J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 28 mars 2000
Dernière mise à jour le 20 novembre 2003

 

CORYNEBACTERIUM UREALYTICUM

 

Autre dénomination : CDC (Centers Disease Control) groupe D2

 

Systématique

 

Les corynébactéries du groupe D2 ont été décrites pour la première fois en 1974 par une équipe du CDC d’Atlanta. Ces bactéries ont été rapprochées du genre Corynebacterium sur la base de leurs caractères morphologiques et biochimiques. Par la suite, la présence d'un peptidoglycane du type A1g (voir : ¤), la présence d'arabinose et de galactose dans la paroi, la présence d’acides mycoliques à courtes chaînes (26 à 36 atomes de carbone), la présence d’une ménaquinone de type MK-9(H2) et la valeur du G + C p. cent (comprise entre 61 et 62) ont permis d’étayer l’appartenance au genre Corynebacterium.

L’analyse des profils de restriction des gènes codant pour les ARNr 16S suggèrent que ces bactéries forment un taxon homogène. Dans un article soumis pour publication le 27 octobre 1991, Riegel et al. démontrent que les souches du groupe D2 forment une nouvelle genomospecies (pour la définition d'une genomospecies voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne). Cette nouvelle genomospecies étant facilement identifiable par ses caractères phénotypiques elle satisfait aux critères permettant de définir une nouvelle espèce. Les auteurs ne proposent pas de manière formelle la création de cette nouvelle espèce car, en cours de rédaction, ils ont appris qu’une autre équipe était sur le point de faire une proposition identique. En effet, Pitcher et al. ont publié dans le numéro de janvier 1992 de la revue International Journal of Systematic Bacteriology une étude aux résultats similaires et ces auteurs valident la nomenclature de Corynebacterium urealyticum.

L'analyse de la séquence des ARNr 16S, révèle une parenté phylogénétique entre Corynebacterium urealyticum et Corynebacterium jeikeium, ¤ Corynebacterium falsenii, ¤ Corynebacterium auriscanis et ¤ Corynebacterium suicordis.

 

Caractères bactériologiques

 

Les souches de Corynebacterium urealyticum se présentent comme des coccobacilles de 0,5 à 1 µm de diamètre, à Gram positif, non acido-résistants, groupés en V ou en palissades, ne formant pas de ramification, non sporulés, immobiles, aérobies strictes.

Une réponse positive est obtenue pour les tests catalase, uréase (réaction forte et rapide), pyrazinamidase et leucine aminopeptidase.

Un résultat négatif est noté pour les tests oxydase, nitrate réductase, pyrrolidonyl arylamidase, bêta-glucuronidase, bêta-galactosidase, alpha-glucosidase, N-acétyl-bêta-glucosaminidase, hydrolyse de la gélatine, hydrolyse de l'esculine, test de CAMP* et acidification des sucres.

La réponse aux tests hydrolyse de l’hippurate, phosphatase alcaline et réaction de Voges-Proskauer est variable selon les souches.

Corynebacterium urealyticum est une espèce lipophile et pour obtenir sa croissance en bouillon cœur-cervelle, il est nécessaire de rajouter 1 p. cent de Tween 80 ou quelques gouttes de sérum de lapin.
Dans une atmosphère enrichie en CO2, après 48 heures d’incubation à 25 °C, 37 °C ou 42 °C, les colonies obtenues sur gélose au sang sont petites, blanchâtres, opaques, lisses, convexes et non hémolytiques. La croissance est également observée sur une gélose CLED (cystine lactose électro-déficient) incubée dans les mêmes conditions. Les colonies sont alors minuscules et grisâtres.
Après 48 heures d'incubation, aucune croissance n'est observée sur un milieu de MacConkey ou sur une gélose au sang incubée en anaérobiose.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

L'habitat de Corynebacterium urealyticum n'est pas connu avec certitude. Cette bactérie semble faire partie de la flore cutanée normale de l'homme et elle est retrouvée sur la peau de 25 à 37 p. cent des sujets hospitalisés.

Chez l'homme, Corynebacterium urealyticum est responsable d’infections urinaires chroniques et récurrentes, survenant chez des malades âgés (moyenne d’âge de 72 ans dans l’étude réalisée en France par Cancet et al.), affaiblis (immunodépression, cancers vésicaux, antécédents de troubles génito-urinaires, diabète...), souvent hospitalisés depuis longtemps, porteurs de sonde ou ayant subi des manœuvres instrumentales ou une intervention chirurgicale.
Les malades présentent des urines alcalines contenant des cristaux de struvite (cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien) et, en présence de lésions préalables de la muqueuse vésicale, une cystite incrustée (inflammation chronique et ulcérative de la vessie accompagnée de dépôts de struvite sur la muqueuse). Chez des patients immunodéprimés ou ayant subi une greffe rénale, il est possible d'observer des pyélonéphrites.
Plus rarement, ce germe provoque des péritonites, des endocardites, des pneumonies, des bactériémies, des ostéomyélites, des infections des tissus mous ou des surinfections de plaies.
Lors d'infections urinaires, la très forte activité uréasique du germe est responsable d'une alcalinisation des urines et, secondairement, de la formation de cristaux de struvite, de lithiase et de cystite incrustée.

