J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 31 mai 1999

 

CORYNEBACTERIUM ULCERANS

 

Systématique

 

Les premières souches de "Corynebacterium ulcerans" ont été isolées de la gorge de l’homme puis, ultérieurement, de diverses espèces animales (Cf. infra). Cette nomenclature, utilisée couramment en bactériologie médicale, n’a pas été retenue dans les Approved Lists of Bacterial Names.
Le "Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology" ainsi que la sixième édition du "Manual of Clinical Microbiology" considèrent que cette bactérie forme, avec Corynebacterium diphtheriae et ¤ Corynebacterium pseudotuberculosis, le groupe des corynébactéries pouvant synthétiser de la toxine diphtérique.
En fait, "Corynebacterium ulcerans" est susceptible de produire non seulement la toxine diphtérique mais aussi la phospholipase D de ¤ Corynebacterium pseudotuberculosis. Ainsi, une étude effectuée sur 9 souches de "Corynebacterium ulcerans" a révélé que 4 souches produisaient les 2 types de toxines, 2 souches produisaient uniquement de la toxine diphtérique et 2 souches uniquement de la phospholipase D.

Une étude phylogénétique (Riegel et al., 1995) portant sur 13 souches de Corynebacterium diphtheriae (biovars Mitis, Gravis et Intermedius), 7 souches de ¤ Corynebacterium pseudotuberculosis (biovars Ovis et Equi) et 7 souches de "Corynebacterium ulcerans" a montré que les souches de "Corynebacterium ulcerans" forment une genomospecies particulière, apparentée à ¤ Corynebacterium pseudotuberculosis (pour la définition d'une genomospecies voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne).
Ces conclusions sont confortées par des études portant sur l’analyse des ARNr 16S et elles confirment des résultats antérieurs obtenus par hybridations ADN - ADN ou par taxonomie numérique ou par chimiotaxonomie (composition des acides corynomycoliques et des acides gras).
"Corynebacterium ulcerans" pouvant être caractérisé par ses caractères phénotypiques, Riegel et al. (1995) ont proposé la nomenclature de Corynebacterium ulcerans qui a été validée par inscription sur la liste de validation n° 54.

 

Caractères bactériologiques

 

Les souches de Corynebacterium ulcerans sont constituées de bacilles à Gram positif, non acido-alcoolo résistants, polymorphes, immobiles, groupés en palissade ou en V, non sporulés, contenant des granules métachromatiques, aéro-anaérobies facultatifs, catalase positive, oxydase négative, non lipophiles (croissance non stimulée par 1 p. cent de Tween 80 en gélose cœur-cervelle).

Un résultat positif est noté pour les tests sensibilité au O/129 (tablette Rosco chargée à 150 mg), hydrolyse de l’amidon*, hydrolyse de l’ADN, hydrolyse de l’urée (API Coryne), hydrolyse de l'arginine, hydrolyse de la gélatine (à 25 °C), hydrolyse de l’hippurate, hydrolyse du 4-méthyl-umbelliferone-alpha-D-glucoside (voir le fichier ¤ Galerie "BBL CRYSTAL® Identification Systems Gram-positive ID Kit"), RM, production de phosphatase alcaline et d’alpha-glucosidase (API Coryne).
L'arabinose, le glucose, le malate, le maltose et le mannose sont assimilés.
L'éthylène glycol, le fructose, le D-glucose, le glycérol, le glycogène, le maltotriose, le mannose et le ribose sont acidifiés.

Un résultat négatif est obtenu pour les tests réduction des nitrates, dégradation de la tyrosine, hydrolyse de l’esculine, hydrolyse de la gélatine (à 37 °C), VP, production de pyrazinamidase, de pyrrolidonyl-arylamidase, de bêta-glucuronidase, de bêta-galactosidase, de N-acétyl-bêta-glucosaminidase et de 4-méthyl-umbelliferone-bêta-D-glucoside (voir le fichier ¤ Galerie "BBL CRYSTAL® Identification Systems Gram-positive ID Kit ").
L’acétate, l’adipate, le caprate, le lactate, le phényl-acétate et le propionate ne sont pas utilisés comme unique source de carbone.
L'adonitol, l'amygdaline, le D-arabinose, le L-arabinose, le D-arabitol, le L-arabitol, l'arbutine, le cellobiose, le dulcitol, l'érythritol, l'esculine, le D-fucose, le L-fucose, le bêta-gentiobiose, l'alpha-méthyl-D-glucoside, l'alpha-méthyl-D-mannoside, le gluconate, le 2-céto-gluconate, le 5-céto-gluconate, l'inositol, l'inuline, le lactose, le D-lyxose, le mannitol, le mélézitose, le mélibiose, le raffinose, le rhamnose, le saccharose, la salicine, le sorbitol, le L-sorbose, le D-tagatose, le D-turanose, le xylitol, le D-xylose, le L-xylose et le bêta-méthyl-xyloside ne sont pas acidifiés.

