J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 07 décembre 2002

 

HELICOBACTER PULLORUM

 

Voir aussi les fichiers Helicobacter et Helicobacter canadensis.

 

Systématique

 

La nomenclature de Helicobacter pullorum a été proposée en 1994 puis validement publiée en 1995 pour seize souches bactériennes ressemblant à des campylobactéries et isolées des caecums de poulets sains, du foie et de l'intestin de poules pondeuses présentant des lésions d’hépatite vibrionienne et des fèces de patients atteints d'entérites. Ces souches, d'abord dénommées "Chicken CLO (Campylobacter-like organisms) group", ont fait l'objet d'études phénotypiques et génotypiques.

Ces seize souches constituent une nouvelle genomospecies et l'analyse des séquences des ARNr 16S (effectuées sur sept souches) montrent que cette genomospecies appartient au genre Helicobacter (pour la définition d'une genomospecies voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne). Les caractères phénotypiques permettent une identification de ces souches et, comme elles sont fréquemment isolées des volailles, Stanley et al. les baptisent Helicobacter pullorum.

Les souches qualifiées de Helicobacter pullorum mais capables de produire une indoxyl acétate estérase ont été reclassées dans l'espèce ¤ Helicobacter canadensis.

Helicobacter pullorum est phylogénétiquement proche de ¤ Helicobacter canadensis et de ¤ Helicobacter pametensis et, dans une moindre mesure, de ¤ Helicobacter canis, de la souche CLO-3 (voir le fichier ¤ "Helicobacter cinaedi, Helicobacter fennelliae"), de "Flexispira rappini"*, de ¤ Helicobacter rodentium et de ¤ Helicobacter cinaedi.

 

Caractères bactériologiques

 

Helicobacter pullorum possède les caractères du genre Helicobacter (voir fichier ¤ Helicobacter).

Helicobacter pullorum est un bacille à Gram négatif, non sporulé, légèrement incurvé, de 3 à 4 µm de longueur sur 0,3 à 0,5 µm de diamètre, mobile grâce à un unique flagelle polaire non entouré d'une gaine, micro-aérophile, inactif sur les sucres.

Selon les diverses études réalisées, les caractères phénotypiques ne sont pas toujours identiques ce qui peut s'expliquer par le faible nombre de souches étudiées et par des différences dans les techniques utilisées.
. Un caractère positif pour 95 p. cent des souches ou plus est noté pour les tests oxydase, réduction des nitrates et croissance à 42 °C (toutefois, 22 p. cent des souches étudiées par Atabay et al. 1998, ne cultivent pas à 42 °C) et résistance à la céfalotine (disque chargé à 32 µg).
. Une réponse négative pour 95 p. cent des souches ou plus est observée pour les tests uréase, hydrolyse de l'hippurate, DNase, indoxyl acétate estérase, croissance à 25 °C, croissance en aérobiose, croissance dans une atmosphère micro-aérophile dépourvue d'hydrogène, croissance en présence de 1 p. cent de glycine, croissance en présence de 0,05 p. cent de safranine, croissance en présence de 2 p. cent de NaCl et croissance sur une gélose de MacConkey.
. Une réponse variable selon les souches est obtenue avec les tests catalase (environ 12 p. cent des souches sont catalase négative), phosphatase alcaline (environ 6 p. cent des souches produisent une phosphatase alcaline), croissance en présence de 1 p. cent de bile (selonles études, 18 à 80 p. cent des souches résistent à 1 p. cent de bile), production d'hydrogène sulfuré en milieu TSI (environ 76 p. cent des souches donnent une réponse légèrement positive), résistance à l'acide nalidixique (selon les études, 45 à 93 p. cent des souches sont sensibles).

La croissance nécessite une atmosphère micro-aérophile contenant de l'hydrogène. Les colonies obtenues après trois jours d'incubation à 37 °C sur une gélose contenant 5 p. cent de cheval sont punctiformes, non pigmentées, translucides et alpha hémolytiques.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

L’habitat normal de Helicobacter pullorum est l’intestin des volailles et, selon les enquêtes, 4 à 60 p. cent des oiseaux hébergent cette bactérie. Comme c'est le cas pour d'autres hélicobactéries présentes dans l'intestin des animaux, Helicobacter pullorum est apte à infecter le foie où il semble à l'origine d'hépatites (hépatites vibrionniennes) chez les poules pondeuses.

