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Créé le 18 octobre 2000
EHRLICHIA CHAFFEENSIS
Voir aussi les fichiers Ehrlichia, Ehrlichiaceae, Ehrlichieae, Anaplasmataceae, Rickettsiales et Classification de l'ordre des Rickettsiales.
Systématique
Avant 1987, une seule espèce du genre Ehrlichia, Ehrlichia sennetsu, était connue pour être responsable d'ehrlichiose chez l'homme. Dans le numéro d'avril 1987 du New England Journal of Medicine, Maeda et al. rapportent le cas d'un homme de 51 ans, hospitalisé pour un syndrome évoquant la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses. Les monocytes et les macrophages de ce malade présentaient des morulas semblables à celles des Ehrlichia sp. et les examens sérologiques révélaient la présence d'anticorps anti-Ehrlichia canis. Durant quelques années, ¤ Ehrlichia canis a été considérée comme l'agent de l'ehrlichiose monocytique humaine ce qui conférait à cette bactérie le statut d'agent responsable de zoonoses.
En décembre 1991, dans le Journal of Clinical Microbiology, Dawson et al. publient un article décrivant l'isolement d'une souche de Ehrlichia sp. (la souche Arkansas = ATCC CRL 10679) chez un réserviste de l'armée américaine hospitalisé dans une clinique de Fort Chaffee (Arkansas, U.S.A.).
Dans le même numéro du Journal of Clinical Microbiology, Anderson et al. proposent la dénomination de Ehrlichia chaffeensis pour la bactérie responsable de l'ehrlichiose monocytique humaine et cette nomenclature sera validement publiée en 1992 par inscription sur la liste de validation n° 41.
En raison de ses affiliations phylogénétiques, Ehrlichia chaffeensis était placée au sein du groupe génomique I (voir tableau I) de la tribu des Ehrlichieae. Dans un article paru le 15 novembre 2001, Dumler et al. procèdent à une réorganisation de l'ordre des Rickettsiales basée sur l'analyse des séquences des ARNr 16S, l'analyse des gènes des opérons groESL et l'analyse des gènes codant pour des protéines de surface. Les conclusions de Dumler et al. conduisent à supprimer la tribu des Ehrlichieae, à placer le genre Ehrlichia dans la famille des Anaplasmataceae et à modifier la description du genre Ehrlichia qui est restreint aux seules espèces du groupe génomique I. L'étude du gène codant pour une protéine de 120 kDa, présente chez toutes les souches, permet de caractériser une diversité génétique qui se manifeste par un nombre variable de séquences répétées de 240 pb (par exemple, quatre pour le génotype Arkansas et trois pour le génotype Sapulpa).
Caractères bactériologiques
Les caractères bactériologiques de Ehrlichia chaffeensis sont ceux du genre Ehrlichia.
In vivo, cette bactérie présente un tropisme préférentiel pour les monocytes et les macrophages et sa culture peut être obtenue sur des lignées de macrophages de chiens (cellules DH82). Le milieu de culture (minimal essential medium contenant 1 p. cent de L-glutamine) est enrichi en sérum de veau fœtal (5 à 12,5 p. cent) et les cellules peuvent être incubées à 37 °C dans une atmosphère contenant ou non du dioxyde de carbone.
Ehrlichia chaffeensis présente de fortes communautés antigéniques avec ¤ Ehrlichia canis mais des réactions sérologiques croisées sont observées avec d'autres représentants de la famille des ¤ Anaplasmataceae: ¤ Ehrlichia ruminantium, ¤ Ehrlichia ewingii, ¤ Neorickettsia risticii, Neorickettsia sennetsu et ¤ Anaplasma phagocytophilum.
