J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 18 juin 1998

 

GARDNERELLA VAGINALIS, GARDNERELLA VAGINALIS-LIKE ORGANISMS

 

Autres dénominations : "Haemophilus hemolyticus vaginalis" "Corynebacterium vaginale", Haemophilus vaginalis.

 

Systématique

 

Gardnerella vaginalis, unique représentant du genre Gardnerella, occupe une position intermédiaire entre les bactéries à Gram négatif et les bactéries à Gram positif (Gardnerella vaginalis possède un lipo-polysaccharide et, au microscope électronique, l’aspect de la paroi est celui d’une bactérie à Gram négatif, mais la composition chimique de la paroi présente des similitudes avec celle d’une bactérie à Gram positif et elle est sensible aux antibiotiques actifs sur les germes à Gram positif). Ce germe a été dénommé Haemophilus vaginalis par Gardner et Dukes en 1955 puis "Corynebacterium vaginale" par Zinnemann et Turner en 1963. Il figure dans les Approved Lists of Bacterial Names sous le nom de Haemophilus vaginalis mais l’étude des homologies ADN - ADN ne révèle aucune homologie avec les Haemophilus sp. et il a été transféré dans le nouveau genre Gardnerella. Le genre Gardnerella est actuellement placé dans la classe des ¤ Actinobacteria, sous-classe des Actinobacteridae, ordre des Bifidobacteriales, famille des Bifidobacteriaceae.

 

Caractères bactériologiques

 

Gardnerella vaginalis est un bacille de 1 à 2,5 mm de longueur sur 0,3 à 0,5 mm de diamètre, d’aspect granuleux, Gram variable (des formes à Gram positif subsistent dans les jeunes cultures), immobile, aéro-anaérobie facultatif, dépourvu de catalase et d’oxydase, à métabolisme fermentatif, possédant une alpha-glucosidase et une leucine arylamidase et hydrolysant le plus souvent l’hippurate. Le fructose, le galactose, le glucose, le maltose et le mannose sont régulièrement fermentés. En revanche, le cellobiose, l’inositol, le mannitol, le rhamnose et le sorbitol ne sont pas fermentés et un résultat variable est obtenu pour l’amidon, le lactose, le ribose, le saccharose et le xylose.

En se basant sur la présence d’une lipase, d’une bêta-galactosidase et sur l’hydrolyse de l’hippurate, il est possible de distinguer 8 biovars (schéma de Piot et al.).

Cette bactérie pousse mal en milieu liquide et, d’une manière générale, elle se révèle délicate à cultiver et elle supporte mal les repiquages. Sur gélose Columbia au sang de mouton incubée dans une atmosphère humide et enrichie en CO2, les colonies ne sont visibles qu’en 48 heures, elles ne dépassent pas 0,5 à 1 mm de diamètre, elles sont rondes, opaques et lisses. Aucune hémolyse n’est visible sur gélose au sang de mouton par contre, une hémolyse de type bêta est notée en présence de sang de lapin ou de sang humain (gélose Gardnerella bioMérieux). La culture peut-être inhibée par un disque de métronidazole chargé à 50 mg ou par un disque de poly-anétholsulfonate de sodium. Aucune culture n’est observée sur gélose de MacConkey.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Gardnerella vaginalis a pour habitat le vagin de la femme et 20 à 40 p. cent de femmes saines sont porteuses. Cette bactérie peut se transmettre par voie sexuelle mais elle a également été isolée de femmes vierges. C’est une bactérie retrouvée fréquemment lors de vaginoses soit comme seul germe pathogène soit en association avec des bactéries anaérobies : Bacteroides sp., Mobiluncus sp., Peptococcus sp. Les biovars les plus souvent en cause sont les biovars possédant une lipase (biovars 1, 2, 3 et 4).

Gardnerella vaginalis provoque également des troubles génito-urinaires variés chez la femme et moins souvent chez l’homme (uréthrites, cystites, balano-posthites, prostatites et sans doute épididymites). Plus rarement, des endométrites et des bactériémies ont été notées chez la femme lors de délivrance et, encore plus rarement on a observé des bactériémies chez l’homme (il est vraisemblable que de nombreux cas de bactériémies ou de septicémies soient ignorés car la plupart des milieux utilisés dans les flacons d’hémoculture contiennent du poly-anétholsulfonate de sodium comme anticoagulant). Enfin, il existe de rares cas d’atteintes néonatales.

