J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 04 octobre 2005

 

ENTEROCOCCUS CANINTESTINI

 

Autre dénomination : "Enterococcus dispar-like".

 

Voir aussi le fichier ¤ Enterococcus.

 

La nomenclature de Enterococcus canintestini a été validement publiée le 14 septembre 2005 pour 13 souches bactériennes isolées des fèces de chiens sains. Initialement, l'une des souches, la souche LMG 13590 (future souche type de l'espèce Enterococcus canintestini), avait été placée dans l'espèce Enterococcus dispar sur la base de ses caractères phénotypiques. Les 12 autres souches, semblaient proches de Enterococcus dispar et elles étaient qualifiées de "Enterococcus dispar-like".

L'individualisation de Enterococcus canintestini a fait largement appel au séquençage de "gènes de ménage" (housekeeping genes) choisis sur la base de trois critères : (i) les gènes sont présents chez toutes les bactéries lactiques, (ii) il existe une seule copie de ces gènes par cellule bactérienne et (iii) les gènes sont éloignés les uns des autres sur le chromosome.
Le séquençage des "gènes de ménage" (MLSA ou MultiLocus Sequence Analysis), préalablement appliqué aux Enterococcus spp., s'était avéré plus efficace que le séquençage des ARNr 16S pour distinguer toutes les espèces du genre.

La détermination de la séquence partielle des gènes rpoA (codant pour la sous-unité alpha de l'ARN polymérase), atpA (codant pour la sous-unité alpha de l'ATP synthétase) et pheS (codant pour la sous-unité alpha de la phénylalanine ARNt synthétase), montre que la souche LMG 13590 représente une branche distincte au sein des entérocoques et qu'elle est apparentée à Enterococcus dispar, à ¤ Enterococcus asini, à ¤ Enterococcus canis et à Enterococcus saccharolyticus.

L'analyse de la séquence du gène pheS, effectuée sur les 12 autres souches, révèle que toutes les souches sont apparentées et qu'elles forment un groupe distinct des autres Enterococcus spp. L'analyse électrophorétique des protéines cellulaires et l'étude du polymorphisme de restriction des espaceurs intergéniques de l'ARNt donnent des résultats similaires.

L'étude de la séquence complète de l'ARNr 16S de la souche LMG 13590 confirme qu'elle est apparentée à Enterococcus dispar, à ¤ Enterococcus asini et à ¤ Enterococcus canis (homologies de séquence comprises entre 99 et 98 p. cent).

Les hybridations ADN-ADN, réalisées avec la souches LMG 13590, trois autres souches isolées des fèces de chiens et la souche type de Enterococcus dispar montrent que les quatre souches d'origine canine constituent une unique genomospecies* (93 à 96 d'homologie) et que cette genomospecies est distincte de Enterococcus dispar (moins de 52 p. cent d'homologie).

Les souches de Enterococcus canintestini rassemblent des coques à Gram positif, immobiles, préférentiellement groupés en petits amas, ne possédant pas les antigènes des groupes A, B, C, D, G ou F de Lancefield.

Les caractères phénotypiques listés ci-dessous ont été obtenus à l'aide de galeries API 50 CH (incubation sous huile de paraffine) et API 20 STREP.
. Une réponse positive est notée pour les tests ADH, VP, hydrolyse de l'esculine, acidification de l'amygdaline (réaction parfois faiblement positive), de l'arbutine, du D-cellobiose, du D-fructose, du D-galactose, du gentiobiose, de l'alpha-méthyl-D-glucopyranoside, de la N-acétylglucosamine, du D-glucose, du D-maltose, du D-mannose, du ribose, du saccharose, de la salicine, du D-tagatose et du tréhalose.
. La réponse aux tests leucine arylamidase, pyrrolidonyl arylamidase, alpha-galactosidase, acidification du 2-cétogluconate, du glycérol, du D-turanose, du lactose du D-lyxose et du méthyl-alpha-D-mannopyranoside est variable selon les souches.
. Une réponse négative est obtenue pour les tests hydrolyse de l'hippurate, bêta-galactosidase, bêta-glucuronidase, phosphatase alcaline et acidification des sucres non cités ci-dessus, mais inclus dans les galeries API (adonitol, amidon, D-arabinose, L-arabinose, D-arabitol, L-arabitol, dulcitol, érythritol, esculine, D-fucose, L-fucose, gluconate, 5-cétogluconate, glycogène, inositol, inuline, mannitol, mélézitose, mélibiose, raffinose, rhamnose, sorbitol, sorbose, xylitol, D-xylose, L-xylose, méthyl-bêta-D-xyloside).
. L'absence d'hydrolyse de l'hippurate, l'absence de synthèse de bêta-galactosidase, l'absence d'acidification du mélibiose et l'absence d'acidification du raffinose différencient Enterococcus canintestini de Enterococcus dispar.

