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Créé le 07 juin 1998
ERYSIPELOTHRIX RHUSIOPATHIAE
Autres dénominations :
Voir aussi les fichiers : ¤ Erysipelotrichia, Erysipelotrichales, Erysipelotrichaceae, ¤ Erysipelothrix et ¤ Erysipelothrix tonsillarum.
Systématique
Erysipelothrix rhusiopathiae est l'espèce type du genre ¤ Erysipelothrix qui comprend également deux autres espèces, Erysipelothrix inopinata (voir le fichier ¤ Erysipelothrix) et ¤ Erysipelothrix tonsillarum. Pour de plus amples informations sur la systématique de cette espèce, voir le fichier ¤ Erysipelothrix.
Caractères bactériologiques
Erysipelothrix rhusiopathiae présente tous les caractères du genre ¤ Erysipelothrix.
Cette bactérie est très proche de ¤ Erysipelothrix tonsillarum (tableau I). En pratique, ces deux espèces se différencient (i) par l’acidification du saccharose ; (ii) par la présence d’une N-acétyl-bêta-glucosaminidase (galerie Api ZYM) présente chez 90 p. cent des souches de Erysipelothrix rhusiopathiae contre 24 p. cent des souches de Erysipelothrix tonsillarum et (iii) par la détermination du sérovar. En effet, l’utilisation d’antigènes polysaccharadiques, obtenus à partir de souches autoclavées, permet de reconnaître par immunodiffusion double en gel plusieurs sérovars. Initialement, seuls 2 sérovars, A et B, avaient été décrits et les souches ne réagissant pas avec les immunsérums spécifiques étaient placées dans le groupe N. Ultérieurement, de nombreux autres sérovars ont été identifiés et ils sont actuellement désignés par des chiffres arabes. Compte tenu de l’individualisation de ¤ Erysipelothrix tonsillarum, l’espèce Erysipelothrix rhusiopathiae regroupe :
En galerie API Coryne, une réponse variable est observée pour les tests pyrazinamidase, pyrrolidonyl arylamidase, bêta-galactosidase, uréase et acidification du ribose. Les résultats sont négatifs pour les tests bêta-glucuronidase, alpha-glucosidase, gélatinase, acidification du maltose et du glycogène. Verbarg et al. ont étudié les caractères bactériologiques des trois espèces du genre ¤ Erysipelothrix en utilisant des galeries API 32 STREPT et des galeries Biolog GP. Leurs résultats figurent dans le tableau II.
Habitat et pouvoir pathogène
Habitat Le principal réservoir de Erysipelothrix rhusiopathiae est constitué par le porc et 30 à 50 p. cent des animaux sains semblent héberger cette bactérie dans les amygdales ou dans les nœuds lymphatiques ou au niveau de la valvule iléo-caecale. Ces porteurs sains excrètent le germe dans leurs fèces, dans leurs sécrétions orales et dans leurs sécrétions nasales. Cette excrétion conduit à une contamination du milieu environnant.
D’autres espèces animales constituent également un réservoir puisque plus de 50 espèces de mammifères (dont la moitié sont des rongeurs), plus de 30 espèces d’oiseaux, des reptiles (crocodiles, caimans), des poissons, des crustacés, des coquillages et des arthropodes peuvent héberger Erysipelothrix rhusiopathiae. Les oiseaux domestiques ou sauvages ainsi que les rongeurs sont une source de contamination, notamment pour le porc.
Le rôle du sol en tant que réservoir est encore controversé mais, il semble que la bactérie ne puisse pas s’y multiplier. Erysipelothrix rhusiopathiae fait preuve d’une résistance importante pour une bactérie non sporulée. Elle résiste plusieurs semaines dans l’eau et dans le sol (la survie, plus longue à pH basique et à basse température, n’excède cependant pas 35 jours), plusieurs années dans du fumier de porc, plusieurs mois dans des matières organiques en putréfaction, 9 mois dans les cadavres, 6 mois dans les salaisons. Elle est cependant sensible à tous les désinfectants usuels et détruite par un chauffage de 15 minutes à 55 °C. Pouvoir pathogène pour les animaux Certaines souches sont pathogènes pour les mammifères (notamment les porcs et les ovins mais aussi les caprins, les bovins, les équins, les chiens, les visons, les cervidés, les rongeurs, les kangourous, les baleines, les dauphins...) et les oiseaux. Les principales voies de contamination sont les voies digestive ou cutanée à la faveur de plaies ou de lésions minimes. Les farines de poisson ont été mises en cause comme source de contamination des porcs et des oiseaux. L’infection peut également être transmise par des insectes piqueurs et par des tiques.
