J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

home

Créé le 22 mars 2005

 

GUGGENHEIMELLA, GUGGENHEIMELLA BOVIS 

 

Systématique

 

La dermite digitée est une infection contagieuse du pied des bovins. Le pied des bovins étant en permanence souillé par la terre, des débris végétaux et des fèces, il est normal de mettre en évidence dans les lésions de nombreuses bactéries dont plusieurs ne sont pas identifiées. Les principaux micro-organismes caractérisés sont Campylobacter sputorum, Fusobacterium necrophorum, Fusobacterium nucleatum, Mycoplasma fermentans, Mycoplasma hyopharingis, Porphyromonas levii, Prevotella bivia, Prevotella denticola, Prevotella oralis, Treponema sp., ¤ Treponema brennaborense...
Une étude bactériologique, effectuée sur deux bovins atteints de dermite digitée et provenant de deux élevages suisses, a permis à Wyss et al. d'isoler, en grand nombre, des bacilles à Gram positif, immobiles, non sporulés, anaérobies et doués d'un pouvoir protéolytique.

Deux souches de ces bacilles à Gram positif  (une souche isolée de chacun des deux bovins) ont été sélectionnées pour des études complémentaires.
Les séquences des ARNr 16S sont identiques pour les deux souches et elles montrent que ces souches appartiennent au phylum des "Firmicutes". Les espèces phylogénétiquement les plus proches sont Tindallia magadiensis suivie de Eubacterium saphenum, de diverses espèces du genre Eubacterium et de Mogibacterium timidum. Toutefois, les pourcentages d'homologie obtenus entre l'ARNr 16S de la souche type de Tindallia magadiensis et les ARNr 16S des deux souches isolées des bovins n'excèdent pas 90, valeur compatible avec la création d'un nouveau genre.
Les souches d'origine bovine peuvent être caractérisées par leur caractères phénotypiques si bien que, le 18 mars 2005, Wyss et al. valident la publication du nouveau genre Guggenheimella et de l'espèce Guggenheimella bovis.

Le genre Guggenheimella est placé dans la famille des Clostridiaceae (ordre des Clostridiales, classe des "Clostridia", division ou phylum des "Firmicutes", domaine ou empire des "Bacteria").

 

Caractères bactériologiques

 

La définition du genre Guggenheimella est la suivante :
Courts bacilles à Gram positif, immobiles, non sporulés, anaérobies, non saccharolytiques, mésophiles et possédant un peptidoglycane du type A4β (voir le fichier ¤ "Classification des peptidoglycanes selon Schleifer et Kandler").

Outre les caractères du genre, les souches de Guggenheimella bovis rassemblent des bactéries de 0,4 à 0,5 µm de diamètre sur 1,5 µm de longueur, possédant un G + C p. cent de 44,4, donnant une réponse positive (galeries API ZYM) aux tests phosphatase alcaline, phosphatase acide, estérase C4, estérase C8, leucine arylamidase, chymotrypsine et naphtol-AS-BI-phosphohydrolase.

La croissance est observée pour des températures comprises entre 33 et 37 °C (aucune culture n'est obtenue à 25 ou à 45 °C), pour un pH variant de 6,5 à 9,0 (optimum compris entre 7,5 et 8,0) et elle n'est pas stimulée par la présence de sucres*.
Après 7 à 10 jours de culture en anaérobiose et à 37 °C, les colonies obtenues sur une gélose OMIZ-Pat** ou sur une gélose Columbia au sang (5 p. cent de sang laqué d'origine humaine) sont blanchâtres, opaques et leur diamètre est d'environ 0,5 mm.
En bouillon OMIZ-Pat, un trouble est observé en trois jours.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Les souches de Guggenheimella bovis ont été isolées de bovins présentant une dermite digitée. Cette affection du pied se traduit par des lésions inflammatoires, ulcératives, pouvant évoluer vers la formation de lésions verruqueuses. Les lésions sont principalement localisées sur la face palmaire ou plantaire, dorsalement aux talons, au-dessus de la région interdigitée. Au sein d'un troupeau, la maladie apparaît brutalement, se propage rapidement et peut concerner jusqu'à 70 p. cent des animaux. Un traitement local (parage des lésions suivi d'une application de violet de gentiane et de tétracyclines sous forme d'aérosol) ou le parage des lésions suivi d'un traitement général (tétracycline par voie intraveineuse) permettent d'obtenir la guérison.

Cette maladie, également connue sous les noms de dermite digitée papillomateuse ou de papillomatose digitée ou de dermite verruqueuse ou de footwarts ou de maladie de Mortellaro, a été décrite pour la première fois en Italie en 1974. Par la suite, elle a été mise en évidence dans de nombreux pays (Europe, Amérique du Nord, Asie, Afrique, Australie) et elle est à l'origine de boiteries importantes et de pertes économiques (amaigrissement, diminution de la production lactée).