La croissance n'est pas stimulée par la présence de 5 p. cent de dioxyde de carbone, elle est obtenue pour des températures comprises entre 25 et 42 °C et en présence de 6,5 p. cent de NaCl.
. Après 24 heures d'incubation à 30 ou 37 °C, les colonies obtenues sur une gélose Columbia au sang de mouton sont circulaires, non pigmentées, d'aspect laiteux, lisses et leur diamètre est au maximum de 3 mm.
. Dans un bouillon cœur-cervelle, la culture conduit à un trouble homogène sans dépôt.
. Sur un milieu bile-esculine** ou sur une gélose d'Edwards*** on note une dégradation de l'esculine. Sur une gélose de Slanetz et Bartley****, les colonies sont de couleur rouge (réduction du chlorure de triphényltétrazolium).

 

Orientation bibliographique

 

BAELE (M.), BAELE (P.), VANEECHOUTTE (M.), STORMS (V.), BUTAYE (P.), DEVRIESE (L.A.), VERSCHRAEGEN (G.), GILLIS (M.) et HAESEBROUCK (F.) : Application of tRNA intergenic spacer PCR for identification of Enterococcus species. J. Clin. Microbiol., 2000, 38, 4201-4207.

DE GRAEF (E.M.), DEVRIESE (L.A.), BAELE (M.), VANCANNEYT (M.), SWINGS (J.), HAESEBROUCK (F.) et DECOSTERE (A.) : Identification of enterococcal, streptococcal and Weissella species in the faecal flora of individually owned dogs. J. Appl. Microbiol., 2005, 99, 348-353.

NASER (S.M.), THOMPSON (F.L.), HOSTE (B.), GEVERS (D.), DAWYNDT (P.), VANCANNEYT (M.) et SWINGS (J.) : Application of multilocus sequence analysis (MLSA) for rapid identification of Enterococcus species based on rpoA and pheS genes. Microbiology, 2005, 151, 2141-2150.

NASER (S.), THOMPSON (F.L.), HOSTE (B.), GEVERS (D.), VANDEMEULEBROECKE (K.), CLEENWERCK (I.), THOMPSON (C.C.), VANCANNEYT (M.) et SWINGS (J.) : Phylogeny and identification of Enterococci by atpA gene sequence analysis. J. Clin. Microbiol., 2005, 43, 2224-2230.

NASER (S.M.), VANCANNEYT (M.), DE GRAEF (E.), DEVRIESE (L.A.), SNAUWAERT (C.), LEFEBVRE (K.), HOSTE (B.), SVEC (P.), DECOSTERE (A.), HAESEBROUCK (F.) et SWINGS (J.) : Enterococcus canintestini sp. nov., from faecal samples of healthy dogs. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2005, 55, 2005, 2177-2182.

 

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* : Genomospecies :

Pour une définition d'une genomospecies, voir le fichier ¤ "Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne".

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** : Milieu bile-esculine (composition en grammes par litre) :

Extrait de viande : 3,0
Peptone de viande : 5,0
Bile de bœuf : 40,0
Esculine : 1,0
Citrate de fer : 0,5
Agar : 14,5
Ce milieu peut être enrichi de 5 p. cent de sérum de cheval.

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*** : Gélose de Edwards (composition pour un litre) :

Agar : 15,0 g
Extraits de viande de bœuf : 10,0 g
Peptone : 10,0 g
NaCl : 5,0 g
Esculine : 1,0 g
Tl2SO4 : 0,33 g
Cristal violet : 1,3 mg
Sang de bovin ou de mouton : 50,0 mL

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**** : Gélose de Slanetz et Bartley (composition pour un litre) :

Tryptose : 20,0 g
Agar : 10,0 g
Extraits de levure : 5,0 g
Na2HPO4.2H2O : 4,0 g
Glucose : 2,0 g
NaN3 : 0,4 g
Chlorure de triphényltétrazolium : 0,1 g

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