Chez le porc, Erysipelothrix rhusiopathiae est responsable d’une maladie contagieuse connue sous le nom de rouget du porc. Les sérovars 1, 2, 4, 5, 6, 9, 11, 13, 15, 16, 18, 19 et 21 sont susceptibles d’entraîner une maladie chez le porc, mais ce sont les sérovars 1 et 2 qui sont responsables des infections les plus fréquentes et les plus sévères. Le sérovar 1 et particulièrement le sérovar 1a est plus volontiers isolé de septicémies alors que le sérovar 2 domine dans les infections subaiguës et chroniques. Le porc est souvent un porteur de germes et l’expression clinique de l’infection nécessite des facteurs favorisant : lésions podales, plaies cutanées, traumatismes opératoires, vaccination, transport, maladies intercurrentes, variations climatiques, changement alimentaire brusque...
Chez les ovins, le rouget se traduit principalement par des arthrites et polyarthrites observées chez les agneaux et évoluant souvent vers une ankylose. Les septicémies, les endocardites, les infections cutanées ou les avortements sont possibles mais rares. Un cas de pneumonie a également été décrit chez une brebis. La maladie succède volontiers à une castration, à une caudectomie ou à la tonte. L’infection des volailles conduit à une septicémie entraînant la mort en 24 à 48 heures et provoquant un taux de mortalité de 20 à 50 p. cent. Les principales espèces affectées sont les dindons, les poulets, les oies et les canetons, mais de nombreuses autres espèces peuvent occasionnellement être victime du rouget (faisans, cailles, perdrix, pintades, martinets, oiseaux de proie, ratites...). En Australie, le sérovar 21 est responsable d’épidémies dans les élevages d’émeus. Les animaux atteints sont cyanosés, ils présentent une diarrhée ainsi que des lésions hémorragiques des muscles du bréchet et des cuisses. Des baisses du taux d'éclosion des œufs, accompagnées d’une forte mortalité au démarrage des poussins sont également notées. Chez les autres espèces animales, le rouget provoque des endocardites, des arthrites, des septicémies et chez les mammifères marins des abcès sous-cutanés. Pouvoir pathogène pour l'homme
L’homme se contamine essentiellement par une inoculation accidentelle résultant d’une autopsie, de la manipulation de carcasses, de la manipulation d’abats, de la manipulation d’os, de la manipulation de peau, de la manipulation de poissons ou de la manipulation de crustacés. Le rouget humain est donc principalement une zoonose professionnelle.
Trois formes cliniques principales sont observées :
D'autres formes cliniques ont été décrites : arthrites septiques (dont une consécutive à une arthroscopie), un cas de péritonite chez un individu dyalisé, un cas de fasciite chez une femme diabétique, un cas d'abcès crânien...
Facteurs de pathogénicité
Les facteurs de pathogénicité sont encore mal connus. In vitro, les souches virulentes sont plus adhérentes que les souches avirulentes et cette adhésion est liée à des protéines de surface et notamment aux protéines SpaA (surface protective antigen), RspA (rhusiopathiae surface protein) et RspB.
Erysipelothrix rhusiopathiae est une bactérie intracellulaire facultative capable de survivre dans les macrophages péritonéaux de souris et les neutrophiles de porcs.
Erysipelothrix rhusiopathiae ne produit pas de toxine mais elle excrète une hyaluronidase et une neuraminidase.
Les arthrites pourraient résulter de l’activation des macrophages par les lymphocytes T. Les macrophages activés libèrent du TNF-a et de l’IL-1 qui induiraient des phénomènes inflammatoires dont des arthrites.
