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Créé le 18 décembre 2002
HELICOBACTER BIZZOZERONII, HELICOBACTER SALOMONIS
Voir aussi le fichier Helicobacter
Systématique
La première observation de bactéries spiralées dans l'estomac des chiens est attribuée à Rappin (1881) puis, quelques années plus tard, des observations similaires ont été rapportées par Bizzozero et Salomon. Entre les années 1909 et 1920, plusieurs travaux ont été consacrés à ces germes et, à partir de 1958, les examens en microscopie électronique ont permis d'étudier la structure de ces bactéries. Ces germes avaient reçu diverses dénominations telles que "Spirillum rappini", "Spirillum stomachii", "Spirochaete regaudi", "Spirella canis" ou "Spirella regaudi" mais aucune d'entre elles ne fut retenue dans les Approved Lists of Bacterial Names.
La nomenclature de Helicobacter bizzozeronii, validement publiée en 1996, a été proposée pour 10 souches isolées de l'estomac de chiens et différant des souches typiques de ¤ Helicobacter felis par leur ultrastructure. L'électrophorèse des protéines cellulaires et les hybridations ADN - ADN révèlent que ces souches forment une espèce distincte de ¤ Helicobacter felis.
La description de Helicobacter salomonis, nomenclature validement publiée en 1997, repose sur l'examen de huit souches isolées de la muqueuse gastrique de chiens et primitivement dénommées "Helicobacter group 2". Ces souches diffèrent des souches de ¤ Helicobacter felis et de Helicobacter bizzozeronii par leur morphologie et leur mobilité. Elles présentent entre elles plus de 90 p. cent d'homologie ADN - ADN alors que les pourcentages d'homologie ADN - ADN obtenus avec les souches types de ¤ Helicobacter felis et de Helicobacter bizzozeronii sont inférieurs à 39.
La comparaison des séquences des ARNr 16S montre que Helicobacter bizzozeronii, ¤ Helicobacter felis, Helicobacter salomonis et ¤ "Candidatus Helicobacter heilmannii" sont phylogénétiquement apparentés (les ARNr 16S présentent plus de 98 p. cent d'homologie de séquence) et qu'ils forment un groupe distinct au sein des Helicobacter sp. Ce groupe est apparenté aux autres hélicobactéries isolées de l'estomac à l'exception de ¤ Helicobacter mustelae qui est phylogénétiquement apparenté aux espèces isolées de l'intestin (notamment à ¤ Helicobacter pametensis).
Caractères bactériologiques
Helicobacter bizzozeronii et Helicobacter salomonis possèdent les caractères du genre Helicobacter (voir fichier ¤ Helicobacter). Les caractères publiés par l'équipe du département "Food and Environmental Hygiene" de la Faculté de Médecine Vétérinaire de l'Université d'Helsinki" sont variables selon leurs publications et il faut considérer avec une certaine prudence les résultats donnés ci-dessous.
Les souches de Helicobacter bizzozeronii sont constituées de bacilles spiralés, à Gram négatif, de 0,3 µm de diamètre sur 5 à 10 µm de longueur, donnant des formes coccoïdes dans les vieilles cultures, dépourvus de fibre périplasmique, mobiles grâce à la présence de 10 à 20 flagelles entourés d'une gaine protéique et présents à chacune des extrémités de la cellule. L'ultrastructure de Helicobacter bizzozeronii est comparable à celle du type morphologique 3 de Lockard et Boler.
Helicobacter salomonis se présente sous la forme de bactéries spiralées (spires lâches), à Gram négatif, de 0,8 à 1,2 µm de diamètre sur 5 à 7 µm de longueur, donnant des formes coccoïdes dans les vieilles cultures, dépourvues de fibre périplasmique, mobiles (la mobilité est lente et se fait selon des mouvements ondulants) grâce à la présence de 10 à 23 flagelles entourés d'une gaine protéique et présents à une ou deux extrémités de la cellule. L'ultrastructure de Helicobacter salomonis évoque la morphologie des bactéries décrites par Weber et Schmittdiel mais ne correspond à aucun des trois types morphologiques de Lockard et Boler.
