J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 07 juin 1998
Dernière mise à jour le 15 mars 2004

 

JANTHINOBACTERIUM, JANTHINOBACTERIUM LIVIDUM

 

Autres dénominations :
Janthinobacterium lividum : "Bacillus lividus", "Bacillus violaceus berolinensis", "Bacterium lividus", "Bacillus berolinensis", "Chromobacterium lividum", "Chromobacterium violaceum", "Chromobacterium amethystinum".

Voir aussi les fichiers : ¤ Oxalobacteraceae et ¤ Burkholderiales, Burkholderiaceae.

 

Systématique

 

Avant 1978, le genre ¤ Chromobacterium rassemblait deux espèces ¤ Chromobacterium violaceum (espèce type du genre) et "Chromobacterium lividum". Ces deux espèces présentaient des caractères très différents et dès 1960 Sneath soulignait qu'elles pouvaient appartenir à deux genres distincts.

En 1978, De Ley et al. publient les résultats d'une étude basée sur des hybridations ADN-ARNr et sur des hybridations ADN-ADN. Leurs résultats montrent que ¤ Chromobacterium violaceum et "Chromobacterium lividum" n'appartiennent pas à un même genre. Ces auteurs restreignent le genre ¤ Chromobacterium à l'espèce ¤ Chromobacterium violaceum et ils proposent la création du genre Janthinobacterium constitué de la seule espèce Janthinobacterium lividum.
En 1980, les propositions de De Ley et al. ont été retenues par les Approved Lists of Bacterial Names.

En 1999, Lincoln et al. décriront une nouvelle espèce du genre Janthinobacterium, Janthinobacterium agaricidamnosum dont les souches sont responsables d'une maladie du champignon de couche (Agaricus bisporus). Cette infection, appelée pourriture molle (soft rot), a été décrite en Angleterre et en France et elle peut conduire à une liquéfaction complète des champignons en 48 heures.

Le genre Janthinobacterium est actuellement considéré comme un représentant de la famille des ¤ Oxalobacteraceae (ordre des ¤ Burkholderiales, classe des ¤ Betaproteobacteria, phylum des "Proteobacteria", domaine ou empire des "Bacteria" ou des "Eubacteria").

 

Caractères bactériologiques

 

Le genre Janthinobacterium rassemble des bacilles à Gram négatif, de 0,8 à 1,5 µm de diamètre sur 1,8 à 6,0 µm de longueur, mobiles, non sporulés, strictement aérobies, à métabolisme oxydatif, catalase et oxydase positives, non indologènes, ne produisant pas d'acétoïne.
Contrairement à Janthinobacterium agaricidamnosum, Janthinobacterium lividum produit un pigment violet dénommé violacéine.

Lincoln et al. ont étudié les caractères de 6 souches (3 souches de chacune des deux espèces) à l'aide de galeries BIOLOG GN, API 50CH et API 20NE. Seuls les résultats obtenus à l'aide de galeries API sont rapportés ci-dessous.
. En utilisant des galeries API 50CH, toutes les souches acidifient le D-arabitol, le D-fructose, le D-glucose, le glycérol, l'inositol, le mannitol, le D-mannose, le ribose et le saccharose. En revanche, aucune acidification n'est notée pour l'adonitol, l'amidon, l'amygdaline, le L-arabitol, le dulcitol, l'érythritol, l'esculine, le D-fucose, le gluconate, le 5-cétogluconate, le méthyl alpha-D-glucoside, le glycogène, le lactose, le méthyl alpha-D-mannoside, le mélibiose, le mélézitose, le L-sorbose, le D-tagatose, le D-turanose, le méthyl bêta-xyloside et le L-xylose.
. Avec des galeries API 20NE, une réponse positive est notée pour les tests assimilation du glucose, du malate, du mannitol et du mannose. Une réponse négative est obtenue avec les tests indole, fermentation du glucose, arginine di-hydrolase, uréase, bêta-galactosidase, hydrolyse de la gélatine et assimilation du gluconate.

Outre les caractères de genre, Janthinobacterium lividum (seule espèce d'intérêt vétérinaire) présente les caractères suivants :
. Réponses positives (galeries API 20 NE et 50 CH) : réduction des nitrates, hydrolyse de l'esculine, assimilation de l'arabinose, du citrate, du maltose et du phénylacétate, acidification du D-arabinose, du L-arabinose, de l'arbutine, du cellobiose, du L-fucose, du galactose, du 2-cétogluconate, du D-lyxose, du maltose, de la salicine, du sorbitol, du xylitol et du D-xylose.
. Réponses négatives (galeries API 50CH) : acidification du bêta-gentiobiose et du tréhalose.
. Réponses variables selon les souches (galeries API 20 NE et 50 CH) : assimilation de l'adipate, du caprate et de la N-acétylglucosamine, acidification de l'inuline, de la N-acétylglucosamine, du D-raffinose et du rhamnose.
. D'après Sneath (1984) Janthinobacterium lividum donne une réponse négative aux tests LDC, ODC, phénylalanine désaminase, hydrolyse de la caséine (10 p. cent des souches donnent toutefois une réponse positive) et croissance sur un milieu au KCN.
. Des souches atypiques ont été décrites, elles ne dégradent pas l’esculine, elles n’acidifient ni le glycérol ni l’inositol, mais elles acidifient le tréhalose et le glycogène.

