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Créé le 20 octobre 2000
EHRLICHIA EWINGII
Voir aussi les fichiers Ehrlichia, Ehrlichiaceae, Ehrlichieae, Anaplasmataceae, Rickettsiales et Classification de l'ordre des Rickettsiales.
Systématique
En 1971, Ewing et al. décrivent une nouvelle souche de Ehrlichia sp. présente dans les granulocytes de chiens et associée à une ehrlichiose cliniquement moins grave qu'une ehrlichiose à ¤ Ehrlichia canis. Ultérieurement, des organismes similaires, qualifiés de CGE (pour Canine Granulocytic Ehrlichia), ont été mis en évidence dans les granulocytes de plusieurs chiens dont certains présentaient des boiteries. Les souches de CGE présentent des communautés antigéniques avec les souches de ¤ Ehrlichia canis et de ¤ Ehrlichia chaffeensis mais ces bactéries peuvent être distinguées les unes des autres par une technique de Western blot utilisant comme antigène une souche de ¤ Ehrlichia canis et une souche de ¤ Ehrlichia chaffeensis. Cette technique permet également de différencier les souches de CGE de Ehrlichia equi.
La description des espèces du genre Ehrlichia ne peut reposer que sur un nombre limité de critères phénotypiques et toutes les espèces ne sont pas cultivables in vitro. Aussi, Anderson et al. (1991) ont proposé que l'étude de la séquence des ARNr 16S devienne un standard pour la description de nouvelles espèces au sein du genre Ehrlichia.
En raison de ses affiliations phylogénétiques, Ehrlichia ewingii était placée au sein du groupe génomique I (voir tableau I) de la tribu des Ehrlichieae. Dans un article paru le 15 novembre 2001, Dumler et al. procèdent à une réorganisation de l'ordre des Rickettsiales basée sur l'analyse des séquences des ARNr 16S, l'analyse des gènes des opérons groESL et l'analyse des gènes codant pour des protéines de surface. Les conclusions de Dumler et al. conduisent à supprimer la tribu des Ehrlichieae, à placer le genre Ehrlichia dans la famille des Anaplasmataceae et à modifier la description du genre Ehrlichia qui est restreint aux seules espèces du groupe génomique I.
Caractères bactériologiques
Les caractères bactériologiques de Ehrlichia ewingii sont ceux du genre Ehrlichia.
Ehrlichia ewingii n'a jamais été cultivée in vitro malgré l'utilisation de divers systèmes cellulaires : cultures primaires de monocytes et de macrophages de chiens, cellules DH82 (lignée de macrophages canins), cellules HL-60 (lignée de promyélocytes leucémiques d'origine humaine), cellules CLN (lignée obtenue à partir de nœuds lymphatiques de chiens). In vivo, cette espèce présente un tropisme pour les granulocytes neutrophiles et, dans une moindre mesure, pour les granulocytes éosinophiles.
Habitat et pouvoir pathogène
Les réservoirs, les vecteurs et la distribution géographique de Ehrlichia ewingii sont très mal connus. On sait que cette bactérie a été identifiée uniquement aux U.S.A., qu'elle infecte le chien et qu'elle peut être transmise par Amblyomma americanum, tique chez laquelle il existe une transmission transstadiale. En 1998, Murphy et al. ont également mis en évidence Ehrlichia ewingii chez Dermacentor variabilis et Rhipicephalus sanguineus. Outre le chien, Ehrlichia ewingii exerce un pouvoir pathogène pour l'homme. La pathogénie des infections pourrait être superposable à la pathogénie des infections à ¤ Anaplasma phagocytophilum qui est également un germe qui se multiplie dans les granulocytes. Chez le chien, lors de la phase aiguë, on note une fièvre transitoire, une anorexie, un jetage oculo-nasal, parfois des vomissements et des diarrhées, une adénopathie, parfois une raideur de la nuque, une thrombopénie et, parfois, une anémie. Lors de la phase chronique, l'infection se manifeste par des œdèmes, une adénopathie, une polyarthrite conduisant à de la boiterie, une raideur des muscles, la présence de nombreux granulocytes neutrophiles dans le liquide synovial et, de manière inconstante, une lymphopénie et une thrombopénie.
