J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 29 novembre 2002
Dernière mise à jour le 09 juin 2005

 

ENTEROVIBRIO

 

Voir aussi le fichier : ¤ "Vibrionales", Vibrionaceae, Vibrio.

 

Systématique

 

Le genre Enterovibrio et l'espèce Enterovibrio norvegicus ont été validement publiés le 29 novembre 2002 pour accueillir 22 souches bactériennes, phénotypiquement proches du genre Vibrio, et isolées de l'intestin de larves saines de turbots (Scophthalmus maximus*) élevés à la station d'aquaculture expérimentale de Austevoll (Norvège).

L'étude du génome effectuée par AFLP (Amplified Fragment Length Polymorphism) montre que les 22 souches forment un groupe distinct de tous les autres représentants de la famille des Vibrionaceae. Les séquences des ARNr 16S (étude réalisée sur trois souches) possèdent 94 p. cent d'homologie avec la séquence de l'ARNr 16S de ¤ Grimontia hollisae qui est l'espèce phylogénétiquement la plus proche. Les homologies ADN - ADN, réalisées sur cinq souches, montrent qu'elles constituent une unique genomospecies** (pourcentages d'homologie au moins égaux à 87) et que cette genomospecies est distincte de ¤ Grimontia hollisae (les homologies obtenues entre les ADN des cinq souches testées et l'ADN de la souche type de ¤ Grimontia hollisae sont au maximum de 22 p. cent).
Au sein de la famille des Vibrionaceae, les analyses phylogénétiques montrent qu'un pourcentage d'homologie des séquences des ARNr 16S inférieur à 95 est compatible avec la création d'un nouveau genre. Les caractères phénotypiques permettant de différencier les 22 souches isolées des larves de turbots, Thompson et al. proposent la création du nouveau genre Enterovibro et de la nouvelle espèce Enterovibrio norvegicus.

Le 18 mars 2005, Thompson et al. valident la publication de Enterovibrio coralii pour une unique souche bactérienne isolée d'un corail atteint de blanchiment. L'individualisation de cette espèce repose sur l'analyse des séquences des gènes recA, rpoA et des gènes codant pour les ARNr 16S.

Le genre Enterovibrio est actuellement placé dans la famille des "Enterovibrionaceae" (ordre des ¤ "Vibrionales", classe des ¤ Gammaproteobacteria, phylum des ¤ "Proteobacteria", domaine ou empire des "Bacteria" ou des "Eubacteria").

 

Caractères bactériologiques

 

Le genre Enterovibrio est constitué de bacilles à Gram négatif, mobiles, chimio-organotrophes, aéro-anaérobies, à métabolisme oxydatif et fermentatif, oxydase et catalase positives, mésophiles, modérément halophiles, non luminescents, résistant à 150 µg de O/129, assimilant la dextrine, la N-acétyl-D-glucosamine et le D-glucose, donnant une réponse positive aux tests ONPG et ADH, donnant une réponse négative aux tests LDC, ODC et VP.
Les caractères permettant de différencier le genre Enterovibrio d'autres genres de la famille des Vibrionaceae sont donnés dans le tableau I.
Le G + C p. cent est compris entre 47,1 et 48,2.

Enterovibrio norvegicus

Outre les caractères du genre Enterovibrio, les souches de Enterovibrio norvegicus se présentent sous la forme de bacilles de 0,8 µm de diamètre sur 1,0 à 1,2 µm de longueur, mobiles grâce à un unique flagelle polaire.
. En utilisant des galeries API 20E, la réponse est positive pour l'ONPG, l'ADH, la production d'indole et l'acidification du glucose. La réponse est négative pour les autres tests.
. En galeries API ZYM, Enterovibrio norvegicus produit une phosphatase alcaline, une estérase (C4), une estérase lipase (C8), une lipase (C14), une leucine arylamidase, une phosphatase acide, une naphtol-AS-BI-phosphohydrolase et une bêta-galactosidase. La réponse est négative pour la production de valine arylamidase, de cystine arylamidase, de trypsine, d'alpha chymotrypsine, d'alpha galactosidase et d'alpha glucuronidase. L'éventuelle production des autres enzymes n'est pas indiquée.