La croissance de Janthinobacterium lividum a lieu en 3 jours à des températures comprises entre 4 et 30 °C et pour des concentrations de NaCl comprises entre 0 et 2 p. cent. Par contre, cette espèce ne pousse ni à 37 °C ni en présence de 3 p. cent de NaCl. La culture se traduit par l’apparition de colonies ayant souvent un aspect gélatineux ou caoutchouteux. En bouillon on observe l'apparition d'un anneau violet. La pigmentation bleue des colonies est généralement peu intense et lente à apparaître.
Environ 20 p. cent des souches donnent des colonies hémolytiques sur gélose au sang de cheval et environ 50 p. cent des souches cultivent sur une gélose de MacConkey.

Les principaux caractères permettant de différencier Janthinobacterium lividum de quelques espèces produisant de la violacéine figurent dans le tableau I. Les caractères permettant de différencier les deux espèces du genre Janthinobacterium sont donnés dans le tableau II.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Janthinobacterium lividum est une bactérie du milieu extérieur et elle est isolée du sol, de l’eau douce, de l'environnement marin et des eaux usées.
Dans les écosystèmes aquatiques et terrestres, les bactéries servent de proies à des protozoaires (Bodo saltans, Cyclidium glaucoma, Daphnia sp., Ochromonas sp., Spumella sp. ...). Pour se protéger de cette prédation, les procaryotes ont développé divers mécanismes de défense (voir Jürgens et Matz 2002). La synthèse de violacéine est un de ces mécanismes et Matz et al. ont montré que ce pigment exerce un effet toxique puissant sur des protozoaires flagellés. Janthinobacterium lividum, ainsi que d'autres bactéries produisant de la violacéine, auraient un rôle écologique important en protégeant les populations bactériennes des protozoaires.
La souche RT102 de Janthinobacterium sp.*, isolée de résidus organiques présents dans un bassin d'élevage de truites arc-en-ciel, produit un pigment violet qui est un mélange de violacéine et de désoxyviolacéine. Ce pigment exerce un effet bactériostatique et bactéricide vis-à-vis de Bacillus subtilis, de Bacillus megaterium, de Staphylococcus aureus subsp. aureus et de Pseudomonas aeruginosa. Selon Nakamura et al. ce pigment pourrait être utilisé pour limiter les phénomènes de putréfaction.

Des souches de Janthinobacterium lividum produisent des décapeptides cycliques lactoniques, les janthinomycines A, B et C, qui possèdent une activité sur les bactéries à Gram positif aérobies et anaérobies à l'exception de ¤ Clostridium difficile.
In vitro, l'action de ces antibiotiques est quatre fois plus puissante que celle de la vancomycine. In vivo, les janthinomycines A et B sont aptes à traiter des souris présentant des septicémies à Staphylococcus aureus subsp. aureus.

La contamination de denrées alimentaires par des souches de Janthinobacterium lividum peut colorer les aliments en bleu ou provoquer la formation de taches bleues.

Une étude publiée dans une revue thaïlandaise (voir Patijanasoontorn et al. J Med Assoc Thai., 1992, 75, Suppl. 2, 6-10 ; résumé disponible sur PubMed) décrit 9 cas de septicémie (dont 7 mortels) observés chez des patients hospitalisés. Ces infections nosocomiales résultaient de l'emploi de bains de bouche, d'eau distillée et d'eau physiologique contaminés.

En 1992, Janthinobacterium lividum a été associé à une maladie des salmonidés, Oncorhyncus mykiss. La maladie dénommée "rainbow trout fry syndrome" atteint les alevins de 0,2 à 1 gramme et elle a été observée dans des élevages d'Écosse et d’Irlande du Nord. Cliniquement, elle se traduit par de la mortalité, une exophtalmie, un ramollissement de l’abdomen, une altération des branchies et des anomalies de la peau. L’inoculation expérimentale du germe reproduit les signes cliniques.

 

Orientation bibliographique

 

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* :
L'ARNr 16S de la souche RT102 présente 99,8 p. cent d'homologie avec l'ARNr 16S de la souche type de Janthinobacterium lividum et Nakamura et al. considèrent que cette souche appartient à une nouvelle espèce encore innomée du genre Janthinobacterium.
Comme les espèces du genre Janthinobacterium, la souche RT102 est constituée de bacilles à Gram négatif, psychrotrophes, mobiles, catalase et oxydase positives, ne produisant pas d'acétoïne. Elle possède toutefois un caractère inhabituel pour une espèce du genre Janthinobacterium car son métabolisme est fermentatif.

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