J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 08 décembre 2001

 

EHRLICHIA MURIS

 

Voir aussi les fichiers Ehrlichia, Ehrlichiaceae, Ehrlichieae, Anaplasmataceae, Rickettsiales et Classification de l'ordre des Rickettsiales.

 

Systématique

 

En mai 1983, C. Suto isole une souche bactérienne (la souche Asuke = AS145 = ATCC VR-1411) de la rate d'un rongeur sauvage (Eothenomys kageus*) capturé au Japon à proximité de la ville de Asuke. La présence de morulas dans les macrophages et l'existence de communautés antigéniques avec ¤ Ehrlichia canis suggéraient l'appartenance de cette souche au genre Ehrlichia.

L'analyse de la séquence de l'ARNr 16S révèle une parenté phylogénétique avec ¤ Ehrlichia chaffeensis (97,9 p. cent d'homologie) et dans une moindre mesure avec ¤ Ehrlichia ewingii (97,5 p. cent d'homologie), ¤ Ehrlichia canis (96,9 p. cent d'homologie) et ¤ Ehrlichia ruminantium (96,7 p. cent d'homologie). Ultérieurement, d'autres études portant sur l'ARNr 16S ou sur la séquence de l'opéron groESL ou sur la séquence du gène codant pour la citrate synthétase ont permis de confirmer cette affiliation.
L'analyse antigénique (Western blot) révèle des communautés antigéniques avec ¤ Ehrlichia chaffeensis, ¤ Ehrlichia canis et ¤ Ehrlichia ewingii.

La description des espèces du genre Ehrlichia ne peut reposer que sur un nombre limité de caractères phénotypiques et, pour Anderson et al., la séquence des ARNr 16S est le principal critère à prendre en compte. Aussi, compte tenu des caractères phénotypiques et de la parenté phylogénétique avec d'autres Ehrlichia sp., Wen et al. (1995) proposent de placer la souche AS145 au sein d'une nouvelle espèce pour laquelle ils valident la nomenclature de Ehrlichia muris.
On peut cependant remarquer que, selon Stackebrandt et Goebel, des souches bactériennes appartiennent à des espèce différentes lorsque les séquences des ARNr 16S présentent un pourcentage d'homologie inférieur à 97 et que la description d'une nouvelle espèce devrait reposer sur un minimum de cinq à dix souches (voir Christensen et al. 2001 ou Rosselló-Mora et Amann 2001).

En raison de ses affiliations phylogénétiques, Ehrlichia muris était placée au sein du groupe génomique I de la tribu des Ehrlichieae (voir tableau I). Selon Dumler et al. la notion de tribu doit être abandonnée et le genre Ehrlichia (restreint aux seules espèces du groupe génomique I) appartient à la famille des Anaplasmataceae.

 

Caractères bactériologiques

 

Outre les caractères du genre Ehrlichia, Ehrlichia muris est une bactérie polymorphe de 0,4 à 1,5 µm de longueur sur 0,2 à 1,5 µm de diamètre. La culture peut être obtenue en utilisant la lignée cellulaire DH82 (macrophages de chiens) ou la lignée P338D1 (macrophages de souris). Le milieu de culture (minimum essential medium) doit contenir 10 p. cent de sérum de veau fœtal et 2 mM de L-glutamine et les cultures doivent être incubées à 37 °C dans une atmosphère contenant 5 p. cent de dioxyde de carbone.
Après culture dans les cellules P338D1, les morulas de Ehrlichia muris contiennent un matériel fibrillaire et elles renferment soit des corps élémentaires soit des corps réticulés soit un mélange de corps élémentaires et de corps réticulés. Comme c'est le cas pour les autres espèces du genre Ehrlichia, les corps élémentaires et les corps réticulés sont capables de se diviser.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Les données concernant l'habitat et le pouvoir pathogène sont très fragmentaires.

Dix souches de Ehrlichia muris ont été isolées de Apodemus speciosus (9 souches) et de Apodemus argenteus (1 souche) capturés au Japon dans la région de Tokyo.
Par immunofluorescence des anticorps ont été mis en évidence, au Japon, chez d'autres rongeurs sauvages, chez des chiens, des singes, des ours, des cervidés, des sangliers et même chez l'homme. Toutefois, compte tenu de l'existence de communautés antigéniques entre Ehrlichia muris et d'autres Ehrlichia, ces données sont à considérer avec prudence tant que la bactérie n'aura pas été caractérisée chez ces diverses animales ou chez l'homme.
Ehrlichia muris a été isolée de Haemaphysalis flava et il est probable que cette tique soit l'un des vecteurs de germes. Haemaphysalis flava n'a été identifiée qu'au Japon et en Corée mais la distribution géographique de Ehrlichia muris semble large car des séquences d'ADNr 16S, identiques à la séquence de la souche AS145, ont été mises en évidence chez des ixodes (Ixodes persulcatus) récoltées en Russie, près de Saint-Pétersbourg et dans la région de Perm' (Oural).

Même si l'animal hébergeant la souche AS145 présentait une splénomégalie, le pouvoir pathogène naturel de Ehrlichia muris est inconnu. Expérimentalement, l'inoculation intrapéritonéale de Ehrlichia muris à des souris de laboratoire provoque une anorexie et un abattement mais moins de 1 p. cent des animaux succombent. A l'autopsie, on note une splénomégalie, une hépatomégalie modérée, une adénite des nœuds lymphatiques et une légère ascite. Sur des frottis colorés par le Giemsa, des morulas sont visibles dans les macrophages de la rate et du péritoine.
Chez le chien, l'inoculation par voie intraveineuse de la souche AS145 ne provoque aucun signe clinique. Seule une réponse immunitaire faible (titre des anticorps de 20) et fugace (apparition des anticorps à la troisième semaine et disparition à la quatrième semaine) est observée.

 

Diagnostic et sensibilité aux antibiotiques

 

Comme pour les autres Ehrlichia sp., l'isolement est réservé à des laboratoires spécialisés. Il en va de même pour les tests d'immunofluorescence qui ont été réalisés en utilisant comme antigènes des cellules péritonéales de souris infectées. Les tests de PCR (amplification de l'ADNr 16S, ou du gène gltA ou de l'opéron groESL) ne sont pas réalisés en routine.

À la connaissance de l'auteur, la recherche in vitro de la sensibilité aux antibiotiques n'a pas été effectuée mais l'administration de tétracycline, de doxycycline ou d'oxytétracycline protège les souris d'une infection expérimentale. En revanche, la pénicilline G ou les sulfamides sont inactifs et la streptomycine n'a qu'une efficacité limitée.

 

Orientation bibliographique

 

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Deux tableaux annexés à cet article sont disponibles uniquement sur Internet au format PDF :
Additional Table 1. Similarity matrix of 16S rRNA sequences of selected ehrlichiae
Additional Table 2. Similarity matrix for groESL sequences of selected ehrlichiae

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* :
Eukaryota, Metazoa, Chordata, Craniata, Vertebrata, Euteleostomi, Mammalia, Eutheria, Rodentia, Sciurognathi, Muridae, Arvicolinae, Eothenomys, Eothenomys kageus.
Pour une photo de cet espèce voir sur le site du Gunma Museum of Natural History le fichier Eothenomys kageus

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