Les premiers cas d'infection de l'homme ont été publiés en 1999. Ils ont été observés chez quatre patients, mordus par des tiques et vivant dans le Missouri, état où les infections à ¤ Ehrlichia chaffeensis sont endémiques. Des morulas ont été mises en évidence dans les granulocytes de deux sujets ce qui pouvait évoquer une infection par ¤ Anaplasma phagocytophilum. Toutefois, les examens sérologiques révélaient la présence d'anticorps vis-à-vis de ¤ Ehrlichia canis et de ¤ Ehrlichia chaffeensis et une absence de réactivité vis-à-vis de ¤ Anaplasma phagocytophilum. Des tests PCR (amplification des ADNr 16S), utilisant des amorces à large spectre, confirmaient la présence de Ehrlichia sp. dans le sang des malades mais les résultats des tests PCR, utilisant des amorces spécifiques de ¤ Ehrlichia chaffeensis ou de ¤ Anaplasma phagocytophilum, étaient négatifs. Le séquençage de l'ADNr 16S amplifié montrait une homologie de 100 p. cent avec la séquence de Ehrlichia ewingii. Un test PCR, réalisé sur deux des chiens d'un des patients, a montré qu'ils hébergeaient Ehrlichia ewingii. Toutefois, en l'absence de travaux complémentaires on ne peut affirmer la réalité d'un transfert du chien à l'homme.
Diagnostic
L'isolement du germe est impossible car Ehrlichia ewingii n'est pas cultivable in vitro. La mise en évidence des morulas dans les granulocytes du sang ou du liquide synovial peut donner des résultats faussement négatifs et elle ne permet pas de distinguer les infections à Ehrlichia ewingii des infections dues à ¤ Anaplasma phagocytophilum. Chez le chien, les examens sérologiques par immunofluorescence permettent de différencier les ehrlichioses à Ehrlichia ewingii des infections à ¤ Anaplasma phagocytophilum car, les animaux infectés par Ehrlichia ewingii, ont des titres en anticorps élevés vis-à-vis de ¤ Ehrlichia canis mais faibles vis-à-vis de ¤ Anaplasma phagocytophilum. En revanche, l'immunofluorescence indirecte ne permet pas de différencier les infections à Ehrlichia ewingii des ehrlichioses à ¤ Ehrlichia chaffeensis ou à ¤ Ehrlichia canis. Toutefois, par Western blot (utilisation d'antigènes de Ehrlichia canis et de Ehrlichia chaffeensis), les sérums des chiens et des hommes infectés réagissent avec les antigènes d'un poids moléculaire supérieur à 40 kDa mais ils ne réagissent ni avec l'antigène de 28 kDa de ¤ Ehrlichia chaffeensis ni avec l'antigène de 30 kDa de ¤ Ehrlichia canis. La PCR constitue un moyen de diagnostic fiable. Ce test, nécessitant le recours à un laboratoire spécialisé, peut se réaliser en deux temps : utilisation d'amorces permettant d'amplifier une séquence d'ADNr 16S présente chez toutes les Ehrlichia puis utilisation d'amorces spécifiques de Ehrlichia ewingii. En novembre 2001, Gusa et al. ont décrit un test de PCR amplifiant un fragment de 215 pb du gène codant pour une protéine de surface de 28 kDa. Ce test semble spécifique de Ehrlichia ewingii (absence d'amplification de l'ADN de ¤ Ehrlichia chaffeensis, de ¤ Ehrlichia canis ou de ¤ Anaplasma phagocytophilum) et sensible (détection de 28 copies du gène p28).
Sensibilité aux antibiotiques et prophylaxie
La sensibilité aux antibiotiques est inconnue. Par analogie avec d'autres ehrlichioses, le traitement fait appel aux tétracyclines ou, chez les jeunes enfants et les femmes enceintes, au chloramphénicol ou à la rifampicine. Un traitement par la doxycycline permet d'obtenir une guérison chez l'homme et chez le chien. Il n’existe pas de vaccin pour la prévention de l'ehrlichiose à Ehrlichia ewingii et les principales mesures prophylactiques concernent la lutte contre les tiques.
Orientation bibliographique
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