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Créé le 15 octobre 1999
HAFNIA
Autre dénomination :
Note: Les souches de Hafinia alvei, isolées de cas de diarrhée chez les enfants et hébergeant le gène eae, ont été transférées en mai 2003 dans le genre Escherichia avec l'appellation de Escherichia albertii.
Systématique
Le genre Hafnia est l'un des genres de la famille des Enterobacteriaceae. Il est constitué d'une unique espèce, Hafnia alvei. La nomenclature de Hafnia a été proposée par Møller en 1954 puis son statut a évolué du genre à l'espèce ("Enterobacter alvei" ou "Enterobacter hafniae") voire à la sous-espèce ("Enterobacter aerogenes subsp. hafniae"). Des études de taxonomie numérique montrent que les souches nommées Hafnia alvei (ou "Enterobacter alvei" ou "Enterobacter hafniae" ou "Enterobacter aerogenes subsp. hafniae") paraissent suffisamment distantes des souches de Enterobacter sp. pour mériter un statut de genre. Ces résultats sont confirmés par des hybridations ADN - ADN qui révèlent un pourcentage d'homologie inférieur à 27 p. cent entre Hafnia alvei et les Enterobacter sp. De ce fait les nomenclatures de Hafnia et de Hafnia alvei, figurent dans les Approved Lists of Bacterial Names. Les résultats des hybridations ADN - ADN révèlent l'existence de 2 genomospecies au sein du taxon Hafnia alvei (pour la définition d'une genomospecies voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne). Toutefois, comme il est impossible de les distinguer par des caractères phénotypiques, ces deux genomospecies conservent le nom de Hafnia alvei. En 1973, Priest et al. ont identifié deux biogroupes au sein de l'espèce Obesumbacterium proteus et ils ont proposé de transférer ce taxon dans la genre Hafnia avec la nouvelle dénomination de "Hafnia protea". Cette proposition n'a pas été validement publiée et la nomenclature de "Hafnia protea" ne figure ni dans les Approved Lists of Bacterial Names ni dans une des listes de validation.
Caractères bactériologiques
Le genre Hafnia présente tous les caractères des Enterobacteriaceae*.
Selon Farmer (1999), les caractères obtenus après 48 heures d'incubation à 36 °C sont les suivants (en excluant les caractères communs à l'ensemble des entérobactéries) :
Hafnia alvei réduit les nitrates grâce à une nitrate réductase du type B** alors que la très grande majorité des entérobactéries possède une nitrate réductase du type A. Plus de 96 p. cent des souches de Hafnia alvei sont lysées par un bactériophage (le phage Hafnia 1672, couramment désigné sous le nom de phage Hafnia) isolé de l'eau en 1968 par Guinée et Valkenburg. Ce phage est spécifique de Hafnia alvei et il est commercialisé et utilisé pour le diagnostic de cette espèce (Cf. infra). Sur les milieux d'isolement classiques, gélose nutritive, gélose au sang, gélose lactosée de Drigalski, milieu BCP (gélose lactosée au bromocrésol pourpre), milieu EMB (éosine bleu de méthylène), gélose Salmonella-Shigella, gélose de MacConkey..., les colonies de Hafnia alvei ressemblent à des salmonelles (à l'exception de la production d'H2S). Elles apparaissent en effet comme des colonies lactose négative (sauf pour les souches ayant acquis un plasmide métabolique), irisées, un peu plates, rondes, d'un diamètre d'environ 2 mm après 24 heures d'incubation à 37 °C.
