J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 05 mai 1999

 

HAEMOPHILUS FELIS

 

Voir aussi le fichier : ¤ Pasteurellaceae, Pasteurellales.

 

Systématique

 

En 1992, Inzana et al. isolent, du liquide de lavage trachéobronchique d'un chat atteint de troubles respiratoires, un bacille à Gram négatif, exigeant en facteur V (NAD), présentant des caractères bactériologiques proches de Haemophilus paraphrophilus et de Haemophilus parasuis. Compte tenu de l'exigence en facteur V et de la valeur du G + C p. cent de la souche type, les auteurs proposent de placer cette bactérie dans le genre Haemophilus.
Les résultats des hybridations ADN - ADN (réalisées avec les souches types de Haemophilus paracuniculus, Haemophilus suis, Haemophilus paraphrophilus, Haemophilus haemoglobinophilus ainsi qu'avec une souche de Haemophilus influenzae) montrent que cette bactérie constitue une nouvelle espèce et les auteurs proposent l'appellation de Haemophilus felis.

L'exigence en facteur V n'est plus considérée comme un critère suffisant pour placer une bactérie dans le genre Haemophilus et, en 1994, Inzana et al. reconnaissaient que des études complémentaires devraient être effectuées pour préciser la position taxonomique de cette bactérie. Bien qu'aucune étude supplémentaire n'ait été publiée, la nomenclature de Haemophilus felis a été validée, en 1999, par inscription sur la liste de validation n° 69.
Pour Olsson et Falsen (1994) et pour Falsen (1999, communication personnelle), il n'est pas certain que cette bactérie appartienne au genre Haemophilus ni même à la famille des Pasteurellaceae.

 

Caractères bactériologiques

 

Haemophilus felis est un bacille à Gram négatif, immobile, non sporulé, aéro-anérobie, catalase positive, oxydase négative, exigeant pour sa croissance la présence de NAD mais non exigeant en hémine (facteur X). D'autres caractères figurent dans le tableau I.

En galeries API NH, les résultats obtenus par Olsson et Falsen sont identiques pour les 7 souches testées :
. Une réponse positive est obtenue pour les tests acidification du glucose, du fructose, du maltose et du saccharose, lipase, phosphatase alcaline et bêta-galactosidase.
. Un résultat négatif est noté pour les tests pénicillinase, ornithine décarboxylase, uréase, proline arylamidase, gamma glutamyl transférase et indole.
. Le profil numérique obtenu (7170) semble caractéristique de Haemophilus felis.

La croissance est obtenue sur gélose au sang cuit (ou sur un milieu commercialisé comme une gélose chocolat polyvitex), sur gélose cœur-cervelle autour d'un disque contenant du facteur V, sur gélose cœur-cervelle enrichie en NAD (5 mg/mL) ou sur une gélose au sang à proximité d'une souche de Staphylococcus sp ou de Enterococcus sp. Aucune culture n'est observée sur une gélose au sang, sur une gélose cœur-cervelle non enrichie en NAD ou sur une gélose cœur-cervelle enrichie en hémine (10 mg/mL).
Sur gélose cœur-cervelle enrichie en NAD, les colonies ont un diamètre de 0,5 à 1,0 mm, elles sont rondes, très adhérantes à la gélose et pigmentées en jaune.
A l'isolement, Haemophilus felis est capnophile mais, après plusieurs repiquages, la présence de CO2 n'est plus requise.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

La première souche de Haemophilus felis a été isolée de l'appareil respiratoire d'un chat présentant des râles respiratoires et des anomalies pulmonaires et bronchiques. Par la suite, cette bactérie a été isolée d'autres chats atteints de troubles respiratoires (râles, rhinites, infections profondes), de chats souffrant de troubles oculaires (infections purulentes de l'œil, conjonctivites purulentes) et de chats présentant une pharyngite.

Il est également possible d'isoler Haemophilus felis du naso-pharynx de chats sains (la seule étude publiée fait état de l'isolement de 11 souches à partir du naso-pharynx de 6 chats sains sur un total de 28 chats testés) et il semble donc que cette bactérie soit un agent pathogène opportuniste.

 

Diagnostic bactériologique

 

Haemophilus felis est la seule espèce du genre Haemophilus susceptible de contaminer le chat et cette bactérie est encore méconnue. Aussi, les laboratoires de diagnostic recevant des prélèvements d'origine féline, n'ont pas l'habitude de rechercher les Haemophilus sp.

L'isolement doit être pratiqué sur une gélose au sang cuit ou sur une gélose chocolat polyvitex ou sur une gélose cœur-cervelle enrichie en NAD et les boîtes doivent impérativement être incubées à 35 - 37 °C dans une atmosphère enrichie de 5 à 7 p. cent de CO2.
La résistance à 300 mg/mL de bacitracine a été observée pour plus de la moitié des souches et l'utilisation conjointe d'une gélose au sang cuit (ou chocolat polyvitex) et d'une gélose au sang cuit (ou chocolat polyvitex) additionnée de 300 mg/mL de bacitracine peut aider à l'isolement de Haemophilus felis à partir de prélèvements contaminés.