Aucune croissance n'est observée en l'absence de NaCl, en présence de 8 p. cent de NaCl, à 4 °C ou à 35 °C. En revanche, une température d'incubation comprise entre 20 et 28 °C ainsi que la présence de 1,5 à 2 p. cent de NaCl permettent d'observer une culture abondante. La culture est facilement obtenue sur le milieu Marine Agar 2216E (Difco) ainsi que sur des géloses trypticase soja ou cœur-cervelle contenant 1,5 ou 2 p. cent de NaCl. Après deux jours d'incubation à 27-28 °C, les colonies sont rondes, lisses, à contour régulier, de couleur beige et leur diamètre est d'environ 1 mm.
La croissance sur milieu TCSB*** est lente et, après trois jours d'incubation à 28 °C, les colonies ont une couleur verte.

Enterovibrio norvegicus se différencie facilement des ¤ Photobacterium sp. et des Salinivibrio sp. car cette espèce est indologène et ne produit pas d'acétoïne. Enterovibrio norvegicus se distingue également des Salinivibrio sp. par la synthèse d'une bêta-galactosidase et par l'absence de synthèse d'une gélatinase.

La distinction entre Enterovibrio norvegicus et les Vibrio sp. nécessite le recours à un ensemble de caractères :
. La plupart des espèces du genre Vibrio réduisent les nitrates (sauf Vibrio cyclitrophicus corrig., Vibrio gazogenes, Vibrio metschnikovii et Vibrio salmonicida).
. La plupart des Vibrio sp. assimilent le pyruvate (sauf ¤ Vibrio halioticoli et ¤ Vibrio tapetis).
. À l'exception de Vibrio aerogenes et de ¤ Vibrio lentus, les Vibrio sp. sont sensibles à 150 µg de O/129.
. Quelques caractères permettant de différencier Enterovibrio norvegicus des espèces du genre Vibrio indologènes et pouvant produire une arginine di-hydrolase sont donnés dans le tableau II.

Les caractères permettant de différencier Enterovibrio norvegicus et Enterovibrio coralii figurent dans le tableau III.

Enterovibrio coralii

L'unique souche de Enterovibrio coralii rassemble des bacilles mobiles, ne cultivant ni à 4 ni à 40 °C ni en l'absence de NaCl ni en présence de 8 p. cent de NaCl. En revanche, Enterovibrio coralii cultive abondamment pour des températures comprises entre 20 et 30 °C et en présence d'une concentration en NaCl comprise entre 2 et 6 p. cent. Après deux jours d'incubation à 28 °C, les colonies obtenues sur une gélose trypticase soja sont convexes, rondes, opaques, de couleur beige et leur diamètre atteint 5 mm. Sur une gélose TCBS, les colonies sont vertes et leur diamètre est de 2 mm.

Les caractères présentés ci-dessous ont été étudiés à l'aide de galeries API 20E et API ZYM.
. Une réponse positive est notée pour les tests réduction des nitrates, ADH, alpha-galactosidase, bêta-galactosidase, phosphatase alcaline, estérase, estérase lipase, leucine arylamidase, valine arylamidase, naphtol-AS-BI-phosphohydrolase, N-acétyl-bêta-glucosaminidase, alpha-glucosidase, fermentation du glucose et du D-mannitol.
. Une réponse négative est notée pour les tests indole, LDC, ODC, TDA, uréase, gélatinase, lipase, cystine arylamidase, trypsine, alpha-chymotrypsine, phosphatase acide, bêta-glucuronidase, bêta-glucosidase, alpha-mannosidase, alpha-fucosidase, fermentation de l'amygdaline, de l'arabinose, de l'inositol, du mélibiose, du rhamnose, du saccharose et du sorbitol.

Les caractères permettant de différencier Enterovibrio norvegicus et Enterovibrio coralii figurent dans le tableau III.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Enterovibrio norvegicus

Le turbot est une espèce ayant un grand intérêt commercial et qui fait l'objet d'un élevage important. Dans les élevages, la mortalité des larves est parfois élevée, notamment au cours de la deuxième semaine suivant l'éclosion. La mortalité semble due à des bactéries pathogènes opportunistes et une colonisation précoce de l'intestin par des bactéries dépourvues de tout pouvoir pathogène peut avoir un effet bénéfique. De ce point de vue, Vibrio alginolyticus, Vibrio proteolyticus et la souche Q40 de ¤ Vibrio mediterranei semblent se comporter comme des probiotiques.
Enterovibrio norvegicus est non pathogène pour les larves de turbot mais sont éventuel rôle bénéfique reste à évaluer.

