sang de mouton et incubée à 37 °C en présence de 5 p. cent de dioxyde de carbone. Les auteurs précisent que les colonies sont pigmentées en jaune mais les autres caractères culturaux ne sont pas décrits. Selon Vela et al., les colonies sont légèrement convexes et non hémolytiques.

La première souche de Corynebacterium testudinoris a été isolée de lésions nécrotiques de la bouche d'une tortue.

Le 13 novembre 2003, Vela et al. ont publié un article faisant état de l'isolement de 13 souches de Corynebacterium testudinoris à partir de prélèvements effectués chez des porcelets âgés de 3 à 15 jours. Les animaux, élevés dans des élevages intensifs, présentaient des troubles respiratoires. Quatre souches ont été isolées de lésions de péricardite, deux souches de lésions de pleurésie, quatre souches de lésions de pneumonie et trois souches ont pour origine les nœuds lymphatiques médiastinaux. Dans cinq cas, Corynebacterium testudinoris a été isolé en culture pure.
Les séquences des ARNr 16S de ces 13 souches présentent entre elles des homologies supérieures ou égales à 99,8 p. cent. Une recherche effectuée sur les bases de données GenBank/EMBL révèle que ces séquences présentent au moins 99,8 d'homologie avec la séquence de l'ARNr 16S de la souche type de Corynebacterium testudinoris.
Les souches d'origine porcine présentent les caractères généraux de Corynebacterium testudinoris tels qu'ils ont été décrits par Collins et al. Toutefois, contrairement à la souche type, elles ne produisent pas de phosphatase acide et elles donnent une réponse négative aux tests pyrazinamidase et cystine arylamidase.
Les 13 souches d'origine porcine donnent un test de CAMP* positif après 72 heures d'incubation.

 

Orientation bibliographique

 

COLLINS (M.D.), HOYLES (L.), HUTSON (R.A.), FOSTER (G.) and FALSEN (E.): Corynebacterium testudinoris sp. nov., from a tortoise, and Corynebacterium felinum sp. nov., from a Scottish wild cat. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2001, 51, 1349-1352.

ROSSELLÓ-MORA (R.) et AMANN (R.) : Review. The species concept for prokaryotes. FEMS Microbiol. Rev., 2001, 25, 39-67.

STACKEBRANDT (E.) et GOEBEL (B.M.) : Taxonomic note: A place for DNA-DNA reassociation and 16S rRNA sequence analysis in the present species definition in bacteriology. Int. J. Syst. Bacteriol., 1994, 44, 846-849.

VELA (A.I.), MATEOS (A.), COLLINS (M.D.), BRIONES (V.), HUTSON (R.A.), DOMÍNGUEZ (L.) et FERNÁNDEZ-GARAYZÁBAL (J.F.) : Corynebacterium suicordis sp. nov., from pigs. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 2027-2031.

 

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* Test de CAMP (Christie-Atkins-Munch-Petersen)

Le test de CAMP consiste à ensemencer, en strie, une souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus bêta hémolytique sur une gélose au sang de mouton. Vela et al. ont utilisé la souche ATCC 25923. Sur la même gélose, on ensemence la souche à étudier selon une strie perpendiculaire réalisée sans toucher celle de S. aureus subsp. aureus.

. Un CAMP test positif se traduit par une augmentation de la zone d'hémolyse à la jonction des deux stries.
. Un CAMP test est négatif lorsque l'hémolyse de la souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus est inchangée.
. Un CAMP test est qualifié de "reverse positif" si on observe une inhibition de la zone d’hémolyse à la jonction des deux stries.

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