 

En 1990, Salmon et al. rapportent le premier cas d’isolement de cette bactérie à partir d’une espèce animale. En effet, Gardnerella vaginalis (identification confirmée par les Centers for Disease Control d’Atlanta) a été isolée du tractus génital de 4 juments apparemment saines. Il convient de remarquer que dans cette étude, un kit d’identification commercialisé conduisait à identifier le germe comme étant une souche de Streptococcus acidominimus. Ultérieurement, la même équipe isole de 93 juments 31 souches de Gardnerella vaginalis et 70 souches qualifiées de Gardnerella vaginalis-like organisms. Les principaux caractères permettant de différencier Gardnerella vaginalis des Gardnerella vaginalis-like organisms figurent dans le tableau I. En 1992, Higgins et al. rapportent l’isolement de six souches supplémentaires de Gardnerella vaginalis à partir d’écouvillonnages utérins de juments.

Le pouvoir pathogène pour la jument de Gardnerella vaginalis et des Gardnerella vaginalis-like organisms est inconnu. La plupart des animaux semblent être de simples porteurs de germes et Gardnerella vaginalis est isolée avec d’autres bactéries (Streptococcus sp., Corynebacterium sp., Staphylococcus sp., entérobactéries). Toutefois, ces bactéries ont également pu être isolées en culture pure chez des juments atteintes d’infertilité ou présentant une leucorrhée ou ayant présenté un avortement.

 

Diagnostic bactériologique

 

L’isolement est réalisé sur des géloses au sang ou mieux sur des géloses au sang enrichies. Par exemple, Salmon et al. utilisent une gélose trypticase soja contenant 5 p. cent de sang de mouton, 1 p. cent de sérum de cheval et 1 p. cent d’extrait de levure. D’autres milieux peuvent être utilisés comme la gélose Gardnerella (ou "vaginalis agar") qui est une gélose Columbia additionnée de 5 p. cent de sang humain ou une gélose chocolat + isovitalex. L’incubation des milieux doit se faire à 37 °C dans une atmosphère humide et contenant 5 à 10 p. cent de CO2. Les colonies apparaissent alors en 48 heures.

Des milieux sélectifs, comme la gélose Columbia ANC (15 mg/mL d’acide nalidixique, 10 mg/mL de colistine et 2 mg/mL d’amphotéricine B) enrichie de 5 p. cent de sang de mouton ou d’homme, limitent ou inhibent la croissance des micro-organismes associés. Les caractères d’orientation reposent sur l’aspect des colonies, l’absence d’hémolyse sur gélose au sang de mouton, la présence d’une hémolyse bêta en présence de sang humain, la coloration de Gram, l’absence de catalase et d’oxydase. La confirmation du diagnostic sera apportée par l’étude des tests biochimiques qui peut être réalisée en plaque API Strep et en plaque API ZYM. L’inhibition de la culture par le métronidazole et le poly-anétholsulfonate de sodium permet également de confirmer l’identification de Gardnerella vaginalis mais, les souches de Gardnerella vaginalis-like organisms sont résistantes au poly-anétholsulfonate de sodium et généralement résistantes au métronidazole (voir tableau I).

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

La sensibilité aux antibiotiques a été surtout étudiée pour Gardnerella vaginalis. Cette bactérie est sensible aux bêta-lactamines, à l’érythromycine, à la pristinamycine, à la clindamycine, à la vancomycine, à la novobiocine et au métronidazole. Une résistance est notée pour la colistine, l’acide nalidixique, les sulfamides et la néomycine. Les tétracyclines et les sulfamides donnent des résultats variables selon les souches.

Les souches de Gardnerella vaginalis-like organisms ont une sensibilité variable vis-à-vis du métronidazole et des sulfamides.

 

Orientation bibliographique

 

BRISELDEN (A.M.) et HILLIER (S.L.) : Longitudinal study of the biotypes of Gardnerella vaginalis. J. Clin. Microbiol., 1990, 28, 2761-2764.

DEBRUERES (J.) et SEDALLIAN (A.) : Isolement et identification de Gardnerella vaginalis. Path. Biol., 1985, 33, 687-692.

HANSEN (W.) : Gardnerella vaginalis. In : J. FRENEY, F. RENAUD, W. HANSEN et C. BOLLET : Manuel de bactériologie clinique, Collection Option BIO, Elsevier, Amsterdam, 1994, volume 3, pp. 1465-1479.

HIGGINS (R.), MESSIER (S.) et BADA (R.) : Isolation of Gardnerella vaginalis from the genital tract of six mares. Can. Vet. J., 1992, 33, 745-746.

SALMON (S.A.), WALKER (R.D.), CARLETON (C.L.) et ROBINSON (B.E.) : Isolation of Gardnerella vaginalis from the reproductive tract of four mares. J. Vet. Diagn. Invest., 1990, 2, 167-170.

SALMON (S.A.), WALKER (R.D.), CARLETON (C.L.), SHAH (S.) et ROBINSON (B.E.) : Characterization of Gardnerella vaginalis and G. vaginalis-like organisms from the reproductive tract of the mare. J. Clin. Microbiol., 1991, 29, 1157-1161.

 

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