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Créé le 19 septembre 2003
HISTOPHILUS SOMNI
Voir aussi le fichier : ¤ Pasteurellaceae, Pasteurellales.
Systématique
La nomenclature de "Histophilus ovis" a été proposée en 1956 par Roberts pour une bactérie responsable de mammites chez la brebis. Deux ans plus tard, Kennedy et al. baptisent "Haemophilus agni" un germe responsable de septicémie chez des agneaux. En 1960, une bactérie phénotypiquement proche de "Haemophilus agni" a été isolée de bovins californiens atteints de méningo-encéphalite. Cette dernière bactérie, d'abord qualifiée de Haemophilus-like, a par la suite été dénommée "Haemophilus somnus" puis "Haemophilus somnifer"1.
Une étude taxonomique de ces bactéries était difficile à réaliser car (i) aucune souche type n'a été désignée pour ces différents taxons, (ii) les premières souches de "Histophilus ovis" ont été perdues et (iii) certaines souches qualifiées de "Haemophilus agni" ont été mal identifiées (c'est notamment le cas des souches HIM 494-5 et M650-1343 qui sont en fait des souches de ¤ Actinobacillus seminis). Toutefois, il existe de fortes ressemblances phénotypiques entre ces taxons et les études génétiques (détermination du G + C p. cent, hybridation ADN - ADN, hybridation ADN - ARNr, séquençage des ARNr 16S) montraient que toutes les souches étudiées appartenaient à une unique espèce constituant un nouveau genre au sein de la famille des Pasteurellaceae.
En 2003, Angen et al. étudient 19 souches préalablement décrites sous les noms de "Histophilus ovis", de "Haemophilus agni" ou de "Haemophilus somnus". Des tests d'hybridation ADN-ADN, préalablement effectués sur douze de ces souches, révélaient un pourcentage d'homologie supérieur à 91.
Sur le plan de la nomenclature, Angen et al. n'ont pas souhaité proposer "Histophilus ovis" car la plupart des souches sont isolées des bovins. Il était impossible de retenir "Histophilus somnus" car ce nom est grammaticalement incorrect. L'appellation "Histophilus somnifer" a été considérée comme un peu complexe et Angen et al. proposent Histophilus somni. Cette dénomination a été validement publiée le 12 septembre 2003 et elle DOIT s'imposer à tous les bactériologistes. Pour certains auteurs, les souches d'origine ovine et les souches d'origine bovine pourraient constituer deux sous-espèces différentes mais aucune proposition formelle n'a été formulée.
Caractères bactériologiques
Chronologiquement, le genre Histophilus est le huitième genre inclus dans la famille des Pasteurellaceae. Il rassemble des bacilles ou des coccobacilles à Gram négatif, immobiles, non sporulés, aéro-anaérobies, oxydase généralement positive (la réaction peut être faiblement positive), catalase négative (quelques rares souches seraient toutefois catalase positive), réduisant les nitrates, mésophiles, capnophiles, n'exigeant ni facteur X ni facteur V, fermentant le glucose sans production de gaz, produisant une phosphatase alcaline et donnant une réponse négative aux tests citrate de Simmons, uréase, VP, ADH, ODC, fermentation de l'adonitol et du L-sorbose.
Outre les caractères du genre Histophilus, les souches de Histophilus somni sont très généralement indologènes (des souches préalablement décrites sous le nom de "Haemophilus agni" ne produisent pas d'indole) et elles n'acidifient ni le D-fructose ni le maltose ni le saccharose ni le tréhalose.
En fait, Angen et al. insistent sur la variabilité des caractères phénotypiques en fonction des souches et des techniques utilisées. De ce point de vue, il est important de remarquer que les milieux classiquement utilisés pour l'étude des caractères biochimiques, même enrichis en thiamine monophosphate, ne permettent pas toujours une bonne multiplication bactérienne. Quelques exemples de résultats obtenus par Piechulla et al. et par Kirkham et al. sont donnés dans la note infrapaginale 2.