Plusieurs souches de Helicobacter pullorum ont été isolées d’individus atteints d'entérites. Quelques souche proviennent d’individus âgés ou immunodéprimés ou infectés par Campylobacter jejuni subsp. jejuni mais, il est intéressant de noter que la majorité des souches provient de sujets jeunes non immunodéprimés (une souche isolée d’une jeune fille souffrant de diarrhée chronique depuis plus d’un mois, une souche isolée d’un homme âgé de 27 ans présentant une diarrhée et une perte de poids importante, une souche isolée d’un homme de 21 ans présentant une fièvre, des crampes abdominales et une hématémèse, une souche isolée d'une femme de 31 ans présentant une diarrhée, une souche isolée des selles d’un bébé de 17 mois atteint de diarrhée, une souche isolée chez un enfant âgé de 6 ans…).
Au moins dans un cas, Helicobacter pullorum a été caractérisé par PCR chez un patient présentant une cholécystite.
La voie de contamination de l'homme est inconnue, le pouvoir entéropathogène de cette bactérie n'est pas formellement établi mais, il est probable que Helicobacter pullorum soit un nouvel agent de zoonose.

Il convient de noter que l'incidence de Helicobacter pullorum chez les animaux et chez l’homme est certainement sous estimée pour deux raisons principales (voir le chapitre "Diagnostic bactériologique") :
. Helicobacter pullorum ne cultive pas sur certains milieux sélectifs classiquement utilisés pour l'isolement des campylobactéries ou des hélicobactéries.
. Helicobacter pullorum présente des caractères bactériologiques proches des caractères phénotypiques de Campylobacter coli ou de Campylobacter lari et des confusions sont possibles. Ainsi trois souches de Campylobacter coli, isolées de l’homme au Canada, se sont avérées être des souches de Helicobacter pullorum. De plus, l'utilisation de galeries API Campy ne permet pas le diagnostic.

Helicobacter pullorum synthétise une toxine CDT (Cytolethal Distending Toxin). Cette toxine, codée par trois gènes (cdtA, cdtB, cdtC) tous nécessaires à son activité biologique, est responsable d'une distension des cellules, d'anomalies du cytosquelette, d'un arrêt du cycle cellulaire et d'une mort des cellules HeLa ou CHO cultivées in vitro.

 

Diagnostic bactériologique

 

Le diagnostic bactériologique de routine est difficile compte tenu des caractères culturaux et biochimiques.

L'incubation doit être réalisée à 37 °C sous une atmosphère micro-aérophile renfermant de l'hydrogène. L'isolement peut être obtenu sur des géloses au sang contenant 32 mg/L de céfopérazone, 10 mg/L de vancomycine et 3 mg/L d'amphotéricine B ou sur des géloses contenant 32 mg/L de céfopérazone et 10 mg/L d'amphotéricine B. Toutefois, la majorité des souches de Helicobacter pullorum ne cultive ni sur les milieux sélectifs contenant de la polymyxine B (gélose de Blaser-Wang, gélose Campy-BAP, gélose de Skirrow, gélose de Preston) ni sur la gélose CAT (Cefoperazone Amphotericin Teicoplanin) ni sur la gélose mCCD (modified Cefoperazone Charcoal Deoxycholate). La composition de ces différents milieux sélectifs est donnée dans le fichier ¤ Campylobacter.
L'isolement par filtration semble une bonne alternative à l'utilisation des milieux sélectifs. La technique utilisée par Atabey et Corry est la suivante :
. Une membrane d'acétate de cellulose de porosité 0,65 µm est placée à la surface d'une gélose au sang dépourvue d'agents sélectifs.
. Cent vingt à 180 µL d'une suspension sont déposés sur la membrane et la boîte est incubée à 37 °C dans une atmosphère normale.
. Après incubation, le filtre est enlevé, le filtrat est étalé à la surface de la gélose et la boîte est incubée à 37 °C dans une atmosphère micro-aérophile contenant de l'hydrogène.