Depuis 1992, cette bactérie est connue pour être un agent d’infections urinaires (incontinence urinaire, cystite, cystite incrustée, pyélonéphrite...) chez le chien et le chat. De manière similaire à ce qui est observé chez l’homme, l’infection survient sur un terrain prédisposé (immunodépression, infections urinaires, prostatites, anomalies congénitales de l'appareil urinaire, pose de cathéters ou de sondes, interventions chirurgicales parfois anciennes...). Les animaux présentent une leucocyturie, une hématurie et émettent des urines alcalines (pH de l'ordre de 8,5 - 9), renfermant de nombreuses bactéries et contenant souvent des cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien.
Corynebacterium urealyticum n'a pas été isolée de la peau des carnivores et la source de contamination des animaux est inconnue.

 

Diagnostic bactériologique

 

Compte tenu de la faible vitesse de croissance sur les milieux utilisés pour un examen bactériologique des urines, une infection à Corynebacterium urealyticum peut être non diagnostiquée. Pourtant, le diagnostic n'est pas difficile à condition de connaître l'existence de cette bactérie et de la rechercher lors d'un tableau associant émission d'urines alcalines et/ou présence de cristaux de struvite, leucocyturie et/ou hématurie.
L'isolement peut être pratiqué sur une gélose au sang ou sur un milieu CLED (généralement présent dans les dispositifs utilisés pour le dénombrement des germes urinaires) mais il est nécessaire de prolonger l'incubation au moins 48 heures et, de préférence, d'incuber les milieux sous CO2.
Un milieu sélectif est utilisé pour la recherche de cette bactérie chez l'homme et il peut être utilisé en médecine vétérinaire. Sa composition est donnée dans l'annexe 1.

L’identification de Corynebacterium urealyticum repose sur les caractères morphologiques et culturaux, sur la présence d'une catalase, sur l'absence d'oxydase et de nitrate réductase, sur la présence d’une forte activité uréasique, sur l'absence d’acidification des sucres, sur la stimulation de la croissance par le Tween et sur la résistance à la pénicilline.

Cette identification est également correctement effectuée sur plaque "API Coryne" (code 2101004 ou 2001004) à condition de veiller à la qualité de l'inoculum (culture jeune, densité respectée) et de suivre scrupuleusement le mode opératoire.
Les souches uréase positive de ¤ Corynebacterium mastitidis peuvent donner un code identique à celui obtenu avec les souches phosphatase alcaline de Corynebacterium urealyticum. Toutefois l'origine des souches est très différente et les souches de ¤ Corynebacterium mastitidis sont plus sensibles aux antibiotiques que celles de Corynebacterium urealyticum (Cf. infra).
En galerie API Coryne, les souches de ¤ Corynebacterium suicordis donnent également le profil 2101004. Toutefois, ¤ Corynebacterium suicordis et Corynebacterium urealyticum se différencient facilement par les caractères données dans le tableau I.

Quelques caractères permettant de différencier Corynebacterium urealyticum de quelques espèces lipophiles du genre Corynebacterium sont donnés dans le tableau II.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

Corynebacterium urealyticum est résistante à l'ensemble des bêta-lactamines, à l'ensemble des aminosides et à l'association sulfamide-triméthoprime. Elle est sensible aux glycopeptides et souvent à la pristinamycine, à l'acide fusidique et à la rifampicine. La sensibilité est variable, selon les souches, vis-à-vis des quinolones, des macrolides et des tétracyclines.
Compte tenu de son spectre de sensibilité, le traitement des infections des carnivores domestiques n'est pas aisé car l'utilisation de la vancomycine, de la teicoplanine ou de la rifampicine, antibiotiques les plus régulièrement actifs, est déconseillée (ces antibiotiques devraient être réservés au traitement des infections de l'homme). Certains auteurs préconisent un traitement par acidification des urines.
Chez l'homme, on considère que le traitement antibiotique n'est efficace à long terme, que si les lésions d'incrustation vésicale font l'objet d'une ablation chirurgicale.

 

Orientation bibliographique

 

Bactériologie

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Test de CAMP

La réalisation du test de CAMP est simple : sur une gélose au sang de mouton on ensemence en strie une souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus bêta hémolytique puis la souche à étudier est ensemencée selon une strie perpendiculaire réalisée sans toucher celle de S. aureus subsp. aureus.
. Un CAMP test positif se traduit par une augmentation de la zone d'hémolyse à la jonction des deux stries.
. Un CAMP test est négatif lorsque l'hémolyse de la souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus est inchangée.
. Un CAMP test est qualifié de "reverse positif" si on observe une inhibition de la zone d’hémolyse à la jonction des deux stries.

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Annexe 1 : Milieu sélectif pour l'isolement de Corynebacterium urealyticum.
D'après : RIEGEL (P.) et FUNKE (G.) : Corynebacterium et bactéries apparentées. In : J. FRENEY, F. RENAUD, W. HANSEN et C. BOLLET : Précis de bactériologie clinique, Editions ESKA, Paris, 2000, pp. 993-1019.

Tween 80 : 10 mL
Fosfomycine : 100 mg
Cefotaxime : 32 mg
5-fluorocytosine : 200 mg
Agar : 20 g
Sang de mouton : 50 mL
Eau distillée qsp 1 L

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