Histophilus somni n'exige ni le facteur X ni le facteur V, mais sa croissance requiert de la thiamine monophosphate. La bactérie ne cultive pas sur gélose de MacConkey. En revanche, la culture est obtenue sur divers milieux complexes incubés à une température de 36 ou de 37 °C (la croissance est nulle à 24 ou à 47 °C et faible à 30 ou à 43 °C). La croissance de la très grande majorité des souches nécessite l'adjonction de 5 à 10 p. cent de dioxyde de carbone. Dans les milieux peptonés, la culture est favorisée par l'addition de sang, d'Isovitalex, d'extraits de levure et de cystéine.
Habitat et pouvoir pathogène
Histophilus somni semble avoir une répartition géographique vaste (Australie, Amérique du Nord, Europe, Nouvelle Zélande…) et c'est un parasite des muqueuses des ruminants. Il est présent dans la flore des voies respiratoires supérieures et surtout dans la flore des voies génitales et urinaires. Histophilus somni est couramment isolé de la vessie, du prépuce, du sperme, du vagin, de la fosse clitoridienne... Chez les femelles, le taux d’isolement à partir de l’appareil génital varie de 6 à 29 p. cent selon les enquêtes. Le portage semble extrêmement répandu puisque plus de 25 p. cent des animaux présentent des anticorps.
Il semble exister une différence dans le pouvoir pathogène des différentes souches et plusieurs mécanismes susceptibles d'expliquer la virulence ont été mis en évidence :
L'expression clinique des infections à Histophilus somni succède à des agressions de nature variée : transport (Histophilus somni est une des bactéries impliquées dans le syndrome fièvre des transports ou "shipping fever"), regroupement d'animaux (les animaux rassemblés en ateliers d'engraissement présentent rapidement une augmentation du titre en anticorps spécifiques), maladies virales…
. Infections des voies génitales de la femelle pouvant induire une vulvite, une vaginite, une cervicite, une métrite. Il peut en résulter une infertilité, une mort embryonnaire précoce et des avortements avec placentite et rétention du placenta. Une infection in utero du veau serait à l'origine du "syndrome du veau faible" ("weak calf syndrome"). . Infections des voies génitales du mâle se manifestant par des orchites et des orchi-épidididymites suppurées, d’évolution chronique. Ces infections sont rares chez les bovins mais plus fréquentes chez les ovins. . Infections des voies respiratoires conduisant à des laryngites, à des trachéites, à des broncho-pneumonies suppurées et fibrineuses, à des pneumonies fibrineuses ou à des pleurésies fibrineuses. Ces atteintes respiratoires sont graves et peuvent conduire à des morts soudaines ou à la mortalité après un temps d’évolution très bref, de l’ordre de 24 heures. Les troubles respiratoires sont plus sévères chez les animaux exposés à d'autres infections (virus respiratoire syncytial bovin, virus de la rhinotrachéite infectieuse bovine, ¤ Mannheimia haemolytica, Pasteurella multocida…) et ils sont particulièrement fréquents, au moins en Amérique du Nord, chez les bovins en ateliers d'engraissement.
. Infections septicémiques ayant souvent un point de départ respiratoire. Histophilus somni est capable de se multiplier dans les monocytes et les macrophages, il est disséminé dans de nombreux tissus et se localise préférentiellement dans le cerveau, le cœur, les muscles, les articulations et les reins. Les symptômes varient avec les organes infectés et l’état de résistance des animaux.
. Infections diverses telles que otites, mammites chroniques, mammites gangréneuses, conjonctivites.
Diagnostic bactériologique
Le diagnostic par isolement et identification du germe manque de sensibilité et il est parfois impossible d'isoler Histophilus somni alors que les examens cliniques et anatomopathologiques orientent fortement vers un diagnostic d'histophilose.