Diagnostic bactériologique
Erysipelothrix rhusiopathiae est placée dans le groupe des espèces présentant un risque de niveau 2 (voir le fichier ¤ "Classification des bactéries en fonction du risque d'infection pour l'homme") et la manipulation de prélèvements contaminés ou de cultures devra s'effectuer avec précautions (port de gants, manipulation sous postes de sécurité microbiologiques...).
Chez l’animal mort, les prélèvements sont constitués par les tissus lésés, le foie, les reins et la rate. Chez l’animal vivant, on prélèvera du sang en cas de septicémie ou du liquide synovial en cas d’arthrite.
L’isolement peut se réaliser sur gélose trypticase-soja au sang de mouton, sur gélose Columbia ou sur gélose cœur-cervelle enrichies au sang de cheval. Les boîtes sont incubées à 37 °C dans une atmosphère enrichie en 5 à 10 p. cent de dioxyde de carbone. En 24 heures, on observe des colonies punctiformes qui après 2 jours d’incubation s’entourent d’une zone de décoloration verdâtre. Ultérieurement, la culture devient diphasique avec présence de colonies de type S et R (voir le fichier ¤ Erysipelothrix).
Des milieux sélectifs, principalement utilisés en médecine vétérinaire, sont disponibles tels que le milieu de Packer contenant de l’azide de sodium (0,9 g/L) et du cristal violet (2g/L) ou une gélose sélective (dérivée du milieu liquide de Wood) contenant un mélange de néomycine (50 mg/mL), kanamycine (400 mg/mL), novobiocine (50 mg/mL), gentamicine (20 mg/mL) et vancomycine (25mg/mL ).
L’identification est basée sur les caractères morphologiques, sur l’immobilité, sur l’absence de catalase, sur l’absence d’hémolyse bêta, sur la présence d’une coagulase (produite par 99 p. cent des souches), sur la production d’hydrogène sulfuré et sur l’absence de pouvoir indologène.
Les caractères différentiels entre Erysipelothrix rhusiopathiae et ¤ Erysipelothrix tonsillarum sont présentés dans le tableau I.
Le diagnostic différentiel doit être fait avec d’autres bactéries à Gram positif :
D’autres techniques de diagnostic peuvent être mises en œuvre : l’immunofluorescence effectuée directement sur le prélèvement nécessite des anticorps spécifiques non disponibles dans tous les laboratoires et elle se révèle d’une sensibilité et d’une spécificité insuffisantes. Le test de protection de la souris nécessite également des anticorps spécifiques mais se révèle très intéressant pour confirmer l’identification. Plus récemment, des technique de PCR ont été mises au point et elles semblent rapides, sensibles et spécifiques.
Diagnostic sérologique
Le diagnostic sérologique par des techniques d’agglutination, d’hémagglutination passive, de fixation du complément, d’immunofluorescence ou d’immuno-enzymologie est possible mais il est peu utilisé en pratique. Une technique immuno-enzymatique utilisant un antigène de 65 kDa obtenu à partir d’une souche du sérovar 1a se révèle apte à mettre en évidence des anticorps dans le sérum de porcs infectés par le sérovar 1a mais aussi 1b et 2.
Sensibilité aux antibiotiques
Les espèces du genre Erysipelothrix sont sensibles aux pénicillines et notamment à la pénicilline G qui constitue l’antibiotique de choix pour un traitement, aux céphalosporines, à la ciprofloxacine, à l’érythromycine, à la clindamycine et à la tiamuline.
Chez l'homme allergique aux bêta-lactamines, la ciprofloxacine constitue une bonne alternative au traitement par la pénicilline.
Prophylaxie
La prophylaxie médicale repose sur l’utilisation de sérums ou de vaccins. Lors d’une épidémie, l’utilisation de sérum, produit généralement sur chevaux, peut être très utile pour protéger temporairement (environ 2 semaines) les porcelets jusqu’à ce qu’ils puissent être vaccinés. Le sérum est également utilisé dans le traitement même si son utilisation est souvent délaissée au profit d’une antibiothérapie.
Deux types de vaccin peuvent être utilisés :
Dans les régions contaminées la vaccination concerne les truies et les animaux après sevrage (exempts d’anticorps d’origine maternelle) afin d’éviter la création d’une population porteuse de germes et susceptible d’extérioriser l’infection après un stress.
Orientation bibliographique
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