J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 08 décembre 2004

 

FUSOBACTERIUM CANIFELINUM

 

Le genre Fusobacterium rassemble des bacilles polymorphes, à Gram négatif, anaérobies, non sporulés, immobiles, chimio-organotrophes, capables de métaboliser la peptone et des sucres en produisant du butyrate, souvent de l'acétate et du lactate et, en moindres quantités, du propionate, du succinate, du formate et des alcools à courtes chaînes.
Le genre Fusobacterium n'est plus considéré comme un représentant de la famille des Bacteroidaceae et il est généralement classé dans la famille des "Fusobacteriaceae" (ordre de "Fusobacterales", classe des "Fusobacteria", phylum ou division des "Fusobacteria", domaine ou empire des "Bacteria").
Si un bactériologiste admet la validité de tous les remaniements taxonomiques proposés, à la date du 08 décembre 2004, le genre Fusobacterium comprend 14 espèces et sept sous-espèces. La dernière espèce décrite est Fusobacterium canifelinum.

La nomenclature de Fusobacterium canifelinum (souche type RMA 1036 = ATCC BAA-689 = DSM 15542) a été effectivement publiée en août 2004 et validement publiée le 15 novembre 2004 par inscription sur la liste de validation n° 100.

Fusobacterium canifelinum a été décrit sur la base de 14 souches ressemblant à Fusobacterium nucleatum, mais présentant un caractère tout à fait inhabituel, une résistance intrinsèque et stable aux fluoroquinolones.
. Dix de ces souches ont une origine humaine. Neuf d'entre elles proviennent de plaies infligées par des morsures de chiens (5 souches) ou de chats (4 souches). La dixième souche a été isolée d'une infection des tissus mous de la jambe chez un patient diabétique souvent léché par son chien.
. Quatre des souches ont une origine des infections animales. Une souche a été isolée d'un abcès chez le chien et trois souches ont été isolées chez le chat à partir des bronches, d'une oreille et d'un lavage trachéal.

Le séquençage des espaces intergéniques ARNr 16S-ARNr 23S et le séquençage des ARNr 16S, effectués sur les 14 souches, révèlent des homologies de séquence comprises entre 99 et 100 p. cent. Le taxon phylogénétiquement le plus proche est Fusobacterium nucleatum subsp. nucleatum (souche type ATCC 25586 et souche ATCC 23726) suivi de Fusobacterium nucleatum subsp. animalis (souche type ATCC 51191).
Les hybridations ADN-ADN placent les 14 souches dans une même genomospecies puisque les pourcentages d'homologie obtenus varient de 75 à 92 (voir le fichier ¤ "Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne").
L'homologie ADN-ADN entre la souche RMA 1036 et la souche type de Fusobacterium nucleatum subsp. nucleatum est de 44 p. cent ce qui montre que la genomospecies qui inclut les 14 souches résistantes aux fluoroquinolones est une genomospecies distincte.

Les souches de Fusobacterium nucleatum sont constituées de fins bacilles à Gram négatif aux extrémités effilées (coloration effectuée après culture sur une gélose Brucella ou dans un bouillon au thioglycolate), indologènes, fermentant faiblement le fructose et le glucose (pH final compris entre 5,6 et 6,0) en formant de l'acide butyrique et de l'acide lactique, n'acidifiant ni le lactose ni le maltose ni le mannose ni le raffinose ni le saccharose, convertissant la thréonine (mais pas le lactate) en propionate*, ne cultivant pas en présence de 20 p. cent de bile, n'hydrolysant pas l'esculine et donnant une réponse négative aux tests présents dans une galerie API ZYM à l'exception d'une réponse faiblement positive au test phosphoamidase.
En utilisant une technique de dilution en gélose, toutes les souches présentent une CMI** supérieure à 4 µg/mL vis-à-vis de la lévofloxacine, de la mixofloxacine, de la gatifloxacine, de la gémifloxacine et des autres fluoroquinolones. Cette résistance résulte de la présence de multiples mutations dans les gènes gyr codant pour l'ADN gyrase, cible de l'activité des fluoroquinolones.
D'autres caractères ainsi que les principaux caractères permettant de différencier les espèces et sous espèces du genre Fusobacterium isolées chez les animaux sont donnés dans le tableau I.

Après deux jours d'incubation en anaérobiose et à 37 °C, les colonies obtenues sur une gélose Brucella au sang enrichie en hémine et en vitamine K sont convexes, opaques avec un aspect granuleux, à bord légèrement irrégulier et leur diamètre est de 1 à 2 mm.

L'identification de Fusobacterium canifelinum s'avérera sans doute difficile pour un laboratoire non spécialisé dans l'étude des bactéries anaérobies. La principale difficulté consistera à montrer que la souche isolée appartient bien au genre Fusobacterium. Une fois l'identification de genre réalisée, la mise en évidence d'une résistance aux fluoroquinolones permettra de caractériser Fusobacterium canifelinum, seule espèce du genre Fusobacterium capable de résister à ces antibiotiques.

Fusobacterium canifelinum a été isolé de diverses infections chez les carnivores domestiques (Cf. supra), mais son habitat normal est certainement la cavité orale puisque cette bactérie est isolée de plaies chez l'homme mordu ou léché par le chien ou le chat.
Fusobacterium canifelinum est donc l'agent d'une zoonose infectieuse pouvant être transmise à l'homme par morsure ou léchage.

 

Orientation bibliographique

 

CITRON (D.M.) : Update on the taxonomy and clinical saspects of the genus Fusobacterium. Clin. Infect. Dis., 2002, 35 (Suppl. 1), S22-S27.

CONRADS (G.), CITRON (D.M.), MUTTERS (R.) JANG (S.) et GOLDSTEIN (E.J.C.) : Fusobacterium canifelinum sp. nov., from the oral cavity of cats and dogs. Syst. Appl. Microbiol., 2004, 27, 407-413.

CONRADS (G.), CLAROS (M.C.), CITRON (D.M.), TYRRELL (K.L.), MERRIAM (V.) et GOLDSTEIN (EJ.) : 16S-23S rDNA internal transcribed spacer sequences for analysis of the phylogenetic relationships among species of the genus Fusobacterium. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2002, 52, 493-499.

EUZÉBY (J.P.) : Fusobacterium in : List of Procaryotic Names with Standing in Nomenclature.

MOORE (W.E.C.), HOLDEMAN (L.V.) et KELLEY (R.W.) : Genus II. Fusobacterium Knorr 1922, 4AL. In : N.R. KRIEG et J.G. HOLT (éds.), Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology, vol. 1, The Williams & Wilkins Co, Baltimore, 1984, pp. 775-781.

 

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* : Conversion de la thréonine et du lactate en propionate.

La technique de ces tests est décrite à la page 631 du volume 1 de la première édition du Bergey's Manual of Systematic Bacteriology.

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** : CMI (Concentration Minimale Inhibitrice).

Pour des renseignements sur la CMI, voir le fichier ¤ "Evaluation in vitro de la sensibilité des bactéries aux antibiotiques".

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