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Créé le 12 décembre 2002
HELICOBACTER FELIS
Voir aussi le fichier Helicobacter
Systématique
Des bactéries semblables à des hélicobactéries ont été mises en évidence dans l'estomac du chat et du chien depuis plus de 100 ans. En 1970, l’examen en microscopie électronique de coupes de muqueuses gastriques de chiens avait permis à Lockard et Boler de décrire trois types morphologiques de bactéries spiralées dont deux se caractérisaient par la présence de fibres périplasmiques.
Trois ans plus tard, Paster et al. publient les résultats d'une étude portant sur la souche CS1 et sur six souches similaires isolées de l'estomac de chats (trois souches) ou de chiens (trois souches).
Caractères bactériologiques
Helicobacter felis possède les caractères du genre Helicobacter (voir fichier ¤ Helicobacter).
Les souches de Helicobacter felis sont constituées de bacilles spiralés (5 à 7 spires), à Gram négatif, de 0,4 µm de diamètre sur 5 à 7,5 µm de longueur, donnant des formes coccoïdes dans les vieilles cultures, très mobiles grâce à la présence de 7 à 10 flagelles entourés d'une gaine protéique et présents à chacune des extrémités de la cellule et généralement entourés de fibres périplasmiques isolées ou groupées par deux ou par trois. Ces fibres peuvent disparaître lors des repiquages et certaines souches, qualifiées d'atypiques, en sont dépourvues. L'ultrastructure des souches atypiques est comparable à la structure des souches de ¤ Helicobacter bizzozeronii, mais l'analyse électrophorétique des protéines montre que les souches de Helicobacter felis, dépourvues de fibres périplasmique, sont d'authentiques représentant de cette espèce.
Sur une gélose fraîchement préparée (une bonne croissance nécessite un taux d'humidité important), enrichie de 5 p. cent de sang cheval et incubée à 37 °C dans une atmosphère contenant environ 5 p. cent d'oxygène, la croissance se traduit par un film.
Habitat et pouvoir pathogène
La muqueuse gastrique des carnivores domestiques (Canis familiaris, Felis catus) peut être colonisée par plusieurs espèces d'hélicobactéries : "Flexispira rappini"** (chien), ¤ Helicobacter bilis (chien), ¤ Helicobacter bizzozeronii (chien, chat), Helicobacter felis (chat, chien), ¤ Helicobacter pametensis*** (chat), Helicobacter pylori (contamination occasionnelle du chat par l'homme), ¤ Helicobacter salomonis (chien, rarement chat) et diverses espèces encore innomées.
Selon les enquêtes, la prévalence de l'infection gastrique des carnivores domestiques par une ou plusieurs des espèces citées ci-dessus varie de 41 à 100 p. cent. Toutefois, l'infection par Helicobacter felis semble peu fréquente. Ainsi, les résultats de huit études, portant sur 169 chats et 205 chiens, ont permis d'isoler 4 souches de Helicobacter felis à partir de biopsies gastriques de chats et 16 souches à partir de biopsies gastriques de chiens.
Par des techniques immunologiques, Lee et al. (1988) montrent que le sérum de certains malades atteints de gastrite réagit plus fortement avec Helicobacter felis qu'avec Helicobacter pylori et, par coloration, ils mettent en évidence une bactérie morphologiquement proche de Helicobacter felis dans la muqueuse gastrique de deux patients. En 1991, Wegmann et al. montrent que l'ultrastructure d'une hélicobactérie, présente dans une biopsie d'estomac humain, est comparable à celle de Helicobacter felis. En 1994, Lavelle et al. mettent en évidence des hélicobactéries morphologiquement identiques d'une part dans l'estomac d'un chercheur et d'autre part dans l'estomac de ses chats d'expérience.
Expérimentalement, Helicobacter felis colonise l'estomac de la souris et du rat et l'infection de ces rongeurs constitue un modèle pour l'étude des infections humaines à Helicobacter pylori (étude de la pathogénie, essais de traitement, essais de vaccination...). Depuis 1995, un modèle d'infection expérimentale de la souris par Helicobacter pylori a été décrit et il est probable que le modèle Helicobacter pylori/souris sera plus utilisé que le modèle Helicobacter felis/rongeurs. De plus, l'infection expérimentale des rongeurs de laboratoire par Helicobacter felis dépasse le cadre de ce fichier et elle ne sera donc pas étudiée. Les lecteurs intéressés pourront se reporter aux références bibliographiques listées sous la rubrique "Orientation bibliographique".
Diagnostic bactériologique et sérologique
Les prélèvements sont constitués par des biopsies faites sous endoscopie (matériel à usage pédiatrique pour les animaux de petite taille) ou, chez les animaux autopsiés, par un raclage de muqueuse gastrique.
La réalisation d'un test rapide à l'urée exploite la propriété de Helicobacter felis à synthétiser une uréase. Ce test, qui peut être réalisé par le vétérinaire ayant effectué la biopsie, fait appel soit à des tests commercialisés soit à l'utilisation d'un milieu standard de détection d'uréase (par exemple, placer la biopsie dans 200 µL d'une solution composé de 0,33 M d'urée, 0,02 p. cent d'azide de sodium, 0,02 p. cent de rouge de phénol et 10 mM de tampon phosphate à pH 6,5). Une réponse positive est en faveur d'une infection par une ou plusieurs espèces du genre Helicobacter mais elle ne donne aucune indication sur l'espèce (ou les espèces) en cause. La rapidité d'obtention d'une réponse positive est corrélée au nombre de bactéries.