Une réponse variable est observée pour le CAMP test-reverse** (réaction positive uniquement pour les souches hémolytiques) et pour les tests : hydrolyse du 4-méthyl-umbelliferone-phosphate (voir le fichier ¤ Galerie "BBL CRYSTAL® Identification Systems Gram-positive ID Kit "), acidification de l'amidon, de la N-acétylglucosamine, du galactose, du glycogène, du maltose, du ribose et du tréhalose.

Sur gélose au sang de mouton, Corynebacterium ulcerans donne des colonies circulaires, légèrement convexes, d’aspect sec, de consistance cireuse, d’un diamètre de 1 à 2 mm et pouvant s'entourer d’une étroite zone d’hémolyse bêta (l'hémolyse est plus prononcée lorsque le germe est cultivé en anaérobiose). En bouillon, la culture se traduit par un dépôt et un voile en surface.
La croissance est possible à 20 °C et Corynebacterium ulcerans cultive bien en anaérobiose.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

En médecine vétérinaire, cette bactérie est le plus souvent considérée comme un commensal de la peau et des muqueuses des bovins ainsi que du rhino-pharynx des chevaux.

Occasionnellement, Corynebacterium ulcerans est l’agent étiologique de mammites chez les bovins (dans une étude portant sur 80 000 échantillons de lait de mammite, seules 10 souches de Corynebacterium ulcerans ont été isolées).

Plus rarement, cette bactérie est isolée de diverses infections chez des primates (Macaca mulata, Macaca fascicularis, Macaca radiata, Presbytis entellus) et chez des écureuils (Spermophilus richardsonii) élevés en laboratoire.

Chez l'homme, Corynebacterium ulcerans est isolé de la gorge de sujets sains mais, également, de quelques cas de pharyngites, de pneumonies et d'infections cutanées. Les souches produisant de la toxine diphtérique peuvent être à l'origine d'infections cliniquement semblables à la diphtérie. La consommation de lait cru de vache semble constituer la principale modalité de contamination.

 

Diagnostic bactériologique

 

L'identification de Corynebacterium ulcerans est délicate et l'utilisation des kits commerciaux, comme les galeries API Coryne et BBL CRYSTAL (voir le fichier ¤ Galerie "BBL CRYSTAL® Identification Systems Gram-positive ID Kit "), ne permettent d'identifier que 10 p. cent des souches (la majorité des profils obtenus ne figurent pas dans les bases de données des fabricants).

Lors de mammites à corynébactéries, il convient de différencier cette espèce des autres corynébactéries fermentatives et non lipophiles isolées de mammites chez la vache : ¤ Corynebacterium amycolatum, ¤ Corynebacterium minutissimum et ¤ Corynebacterium pseudotuberculosis.

¤ Corynebacterium amycolatum et ¤ Corynebacterium minutissimum se distinguent de Corynebacterium ulcerans car ce sont des bactéries non hémolytiques (caractère variable pour Corynebacterium ulcerans), elles n'inhibent pas l'hémolyse bêta d'une souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus (caractère variable pour Corynebacterium ulcerans) et elles donnent une réponse négative aux tests 4-méthyl-umbelliferone-alpha-D-glucoside et uréase (la souche type de Corynebacterium amycolatum est cependant uréase positive).

La distinction entre Corynebacterium ulcerans et ¤ Corynebacterium pseudotuberculosis s'avère délicate. Toutefois, Corynebacterium pseudotuberculosis résiste au O/129 et donne un résultat négatif aux tests phosphatase alcaline, hydrolyse du 4-méthyl-umbelliferone-phosphate (réponse généralement positive pour Corynebacterium ulcerans), acidification de l'éthylène glycol et du maltotriose.

 

 

Orientation bibliographique

 

Systématique

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Autres publications

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* : Caractère étudié sur une gélose Columbia contenant 0,15 p. cent d'amidon. La réponse est fortement positive pour les souches hémolytiques et faiblement positive pour les souches non hémolytiques.

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** : Tests de CAMP

La réalisation des tests de CAMP est simple. Sur une gélose au sang de mouton on ensemence en strie une souche de ¤ Rhodococcus equi ou une souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus bêta hémolytique. La souche bactérienne à étudier est ensemencée selon une strie perpendiculaire, réalisée sans toucher celle Rhodococcus equi ou de S. aureus subsp. aureus.
Une positivité au test de CAMP se traduit par un élargissement de la zone d'hémolyse produite par la souche de Rhodococcus equi ou de Staphylococcus aureus subsp. aureus. Une positivité au CAMP test-reverse se traduit par une inhibition de la zone d'hémolyse bêta entourant la culture de Staphylococcus aureus subsp. aureus.

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