Habitat et pouvoir pathogène
L'habitat normal de Hafnia alvei est le sol et l'eau. Cette bactérie est également isolée de divers prélèvements d'origine humaine (coprocultures et plus rarement prélèvements effectués au niveau du rhino-pharynx, pus, expectorations, hémocultures, urines, prélèvements de bile, liquides gastriques), de prélèvements d'origine animale (bovins, moutons, porcs, chevaux, lièvres, chats, rongeurs, singes, diverses espèces d'oiseaux, diverses espèces de poissons) et d'aliments (fromages, laits, miels, saucisses, jambons, œufs, sardines). Hafnia alvei est parfois responsable de l'altération (production de gaz) des viandes emballées sous une atmosphère pauvre en oxygène. Pouvoir pathogène chez l'homme Hafnia alvei peut se comporter comme une bactérie pathogène opportuniste. Elle est rarement isolée, le plus souvent en milieu hospitalier et en association avec d'autres bactéries, lors de septicémies, de gastro-entérites, de pneumonies, d'abcès, d'infections urinaires et de plaies infectées.
En 1991, Albert et al. isolent ce germe, en culture pure, d’un cas de diarrhée chez un enfant de 9 mois et ces auteurs montrent que la souche est douée d’un pouvoir pathogène chez le lapin, qu’elle est capable d'adhérer à l’épithélium intestinal, qu’elle provoque une perte des villosités de l’iléon et du colon et qu’elle produit des lésions de la muqueuse comparables à celles provoquées par les pathovars entéropathogènes (souches EPEC) de Escherichia coli (lésions d’attachement effacement). Par contre, cette souche ne produit pas de toxine et ne possède pas de pouvoir invasif in vitro (cellules HeLa) ou in vivo (test de Sérény). Par la suite, la même équipe a isolé 6 autres souches ayant un pouvoir pathogène comparable et ils montrent que les 7 souches hébergent le gène eae (anciennement eaeA) caractéristique des souches entéropathogènes de Escherichia coli.
Pouvoir pathogène chez les poissons
Lors d’une épidémie de septicémie hémorragique de la truite, survenue en Bulgarie, les examens bactériologiques ont permis d'isoler, souvent en culture pure, une bactérie qui a été rapprochée du genre Brucella sur la base de ses caractères antigéniques (présence d’épitopes communs entre le lipo-polysaccharide de ce germe et le lipo-polysaccharide des brucelles sous forme S) ou de ¤ Yersinia ruckeri d’après certains caractères phénotypiques. En fait, des études d’hybridation ADN-ADN, la lyse par le phage Hafnia et une analyse plus approfondie des caractères biochimiques montrent que cette bactérie est Hafnia alvei.
Pouvoir pathogène chez les autres espèces animales
L'isolement de Hafnia alvei a été associé à des cas d'avortements de la jument, à des mammites chez la vache et à des pneumonies chez la chèvre.
Diagnostic bactériologique
Comme c'est le cas de la grande majorité des entérobactéries, l'isolement de Hafnia alvei ne pose pas de problèmes particuliers et cette bactérie pousse sur les milieux classiquement utilisés pour la recherche des entérobactéries, y compris sur les milieux pour coprocultures.
L'identification est plus délicate et des souches de Hafnia alvei sont parfois confondues avec des salmonelles H2S négative (les salmonelles ne sont toutefois jamais VP + alors que la grande majorité des souches de Hafnia alvei est VP + à 22 °C) ou avec Yersinia enterocolitica lorsque la souche est uréase positive (Yersinia enterocolitica se distingue de Hafnia alvei par ses caractères LDC -, sorbitol +, saccharose + et rhamnose -).
Quelques tests, simples à réaliser, peuvent confirmer l'identification de Hafnia alvei : la recherche d'une nitrate réductase de type B (Cf. caractères bactériologiques), la lyse par le phage Hafnia*** et l'absence de lyse par le phage Salmonella O:1***.
Sensibilité aux antibiotiques
Les données publiées sont peu nombreuses mais, comme pour la plupart des entérobactéries, la sensibilité aux antibiotiques varie selon les souches.