Enterovibrio coralii

L'unique souche de Enterovibrio coralii a été isolée d'un corail (Merulina ampliata) vivant au large de l'Île Magnétique (Magnetic Island, Australie) et atteint de blanchiment.
Deux espèces bactériennes sont connues pour être à l'origine du blanchiment des coraux (coral bleaching) : ¤ Vibrio mediterranei à l'origine du blanchiment des coraux de l'espèce Oculina patagonica et ¤ Vibrio coralliilyticus responsable du blanchiment des coraux de l'espèce Pocillopora damicornis. Toutefois, contrairement à ¤ Vibrio mediterranei et à ¤ Vibrio coralliilyticus, le pouvoir pathogène de Enterovibrio coralii n'est pas documenté.

 

Orientation bibliographique

 

De SCHRIJVER (R.) et OLLEVIER (F.) : Protein digestion in juvenile turbot (Scophthalmus maximus) and effects of dietary administration of Vibrio proteolyticus. Aquaculture, 2000, 186, 107-116.

GOMEZ-GIL (B.), ROQUE (A.) et TURNBULL (J.F.) : The use and selection of probiotic bacteria for use in the culture of larval aquatic organisms. Aquaculture, 2000, 191, 259-270.

HUYS (L.), DHERT (P.), ROBLES (R.), OLLEVIER (F.), SORGELOOS (P.) et SWINGS (J.) : Search for beneficial bacterial strains for turbot (Scophthalmus maximus L.) larviculture. Aquaculture, 2001, 193, 25-37.

KITA-TSUKAMARO (K.), OYAIZU (H.), NANBA (K.) et SIMIDU (U.) : Phylogenetic relationships of marine bacteria,mainly members of the family Vibrionaceae, determined on the basis of 16S rRNA sequences. Int. J. Syst. Bacteriol., 1993, 43, 8-19.

RINGØ (E.) et GATESOUPE (F.J.) : Lactic acid bacteria in fish: a review. Aquaculture, 1998, 160, 177–203.

THOMPSON (F.L.), HOSTE (B.), THOMPSON (C.C.), GORIS (J.), GOMEZ-GIL (B.), HUYS (L.), DE VOS (P.) et SWINGS (J.) : Enterovibrio norvegicus gen. nov., sp. nov., isolated from the gut of turbot (Scophthalmus maximus) larvae: a new member of the family Vibrionaceae. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2002, 52, 2015-2022.

THOMPSON (F.L.), HOSTE (B.), VANDEMEULEBROECKE (K.) et SWINGS (J.) : Reclassification of Vibrio hollisae as Grimontia hollisae gen. nov., comb. nov. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 1615-1617.

THOMPSON (F.L.), THOMPSON (C.C.), NASER (S.), HOSTE (B.), VANDEMEULEBROECKE (K.), MUNN (C.), BOURNE (D.) et SWINGS (J.) : Photobacterium rosenbergii sp. nov. and Enterovibrio coralii sp. nov., vibrios associated with coral bleaching. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2005, 55, 913-917.

 

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* :

Classification de Scophthalmus maximus d'après le NCBI Taxonomy Browser : Eukaryota ; Metazoa ; Chordata ; Craniata ; Vertebrata ; Euteleostomi ; Actinopterygii ; Neopterygi i; Teleostei ; Euteleostei ; Neoteleostei ; Acanthomorpha ; Acanthopterygii ; Percomorpha ; Pleuronectiformes ; Pleuronectoidei ; Scophthalmidae ; Scophthalmus ; Scophthalmus maximus.

Pour quelques renseignements sur Scophthalmus maximus voir le fichier Species Summary for Scophthalmus maximus sur le site FishBase hébergé par le Muséum National d'Histoire Naturelle (http://ichtyonb1.mnhn.fr/search.cfm). En cas d'indisponibilité du serveur il est toujours possible d'utiliser le serveur d'origine (http://www.fishbase.org/home.htm) ou le site allemand (http://filaman.uni-kiel.de/search.cfm).

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** : voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne.

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*** : Gélose TCBS : Thiosulfate Citrate Bile salt Sucrose

Extraits de levure : 0,5 p. cent (poids/volume)
Peptone : 1,0 p. cent (poids/volume)
Thiosulfate de sodium : 1,0 p. cent (poids/volume)
Citrate de sodium : 1,0 p. cent (poids/volume)
Bile de bœuf : 0,8 p. cent (poids/volume)
Saccharose : 2,0 p. cent (poids/volume)
NaCl : 1,0 p. cent (poids/volume)
Citrate de fer : : 0,1 p. cent (poids/volume)
Bleu de bromothymol : 0,004 p. cent (poids/volume)
Bleu de thymol : 0,004 p. cent (poids/volume)
Agar : 1,4 p. cent (poids/volume)
pH : 8,6
Porter à ébullition pour dissoudre les ingrédients. Ne pas autoclaver.

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