J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 07 décembre 2004

 

ENTEROCOCCUS HERMANNIENSIS

 

Voir aussi le fichier ¤ Enterococcus.

 

L'étude de la flore lactique de cuisses de poulets marinés et conservés sous atmosphère protégée a permis à Björkroth et al. d'isoler cinq souches bactériennes dont les ribotypes étaient comparables à ceux des entérocoques. L'analyse électrophorétique des protéines cellulaires permettait de rapprocher ces souches de deux souches de coques à Gram positif isolées des amygdales de chiens.

En 2004, Koort et al. publient les résultats d'une étude taxonomique mixte et consensuelle (polyphasic taxonomy) portant sur les cinq souches d'origine aviaire et les deux souches d'origine canine.
. Les caractères phénotypiques des sept souches évoquent le genre Enterococcus, bien qu'elles ne possèdent pas l'antigène du groupe D de Lancefield.
. La détermination des séquences des ARNr 16S, effectuée sur trois souches dont la souche LMG 12317, permet de les inclure dans le groupe de Enterococcus avium (groupe Avium*). L'espèce phylogénétiquement la plus proche étant Enterococcus pallens.
. Les éléctrophorétypes des protéines cellulaires ainsi que les ribotypes (enzymes de restriction HindIII et EcoRI) montrent que les sept souches forment un sous-groupe homogène au sein du groupe Avium.
. Les homologies de séquence, obtenues entre les ADN de deux souches dont la souche LMG 12317, sont de 93,5 p. cent. Ces deux souches forment donc une unique genomospecies (voir le fichier ¤ "Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne").
En revanche, les pourcentages d'homologie obtenus entre la souche LMG 12317 et les souches types de Enterococcus pallens et Enterococcus raffinosus sont au maximum de 30.
. L'ensemble de ces résultats montre que les cinq souches isolées de viande de poulet et les deux souches d'origine canine méritent d'être placées dans une nouvelle espèce pour laquelle, le 20 septembre 2004, Koort et al. valident la publication de Enterococcus hermanniensis (souche type LMG 12317 = CCUG 48100).

Les souches de Enterococcus hermanniensis sont constituées de coques ovoïdes à Gram positif, de 0,62 à 0,78 µm de largeur sur 0,91 à 1,0 µm de longueur, groupés par paires avec des faces adjacentes aplaties, aéro-anaérobies, catalase négative, dépourvus de l'antigène du groupe D de Lancefield.
. En utilisant des galeries API 50 CHL et API 20 STREP, une réponse positive est observée pour les tests pyrrolidonyl arylamidase, leucine arylamidase, VP, hydrolyse de l'esculine (réaction parfois faible et/ou retardée), acidification du D-arabitol (réaction parfois faible et/ou retardée), de l'arbutine, du cellobiose, du D-fructose, du bêta-gentiobiose (réaction parfois faible et/ou retardée), de la N-acétyl-glucosamine, du D-glucose, du maltose, du mannitol, du D-mannose, du ribose, de la salicine et du tréhalose (réaction parfois faible et/ou retardée).
. En utilisant des galeries API 50 CHL et API 20 STREP, une réponse négative est observée pour les tests alpha-galactosidase, bêta-galactosidase, bêta-glucuronidase, phosphatase alcaline, arginine di-hydrolase, hydrolyse de l'hippurate, acidification de l'adonitol, de l'amidon, de l'amygdaline (réponse parfois faiblement positive), du D-arabinose (réaction parfois faiblement positive), du L-arabinose, du L-arabitol, du cétogluconate, du dulcitol, de l'érythritol, du fucose, du galactose (réponse parfois faiblement positive), du gluconate, du glycérol, du glycogène, de l'inositol, de l'inuline, du lactose, du lyxose, du mélibiose, du mélézitose, du rhamnose (réaction parfois faiblement positive), du D-raffinose, du saccharose, du sorbitol, du L-sorbose, du tagatose, du D-turanose, du xylitol, du méthyl-bêta-xyloside, du D-xylose et du L-xylose.
. Quelques caractères permettant de différencier Enterococcus hermanniensis des autres espèces placées dans le groupe Avium sont donnés dans le tableau I.

Une croissance est obtenue à 10 et à 37 °C et en présence de 2 ou de 4 p. cent de NaCl. En revanche, aucune culture n'est obtenue à 45 °C ou en présence de 10 p. cent de NaCl. La croissance dans un milieu contenant 6,5 p. cent de NaCl est variable selon les souches.
La croissance est faible sur des géloses sélectives contenant de l'azide de sodium (voir le fichier ¤ Enterococcus). Sur gélose bile-esculine la culture provoque un noircissement du milieu.
Après cinq jours d'incubation à 37 °C dans une atmosphère anaérobie contenant 9 à 13 p. cent de dioxyde de carbone, les colonies obtenues sur une gélose MRS** ou une gélose au sang de bovin sont translucides, blanchâtres ou légèrement grises et leur diamètre varie de 1 à 2 mm. Sur gélose au sang de bovin, les colonies s'entourent d'une zone d'hémolyse alpha.

L'habitat de Enterococcus hermanniensis pourrait être l'intestin des poulets et des chiens. Une contamination fécale serait alors à l'origine de leur présence sur de la viande de poulet ou dans les amygdales de chiens.

 

Orientation bibliographique

 

BJÖRKROTH (J.), RISTINIEMI (M.), VANDAMME (P.) et KORKEALA (H.) : Enterococcus species dominating in fresh modified-atmosphere-packaged, marinated broiler legs are overgrown by Carnobacterium and Lactobacillus species during storage at 6 °C. Int. J. Food Microbiol.
Article sous presse à la date du 07 décembre 2004, mais disponible en ligne (format PDF) depuis le 17 juin 2004.

DEVRIESE (L.A.), CRUZ COLQUE (J.I.), DE HERDT (P.) et HAESEBROUCK (F.) : Identification and composition of the tonsillar and anal enterococcal and streptococcal flora of dogs and cats. J. Appl. Bacteriol., 1992, 73, 421-425.

DEVRIESE (L.A.), HOMMEZ (J.), WIJFELS (R.) et HAESEBROUCK (F.) : Composition of the enterococcal and streptococcal intestinal flora of poultry. J. Appl. Bacteriol., 1991, 71, 46-50.

DEVRIESE (L.A.), POT (B.) et COLLINS (M.D.) : Phenotypic identification of the genus Enterococcus and differentiation of phylogenetically distinct enterococcal species and species groups. J. Appl. Bacteriol., 1993, 75, 399-408.

KOORT (J.), COENYE (T.), VANDAMME (P.), SUKURA (A.) et BJÖRKROTH (J.) : Enterococcus hermanniensis sp. nov., from modified-atmosphere-packaged broiler meat and canine tonsils. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2004, 54, 1823-1827.

 

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* Groupe de Enterococcus avium ou groupe Avium

Ce groupe est constitué de Enterococcus avium, Enterococcus gilvus, Enterococcus hermanniensis, Enterococcus malodoratus, Enterococcus pseudoavium et Enterococcus raffinosus.

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** : Composition (pour un litre de milieu) de la gélose MRS (DeMan, Rogosa et Sharpe) :

Glucose : 20,0 g
Peptone : 10,0 g
Agar : 10,0 g
Extraits de viande de bœuf : 8,0 g
Acétate de sodium, 3H2O : 5,0 g
Extraits de levure : 4,0 g
K2HPO4 : 2,0 g
Citrate d'ammonium : 2,0 g
MgSO4.7H2O : 0,2 g
MnSO4.4H2O : 0,05 g
Tween 80 : 1,0 mL

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