Orientation bibliographique
Bactériologie FARMER III (J.J.) : Other genera of the family Enterobacteriaceae In : N.R. KRIEG and J.G. HOLT (ed.), Bergey’s manual of systematic bacteriology, vol. 1, The Williams & Wilkins Co, Baltimore, 1984, pp. 506-516. FARMER III (J.J.) : Enterobacteriaceae: Introduction and identification. In : P.R. MURRAY, E.J. BARON, M.A. PFALLER, F.C. TENOVER et R.H. YOLKEN (éd.) : Manual of clinical microbiology, 7th edition, ASM Press, Washington, D.C., 1999, pp. 442-458. GAVINI (F.), FERRAGUT (C.), LEFEBVRE (B.) et LECLERC (H.) : Étude taxonomique d'entérobactéries appartenant ou apparentées au genre Enterobacter. Ann. Microbiol. (Inst. Pasteur), 1976, 127 B, 317-335. GREIPSSON (S.) et PRIEST (F.G.) : Numerical taxonomy of Hafnia alvei. Int. J. Syst. Bacteriol., 1983, 33, 470-475. HUYS (G.), CNOCKAERT (M.), JANDA (J.M.) et SWINGS (J.) : Escherichia albertii sp. nov., a diarrhoeagenic species isolated from stool specimens of Bangladeshi children. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 807-810. JANDA (J.M.), ABBOTT (S.L.), KHASHE (S.) et PROBERT (W.) : Phenotypic and genotypic properties of the genus Hafnia. J. Med. Microbiol., 2002, 51, 575-580. RICHARD (C.) : Entérobactéries rares et inhabituelles. Ass. Anc. Él. Inst. Pasteur, 1990, 32, 17-25. RICHARD (C.) et ALONSO (J.M.) : Une entérobactérie méconnue : Enterobacter hafniae. Bull. Inst. Pasteur, 1976, 74, 339-352. SAKAZAKI (R.) : Genus IX. Hafnia Møller 1954, 272AL. In : N.R. KRIEG and J.G. HOLT (ed.), Bergey’s manual of systematic bacteriology, vol. 1, The Williams & Wilkins Co, Baltimore, 1984, pp. 484-486. Autres publications AGUSTIN (E.T.) et CUNHA (B.A.) : Buttock abscess due to Hafnia alvei. Clin. Infect. Dis., 1995, 20, 1426. ALBERT (M.J.), ALAM (K.), ISLAM (M.), MONTANARO (J.), RAHMAN (A.S.M.H.), HAIDER (K.), HOSSAIN (M.A.), KIBRIYA (A.K.M.G.) et TZIPORI (S.) : Hafnia alvei, a probable cause of diarrhea in humans. Infect. Immun., 1991, 59, 1507-1513. AUSTIN (B.) et AUSTIN (D.A.) : Bacterial fish pathogens: disease of farmed and wild fish. Third (revised) edition, Springer, London, 1999, 457 pages. CHIZEKIE (P.U.) et GREENBERG (A.L.) : Community-acquired Hafnia alvei infection. Clin. Infect. Dis., 1997, 24, 527-528. FRANKEL (G.), CANDY (D.C.A.), EVEREST (P.) et DOUGAN (G.) : Characterization of the C-terminal domains of intimin-like proteins of enteropathogenic and enterohemorrhagic Escherichia coli, Citrobacter freundii, and Hafnia alvei. Infect. Immun., 1994, 62, 1835-1842. GAMAGE (S.D.), LUCHANSKY (J.B.) et INGHAM (S.C.) : Pulsed-field gel electrophoresis typing of Hafnia alvei isolated from chub-packed and retail ground beef. Lett. Appl. Microbiol., 1998, 26, 105-109. GELEV (I.) et GELEV (E.) : A new species of fish-pathogenic bacterium antigenically related to classical Brucellae. Zbl. Bakt. Hyg., 1988, A 263, 1-6. GELEV (I.), GELEV (E.), STEIGERWALT (A.G.), CARTER (G.P.) et BRENNER (D.J.) : Identification of the bacterium associated with haemorragic septicaemia in rainbow trout as Hafnia halvei. Res. Microbiol., 1990, 141, 573-576. GÜNTHARD (H.) et PENNEKAMP (A.) : Clinical significance of extraintestinal Hafnia alvei isolates from 61 patients and review of the literature. Clin. Infect. Dis., 1996, 22, 1040-1045. ISMAILI (A.), BOURKE (B.), DE AZAVEDO (J.C.S.), RATNAM (S.), KARMALI (M.A.) et SHERMAN (P.M.) : Heterogeneity in phenotypic and genotypic