L'identification reposera sur la mise en évidence de l'exigence en NAD*, sur l'indépendance vis-à-vis du facteur X*, sur la présence d'une catalase, sur l'absence d'oxydase, sur l'aspect des colonies et sur l'origine du prélèvement.
L'étude des autres caractères bactériologiques nécessite des techniques particulières parfois délicates à mettre en œuvre dans un laboratoire de diagnostic vétérinaire. Aussi, les méthodes traditionnelles seront avantageusement remplacées par l'utilisation d'une galerie API NH qui, pour Olsson et Falsen, donne de bons résultats.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

La détermination de la sensibilité aux antibiotiques par la méthode des disques nécessite le recours à un milieu particulier. Les auteurs de l'unique publication faisant état de la recherche de la sensibilité aux antibiotiques ont utilisé le milieu HTM** (Haemophilus Test Medium) incubé 18 heures à 35 °C dans une atmosphère contenant 7 p. cent de CO2.

Pour les 10 souches testées, une sensibilité a été observée vis-à-vis de la ceftriaxone, du chloramphénicol, de la ciprofloxacine, de l'imipénème, de l'oxytétracycline et de l'association triméthoprime-sulfaméthoxazole.

À l'exception d'une souche, Haemophilus felis est sensible au céfuroxime par contre, plusieurs souches résistent à l'ampicilline et à l'association ampicilline-acide clavulanique.

 

Orientation bibliographique

 

CCUG (Culture Collection, University of Göteborg, Sweden. Responsable : E. Falsen) : Search -Strains, bacterial names, literature.

INZANA (T.J.), JOHNSON (J.L.), SHELL (L.), KILIAN (M.) et MØLLER (K.) : Letter to the Editor. "Haemophilus felis": a potential pathogen for cats? Author's reply. J. Clin. Microbiol., 1994, 32, 858-859.

INZANA (T.J.), JOHNSON (J.L.), SHELL (L.), MØLLER (K.) et KILIAN (M.) : Isolation and characterization of a newly identified Haemophilus species from cats: "Haemophilus felis". J. Clin. Microbiol., 1992, 30, 2108-2112.

NIVEN (D.F.) et O'REILLY (T.) : Significance of V-factor dependency in the taxonomy of Haemophilus species and related organisms. Int. J. Syst. Bacteriol., 1990, 40, 1-4.

OLSSON (E.) et FALSEN (E.) : Letter to the Editor. "Haemophilus felis": a potential pathogen for cats? J. Clin. Microbiol., 1994, 32, 858-859.

 

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* Besoins en facteurs X et V (d'après: RENAUD (J.) et FRENEY (J.) : Haemophilus. In: J. FRENEY, F. RENAUD, W. HANSEN et C. BOLLET : Manuel de bactériologie clinique, 2ème édition, volume 3, Elsevier, collection Option Bio, Paris, 1994, pp. 1397-1419.) :

La technique la plus simple consiste à ensemencer, par inondation, une gélose dépourvue de facteur X et V comme une gélose trypticase soja puis à placer (après séchage) des disques du commerce imprégnés des facteurs X ou V ou X+V. Les disques doivent être conservés dans des conditions rigoureuses car les facteurs de croissance sont instables.

Le besoin en facteur V peut également s'étudier en utilisant une gélose dans laquelle on introduit, avant autoclavage, 5 à 10 p. cent de sang. Après autoclavage, le facteur X (thermostable) reste présent alors que le facteur V est détruit. Le facteur V sera alors apporté par une strie de staphylocoque (la croissance des staphylocoques apporte les facteurs X et V) ou d'entérocoque (la croissance des entérocoques apporte le facteur V mais pas le facteur X).

De nombreux milieux pouvant contenir de l'hémine (au moins à l'état de trace), le besoin en facteur X s'étudie de manière plus précise en ayant recours au test à la porphyrine.
Lorsqu'elles sont incubées en présence d'acide d -aminolévulinique, les souches X-indépendantes synthétisent du porphobilinogène ainsi que diverses porphyrines (uroporphyrinogène, coproporphyrinogène et protoporphyrine) qui sont des métabolites intermédiaires dans la synthèse de l'hémine. L'objet du test à la porphyrine est de caractériser soit le porphobilinogène soit la protoporphyrine.
Technique du test à la porphyrine :
. Préparer une solution d'acide d -aminolévulinique (Sigma) 2 mM avec MgSO4 0,8 mM dans du tampon phosphate 0,1 M pH 6,9.
. Répartir à raison de 0,5 mL dans des tubes en verre bouchés. La solution peut alors se conserver plusieurs mois à + 4 °C.
. Inoculer avec une anse pleine de culture, incuber 4 heures à 37 °C.
. Placer le tube sous une source UV à 360 nm. Une fluorescence rouge indique la présence de protoporphyrine et donc la possibilité de synthèse de l'hémine. La souche sera dite X-indépendante. En cas de réaction douteuse, la lecture peut être renouvelée après une incubation de 24 heures.
. Si le laboratoire ne dispose pas de la source UV, il est possible de rajouter dans le tube 0,5 mL de réactif de Kovacs puis de procéder à une agitation vigoureuse. Après séparation des phases, une coloration rouge dans la phase inférieure indique la présence de porphobilinogène et donc la possibilité de synthèse de l'hémine. Cette deuxième méthode nécessite de réaliser un témoin en incubant un tube sans acide d -aminolévulinique car la production éventuelle d'indole conduit à une coloration rouge dans la phase supérieure pouvant amener à une mauvaise interprétation.

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** : Milieu HTM = Haemophilus Test Medium (composition pour 1 litre) :

Infusion de bœuf : 300,0 g
Hydrolysat acide de caséine : 17,5 g
Agar : 17,0 g
Amidon : 1,5 g
Extraits de levure : 5,0 g
Supplément pour milieu HTM : 10,0 mL

Supplément pour milieu HTM (composition pour 10 mL) :

NAD : 0,03 g
Hémine : 0,03 g

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