Les caractères biochimiques sont proches de ceux observés pour Campylobacter coli, Campylobacter lari  et ¤ Helicobacter canadensis :
. Helicobacter pullorum ne se distingue de Campylobacter coli que par l'absence d'une indoxyl acétate estérase.
. Helicobacter pullorum ne se différencie de Campylobacter lari que par l'absence de croissance en présence de 2 p. cent de NaCl et, pour la majorité des souches, par sa sensibilité à l'acide nalidixique.
. Helicobacter pullorum se différencie de ¤ Helicobacter canadensis car cette dernière espèce hydrolyse l'indoxyl acétate et elle est résistante à l'acide nalidixique.
En galerie API Campy, les codes obtenus conduisent à une absence de toute identification ou à un diagnostic de Campylobacter sp. ou à un diagnostic de Campylobacter upsaliensis ou à un diagnostic de ¤ Helicobacter fennelliae.

L'identification phénotypique doit être confirmée par d'autres méthodes : PCR (amplification d'un segment d'ADNr 16S de 447 paires de bases), hybridation avec des sondes spécifiques, étude du profil protéique, électrophorèse en champ pulsé, RFLP utilisant diverses enzymes de restriction.

Les amorces** décrites comme étant spécifiques de Helicobacter pullorum sont également capables d'amplifier la séquence homologue de l'ARNr 16S de ¤ Helicobacter canadensis. Il conviendra donc soit de séquencer les amplicons obtenus soit de les soumettre à l'action de l'enzyme de restriction ApaLI (les amplicons de ¤ Helicobacter canadensis donnent alors naissance à un fragment de 250 pb et à un fragment de 950 pb alors que les amplicons de Helicobacter pullorum ne sont pas clivés par cette enzyme).
L'électrophorèse en champ pulsé, après digestion de l'ADN par l'enzyme de macrorestriction SacII ou la recherche du gène cdtB (absent chez les souches de ¤ Helicobacter canadensis) permettent également de différencier les deux espèces.

 

Orientation bibliographique

 

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ATABEY (H.I.), CORRY (J.E.L.) et ON (S.L.W.) : Identification of unusual Campylobacter-like isolates from poultry products as Helicobacter pullorum. J. Appl. Microbiol., 1998, 84, 1017-1024.

BURNENS (A.P.), STANLEY (J.), MORGENSTERN (R.) et NICOLET (J.) : Gastroenteritis associated with Helicobacter pullorum. Lancet, 1994, 344, 1569-1570.

FOX (J.G.), CHIEN (C.C.), DEWHIRST (F.E.), PASTER (B.J.), SHEN (Z.), MELITO (P.L.), WOODWARD (D.L.) et RODGERS (F.G.) : Helicobacter canadensis sp. nov. isolated from humans with diarrhea as an exemple of an emerging pathogen. J. Clin. Microbiol., 2000, 38, 2546-2549.

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GIBSON (J.R.), FERRUS (M.A.), WOODWARD (D.), XERRY (J.) et OWEN (R.J.) : Genetic diversity in Helicobacter pullorum from human and poultry sources identified by an amplified fragment length polymorphism technique and pulsed-field gel electrophoresis. J. Appl. Mirobiol., 1999, 87, 602-610.

MELITO (P.L.), WOODWARD (D.L.), BERNARD (K.A.), PRICE (L.), KHAKHRIA (R.), JOHNSON (W.M.) et RODGERS (F.G.) : Differentiation of clinical Helicobacter pullorum isolates from related Helicobacter and Campylobacter species. Helicobacter, 2000, 5, 142-147 (résumé disponible sur PubMed).

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STEINBRUECKNER (B.), HAERTER (G.), PELZ (K.), WEINER (S.), RUMP (J.A.), DEISSLER (W.), BERESWILL (S.) et KIST (M.) : Isolation of Helicobacter pullorum from patients with enteritis. Scand. J. Infect. Dis., 1997, 29, 315-318.

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*
Pour des informations sur les "Flexispira" sp. voir le fichier Caractères généraux des genres Helicobacter et "Flexispira".

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** :
Il existe des erreurs dans les amorces décrites dans l'article de Staley et al. (STANLEY (J.), LINTON (D.), BURNENS (A.P.), DEWHIRST (F.E.), ON (S.L.W.), PORTER (A.), OWEN (R.J.) et COSTAS (M.) : Helicobacter pullorum sp. nov. - genotype and phenotype of a new species isolated from poultry and from human patients with gastroenteritis. Microbiology, 1994, 140, 3441-3449).
Selon Fox et al., les amorces correctes sont les suivantes :

Amorce 5' (positions 819 à 839) : 5'ATG AAT GCT AGT TGT TGT GAG3'

Amorce 3' (positions 1282 à 1265) : 5'GAT TGG CTC CAC TTC ACA3'

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