characteristics among strains of Hafnia alvei. J. Clin. Microbiol., 1996, 34, 2973-2979. JANDA (J.M.), ABBOTT (S.L.) et ALBERT (M.J.) : Prototypal diarrheagenic strains of Hafnia alvei are actually members of the genus Escherichia. J. Clin. Microbiol., 1999, 37, 2399-2401. JANDA (J.M.), ABBOTT (S.L.), KHASHE (S.) et PROBERT (W.) : Phenotypic and genotypic properties of the genus Hafnia. J. Med. Microbiol., 2002, 51, 575-580. RATNAM (S.) : Etiologic role of Hafnia alvei in human diarrheal illness. Infect. Immun., 1991, 59, 4744-4745. REAL (F.), FERNÁNDEZ (A.), ACOSTA (F.), ACOSTA (B.), CASTRO (P.), DÉNIZ (S.) et ORÓS (J.) : Septicemmia associated with Hafnia alvei in laying hens. Avian Dis., 1997, 41, 741-747. RIDELL (J.), SIITONEN (A.), PAULIN (L.), MATTILA (L.), KORKEALA (H.) et ALBERT (M.J.) : Hafnia alvei in stool specimens from patients with diarrhea and healthy controls. J. Clin. Microbiol., 1994, 32, 2335-2337. WESTBLOM (T.U.) et MILLIGAN (T.W.) : Acute bacterial gastroenteritis caused by Hafnia alvei. Clin. Infect. Dis., 1992, 14, 1271-1272.
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* : Caractères bactériologiques de la famille des Enterobacteriaceae : voir le fichier Enterobacteriaceae, "Enterobacteriales".
** : Détermination du type de nitrate réductase :
Pour une bactérie à métabolisme fermentatif, la possibilité ou l'impossibilité de croître dans une gélose viande-foie (VF) additionnée de chlorate de potassium permet de déterminer le type de nitrate réductase.
Ensemencer deux tubes de gélose VF avec une goutte d'une dilution de la culture à étudier de façon à avoir environ 200 millions de germes par mL (pour une entérobactérie, il suffit de diluer au 1/5 une culture en bouillon âgée de 24 heures). Rajouter dans l'un des tubes, une goutte de chlorate de potassium à 10 p. cent (la solution, dont il convient de vérifier la stérilité, se conserve à 37 °C dans des flacons hermétiquement bouchés). Homogénéiser par agitation. Incuber 24 heures à 37 °C. Après incubation, si la croissance en anaérobiose dans les 2 tubes est sensiblement identique, la bactérie possède une nitrate réductase de type B. Si la croissance anaérobie dans le tube avec chlorate est faible ou absente, la nitrate réductase est du type A. La majorité des entérobactéries possède une nitrate réductase du type A. Toutefois, les Edwardsiella sp., les Yersinia sp., Hafnia alvei et quelques souches de Providencia sp. et de Citrobacter amalonaticus possèdent une nitrate réductase de type B.
*** : Sensibilité aux phages Hafnia et Salmonella O:1 :
Environ 96 p. cent de souches de Hafnia alvei sont sensibles au phage Hafnia alors que les autres entérobactéries sont résistantes.
Le test se réalise sur un milieu faiblement gélosé, ensemencé par inondation avec une culture de densité comparable à celle utilisée pour un antibiogramme (obtention de colonies denses mais non complètement confluantes). Après séchage de la boîte (15 à 30 minutes à 37 °C), une goutte de chacune des suspensions phagiques est déposée en deux points éloignés de la gélose. Les boîtes sont séchées à proximité d'un bec bunsen puis incubées à 37 °C. La lecture s'effectue après 18 heures d'incubation. Si la souche bactérienne appartient à l'espèce Hafnia alvei, une zone de lyse ne sera observée qu'à l'endroit où a été effectué le dépôt du phage Hafnia.
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