Le pouvoir protéolytique de Guggenheimella bovis suggère que cette bactérie est l'un des agents étiologiques de la dermite digitée.

 

Diagnostic bactériologique

 

Compte tenu de la difficulté à isoler et à identifier cette bactérie, le diagnostic bactériologique ne sera sans doute pas utilisé en routine.

Wyss et al. ont isolé Guggenheimella bovis de biopsies effectuées à la limite du tissu sain et du tissu enflammé. Après broyage, l'isolement a été réalisé par une technique de dilution-limite sur des milieux OMIZ-Pat enrichis de 1 p. cent de sérum humain et rendus sélectifs par adjonction de 100 mg/L de fosfomycine, de 1 mg/L de rifampicine, de 5 mg/L de polymyxine et de 30 mg/L d'acide nalidixique.

L'utilisation de galeries API ZYM permet de différencier Guggenheimella bovis des espèces phylogénétiquement apparentées (voir le tableau I).

 

Orientation bibliographique

 

BLOWEY (R.W.) et SHARP (M.W.) : Digital dermatitis in dairy cattle. Vet. Rec., 1998, 122, 505-508.

COLLIGHAN (R.J.) et WOODWARD (M.J.) : Spirochaetes and other bacterial species associated with bovine digital dermatitis. FEMS Microbiol. Lett., 1997, 156, 37-41.

MANSKE (T.), HULTGREN (J.) et BERGSTEN (C.) : Topical treatment of digital dermatitis associated with severe heel-horn erosion in a Swedish dairy herd. Preventive Vet. Med., 2002, 53, 215-231.

READ (D.H.) et WALKER (R.L.) : Papillomatous dermatitis (footwarts) in California dairy cattle: clinical and gross pathologic findings. J. Vet. Diagn. Invest., 1998, 10, 67-76.

SCHRANK (K.), CHOI (B.K.), GRUND (S.), MOTER (A.), HEUNER (K.), NATTERMANN (H.) et GÖBEL (U.B.) : Treponema brennaborense sp. nov., a novel spirochaete isolated from a dairy cow suffering from digital dermatitis. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 43-50.

WYSS (C.) : Growth of Porphyromonas gingivalis, Treponema denticola, T. pectinovorum, T. socranskii, and T. vincentii in a chemically defined medium. J. Clin. Microbiol., 1992, 30, 2225-2229.

WYSS (C.), CHOI (B.K.), SCHÜPBACH (P.), GUGGENHEIM (B.) et GÖBEL (U.B.) : Treponema maltophilum sp. nov., a small oral spirochete isolated from human periodontal lesions. Int. J. Syst. Bacteriol., 1996, 46, 745-752.

WYSS (C.), DEWHIRST (F.E.), PASTER (B.J.), THURNHEER (T.) et LUGINBÜHL (A.) : Guggenheimella bovis gen. nov., sp. nov., isolated from lesions of bovine dermatitis digitalis. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2005, 55, 667-671.

 

AVIS JURIDIQUE IMPORTANT : Les informations qui figurent sur ce site sont soumises à une clause de non responsabilité et sont protégées par un copyright.

 

 

* :
Les sucres testés par Wyss et al. (à la concentration de 2 g/L) sont les suivants : amidon, D-arabinose, L-arabinose, D-cellobiose, D-fructose, D-fucose, L-fucose, D-galactose, acide D-galacturonique, D-glucose, acide D-glucuronique, glycogène, D-lactose, D-maltose, D-mannitol, D-mannose, D-mélibiose, L-rhamnose, D-ribose, D-saccharose, L-sorbose, D-tréhalose, D-xylose et L-xylose.

Retour

 

 

** : Milieux OMIZ (Oral Microbiology and Immunology, Zürich)

Le milieu OMIZ-W1 est un milieu synthétique complexe dont la description et le mode de préparation sont donnés dans la référence Wyss 1992 (article disponible gratuitement sur Internet : http://www.pubmedcentral.nih.gov/picrender.fcgi?artid=265483&blobtype=pdf).

À partir de ce milieu, l'adjonction de glutathion, d'asialofétuine, d'une fraction méthanol-soluble d'extraits de levure et d'une fraction désionisée de "Neopeptone Difco" permet d'obtenir le milieu OMIZ-WP (voir la référence Wyss et al. 1996 disponible gratuitement sur Internet : http://ijs.sgmjournals.org/cgi/reprint/46/3/745).

Le milieu OMIZ-Pat est obtenu en ajoutant des sucres (D-mannose, D-arabinose, D-tréhalose, D-saccharose et D-rhamnose) au milieu OMIZ-WP (voir la référence Wyss et al. 1996).

Retour