L'examen anatomopathologique des biopsies (coloration standard ou mieux coloration de Warthin Starry, coloration de Giemsa, coloration au crésyl violet...) est le moyen de diagnostic le plus utilisé en médecine vétérinaire. Elle nécessite un observateur entraîné et elle ne permet pas d'identifier l'espèce. Cet examen peut également se réaliser sur un prélèvement recueilli à l'aide d'une cytobrosse passée par le canal opérateur de l'endoscope.
La culture est rarement effectuée en routine car sa sensibilité n'est pas bonne et elle n'est réalisée que si le test à l'urée donne un résultat positif en 60 minutes. Au moins trois raisons peuvent expliquer le manque de sensibilité de la culture : (i) Helicobacter felis est une bactérie dont la croissance est difficile à obtenir in vitro ; (ii) la colonisation de l'estomac par les hélicobactéries est hétérogène (la mise en culture de plusieurs biopsies pourrait augmenter la sensibilité mais elle est difficilement envisageable pour un simple diagnostic) et (iii) la présence de contaminants dont l'importance peut être limitée en effectuant les biopsies sur des animaux à jeun.
L'amplification des gènes codant pour les ARNr 16S ne permet pas de différencier Helicobacter felis, ¤ Helicobacter bizzozeronii et ¤ Helicobacter salomonis (les homologies de séquence de ces trois espèces sont supérieures à 98, 2 p. cent) et il en va de même pour l'analyse du polymorphisme des fragments de restriction (technique RFLP) des amplicons des gènes codant pour les ARNr 23S.
Les hybridations ADN - ADN et l'électrophorèse des protéines cellulaires (effectuée selon la technique standardisée de Jalava et al. 1998) permettent de différencier Helicobacter felis, ¤ Helicobacter bizzozeronii et ¤ Helicobacter salomonis mais ces techniques sont trop lourdes pour être mises en œuvre dans le cadre d'un simple diagnostic. En conclusion, des tests réalisables en routine (recherche de l'uréase, examen anatomopathologique, PCR et voire même culture) permettent de mettre en évidence des Helicobacter sp. dans l'estomac des chiens et des chats mais aucun de ces test ne possède une spécificité suffisante pour permettre un diagnostic différentiel entre les diverses espèces. Le diagnostic sérologique est considéré comme satisfaisant en terme de sensibilité et de spécificité pour le diagnostic des infections humaines à Helicobacter pylori. Des tests ELISA ou des tests ELISA couplés à une technique de Western-blot ont été utilisés chez le chien et chez le chat. La sensibilité et la spécificité du test ELISA utilisé par Strauss-Ayali et al. sont de 52,6 p. cent et de 95,6 p. cent alors que la sensibilité et la spécificité de l'utilisation conjointe d'un test ELISA et d'un Western-blot sont de 79,8 p. cent et de 95,6 p. cent. Ces techniques sérologiques se contentent de mettre en évidence des anticorps réagissant avec les Helicobacter sp. avec, pour une prévalence de l'ordre de 77 p. cent, une valeur prédictive positive qui est au mieux de 98,4 p. cent et une valeur prédictive négative de 58,2 p. cent.
Sensibilité aux antibiotiques et traitement
Les souches de Helicobacter felis, étudiées par Paster et al., étaient sensibles à la céfalotine, à l'ampicilline, à l'érythromycine, au métronidazole et aux sels de bismuth.
La plupart des traitements réalisés en médecine vétérinaire sont calqués sur les traitements utilisés chez l'homme lors d'infections à Helicobacter pylori : une association de deux antibiotiques (par exemple amoxicilline et clarithromycine ou métronidazole et clarithromycine), un inhibiteur de la pompe à protons (nécessaire pour obtenir une élévation du pH favorable à une meilleure activité des antibiotiques) et, éventuellement, bismuth.
Compte tenu de l'absence d'expression clinique clairement établie, de la difficulté à éradiquer les germes, de la possibilité de réinfection et de la rareté d'une transmission à l'homme, il ne semble pas toujours opportun de traiter les animaux infectés par Helicobacter felis.
Orientation bibliographique
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Pour une bibliographie concernant l'utilisation de Helicobacter felis en tant que modèle d'étude des infections de l'homme par Helicobacter pylori, voir la référence SOLNICK (J.V.) et SCHAUER (D.B.) : Emergence of diverse Helicobacter species in the pathogenesis of gastric and enterohepatic diseases. Clin. Microbiol. Rev., 2001, 14, 59-97.
AVIS JURIDIQUE IMPORTANT : Les informations qui figurent sur ce site sont soumises à une clause de non responsabilité et sont protégées par un copyright.
* : Les espèces Helicobacter cinaedi, Helicobacter felis, Helicobacter fennelliae et Helicobacter nemestrinae (actuellement renommé Helicobacter pylori) ont toutes été proposées dans le numéro de Janvier 1991 de International Journal of Systematic Bacteriology. Il était donc impossible à Paster et al. de comparer Helicobacter felis à ces autres espèces. Des études phylogénétiques ultérieures ont cependant confirmé que Helicobacter felis constituait bien une espèce distincte.
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*** L'infection du chien par Helicobacter pametensis, mentionnée dans la publication Lecoindre et al. 2000, ne semble pas avoir été décrite. La source utilisée par Lecoindre et al. est l'article de Eaton et al. 1996 qui ne fait pas état d'une telle infection !
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