Habitat et pouvoir pathogène
La muqueuse gastrique du chien (Canis familiaris) peut être colonisée par plusieurs espèces d'hélicobactéries : "Flexispira rappini" (voir le fichier ¤ "Caractères généraux des genres Helicobacter et "Flexispira"), ¤ Helicobacter bilis, Helicobacter bizzozeronii, ¤ Helicobacter felis, Helicobacter salomonis* et diverses espèces encore innomées. L'infection du chien par ¤ Helicobacter pametensis, mentionnée dans une publication de Lecoindre et al., ne semble pas avoir été décrite (la source utilisée par Lecoindre et al. 2000 est l'article de Eaton et al. 1996 qui ne fait pas état d'une telle infection).
Selon les enquêtes, la prévalence de l'infection gastrique des chiens par une ou plusieurs des espèces citées ci-dessus varie de 41 à 100 p. cent.
Par des tests de PCR, Helicobacter bizzozeronii et, beaucoup plus rarement, Helicobacter salomonis ont été mis en évidence dans la muqueuse gastrique du chat.
Une souche de Helicobacter bizzozeronii*** a été isolée de la muqueuse gastrique de l'homme et des tests de PCR ont mis en évidence Helicobacter bizzozeronii et Helicobacter salomonis dans l'estomac de l'homme. On ne peut donc exlure que ces espèces soient l'agent de zoonoses.
Diagnostic bactériologique et sérologique
Les prélèvements sont constitués par des biopsies faites sous endoscopie ou, chez les animaux autopsiés, par un raclage de muqueuse gastrique.
La réalisation d'un test rapide à l'urée exploite la propriété de Helicobacter bizzozeronii et de Helicobacter salomonis à synthétiser une uréase. Cette épreuve, qui peut être réalisée par le vétérinaire ayant effectué la biopsie, fait appel soit à des tests commercialisés soit à l'utilisation d'un milieu standard pour la détection d'une uréase (par exemple, placer la biopsie dans 200 µL d'une solution composé de 0,33 M d'urée, 0,02 p. cent d'azide de sodium, 0,02 p. cent de rouge de phénol et 10 mM de tampon phosphate à pH 6,5). Une réponse positive est en faveur d'une infection par une ou plusieurs espèces du genre Helicobacter mais elle ne donne aucune indication sur l'espèce (ou les espèces) en cause. La rapidité d'obtention d'une réponse positive est corrélée au nombre de bactéries.
L'examen anatomopathologique des biopsies (coloration standard ou mieux coloration de Warthin Starry, coloration de Giemsa, coloration au crésyl violet...) est le moyen de diagnostic le plus utilisé en médecine vétérinaire. Elle nécessite un observateur entraîné et elle ne permet pas d'identifier l'espèce. Cet examen peut également se réaliser sur un prélèvement recueilli à l'aide d'une cytobrosse passée par le canal opérateur de l'endoscope.
La culture est rarement effectuée en routine car sa sensibilité n'est pas bonne et elle n'est réalisée que si le test à l'urée donne un résultat positif en 60 minutes. Au moins trois raisons peuvent expliquer le manque de sensibilité de la culture : (i) la croissance de Helicobacter bizzozeronii et de Helicobacter salomonis est difficile à obtenir in vitro ; (ii) la colonisation de l'estomac par les hélicobactéries est hétérogène (la mise en culture de plusieurs biopsies pourrait augmenter la sensibilité mais elle est difficilement envisageable pour un simple diagnostic) et (iii) la présence de contaminants dont l'importance peut être limitée en effectuant les biopsies sur des animaux à jeun.
L'amplification des gènes codant pour les ARNr 16S ne permet pas de différencier Helicobacter bizzozeronii, ¤ Helicobacter felis et Helicobacter salomonis (les homologies de séquence de ces trois espèces sont supérieures à 98, 2 p. cent) et il en va de même pour l'analyse du polymorphisme des fragments de restriction (technique RFLP) des amplicons des gènes codant pour les ARNr 23S.