Épidémiologie
L'épidémiologie des infections Nord Américaines est relativement bien connue par contre, la situation épidémiologique des autres pays est encore controversée. États Unis d'Amérique Ehrlichia chaffeensis a pour principal réservoir le daim à queue blanche (Odocoileus virginianus) et la bactérie se transmet d'animal à animal par l'intermédiaire d'une tique, Amblyomma americanum, dont les trois stades sont capables de parasiter le daim. Chez cette tique, la transmission transovarienne de Ehrlichia chaffeensis semble peu fréquente ou absente mais, en revanche, il existe une transmission transstadiale. La contamination de l'homme résulterait de la morsure d'une tique adulte dont la nymphe se serait contaminée à la suite d'un repas sanguin effectué chez le daim. Ehrlichia chaffeensis n'a jamais été mis en évidence chez des petits rongeurs sauvages (Mus musculus, Oryzomys palustris, Peromyscus leucopus, Rattus norvegicus, Reithrodontomys humulis, Sigmodon hispidus), des lagomorphes (Sylvilagus floridanus) ou des écureuils (Sciurus carolinensis, Sciurus niger) mais cette bactérie est apte à infecter d'autres animaux (chiens, coyotes, chèvres, ratons laveurs et opossums ; Cf. infra) et elle peut être isolée d'autres tiques (Dermacentor variabilis, Ixodes scapularis). Cependant, les espèces animales autres que le daim et les vecteurs autres que Amblyomma americanum sont considérés comme peu importants. Toutefois, le rôle de la chèvre (et, peut-être, d'autres herbivores domestiques), en tant que réservoir, fait l'objet d'investigations. Autres pays Sur la base d'examens sérologiques, quelques cas d'ehrlichioses humaines à Ehrlichia chaffeensis ont été décrits au Portugal, en Espagne, en Belgique, en Afrique (Mali, Tunisie) et en Asie (Thaïlande, Chine). Toutefois, Amblyomma americanum, considérée comme le principal vecteur, est une espèce américaine et, selon Brouqi (2000), aucun cas d'ehrlichiose humaine à Ehrlichia chaffeensis n'a été réellement documenté en dehors de l'Amérique du Nord. Cette assertion mériterait d'être nuancée car, par PCR, Ehrlichia chaffeensis a été identifiée en Chine chez deux espèces de tiques : Amblyomma testudinarium et Haemaphysalis yeni. La première a pour hôte habituel le bétail et la seconde est apte à parasiter le bétail, des lagomorphes sauvages (Lepus sinensis, Caprologus sinensis) et des caprins sauvages (Muntiacus reevesi). Il semble donc que la distribution géographique de Ehrlichia chaffeensis s'étende au-delà des USA et que le spectre d'hôtes et de vecteurs soit large. Des travaux complémentaires sont cependant nécessaires pour évaluer l'importance réelle de l'ehrlichiose à Ehrlichia chaffeensis.
Pouvoir pathogène
Homme
Les infections de l'homme à Ehrlichia chaffeensis sont souvent graves et conduisent à une hospitalisation du malade dans 40 à 80 p. cent des cas. Elles se traduisent le plus souvent par de la fièvre, de l'anorexie, des céphalées, des myalgies, des arthralgies, des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales, parfois par une éruption maculopapuleuse (rare chez l'adulte, plus fréquente chez l'enfant), parfois par des adénopathies ou/et une splénomégalie ou/et une hépatomégalie, par une élévation des transaminases hépatiques, par une thrombopénie et, parfois, par une leucopénie. Des formes cliniquement inapparentes ou des formes graves (avec insuffisance rénale, ou rhabdomyolyses ou myocardites) sont également observées. Il ne semble pas exister de relation entre le génotype de la souche et la gravité de la maladie. Ainsi, la souche Jax isolée d'un malade décédé et la souche Arkansas isolée d'un cas d'infection modérée appartiennent toutes les deux au génotype Arkansas.
Espèces animales
Expérimentalement (inoculation par voie intraveineuse), Ehrlichia chaffeensis est apte à infecter les jeunes chiens et le germe peut être isolé entre le 7ème et le 26ème jour suivant l’inoculation. Chez les chiots, l’infection se traduit par des signes cliniques très modérés voire même par une absence de symptôme et par une réponse sérologique dirigée initialement contre le seul antigène homologue (anticorps détectables vers le 14ème jour après l'infection) puis, vers le 28ème jour, vis-à-vis de ¤ Ehrlichia canis. Dans tous les cas, les titres en anticorps mesurés avec l'antigène homologue sont supérieurs aux titres mesurés avec l'antigène hétérologue. Chez un chiot, une infection expérimentale à Ehrlichia chaffeensis, suivie 28 jours plus tard par une infection à ¤ Ehrlichia canis, n'a pas permis d'observer une protection.