Toutefois, d’après Martel, tous les laboratoires vétérinaires peuvent réaliser l’isolement de Histophilus somni à condition de disposer d’excellents prélèvements et de commémoratifs suffisamment précis pour orienter les recherches. Les prélèvements doivent être réalisés le plus rapidement possible après la mort de l’animal, dans des conditions de propreté rigoureuse (si possible de stérilité) et être transférés immédiatement au laboratoire où ils seront traités dans les meilleurs délais. L'isolement se réalise généralement sur deux boîtes de gélose Columbia enrichie de 5 p. cent de sang de mouton ou de bœuf. L'une des boîtes est incubée en présence de 10 p. cent de dioxyde de carbone et l'autre dans une atmosphère normale. Les boîtes sont examinées après 24 et 48 heures d'incubation. Le diagnostic de Histophilus somni est orienté par les caractères culturaux (présence de très petites colonies légèrement jaunâtres sur la gélose incubée en présence de dioxyde de carbone et absence de croissance ou croissance excessivement faible sur la gélose incubée dans une atmosphère normale), par les caractères morphologiques (petits bacilles immobiles à Gram négatif) et par les caractères biochimiques (oxydase positive, catalase négative, réduction des nitrates en nitrites, acidification du glucose, réponse négative aux tests uréase, hydrolyse de la gélatine, hydrolyse de l'esculine, production d'hydrogène sulfuré, citrate de Simmons, acidification de l'adonitol, du D-fructose, du D-galactose du maltose, du saccharose, du tréhalose et du L-sorbose).
Actuellement, le diagnostic fait principalement appel à la PCR. Ce test, amplifiant l'ADNr 16S, peut être mis en œuvre sur un écouvillon ou sur une culture. L'amplification en chaîne par polymérase est la technique de diagnostic la plus sensible notamment lorsqu'elle est réalisée sur un écouvillon. Cette sensibilité peut être un inconvénient car elle peut révéler des bactéries qui sont de simples contaminants (par exemple des bactéries inhalées), non impliquées dans la pathologie observée. L'immunohistochimie et l'hybridation in situ (utilisation d'une sonde marquée l'isothiocyanate de fluorescéine et dirigée contre une séquence de l'ADNr 16S) sont moins sensibles que la PCR mais elles permettent un examen histologique et une évaluation du rôle étiologique des bactéries identifiées. La sérologie (tests d'agglutination, fixation du complément ou tests immuno-enzymatiques) n'est plus guère utilisée. De nombreux animaux pouvant être infectés de manière inapparente, seule une séroconversion est susceptible d'apporter une aide au diagnostic.
Sensibilité aux antibiotiques
Histophilus somni est sensible à de nombreux antibiotiques : bêta-lactamines, colistine, aminosides, quinolones, tétracyclines, macrolides, sulfamides, florfénicol…
Prophylaxie
Outre les mesures de prophylaxie sanitaire, des vaccins inactivés et adjuvés (hydroxyde d'alumine ou adjuvants huileux) sont disponibles dans certains pays. Ces vaccins protègent contre les infections systémiques mais ils ne sont pas toujours aptes à prévenir les infections respiratoires. Dans de rares cas, les animaux vaccinés peuvent présenter des signes respiratoires plus intenses que les animaux non vaccinés. Ruby et al. ont montré que les vaccins induisent une production d'IgE détectable dès le 14ème jour et persistant durant au moins 45 jours. Pour ces auteurs, un mécanisme d'hypersensibilité de type I expliquerait, au moins partiellement, que certains animaux vaccinés développent des signes cliniques particulièrement intenses. L'administration d'antibiotiques (tétracyclines) dans l'aliment permettrait de réduire la mortalité dans les ateliers d'engraissement.
Orientation bibliographique
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1 :
2 : Caractères phénotypiques de Histophilus somni 1) Résultats obtenus par Piechulla et al.
. Une réaction positive est notée pour la réduction des nitrates en nitrites, la production d'ornithine décarboxylase (réaction généralement faiblement positive même en utilisant un inoculum important), l'acidification (toujours faible et sans gaz) du D-glucose et du D-mannose.
2) Acidification des sucres selon Kirkham et al. Les résultats de Kirkham et al. (48 souches étudiées) ont été obtenus après une semaine d'incubation. Ces auteurs observent une acidification du fructose, du glucose, du mannose, du sorbitol et du xylose mais une absence d'acidification de l'adonitol, de l'arabinose, du cellobiose, de la dextrine, du dulcitol, du lactose, du mélibiose, du raffinose, du rhamnose, de la salicine et du tréhalose.
3 : Description de la technique de PCR préconisée par Angen et al.
. Suspendre une colonie dans 100 µL d'eau distillée.
La taille des amplicons doit être de 400 pb.
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