Les hybridations ADN-ADN et l'électrophorèse des protéines cellulaires (effectuée selon la technique standardisée de Jalava et al. 1998) permettent de différencier Helicobacter bizzozeronii, ¤ Helicobacter felis et Helicobacter salomonis mais ces techniques sont trop lourdes pour être mises en œuvre dans le cadre d'un simple diagnostic. En conclusion, des tests réalisables en routine (recherche de l'uréase, examen anatomopathologique, PCR et voire même culture) permettent de mettre en évidence des Helicobacter sp. dans l'estomac des chiens mais aucun de ces test ne possède une spécificité suffisante pour permettre un diagnostic différentiel entre les diverses espèces. Le diagnostic sérologique est considéré comme satisfaisant en terme de sensibilité et de spécificité pour le diagnostic des infections humaines à Helicobacter pylori. Des tests ELISA ou des tests ELISA couplés à une technique de Western-blot ont été utilisés chez le chien. La sensibilité et la spécificité du test ELISA utilisé par Strauss-Ayali et al. sont de 52,6 p. cent et de 95,6 p. cent alors que la sensibilité et la spécificité de l'utilisation conjointe d'un test ELISA et d'un Western-blot sont de 79,8 p. cent et de 95,6 p. cent. Ces techniques sérologiques se contentent de mettre en évidence des anticorps réagissant avec les Helicobacter sp. avec, pour une prévalence de l'ordre de 77 p. cent, une valeur prédictive positive qui est au mieux de 98,4 p. cent et une valeur prédictive négative de 58,2 p. cent.
Sensibilité aux antibiotiques et traitement
La sensibilité de Helicobacter bizzozeronii et de Helicobacter salomonis aux antibiotiques ne semble pas avoir fait l'objet d'études systématiques. Toutefois, Hänninen et al. (1998) rapportent que la sensibilité des souches vis-à-vis du métronidazole est variable et que la CMI de certaines souches peut être supérieure à 15 mg/L.
La plupart des traitements réalisés en médecine vétérinaire sont calqués sur les traitements utilisés chez l'homme lors d'infections à Helicobacter pylori : une association de deux antibiotiques (par exemple amoxicilline et clarithromycine ou métronidazole et clarithromycine), un inhibiteur de la pompe à protons (nécessaire pour obtenir une élévation du pH favorable à une meilleure activité des antibiotiques) et, éventuellement, bismuth.
Compte tenu de l'absence d'expression clinique clairement établie, de la difficulté à éradiquer les germes, de la possibilité de réinfection et de l'incertitude concernant une éventuelle transmission à l'homme, il ne semble pas toujours opportun de traiter les animaux infectés par Helicobacter bizzozeronii et/ou Helicobacter salomonis.
Orientation bibliographique
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Le tableau I de l'article publié en 1999 par Jalava et al. indique que la souche Vilho de Helicobacter salomonis a été isolée de la muqueuse gastrique du chat. Toutefois, dans des articles publiés en 1997 et en 1998 Jalava et al. mentionnent que la souche Vilho a pour origine la muqueuse gastrique du chien ! En fait, il y a une erreur dans l'article de Jalava et al. 1999 et la souche Vilho est une souche d'origine canine. Helicobacter salomonis et Helicobacter bizzozeronii ont été mis en évidence par des tests de PCR dans l'estomac des chats, mais ils ne semblent pas avoir été isolés de cette espèce animale. Référence : JALAVA (K.) : Communication personnelle en date du 18 décembre 2002.
** : La population des chiens examinés par Jalava et al. est la suivante : 37 chiens cliniquement sains, 23 animaux souffrant de troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, douleurs abdominales), 18 chien euthanasiés pour des raisons inconnus et 17 chiens sains utilisés en expérimentation.
En 1999, Andersen et al. ont décrit une souche de "Helicobacter heilmannii" cultivable in vitro. Toutefois, des études ultérieures ont montré que cette souche appartenait à l'espèce Helicobacter bizzozeronii.
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