Amblyomma americanum peut parasiter la chèvre et une étude effectuée sur 38 chèvres élevées dans une zone d'endémie montre que 73,7 p. cent des animaux ont une sérologie positive, que 15,8 p. cent d'entre eux donnent un résultat positif en PCR et une souche de Ehrlichia chaffeensis a pu être isolée d'une chèvre. Après l'homme et le daim, la chèvre est donc la troisième espèce de vertébrés ayant permis l'isolement d'une souche. Par sérologie, l'infection d'autres espèces animales comme le raton laveur (Procyon lotor) et l'opossum (Didelphis virginianus) a été évoquée. En revanche, les petits rongeurs sauvages sont séronégatifs et, expérimentalement, l'inoculation d'une souche de Ehrlichia chaffeensis à la souris à pattes blanches (Peromyscus leucopus) ou au campagnol à dos roux (Clethrionomys gapperi) ne conduit pas toujours à une séroconversion sauf chez les animaux splénectomisés. De même, l'infection de souris immunocompétentes (C.B.-17, C57BL-6 ou C3H) ou de souris C3H/HeJ (lignée présentant des troubles de l'activation des macrophages), ne permet pas d'obtenir une infection persistante. Par contre des souris SCID (dépourvues de lymphocytes T et B) ou des souris SCID/BEIGE (dépourvues de lymphocytes T, de lymphocytes B et présentant des anomalies fonctionnelles des cellules NK) sont sensibles à l'infection. L'étude du modèle murin a montré que l'immunité à médiation humorale avait un rôle protecteur car l'administration passive d'anticorps polyclonaux ou d'anticorps monoclonaux dirigés contre la protéine majeure de membrane externe OMP-1g permettent à l'animal d'éliminer les bactéries même lorsque les anticorps sont administrés tardivement. Les mécanismes permettant à l'immunité à médiation humorale de combattre un germe intracellulaire obligatoire sont encore mal connus. Les anticorps pourraient agir au moment du transfert de la bactérie d'une cellule à une autre.
Diagnostic
L’isolement du germe en cultures cellulaires est une technique réservée aux travaux de recherche et elle n’est pas utilisée dans le cadre d’un diagnostic de routine. Lors de la phase aiguë, le diagnostic peut faire appel à la mise en évidence des morulas dans les monocytes après leucoconcentration et coloration au May-Grümwald-Giemsa. Cette recherche peut donner des résultats faussement négatifs car la présence des morulas est temporaire et leur nombre est toujours faible.
Généralement, la recherche des anticorps anti-Ehrlichia chaffeensis se fait par immunofluorescence. Chez le chien, les tests d'immunofluorescence doivent être pratiqués en utilisant, simultanément, des cellules infectées par Ehrlichia chaffeensis, des cellules infectées par ¤ Ehrlichia canis et des cellules infectées par ¤ Anaplasma phagocytophilum. Chez l'homme, le sérum des malades doit être testé vis-à-vis de Ehrlichia chaffeensis et de ¤ Anaplasma phagocytophilum. Chez l'homme comme chez le chien, les sujets infectés par ¤ Ehrlichia ewingii donnent une réponse positive en immunofluorescence vis-à-vis des antigènes de Ehrlichia chaffeensis et/ou de ¤ Ehrlichia canis.
Des techniques de PCR peuvent être réalisées sur des prélèvements sanguins et elles donnent parfois un résultat positif chez l'homme ou le chien dépourvus d'anticorps. Cette discordance peut s'expliquer soit par une contamination récente soit par un traitement précoce qui décapite la réponse sérologique. Inversement, des animaux infectés depuis longtemps peuvent être séropositifs et donner un résultat négatif en PCR.
Sensibilité aux antibiotiques et prophylaxie
In vitro, Ehrlichia chaffeensis est sensible à la doxycycline et la rifampicine qui ont un effet bactéricide rapide. En revanche, le chloramphénicol, la ciprofloxacine, l'érythromycine, la pénicilline, la gentamicine et l'association triméthoprime-sulfaméthoxazole sont inactifs.
Il n’existe pas de vaccin pour la prévention de l'ehrlichiose à Ehrlichia chaffeensis et les principales mesures prophylactiques concernent la lutte contre les tiques.
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* : Comme la description des espèces de la famille des ¤ Anaplasmataceae ne peut reposer que sur un nombre limité de critères phénotypiques et comme certaines espèces n'ont jamais été cultivées (¤ Ehrlichia ewingii, ¤ Anaplasma platys...), Anderson et al. proposent l'étude de la séquence des ARNr 16S comme standard pour la description de nouvelles espèces au sein de cette famille.
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